‹ DodonæaChapitre 33 sur 44 · DAT · texte numérisé non relu

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de cette fibre, portion inerte dans le mouvement, est un cercle de tissu cellulaire à cellules allongées enclavé au dehors dans un derme fort élastique. L'élasticité provient de ce dernier organe; la motilité, du premier. En d'autres termes la peau est élastique et le tissu sous-jacent mobile, excitable. En dehors se trouvent des poils queM.Treviranus compare à des franges, comme je l'ai dit. Ces poils sont en effet d'une structure singulière. D'ordinaire le poil simple résulte d'une seule cellule; le poil composé, de plusieurs cellules soudées ; mais ici, le poil parait simple et pourtant il est formé de deux cellules coniques, chacune à parois distinctes et à cytoblaste propre, pariétal, lesquelles deux cellules sont enclavées dans un prolongement distinct de l’'épiderme (épiderme vrai, membrane susépidermoide des auteurs) qui recouvre ainsi tout le poil, absolument comme le fait découvert par M. Adolphe Brongniart sur le chou aurait pu nous le faire soupçonner.

Les fleurs des composées sont hantées par une foule d'insectes. Plusieurs brachélytres en parcourant les fleurons , les abeilles en s’y agitant opèrent naturellement tous les effets que je viens de décrire : aussi quand trop d'insectes, quand un vent trop prolongé ont fatigué la fleur, elle ne montre plus ces diverses phases de sa motilité. Il est done convenable d'observer celle-ci dans une chambre sur des fleurs en repos, mais je ne l’ai jamais vue que pendant deux jours tout au plus dans une inflorescence, et une fois les couronnes poilues sorties, tout mouvement a cessé. C'est qu'il est alors, en effet, inutile, la fécondation étant faite ou à faire par d’autres moyens extérieurs.

Y a-t-il effet de la lumière sur cette motilité? Je ne le pense pas, puisque la nuit, ce phénomène se passe comme pendant le jour: c'est ce dont je me suis assuré. À cinq

(52) heures du matin le mouvement se faisait comme le soir , seulement aux heures les plus chaudes, le mouvement se montre plus fort et plus facile à recommencer, sans aucun doute, parce que le calorique est un des agents les plus favorables à l'exeitabilité.

Cire,

CÉRÉE DE NAPOLÉON,

OU

Observations sur l'anatomie et la physiologie de celte fleur.

(Lu à l'académie royale de Bruxelles, dans sa séance du 6 août 1842.)

Une tige de plus de vingt mètres de longueur, flexueuse et irrégulièrement entortillée, montante, nue d'abord, feuillée ensuite , s'élançant au plus haut point de la serre, et par feuillée nous n'entendons ici que cette structure parüculière d'avoir deux ou trois angles foliacés au lieu de vraies feuilles ; des branches tortueuses, faisant monter ou descendre, et cela dans l'air, des paquets de racines jaunes et sèches sur leur longueur , humides et blanches au bout , et puis sur ces branches, qui semblaient être trop pauvres pour s'orner de quelque belle végétation, par-ei, parlà des fleurs gigantesques et brillantes , longues de trentedeux centimètres(11 pouces), larges de quinze (près de 6 pouces) , montrant un élégant calice d'un vert pâle, formé de plus de quarante sépales disposés en spirale , augmentant successivement en longueur depuis deux à trente

centimètres ; dans ce calice une corolle de seize pétales d'un

blanc pur, aussi longs que la fleur, larges de quatre centimètres, se confondant peu à peu avec lecalice,et, au milieu, des centaines d'étamines étagées en spirale, pressées, longues,

flexibles , à filets d'un jaune paille et à anthères d’un jaune d'or, anthères ondulées et aplaties , qui, sans doute, éprouvent un frémissement spontané à l’'éclosion de la fleur, et enfin, au milieu de cette forêt d'étamines , un pistil énorme, mesurant deux décimètres et demi, colonne régulière, solide et grosse comme une plume d'oie, surmontée d’une étoile frangée, de vingt-cinq rayons, d'un jaune d’or, cotonneux, et au milieu de l'étoile, une cavité qui va se perdre dans l'intérieur de la fleur , tout près de l'ovaire, où se trouvent suspendus un nombre incalculable de petits ovules argentés; telle est la production, à la fois étrange et pleine de grace et de noblesse, à laquelle les botanistes ont donné le nom du célèbre empereur.

Le Cereus Napoleonis, originaire des forêts de l'Amérique du Sud et impoñté en Europe au commencement de ce siècle, est une plante qui ne fleurit que rarement. Une vieille tige portant depuis deux ans quelques-unes de ces énormes fleurs dans une des serres du Jardin botanique, J'ai saisi celte occasion pour faire sur un appareil floral de cette dimension, quelques observations qui, je crois, ne seront pas dépourvues d'intérêt pour les progrès de la physiologie des plantes. Je rappellerai ici que mes Observations sur l'anatomie et la physiologie du Cereus grandiflorus (14) ont été citées par plusieurs auteurs comme les seules remarques Justes et précises que nous ayons sur la formation des odeurs (2). Cest cet encouragement qui me porte à faire de nouvelles études sur la belle fleur de Napoléon.

Les sépales du calice sont charnus et verts; peu à peu le vert jaunit, puis le jaune pâlit, et enfin, le sépale est

(1) Prémices d'anatomie et de physiologie, n° IV. (2) Lyndley’s Zntroduction to botany ; 1839 , p. 441 , et autres.

devenu insensiblement blanc; il s'est élargi et aminei, il est pétaloïde ; 1l est pétale. Cette transformation , qui s’accomplit le long de plusieurs spirales, donne cette teinte variée de vert et de jaune dans ce qu'on est convenu, entre les glossologistes, de nommer calice. La fraction phyllotaxique est de ©, le numérateur exprimant le nombre de tours pour compléter une spire, et le dénominateur celui des sépales quicomposent cette mêmespire. On se rappellera ici que M. Braun a trouvé au Cactus speciosus pour formule caractéristique À, et aux Cactus coronarius et C. difformis =, de sorte qu'ici encore la loi de la phyllotaxie, qui établit que, dans un même genre, se trouvent les fractions les plus différentes pour définir les espèces, tandis que les mêmes fractions se repètent dans des genres les plus distants, est complétement confirmée.

Dans la théorie des odeurs des fleurs, M. Trinchinetui de Monza a dernièrement fait jouer un rôle important aux stomates, rôle sur lequel je suis loin d’être d'accord avec lui (1); mais c’est précisément à cause de cette différence d'opinion qu'il convient de porter son attention sur ces ouvertures , surtout dans le cas dont il s’agit. Or, il y a des stomates bien formés sur les deux faces des sépales verts et jaunes et sur les deux faces des pétales blancs, et de plus, le long style a son derme percé de ces mêmes organes.

(1) Je saisirai cette occasion pour porter à la connaissance des botanistes belges , que M. Trinchinetti a publié, en 1841 , son mémoire sur les odeurs sous le nom suivant : Su gli odori dei fiori. Memoria del dottor Æugusto Trinchinetti, premiata dall’ academia reale delle scienze e belle lettere di Prusselle nella seduta del 16 decembre 1859. Milano, coi tipi di Luigi e Giacomo Pirola, 1841, in-80, — Il me parait que le texte de la décision de l'académie , rapporté page 377 du tome VI, 1r° partie du Bulletin, eût été plus exactement suivi en disant que ce mémoire avait obtenu la médaille d’argent dans ce concours.

Je n'en ai pas vu sur les filets des étamines n1 sur les anthères. Ces stomates sont grands , à deux sphincters réniformes, granulifères, et ayant un mouvement de rétractilité très-visible, surtout apparent sur le style. On ne voit pas toujours sur les dissections, des ouvertures aussi franchement distimetes. Je dirai, en parlant de la physiologie de cette fleur, ce que j'ai conclu de l'existence de ces corps sur ces organes.

La corolle et le calice se trouvent soudés à peu près dans les deux tiers inférieurs de la fleur; le tube formé ainsi, laisse échapper peu à peu le nombre vraiment prodigieux d'étamines ; mais au bas de ce tube, sur une longueur d'environ trois centimètres, se trouve une simple surface, jaune, lisse en bas, sillonnée en haut, et ces sillons ne sont que des filets staminaux qui vont se libérer plus haut. Cette surface est le siége d'une sécrétion de nectar, comme dans le Cereus grandiflorus ; et ici encore, c’est pendant la fécondation du stigmate et non pendant l'imprégnation de lovule, que se font la formation et la sortie de ce fluide hydrocarboné; qu'on avait cru servir, mais à tort , à la nourriture des ovules, résorbé , comme 11 le serait à leur profit, quand ils prendraient leur développement. Je ferai encore remarquer ici , que si le nectar, sécrété au fond de la fleur , devait servir à attirer les insectes dans ce tube pour projeter le pollen sur le stigmate, celui-c1, par sa grandeur et sa position , et le pollen par son immense développement, n'ont nul besoin de ce secours étranger pour se rencontrer. La fécondation est des plus faciles. Il est donc bien plus probable que le nectar est rejeté par une fonction analogue à l'excrétion de l'urine, pour débarrasser la fleur de son excès de carbone.

Toutefois, cette surface sécrétante méritait d'être étu-

diée , car on sait assez peu sur les dermes qui ont pour propriété de séparer un fluide particulier d’un fluide général. Ici, le derme se compose d’une membrane celluleuse à cellules carrées , el partout on voit s'élever des masses papilliformes de cellules cylindriques, un peu coniques à leur sommet; masses papilliformes qui, le plus souvent, sont étoilées, mais où la forme d'étoile disparait, parce que le nombre de rayons devient successivement moindre, au point que des cellules isolées sortent en saillie de ce derme nectarien. Cette structure, qui rappelle les papilles d’un canal digestif d’un animal , n’est pas précisément très-ordipaire dans les plantes.

Le nombre d'étamines est, comme nous l'avons dit, très-considérable. Quoique soudés à la surface interne du périanthe, ces organes sont libres à leur partie terminale, et, dans la position habituelle de la fleur, les plus intérieurs se détachant , reposent librement sur le pistil, de sorte qu'outre la couronne des étamines , il y a un paquet de ces corps placé en bas et longeant le pistil. Ces étamines, dans leur nombre total, sont plus de mille dans une fleur ; dans une fleur , j'en comptais mille vingt-cinq, dans une autre, mille cinquante-deux. Je n'avais que ces deux fleurs à ma disposition ; mais enfin , voilà plus de mille appareils mâles pour un seul pistil dans un être appartenant à un règne qui , lui, compte aussi sa polygamie.

J'eus hâte de m'assurer, pour ces mille étamines, de l'état du pollen. Partout, je le trouvai bien formé, développé en masse, dans des anthères toutes égales ; point d'atrophie d'anthère, point de parastémones dans la fleur. Chaque anthère ayant sa base insérée sur le sommet du filet, est ouverte, plane etirrégulièrement crispée. Le pollen abondant, se compose de grains arrondis que, dans plusieurs anthères,

( 58 ) jai comptés à la déhiscence et que j'ai trouvés au nombre de cinq cents, du moins une fois au nombre de 504

Une seconde: rs quil izounrar ete Une troisième! havr :1: logic La is Une quatrième . . . s) «11 B48:

Ainsi, le nombre de 500 me inerte être plutôt surpassé qu'atteint dans ces appareils mâles.

D'après cette statistique, une fleur de la Cérée de Napoléon contient au moins 500,000 grains de pollen, chacun capable de produire une graine.

Chacun de ces grains offre la construction suivante. La coqueextérieure, jaune , est parsemée de gouttelettes d'huile fort petites ,et, dans trois parties , on trouve trois pores par lesquels peuvent passer les boyaux polliniques ; de sorte que le nombre de ceux-ci peut être de 1,500,000 dans une fleur.

Le pistil, que j'ai déjà dit être de la longueur de deux décimètres et demi et de la grosseur d’une forte plume d'oie, est bien l'organe le plus remarquable de cette fleur. Les stigmates, au nombre de vingt-cinq, sont autant de rayons frangés d'une étoile qui mesure au moins quatre centimètres. Ces rayons sont les vrais stigmates; leur face, supérieure quand l'étoile est ouverte, intérieure quand elle est fermée, est garnie de papilles formées de cellules eylindriques simples, arrondies à leur bout, et c'est entre elles qu'on voit le grain de pollen projeter son boyau.

Un des fondateurs de l'anatomie végétale, Malpighi, en parlant du gonflement de l'ovaire et de son changement de forme dans l'acte de la formation du fruit, avait attiré l’attention des botanistes sur le tube qui parcourt d'ordinaire le pistil unique. Pour lui, 11 y avait une communication directe de l'air extérieur, du stigmate à l'ovaire, dans les fleurs des Rosacées, à peu près comme il en existe une

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(59 ) effectivement dans l'ovaire ouvert des Résédacées (1). Malpighi, qui comparait l'ovaire à l'utérus, voyait dans ce tube un organe analogue au vagin. Son contemporain Grew n'attacha aucun prix à cette comparaison : le pistil, pour lui, n'étaitque le cœur de la fleur, etce cœur servait à reconnaitre les espèces, à nourrir les graines, à verser du nectar à quelques animaux , lesquels, sans doute , mangeaient aussi les globules du pollen (2). Vaillant, en démontrant que le pollen n'allait pastrouverdirectement l'ovule, puisque le pollen rouge du pavot oriental ne rougissait pas les graines (5), combattit un des premiers la possibilité de voir dans ce canal, dans ce tuba de Malpighi, le représentant du vagin. D'autresauteurs, et parmi eux Ludwig, furent du même avis, Gaertner fit voir d’ailleurs que souvent ce canal est un cœcum ou un tube aveugle, et que la partie fermée est celle qui correspond à l'ovaire (4). Cet organe était néanmoins tombé pour ainsi dire dans l'oubli, lorsque M. Schultz attira de nouveau l'attention sur ce point en faisant voir la constance même du fait dans les fleurs où il semble disparaître, à tel point qu'on peut dire que toutes les plantes phanérogames en sont pourvues (5). M. Treviranus, qui à déjà rapporté la plupart deces faits, yaajouté plusieurs considérations curieuses, entreautres,que, dans les Monocotylédones comme dans les Orchidées où le pistilestsoudéavec les étamines , et dans les Liliacées, on trouve un canal triangulaire qui, sans interruption, se rend de l'ovaire au stigmate, Il remarque , en outre, que ce tube, triangulaire dans les Tropæolum , de-

(2) Grew, Anatomie des plantes , 1675, p.165-168.

(5) Vaillant, Discours sur la structure des fleurs, p. 17-19.

(4) Gäertner, De fructibus , Introd., p. 44.

(5) Schultz , Natuur der lebenden Pflanze , tom. 1, 105-107,

( 60 ) vient pentagone dans les Podophyllum , cylindrique dans les Lobelia, les Primula, les Berberis; qu'il se termine en cinq bouts dans les cinq côtes du pistil de l’Azalea indica , etc. (1).

L'existence de ce canal pistillaire une fois reconnu , 1l devenait nécessaire d'en constater la genèse d'abord, la fonction ensuite.

Or, quant à la genèse, depuis que la théorie de Goëthe a fait envisager le pistil comme un verticille de feuilles carpellaires modifiées en ovaire par leur limbe, en podogyne par leur pétiole, en style par le prolongement de leur nervure médiane, eten stigmate par le bout de ce même prolonsement, on a dû regarder le canal pistillaire comme la cavité résultant de la soudure des styles entre eux; soudure circulaire et laissant par suite unesolution de continuité centrale. Or, dans la plante qui nous occupe, comme dans toutes les Cactées, le nombre de stigmates est toujours le même que celui des trophospermes, donc le même que celui des feuilles carpellaires qui entrent dans la composition du style (2). Nous voyons exister ici vingt-quatre stigmates qui indiquent autant d'éléments foliaires dans le pistil entier.

La fonction du canal pistillaire a occupé, comme on le pense bien, les botanistes qui ont examiné la structure de la fleur avec quelque profondeur. M. Schultz trouva ce canal fermé, dans quelques plantes, par une masse de tissu cellulaire, laquelle lui parut être un prolongement supérieur des placenta, et, de plus, indépendant des parois du canal avec lesquelles il n'offre aucune adhérence. Dans les Cucurbitacées , il trouva au contraire que ce tissu cellulaire descendait des papilles du stigmate, pour se prolonger

(1) Treviranus, Physioloy. der Gew. , Ÿ 515, p. 357-558 , 2 vol. (2) Endlicher, Enchiridion botanicum. Leps. 1841 , p. 590.

à travers le canal jusque dans l'ovaire. M. Treviranus ne put toutefois se ranger de cet avis. Il trouva au contraire une connexion organique complète entre les deux substances (1), en reconnaissant toutefois que le tissu cellulaire obturateur était un prolongement de la substance papilleuse du stigmate. L'observation de MM. Robert Brown et Adolphe Brongniart, sur le rôle que jouent les cordons pisüllaires dans l'acte de la fécondation, devait éloigner, en effet, les esprits de voir dans ce tissu l’ensemble des boyaux polliniques partant, après la fécondation du stigmate, des grains de pollen agglomérés sur les papilles de l'organe femelle.

Les travaux du professeur Link sont venus depuis jeter un nouveau jour sur cette question. M. Link sépare d’abord le vrai pistil, dernière continuation du pédicelle , de l’androstyle et du stylostége, qui résultent, le premier, de la combinaison du style et des filets staminaux , et le second, de la combinaison du stigmate et des anthères. Le canal de l’androstyle ne saurait avoir ni la même genèse, mi les mêmes fonctions, peut-être, que le canal du pisul isolé; lequel canal prend, dans l'Organographie de M. Link , lenom de canal stigmatique, quoiqu'il nous semble appartenir plutôt au style qu’au stigmate. Voyons ce que dit M. Link du canal stigmatique.

Il est ouvert ou clos. Ouvert, ses parois sont revêtues de papilles, et il se remplit après la fécondation des tubes graïneux. Des tubes muqueux ne viennent pas moins se mêler à ceux-ci. Toujours à son sommet il est un peu béant,

(1) Treviranus, Phys., tom. Il, p.358.—Zeitschrift für Physiologie, IV. (tom. IX , fig. 1.2).

quoique peu (Crucifères) et souvent il passe à travers tout le style, et, si l'ovaire est pariétal , il y pénètre jusqu'aux graines (Orchidées) (1), et, si l'ovaire est central, ils'étend jusqu'à son sommet (Campanule) ; quelquefois, continue le professeur de Berlin, ce canal est fermé sous le sommet du style, maisil s'ouvre plus bas et se couvre de papilles comme dans le Berberis, Le canal stigmatique est, la plupart du temps, fermé par un parenchyme serré, à cellules épaisses, comme dans le potiron, qui peut à peine laisser passer les tubes muqueux on granifères.

Ce passage de la Philosophie botanique de l'auteur n’est pas assez explicite pour pouvoir en inférer s'il croit ou ne croit pas que les boyaux polliniques se servent du canal stigmatique pour arriver aux ovules. Il est néanmoins un fait qui est clairement énoncé dans cette doctrine, c'est que ce n'est qu'après la fécondation que la canal se remplit de tubes graineux mêlés à d’autres qui sont muqueux. Ce résultat nous suflit,

Nous devons maintenant examiner ce que dit M. Link de l’androstyle et de son canal.

L'androstyle des Orchidées, ou ce que M. Robert Brown et Lindley nomment la colonne, et que Richard désignait sous le nom de gynostémium, est formé du style et des filets tellement soudés qu'on ne peut plus les distinguer. C'est la continuation du pédicelle au-dessus de l'ovaire, réunie non-seulement aux filets, mais aussi aux divisions du périgone, surtout au labellum , qui parfois sort de son milieu. Sa structure varie. Toujours le canal stigmati-

(1) 1 nous semble que le canal des Orchidées est celui de l’androstyle et non du pistil isolé,

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que court dans son nulieu, et presque toujours après la fécondation il se garnit de tubes muqueux allant librement aux graines, parce que le canal s'ouvre dans la cavité de l'ovaire. M. Link a trouvé à peine des papilles dans ce canal. Cependant, il n'est pas rare de voir un autre canal encore qui parcourt l’androstyle, couvert de papilles nombreuses, ample au-dessus, rétréci au-dessous et fermé, tandis qu'au contraire le canal stigmatique est étroit en haut et large en bas, où il se rend dans l'ovaire. M. Link a vu un canal semblable (papilleux) dans les Épidendres, le Calanthe et d’autres, tandis qu'il manque dans les Orchidées indigènes (1) ,et, dans un autre passage, en contestant au gynize de Richard la qualité d'être le stigmate, organe que le professeur de Berlin croit correspondre au rostellum du même auteur, il affirme que la fécondation se fait trèsbien dans les Orchidées si on immerge les masses polliniques dans le canal stigmatique (2).

Il résulte de ces passages divers que, pour M. Link :

1° Le canal stigmatique des pistils libres se remplit après la fécondation de tubes muqueux dans lesquels chacun retrouvera les boyaux polliniques des auteurs ;

2 Que le canal stigmatique de l’androstyle des Orchidées sert au même usage;

5° Que le second canal de l’androstyle de ces dernières plantes, quoique papilleux, ne sert pas à cet usage.

Cette manière de voir n’est pas précisément conforme à ce qu'on pense généralement et à ce qu'on trouve énoncé dans tous les auteurs, qui, presque à l'unanimité, ont refusé

(1) Link, £lementa Philosophiæ botanice, t. 11. p. 216-232. (2) /bid., p. 250.

(64) au canal du pistil une analogie quelconque avec le vagin, et ont admis que les boyaux polliniques voyageaient dans un tissu particulier, tissu conducteur s'étendant du stigmate au placentaire ; de façon que les boyaux écarteraient les cellules et descendraient par les méats intercellulaires.

Je ne puis m'étendre, dans ce travail sur la Cérée de Napoléon , sur cette question si intéressante de la théorie de la fécondation dans les plantes, mais ce que je puis affirmer 1c1, d'accord avec les opinions de M. Link, c'est qu'effectivement dans les Orchidées jamais la descente des boyaux polliniques ne se fait par un tissu conducteur quelconque, mais toujours par le canal pistllaire , à la paroi duquel, dans la vanille entre autres (Vanilla planifolia), on trouve des milliers de ces corps encore tous adhérents aux granules polliniques, et chacun de ceux-ci ne produisant qu'un de ceux-là. J'ai vu le même fait se répéter dans un nombre considérable d'Orchidées que j'ai fécondées artificiellement. Ce fait est pour moi hors de tout doute.

Une seconde observation que j'ai faite et qui confirme une des vues de M. Link, c'est qu'il est très-exact que des grains polliniques, introduits dans le haut du canal pistillaire, poussent leur boyau sans qu'il soit besoin de les déposer sur le gynize ou de faire usage de sa matière muqueuse. Dans la vanille, j'ai vu les grains polliniques , introduits très-avant dans le canal , procéder à la fécondation et faire descendre leur tube. Ces recherches prouvent donc aussi qu'il est inexact de dire, avec M. Link, que le rostellum soit le stigmate, car ce dernier organe n’a point d'autre caractère lixe que sa fonelion. On ne peut, en effet, dire que ce soit la dénudation des cellules du tissu parenchymateux, puisqu'il y a d’abord des stigmates à derme et

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(65 ) qu'en suite, comme dans les Orchidées, même sur ce derme du canal pistillaire, la fécondation s'accomplit.

Un troisième fait enfin, qui n’est pas dépourvu d'intérêt, c'est que, dans la Cérée de Napoléon, vu le développement du pistil, on voit certaines structures avec une facilité si grande, qu'il est convenable d'en prendre note. Ainsi le canal pistillaire dans ce végétal a deux et trois millimétres de diamètre, et, vers le haut du pistil, où il va en s’élargissant, son diamètre est de cinq millimètres. Surtout vers le haut et dans tout son trajet, se trouvent des papilles perpendiculaires aux parois du canal; papilles nombreuses, en haut, de la longueur d’un millimètre , en bas, plus petites, formées de cellules oblongues, singulièrement emboîtées, en ce que deux, trois ou plus, terminales et finissant en cône du côté libre, soutiennent dans leur intervalle une cellule libre, allongeant ainsi toute la papille. Chacune de ces cellules à un eytoblaste très-distinct. Mais elles ne sont remplies que d’un sue cellulaire liquide, tandis que les cellules fusiformes du style sont remplies de grands globules de fécule.

Le canal pistillaire est fermé en bas, immédiatement au-dessus de l'ovaire; mais, dans la cavité de celui-ci, à la partie où le canal se serait ouvert sil avait abouché dans l'ovaire, on voit suspendues de haut en bas, les mêmes papilles que celles du canal, sauf que, plus longues, elles sont aussi plus régulièrement formées comme des poils. Les cellules se placent bout à bout.

D'après cette structure, j'étais en droit d'attendre que la fécondation se serait exercée dans ce canal, où J'espérais trouver des boyaux polliniques. Or, la grande fleur de cette Cérée, qui est une fleur diurne et qui s'ouvre au lever du soleil, pour se flétrir à 1 heure de l'après-midi, m'a montré

la fécondation se faisant parfaitement sur le stigmate rayonnant. Là, en effet, les grains polliniques poussaient leurs boyaux entre les papilles; mais, quoiqu'il y eût une quantité énorme de pollen sur le stigmate, aucun globule ne dounait de boyau au-dessous du cercle papilleux qui borde l'entrée du canal. Dans tout le canal, 1l n'y avait pas de trace de boyau. Je devais naturellement chercher ici si le tissu conducteur de M. Adolphe Brongniart m'aurait montré ces mêmes boyaux , et c'est en effet ce que l'expérience vint confirmer. Entre les cellules féculifères du style, les boyaux descendaient; on les suivait sur une coupe mince du stigmate dans le style et en plus grand nombre vers les parois du canal.

Ce fait n’est donc pas de nature à confirmer les vues de M. Link sur les fonctions du canal pistillaire. Il serait fort intéressant de rechercher toutes les phases de la fécondation dans les diverses familles du règne végétal.

Je reviens maintenant à une autre série d'observations, pour compléter la physiologie de cette fleur remarquable : je veux parler de l'odeur.

J'ai dit plus haut que des stomates existent sur la Cérée de Napoléon, sur les deux faces des sépales verts et jaunes, sur les deux faces des pétales blancs et sur toute la surface du style. D'après cela, si l’on adoptait les vues de M. Trinchinetui, cette fleur devrait être nocturne. Des stomates n'existent pas, selon lui, sur les fleurs qui s'ouvrent le jour. C'est donc là une première raison de croire que l'émission de l'odeur n'a rien de commun avec l'existence et les fonctions de ces bouches évaporatoires.

Dans mon mémoire sur le Cereus grandiflorus, j'ai démontré comment, durant une seule nuit, dans une seule fleur, l'odeur est intermittente, c'est-à-dire qu’elle revient à

certains moments pour disparaître dans d'autres. L'existence des stomates pouvait, dans cette fleur, expliquer , d'après celte théorie, cette intermittence remarquable. J'étais curieux, en possédant la Cérée de Napoléon, de vérifier si, avec des couleurs à peu près identiques, j'aurais eu la délicieuse odeur de vanille et d’héliotrope propre à la Cérée à grandes fleurs; si, secondement, cette odeur aurait été aussi intermittente et rémittente, si, enfin nous avions là une odeur fonctionnelle de plus à constater.

Or, voici ce que l'expérience apprit à ces trois sujets.

Quoique rentrant, par la blancheur des pétales et la teinte jaune des sépales, dans la série des fleurs blanches, lesquelles fleurs blanches ont, d'après les travaux de M. Schubler et Kobler, des odeurs agréables, la Cérée de Napoléon, loin de sentir la vanille et l'héliotrope, comme sa congénère , le Cereus grandiflorus, sent parfaitement le navet , au point de s'y tromper. Il serait peu de l'avis de la plupart des hommes à bon goût de dire que l'odeur de navet soit une odeur agréable. Quoique de telles appréciations ne soient pas rigoureuses, puisque l'agréable pour l’un devient le désagréable pour l’autre ,je crois qu'on se rapprocherait davantage du sens commun des hommes en disant que l'odeur de navet est désagréable. Elle se rapproche de celle du-chou, qui est quasi-ammoniacale.

De plus, l’odeur de navet de la Cérée dédiée à Napoléon, n’est nullement sujette à des variations; elle est continue et n'offre rien de ce que nous a présenté, sous ce rapport, la Cérée à grandes fleurs.

On ne peut s'empêcher de faire cette réflexion au sujet de ces deux fleurs, si voisines par leurs caractères, que l’une , à odeur agréable, est une fleur nocturne, que l’autre, à odeur désagréable, est une fleur diurne, et que, le soir,

( 66 ) en effet, beaucoup de fleurs parfument l'atmosphère plus que le jour.

Puisque je suis, pour un moment, sur le terrain de ces odeurs, je prendrai date pour deux expériences curieuses que j'ai faites, cette année, relativement à la théorie des odeurs.

On sait qu'on s'est demandé si, le soir, les fleurs ne devenaient odorantes que parce que, pendant la nuit, la volaülisation des matières odorantes était moindre, et par conséquent qu'il y avait chez elles aux heures sans soleil accumulation plus grande des particules odorantes. On sait encore qu'on s'est demandé si, la nuit, les parfums devenaient plus énergiques, plus sensibles à l’odorat par la condensation des vapeurs de l'atmosphère.

Ce printemps a fait développer aux environs de Liége beaucoup de belles fleurs de l'Orchis bifolia, dont les fleurs blanches, inodores complétement le Jour, deviennent, le soir, et surtout vers 11 heures de la nuit, d’un arome pénétrant et délicieux. Pendant cinq jours, je remarquai bien l'heure où ce parfum commençait à se manifester : c'était avec le crépuscule, et quand l'obscurité de la nuit régnait autour de la fleur, le parfum parvenait à son plus haut degré d'énergie pour diminuer à l'aurore.

Je mis deux épis de cette espèce dans deux cylindres de verre remplis d'eau, de manière à submerger complétement l'épi. Je mis un de ces cylindres dans la possibilité d’être éclairé du soleil pendant tout le jour, et l’autre à l'ombre. Je ne pouvais, si les fleurs devenaient odorantes, sentir leur parfum qu'à travers l’eau qui les submergeait.

Le soir, un arome délicieux se fit sentir. Il s’exhala pendant toute la nuit et disparut au lever du soleil.

Ce fait prouve que la condensation des vapeurs ne fait rien à l'odeur.

Il prouve encore, pour la fleur à l'air, que la volatilisation des matières odorantes ou leur accumulation dans les parties qui les forment, ne sont point la cause des odeurs ou des imodorités périodiques.

Sans aucun doute, c’est à la vie qu'on doit ce phénomène, et c'est dans les faits physiologiques qu'il faut chercher l'explication de cette fonction intéressante.

L'autre expérience , que je tiens à relater, est celle-ci : On sait que la fleur du Maxillaria aromatica à une forte odeur de cannelle, au point que deux ou trois fleurs de cette espèce embaument toute une serre.

On sait encore que la fécondation, exercée chez les Orchidées en déposant les masses polliniques sur le stigmate, s'opère très-vite, et queen moins d'une heure, les boyaux polliniques s’allongent; la fleur se penche; le périanthe tend à se fermer, et l'androstyle se renfle (1).

Un Mazxillaria aromatica porta des fleurs nombreuses, cette année, dans une de nos serres. L’odeur était forte, pénétrante, suave, analogue à celle de la plus fine cannelle. Les fleurs non fécondées conservèrent cette odeur nuit et jour, soir et matin, pendant huit jours. Chaque fleur que je fécondai perdit son odeur une demi-heure après la fécondation et ne la récupéra plus.

Ce fait seul, à lui seul, prouve que l'odeur est bien un phénomène vital.

On ne saurait s'empêcher de voir en ceci un moyen

(1) Morren , Sur la fécondation, la fructification , le semis et la germination des Orchidées. HorticuzTeur BELGE, janvier 1835, t. III, p. 9. Lis

(70 ) qu'emploie la nature pour attirer les insectes sur les fleurs, afin que, messagers d'amour, ils accomplissent l'acte important de la fécondation; mais, dans le fait cité de la Maxillaire aromatique, il est au moins étonnant qu'une fois la coopération de ces insectes coadjuteurs étant devenue inutile, immédiatement après, l’appat que leur a présenté la nature

s'évanouisse.

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