‹ DodonæaChapitre 17 sur 44 · CR · texte numérisé non relu

CR

Dans l'état actuel des sciences naturelles et de leurs applications, une bonne monographie des Lycopodiacées est un travail d’une haute importance; je ne parle pas de la botanique descriptive, qui doit toujours gagner à une telle publication , mais j'envisage surtout la botanique anatomique, cette science philosophique et d’un intérêt général dont les archives viennent de s'enrichir encore d’une nouvelle anatomie de ces plantes par M. Adolphe Brongniart (Archives du Museum, Paris, 1841), j'envisage la botanique morphologique, cette étude abstraite des formes, la botanique géologique , la géologie elle-même qui ont tout à gagner à la connaissance des formes des Lycopodiacées, si nombreuses, si grandes, si gigantesques dans la flore des temps antédiluviens.

Le travail de M. Spring mérite donc sous tous les rapports l'honneur d’être publié sous les auspices de l'académie royale.

Nbr: TIEUR y ui re pions fs Fi fan. 74 | Ko [VF Êr EMA O ALU MAIS AAA EN ar) ER ji RU! spaogu 1 92 (HAS |

| Li y { 18 La DE Fr } LPAE ti DA LA 4 , ft 4 4 ;

\ Là «! | n:9 à HPTIU CHAR nt) Li dr di:

« . s "SE: Yu à } * f , ° , TÉMOINS. RDS [4 à 2159 AE \ Pitt A8 « - 1, - t L É LE] = : \ L : ’ t à , + * LA : "4 u À i é , u « 4! Lh di CA € ALLSA Pile ve 4 b. ai 2 c19 "4 " nb Abemduié 40 45: 40 LM RON AL HET TIRE de tél idhs à 8€ tros €! 4 FL él} 1 ” ER 11 T,2 ( 0 [1 gd L fn? 1148 *. 41287 LRQ FAR UE 4 : - :

1" {t Û 14%: { À QUE dite ] : . : \ :

RUE 1m LE} in Mir LAS 2,106, 04 4 2 Are | . , r + SA ‘ : - ‘ . (1 1 d'ope eir À (22 1" dis 2! Use, iMatAT! À AY P ' “ * L ; RSA y | As Etre "A ‘ L« 4 3 & Hé Lt L à "1 $ ri Ÿ r ti 4 dbis . GR AS FPE MES LES ete L } nu 1 2 43 “ L AREA - Long th è Lt k u- st +," t LL LE : , ‘ * 1 Fr 2” L12 i hi À) 4 (ae 4 RATE “14

1 PATTES RAT PR AT DE Las vel EAU Re

LE nt du one De den én r A R TRNIER x

EE 4 bee ee en hs ir eut PAECE É erruaa #" ? 7 ir A \#e

hr, PITOTRNE PAL ES HN Seb 15 PARTIE AD e

pins male cab t Le 3e réopant sx ride | era rl de Age contract RÈNTA NT

DLL PRET eos hi re CRETE LR, ©

r- h 4 # 2e 1h x : AL n'rrar

» < LC | v CunA DL

149 k ar an Rate

ss"

RECHERCHES

Sur la motilité du labellum dans le MEGAGCLINIUM FALCATUM ;

Résumé d’un mémoire présenté à l'académie royale des-sciences et belles-lettres de Bruxelles, le 5 juin 1841, et destiné à paraître dans les Mémoires de cette

compagnie.

Le Megaclinium falcatum (Lindi.) est une orchidée de Sierra-Leone d'une structure fort originale. La pseudobulbe et les feuilles n’offrent rien d’extraordinaire; mais la tige se termine par une faux crénelée, terminée en pointe et à deux tranchants. Sur celle faux, qui se tient levée et inclinée, naissent à droite et à gauche deux rangées de fleurs alternes, d’abord horizontales, puis perpendiculaires, colorées en jaune , en rouge et en blanc. Leur forme rappelle celle d’un insecte, d'une mouche à quatre ailes dont le corps serait figuré par un des sépales, le supérieur, qui est jaune et pourvu de deux callosités renflées; deux des ailes sont figurées par les deux autres sépales d'un jaune nanquin, marqués de taches pourpres. La corolle est formée par trois pétales , dont les deux supérieurs sont petits et simulent les deux autres ailes de l’hyménoptère. Le troisième pétale est la partie la plus curieuse de la fleur, c'est le labellum; il est mobile, et de plus, mobile sans aucune espèce d’excitation préalable.

Celte motilité à été appelée par quelques-uns volontaire

non parce que par là on voulait dire que les plantes eussent une volonté, mais pour indiquer qu'il ne fallait pour la provoquer aucun agent extérieur, aucune irritalion, comme on s’exprimait dans l’ancienne physiologie. Un mouvement spontané a été aperçu par M. Robert Brown dans la fleur des Pterostylis, autres orchidées curieuses ; Lady Monson, qui trouva au Bengale, près de Dacca , le fameux Hedysarum gyrans, vil un mouvement spontané s'emparer des deux folioles latérales de la feuille de cette plante; M. Mirbel signala un mouvement sans excitation préalable dans les liedysarum qgyroides et Hedysarum vespertilionis ; M. Meyen parla , le premier , de celui qui s'empare de la sensitive, exposée à une haute température. J'ai moi-même fait connaître le mouvement spontané de la colonne des stylidiées , de l’'androcée du Cereus grandiflorus et des étamines du Sparrmannia africana. C'est le célèbre professeur de Londres, M. John Lindley qui vit, le premier, le singulier mouvement qui s'empare du labellum du Megaclinium falcatum. Or, dans la théorie de la motilité végétale, rien n’a plus d'intérêt que l'étude de ces mouvements spontanés qui se produisent dans les parties de la plante sans qu’on sache ni pourquoi, ni comment : on conçoit, en effet, que si la plante a quelque phénomène qui la rapproche de l'animal, c'est par cetle motilité spontanée qu’elle doit lui ressembler. L'étude de la vie, la connaissance des fonclions ont toul à gagner à bien connaître ‘ces phénomènes, car la physiologie est encore pauvre en détails sur celle partie si intéressante de son domaine.

C'est précisément ce qui m'a porté à donner toute mon allention aux mouvements des fleurs. J'ai vu fleurir le Megaclinium falcatum au jardin botanique de Liége , et j'ai fait sur lui une suite de disseclions , d'observations et d’expériences qui m'ont paru assez utiles pour les consigner

dans un mémoire que j'ai l'honneur de présenter à l'académie, el dont ces lignes forment une espèce de résumé. Je désire, par lui, prendre date d’une part, et, d’une autre, répondre le plus tôt possible aux bienveillantes demandes qui me sont faites par plusieurs savants d'Allemagne , de France et d'Angleterre, de continuer mes recherches antérieures sur l’anatomie des appareils de la motilité chez les végétaux.

Le labellum du Megaclinium étant sa seule partie mobile, c'est surtout sur lui qu'ont porté mes observations. Ce pélale est le plus grand des trois; il a la forme d’un cœur qui se prolonge par sa pointe, laquelle se retourne en arrière. Le haut du cœur est lié au reste de la fleur par un filet d’un blanc argenté, élastique et marqué de irois petites raies grises. C'est ce filet qui est l'organe où siége la cause du mouvement. Après avoir longtemps étudié celui-ci, j'ai reconnu qu'il est double, c’est-à-dire que ce labellum se meut par une motilité mécanique et par une motilité vitale. M. Lindley avait dit que ce labellum se mouvait à la manière des têtes de ces pelits chinois automates qu’on donne comme joujoux aux enfants. C'est une allusion au mouvement mécanique. Ce mouvement vient de l’élasticité extrême du filet qui attache le labellum à la colonne, et qui fait tituber le labellum lui-même au moindre mouvement qu’on communique au plan de sustentation.

Le second mouvement est d’une tout autre allure. Il est entièrement vital, et celui-là seul est spontané. Par lui, le labellum s’éléve et s'abaisse successivement sur son pelit pied ; cette molilité est plus lente que la vacillation qui vient de l'élasticité ; de plus, il est intermittent. Le 10 avril 1841, à 3 heures de relevée, il se faisait sentir tantôt toutes les 2 minutes, Lantôt toutes les 7 minutes. Pour exécuter ce mouvement vital, le labellum ne peut être dévié

de sa directiou naturelle , et de plus aucune cause excilante ue parvient à la produire. C'est donc bien un phénomène d'autonomie. Il faut que la vie se concentre dans le labellum pour le produire , car la fleur, qui reste ouverte douze jours, ne conserve son labellum à l'état de fraîcheur que pendant deux jours, et pendant ce peu de temps, il est mobile le jour comme la nuit.

J'ai dû mettre quelque importance à connaître l'anatomie de cette partie mobile, et c’est surtout aux observations de Ja dissection que je me suis arrêlé dans mon mémoire, En effet, tout l'avenir de la science est dans la connaissance de la structure intérieure, car elle seule nous donne le moyen de résoudre d’une manière salisfaisante le problème si difficile de la cause du mouvement.

À l'extérieur, le filet mobile du labellum offre un derme formé de deux espèces de cellules : les unes sphérenchymateuses , à très-grosses parois, les autres prismenchymateuses, à parois moins épaisses. Celles-ci parcourent trois bandes longitudinales, celles-là se trouvent entre les bandes.

En dedans du filet, vis-à-vis des raies ou de ces bandes, il y a trois faisceaux ou trois fibres comme on les nomme vulgairement. Ces fibres occupent le même plan horizontal, ce qui est fort important à noter, car nous verrons dans un instant que cetle position exclut l’idée que ces fibres puissent jamais provoquer le mouvement. Il n’y a rien là qui ressemble à l’organisation musculaire. Au-dessous du derme, il y a des lacunes aérifères, et entre elles et les fibres un diachyme utriculaire. La fibre se compose, elle, de pleurenchyme au dehors et de trachenchyme au dedans. Le trachenchyme revêt deux formes : la trachée et le vaisseau ponctué,

Le mouvement élastique a pour organes les cellules sphérenchymateuses du derme; c’est ce que des expériences m'ont

prouvé. Les lacunes aérifères sont comme des coussinets d’air par lesquels la turgescence des cellules du diachyme, véritable tissu de la motilité, est rendue plus facile. Mes recherches antérieures ont prouvé que de semblables coussinets d'air existent dans les organes mobiles des Stylidium. des Sparrmannia, etc. ; cependant , ni dans les étamines des Mahonia, ni dans celles des Berberis, je ne les ai pas aperçus. Ils favorisent donc le mouvement, mais n’y sont pas strictement nécessaires. Les vaisseaux soit pleurenchvmateux , soit trachenchymateux qui forment par leur association les fibres, ne sont que des organes de l’afflux de la séve et de la respiration ; ils ne contribuent en rien au mouvement. Le diachyme est le véritable tissu motile. Les cellules sont cylindroïdes , à parois fines, trés-turgescibles et remplies d’un liquide viscoso-aqueux où nagent des globules rares, petits, égaux et mobiles. C'est la turgescence de ces cellules qui fait mouvoir, par le fait de la vitalité, le filet et par conséquent le labelium.

Cette anatomie faite , je me suis livré à mes réflexions et a des expériences. Si, comme on l’a prétendu, les fibres faisaient mouvoir les parties mobiles des plantes, on ne pourrait attribuer ce mouvement qu'aux trois fibres que j'ai trouvées dans le filet du labellum. Or , ces trois fibres sont dans un même plan horizontal; supposez que celle de droite se raccourcisse , tandis que son antagoniste de gauche s’allonge, le labellum irait à droite , et, vice-versà, si la fibre gauche se raccourcissait. Le labellum irait donc de droite à gauche et de gauche à droite. Mais nous avons vu qu'il n'exécule pas ainsi son mouvement: il va de bas en haut et de haut en bas. Les fibres sont par le fait seul de leur structure et de leur position, inhabiles à produire un tel mouvement.

J'ai coupé le derme en haut par une entaille transver-

sale : le labellum s'abaissa et ne se releva plus ; j'ai entamé le derme par en bas, le labellum s’est relevé vers la colonne. Toute oscillation avait cessé. J'en ai conclu que le derme est bien le siège de l'élasticité, et par conséquent l'organe du mouvement mécanique. La structure de ses cellules venait encore au secours de celte réflexion.

Le mouvement vital a donc son siëge dans le cylindrenchyme du diachyme. Les cellules cylindroïdes laissent entre elles des méats qui leur permettent de changer de forme. S'allongent-elles dans le haut du filet , elles s’amincissent , et le labellum se dirige en bas; ce même allongementi se produisant dans le bas du filet, le labellum remonte. Ne serait-il pas permis de croire que le mouvement du liquide intra-ceilulaire, qui marche d’une cellule à une autre pour les nourrir et entretenir leur vie, liquide qui sort de la fleur pour entrer dans le labellum, et qui sort du labellum pour rentrer dans la fleur, est ici la cause de ce mouvement, rendu visible aux yeux par l'extrême élasticité de l’organe où s'opère ce double transport ?

Je me suis peu inquiété de la philosophie des causes finales. Salisbury croyait que la colonne des Stylidiées se mouvait si brusquement pour chasser les insectes qui auraient troublé les noces de ces plantes. Chez le Megaclinium , qui a besoin, lui, que des insectes favorisent et opèrent même directement le mariage de ses fleurs, le mouvement de titubation, celui de bascule, opérés par le labellum , sont peut-être un piége innocent pour les attirer par une fausse apparence de la vie animale. Mais 1c1, je le répéle, un observateur doit être sur ses gardes: pour avoir le dernier mot d’un phénomène naturel, il faut presque une révélation, Je confesse dans cette dernière explication toute mon ignorance,

OBSERVATIONS

Anatomiques et physiologiques sur le PHYTEUMA SPICATUM ;

Travail lu à l'académie royale des sciences et belles-lettres de

Bruxelles , le 5 juin 1841,

« La grande Raiponce, qui n’est guère encore cognue, disait De l’Escluse en 1557 (1), a au commencement les fueilles larges et puis après estroites sur la tige : elle à une tige ou deux droictes, creuses, sur lesquelles croist un beau gros espi, plein de petites fleurs longues, qui avant qu'elles s'ouvrent semblent de pelïtes cornes, et estans ouvertes, sont parlies en quatre petites fueilles estroictes, de couleur bleue, perse, grise ou blanche. Les fleurs tombées, y survient plusieurs siliques rondes, ioignans l’une l'autre, semblables aux siliques ou calyces de la Raiïponce, plus petites toutefois. Le racine est grosse, blanche, succulente, de figure et goust fort semblables à la racine de raiponce. »

Notre célèbre botaniste belge parle ainsi du Phyteuma

(1) Histoire des plantes , 1557, p. 413.

spicalum , plante alors à peine connue, quoique originaire de nos forêts, et l’un de leurs beaux ornements du mois de mai. Il avait remarqué la singulière corolle, cornue en effet, comme il le dit, par la cohérence des cinq pétales (et non quatre comme le rapportait De l’Ecluse ) en forme de tube; pétales qui ne se séparent tout à fait qu'aprés la fécondation du stigmate. Auparavant, réunis par le haut, ils forment, séparés au milieu , comme autant d’arceaux autour du pistil, entre lesquels tombent au dehors les étamines flétries. C’est une particularité dont je chercherai plus loin la cause physiologique.

A l'époque de De l’Escluse, toutes nos plantes avaient leurs vertus. Trois siècles ont désillusionné bien des esprits, et le Phyteuma, s'il avait réellement la propriété que nos anciens botanistes lui attribuaient , jouirait d’une grande vogue , au lieu d’être abandonné dans nos bois. « Meslée avec farine de Lupins ou d’Yuraye, disait le professeur de Leyde, la Raiponce nettoye et embellit la face, et tout le corps induicte dessus. Le ius des tiges et fueilles d’icelle... distillé aux yeux avec laict de femme, esclarcit la veue. »

Dodoens (1) n’ajoute rien de plus à l’histoire. du Æapunculum alopecurum. Plusieurs médecins de son temps étaient d'avis que l’Ælopecurus des anciens était le PAyteuma , à cause de la forme de son inflorescence, qui ressemble à une queue de renard, mais le botaniste de Malines ne partageait pas celte opinion.

Les botanistes actuels ont reconnu que le Phyteuma, quoique appartenant aux plantes à fleurs cyaniques, variait

oo,

{1) Pemptades, 1618 , p.166.

ne | émlns é ÈR e ne

au blanc, ce qui ne serait pas extraordinaire, mais aussi au jaune, ce qui serail une exceplion bien curieuse aux lois de la coloration des corolles. Le fail est que la variété jaune des botanographes ne peut point être réputée jaune par les physiologistes: c'est un blanc sale, à teinte cinéréolutescente, mais pas un jaune pur. Bauhin avait déja reconnu la variété cendrée. De l'Escluse signala les variétés blanches et bleues, et De l'Obel paraît avoir reconnu le premier l'influence des localités sur la constance de ces colorations diverses. Il cite Brugelette, dans le Hainaut, comme la petite ville autour de laquelle la variété blanche est le plus répandue (1). Merat assure que le Phyteuma, à fleurs blanches est bien plus commun aux environs de Paris que celui à fleurs bleues, tandis qu'a Liége, c’est celle-ci qui l'emporte de beaucoup sur celle-là (2). Tournefort connut aussi la variété jaune ( Rapunculus spicatus flore flavescente) (3), et Camerarius et d'autres signalèrent une variété pourpre.

Jean Bauhin (4) vit aussi des cornicules dans la corolle du Phyteuma, cornicules découpées en bas en arceaux distants. Quoique cette forme soit au premier coup d'œil, l'inverse de celle qu’on rencontre habituellement dans les fleurs, les anciens y firent peu d'attention. Il n’en est pas de même des modernes, qui citent la fleur des Phyteuma, comme une exceplion à la structure générale de la corolle. Leur opinion me paraîl néanmoins peu fondée, et si j'ai cité De l’Escluse et quelques anciens botanistes, c’est pour dé-

(1) De l’Obel, Stirpium historia 1576, p. 179.

(2) Merat, Flore des environs de Paris.

(3) Znstitutiones rei herbariæ, p.113, tom. 1.

(4) Historia pluntarum universalis, tom. I, p.808.

(92) montrer que notre grande célébrité botanique du XVE siécle, avait parfaitement observé le phénomène que nous offre celle corolle.

Linné, en fondant son genre Phyteuma, avait assigné à la corolle la forme rotée, quinque-partite, à divisions ou laciniures linéaires (1). Il n’y parle pas de leur soudure en haut, en forme de cornicule.

Ce fut, si jene me trompe, Christian Schkubr qui, le premier , donna l’idée que ces cinq divisions étaient soudées en bas en forme de corolle rotée , et en haut en tube semblable à celui que forment les anthères des syngenèses (2). Il y avait sous ce rapport une analogie entre la corolle de quelques campanulacées et l’androcée des composées : une soudure en tube par où passait le style armé de part et d'autre de poils collecteurs ou mieux encore balayeurs.

L'idée de Schkubhr passa dans les écrits classiques de la science. Elle fut adoptée par De Candolle (3), Lecoq (4), etc.

Le mot de cohérence se prenant, en terminologie botanique , dans deux sens différents, celui de la soudure de parties semblables entre elles, et eélisi d'une simple aggluüiuation de ces parties, soit par des poils croisés, soit par une viscosité (étamines des Viola, etc. ), il est difficile de déclarer ce que les auteurs ont voulu exprimer quand ils ont dit que les pétales du Phyteuma étaient cohérents en haut, Quelques-uns ont dit qu’ils sont soudés ; pour ceux-là il n'y a pas de doute, mais il y a erreur.

Il est évident, en effet, que les cinq divisions pétaloïdes

(1) Linnœi systema, édit, Richter , 1837, p. 181.

(2) Schkubr, Botanisches Handbuch. 3 vol., 1791-1813, pl. 39, a, 8. (3) De Candolle, Organographie, tom.E, p. 456.

(4) Lecoq, Précis élémentaire de botanique , 1831, p.228.

( 93 et linéaires des Phyteuma , sont simplement agglutinées les unes aux autres à leur partie supérieure, et qu'elles se séparent naturellement lorsque la fleur se fane., On peut, du reste, lorsque la fleur est en pleine floraison, séparer les divisions sans les déchirer, en faisant glisser une aiguille entre elles.

Je ne sache pas qu'on ait déjà étudié physiologiquement le mécanisme de cette cohérence des pétales sans soudure. J'ai voulu combler cette pelite lacune , en ce qui regarde le Phyteuma de nos boïs.

La figure I représente l'anatomie d’une partie du bout de cette corolle , en état de cohérence entre deux laciniures du côté + de la figure et en état de séparation du côté —. La comparaison entre ces deux étals fait ressortir à l'insiant la cause de cette cohérence , cause plus compliquée qu'on ne se l'imaginerait à priori.

Les cinq divisions pétaliformes du Phyteuma ne sont pas cohérentes jusqu'a leur bout; celui-ci est libre et figure de a en b, un cône papilleux où le derme à toutes les cellules sphérenchymateuses dn côté hbre. A l'endroit où les bords des divisions pétalées deviennent rectilignes, la cellule marginale du derme prend une autre figure et d’autres relations. Celase voita partir de b en €, vers la partie inférieure de la figure. Ici, deux cellules s'associent toujours deux à deux, de telle manière que les deux réunies imitent un segment de sphère complet et régulier. Par suite de celle association , on dirait que les cellules marginales de la partie cohérente des divisions de la corolle sont hémisphériques, avec un diaphragme dans le milieu ( fig. 1, d ). Mais, au fond, ce sont deux cellules soudées par un côté commun qui s'est aplati. Chaque cellule a, en outre, un evloblaste pariétal ( fig. L, e ).

Ces doubles cellules avec les autres du derme sont remplies d'un liquide bleu , dans la variété du Phyteuma de celte couleur, avec un cytoblaste incolore et quelques globules muqueux, également incolores. L’odeur de la fleur est, comme on sait, désagréable, cadavéreuse ; elle disparaît quand les divisions de la corolle se détachent les unes des autres et se déjettent en bas, pour former la roue comme Linné l’a dit. Cette odeur n'existe donc que pendant la cohérence des parties de la corolle. C'est qu’en eflet ces doubles cellules sont non-seulement les organes qui, par leur mécanisme, opèrent la cohérence, mais encore ceux qui, par une véritable fonction glandulaire, forment et sécrètent le principe de l'odeur : une huile volatile.

En effet, quand on examine les rapports de position qui existent entre deux bords homologues et conligus de ces divisions ( fig. 1, +), on voit que la convexité de deux cellules soudées de l'un des bords répond à la concavité laissée entre deux cellules soudées de l’autre bord continu. Il y a ainsi enchevauchure de cellules, comme entre les briques de deux maisons qui se touchent. La cohérence qui en est le résultat , est ici, comme on voit, la suite d’une disposition physique des éléments histologiques.

Mais celte enchevauchure de cellules, n’est pas la seule cause de la cohérence : celle-ci est favorisée par un eflet physiologique, la sécrétion d’une huile visqueuse (quoique odorante et volatile) , que préparent les cellules mêmes de ce derme. Sur les fleurs fraîches du PhAyteuma, on voit, au microscope, les goutteleltes de cette huile baigner les cellules enchevauchées (fig. I, f). L'huile, quand on sépare mécaniquement deux divisions corollines qui étaient cohérentes, se rassemble en grosses gouttes. Sur une fleur à divisions cohérentes, l'huile se voit dans les espaces inter-

(95 ) cellulaires (fig. L, À), laissés entre deux bords contigus.

On comprend maintenant pourquoi les fleurs inodores et fanées n’ont plus leurs divisions pétaloïdes réunies en tube. C’est que d’une part les cellules se retirent sur ellesmêmes, de sorte que les bords se désenchevèlrent , et que de l’autre , l'huile qui, par sa viscosité, contribuait aussi à les tenir réunis, se dissipe.

Telle est la cause à la fois mécanique et physiologique de la cohérence entre les cinq divisions de la corolle en roue des Phyteuma. Je dois faire remarquer que les bords de ces divisions, dans la partie où elles forment naturellement des arceaux distincts, n'ont point de cellules associées deux à deux, mais un pinenchyme fort extraordinaire.

On comprendra facilement que je n’aie point pu quitter l'étude physiologique du PAyteuma spicata, sans m'enquérir de la structure de ses poils collecteurs, après l’immense intérêt qu'ont jeté sur ceux des Campanulacées en général, les observations de MM. Adolphe Brongniart et Treviranus. Rappelons en peu de mots l’état actuel de la question relativement à ces poils.

Avant l’époque où M. Adolphe Brongniart s'occupa de l'anatomie des poils collecteurs des Gampanulacées, on croyait que ces organes tombaient en même temps que les branches stigmatiques du sommet du style divergeaient. Le premier , il annonça, en 1839, que ces poils ne tombent pas, mais qu'ils sont rétractiles comme les poils des annélides et les cornes des limaçons (1).

(1) Note sur les poils collecteurs des Campanules, et sur le mode de fécondation de ces plantes. Ann. des scienc. nat , 1839, Bot., tom, XII, p.244.

Le savant professeur de Paris signala de plus que ces poils « sont formés par un prolongement extérieur de la cuticule épidermique (£. cit., p. 245), » et que sous la base de chacun de ces poils, il existe une cavité percée dans le tissu cellulaire extérieur du style, cavité où rentre plus tard le poil en s’invaginant en lui-même de dehors en dedans, comme un doigt de gant qu'on retire en dedans.

Ce poil, en se retirant ainsi sous le derme du style, entraînerait parfois dans sa nouvelle cavité, dont les parois sont formées par la surface externe de l'organe, des granules de pollen qui, ainsi, entreraïent dans le style même. M. Adolphe Brongniart ne pense pas toutefois que ces granules de pollen puissent, entrés dans le style, y exercer une action fécondante, MM. Treviranus et Link avaient été de ce système. M. Brongniart cherche à établir au contraire que la fécondation s'opère par les papilles stigmatiques des divisions terminales du style.

En septembre 1840, eut lieu la réunion des naturalistes à Erlanger, et M. Treviranus y lut un mémoire sur ce sujet intéressant. MM. Leupoldt et Stroemeyer, ayant publié aujourd’hui l'aperçu sur les travaux de cette réunion, il m'est plus facile de savoir précisément l'opinion du célèbre professeur de Bonn (1).

M. Treviranus reconnaît la justesse de la principale observalion de M. Brongniart, c'est-à-dire la rétractilité par invagination sur soi-même du poil. Il n'émet plus de doute non plus sur la fécondation opérée par les grains pollimiques, dont les boyaux sont formés sur la surface papilleuse des stigmates terminaux ; mais l'observation directe des

(1) Amtlicher Bericht über die achtzehnte Versammlung der Gezellschaft Deutscher naturforscher und Aerzte zu Erlangen. Erl.1841,p.129.

choses lui a prouvé que les grains de pollen n’entrent pas dans la cavité du poil rétourné sur lui-même. Au contraire, M. Treviranus soutient que ces grains entrent dans la propre cavité interne du poil, assertion que combattit vivement M. Unger, présent à la lecture de ce mémoire. Au-dessous du poil se trouve de plus, selon M. Treviranus, une ouverture qui entre dans le Lissu cellulaire du style, sans communiquer toutefois au tissu conducteur de celui-ci.

Malgré l'extrême confiance que doivent à tant de titres inspirer l’un et l’autre de ces savants, auxquels l'amitié et l'estime la plus haute me lient, je ne puis pas laisser ignorer 101 que si plusieurs de leurs observations sont confirmées par ce que présente l’organisation du Phyteuma , ilen est d'autres qu'infirme l'étude de cette Campanulacée.

D'abord , le poil n’est point un prolongement de la culicule épidermique. Cette cuticule est ce que j'ai appelé depuis longtemps l’épiderme, et c'est au-dessous d’elle que vient le derme, la peau de la plante (l'épiderme des anciens auteurs), car dans ces distinctions d'organes , il est bon de se servir de termes précis, rigoureux et dont l'étymologie exprime le sens. Or, l'épiderme peut bien recouvrir la cellule qui forme le poil et s'attacher à la paroi externe de sa membrane, c'est le cas dans tous les poils, sans que pour cela le poil cesse d'être une cellule dermique indépendante. Je ne nie pas que ce soil la le cas dans le poil du PAyteuma et de toutes les Campanulacées.

Mais toujours est-il que le poil forme un organisme indépendant, une cellule allongée à part, qui tient non à l'épiderme, mais au derme dont il est un des éléments hypertrophiés. Ce que MM. Brongniart et Treviranus ont nommé une cavilé percée dans le tissu cellulaire du style "et dans laquelle le poil, en s'invaginant, se relirerait , n'est +).

( 96 ) que le bulbe de ce même poil, c’est-a-dire la continuation sous le derme de sa propre cellule. Presque tous les poils offrent un bulbe de même nature, mais ordinairement plus court et plus gros.

On peut donc dire que le poil s’invagine dans son bulbe. La partie externe du poil perce entre des cellules du derme, de manière que lorsque le poil est tout à fait rentré , on dirait en effet qu'il y a un trou à l'endroit où il se montrait auparavant. Le poil venant au-dehors, entre les cellules du derme, paraît d’abord une cellule surajoutée (fig. I), et quelquefois, les cellules entre lesquelles le poil se dirige en dehors, semblent , en se soudant , former une base que le cône du poil transpercerait (fig. IE, k, à). C'est ici une simple apparence. Le cône du poil ne fait qu'écarter les cellules du derme, et l’épiderme dont l’un et l'autre sont recouverts rentre avec le poil quand il se retire.

Dans un de mes écrits antérieurs (1) j'ai démontré que dans plusieurs poils il y a, au sommet, un dépôt de matière organique continue, tandis que la base de l'organe est fort mince. Le même fait s'offre dans le poil rétractile du PAyteuma , comme on le voit (fig. IX, HILL, et IV, d. ) Cet épaississement de la membrane propre du poil n’est point un épaississement de l’'épiderme qui, là comme ailleurs, est une membrane d’une excessive ténuité.

M. Brongniart émet avec hésitation ses idées sur la cause de la rétractilité des poils, j'entends ici par cause le mécanisme de cette opération. Sans prétendre en donner une

(1) Observations sur l’épaississement de la membrane végétale. Bu. pe L'AcaD., tom, VI, no 9.— Prémices d'anatomie ct de physiologie végétale. Bruxelles , un vol in-8°, 1841, XVIII: mém,

Page 1