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RECHERCHES SUR L'IVOIRE VÉGÉTAL

( Lues à l'académie royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles,

le 5 novembre 1842.)

L'ivoire végétal est connu depuis longtemps, mais ce n'est que depuis peu d'années qu'on en fait usage en Angleterre. Il y est envisagé comme le contenu d’une noix commune dans les iles Mascara , et provenant d’un végétal qu'on appelle vulgairement Tagua ou Cabeza de negro, tête de nègre. Une circonstance particulière m'a mis en possession d’une noix semblable (pl. FE, fig. 1), d'une moitié de noix tournée en bille de billard (pl. F, fig. 2), et d’un pied de pelotte à épingles, ciselé et imitant à s'y méprendre le plus bel ivoire (pl. FE, fig. 5). C'est sur ces corps que j'ai fait quelques recherches.

La famille des Cyclanthacées, fondée en 1822 par

M. Poiteau (1) et conservée par M. Lindley (2) en 1856, contient le genre de plantes dont la graine fournit cet ivoire. M. Von Maruus, qui en a séparé les Phytéléphantées en 1855, a naturellement rangé ce genre dans cette dernière famille (5). Toutefois on est si peu d'accord sur sa place, que plus récemment M. Endlicher (4) ne fait des Cyclanthées qu'un sous-ordre des Pandanées. Le genre Phytéléphas qui vient s’y ranger, lui paraît même trop peu connu pour pouvoir en déterminer définitivement la position dans le système.

Ce genre Phytéléphas dont l'étymologie indique assez que ce sont là les plantes à ivoire, a été fondé par Ruiz et Pavon, et puis nommé Elephantusia par Willäenow. Les palmiers de ce genre habitent avec les Cyclanthées le Pérou, et deviennent plus rares au Brésil. Une note anglaise que jai devant moi, indique que les Indiens emploient les feuilles de ce palmier comme celles de ses congénères pour couvrir leurs cabanes , et qu'ils coupent de ses noix des boutons et d’autres objets à l'usage domestique. L’albumen de ces graines, avant d'être endurei, se mange , et ce n'est que par un progrès de l’âge qu'il devient osseux.

L'ivoire qu'on retire de ces graines n’est autre chose que l’albumen qui, de laiteux qu'il était d'abord , d’albumineux qu'il était ensuite, a fini par acquérir la consistance du blanc d'amande pour passer enfin à l’état dur, élastique et blanc qui l'a fait comparer à l'ivoire. L’albumen des palmiers a exercé la plume savante de M. Hugo Mohl.

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(1) Mém. du Museum , 1. IX ; p. 354.

(2) À naturel system of botany, p. 5062.

(5) Conspectus Palmarum , n° 21-22.

(4) Enuchiridion botanicum 1841, p. 152-153.

L'albumen de tous les palmiers, dit-il (1), est formé de cellules régulièrement disposées en séries décroissant de la périphérie vers le centre. Les cellules sont à la surface de l’albumen plus petites, et s'approchent davantage de la forme dodécaédrique que les autres, qui sont allongées. Cette disposition en lignes divergentes vers la périphérie, se trouble près de l'embryon et près des endroits qu'on appelle ruminés. Ces cellules de l'albumen se ressemblent en ceci dans tous les palmiers, que leurs membranes sont hyalines et épaisses. Dans les palmiers dont l'albumen est très-oléagineux , les membranes cellulaires sont plus minces, et tout l'albumen est plus mou, comme dans les Cocos comosa, fucifera, Attalea excelsa, phalerata, compta, Astrocaryum vulgare, campestre, Diplothemium maritimum , Bactris concinna, ciliata, acant/ocarpa , Hyphaene crinita, Borassus flabelliformis, Elæis melanococca. Lorsque l'albumen est moins oléagineux, les membranes des cellules deviennent plus épaisses, et l'albumen desséché acquiert la dureté d’un os, comme dans les Saçus taedigera, hospita, Mauritia flexuosa, armata, Lepidocaryum gracile. Manicaria saccifera, friartea exorhiza, setigera, Oeonoma simplicifrons, OEnocarpos batava. C'est à cause de cela que ces cellules doivent être préférées entre toutes par les phytotomistes pour rechercher ces points qu'on a nommés des pores, et qui y sont plus distincts que dans aucune autre partie de plante. Aussi, dans les épaisses membranes de ces cellules, sont creusés de larges canaux qui se prolongent jusqu'aux couches externes de ces membranes, sans toutefois les perforer. Ces canaux sont exacte-

(1) De Palmarum structura , p. XLIV.

(F7) ment opposés les uns aux autres dans les cellules qui se touchent. Plus les membranes cellulaires sont épaisses et mieux ces canaux se montrent. Lorsque les membranes deviennent plus minces, comme dans les graines trèsoléagineuses, ces canaux sont moins parfaits et ne se présentent plus que sous la forme de points ou de trèspetits orbes, absolument comme dans les cellules d’autres plantes qui ont des membranes minces, par exemple, de la moelle du sureau, ou même ils disparaissent tout à fait. L'amidon ne se trouve jamais dans les cellules de l’albumen des palmiers, quelle que soit l'époque de leur évolution.

Je dois faire remarquer que ce passage de la magnifique anatomie des palmiers, publiée par le savant et consciencieux professeur de Tubingue, quoique ne mentionnant pas l'étude de la structure du Phytéléphas, représente si bien les faits, qu'il y est entièrement applicable. Cependant j'ai trouvé entre les planches de cet ouvrage représentant d'autres albumens et ce que l’on observe dans l’albumen éburné, des différences assez grandes pour que j'aie cru devoir m'étendre 1e1 sur ces recherches.

L’enveloppe externe de la noix d'ivoire est dure, à peu près pierreuse et d’un jaune gris, lisse et mate; elle est attachée à une seconde enveloppe brune, poreuse, mate aussi, et fait corps avec elle (pl. T, fig. 4. b). Au-dessous d'un vide qui sépare ces deux téguments est une troisième enveloppe aussi brune, bosselée et veinée, luisante. De nombreuses fibres la traversent (pl. F, fig. 4. c). C'est sous elle que se refcontre l’albumen qui forme l’ivoire végétal (pl. F, fig. 2. b). L'ivoire végétal est d’un blane de lait pur, sans veine, ni ponctuation, ni vaisseau aucun. La plus constante uniformité de texture se présente dans cette matière qui, sous ce rapport, est plus belle que livoire ant-

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