Écriture sainte
Définition.
L'Ecriture sainte est une collection de livres dans lesquels la révélation de Dieu est enseignée d'une manière parfaitement adéquate.
Cette définition embrasse trois points : 1 .° .l'idée du contenu de l'Ecriture ou de la révélation écrite; 2.** l'idée de l'autorité de l'Ecriture ou de l'inspira^ tion ; 3.^ et l'idée de l'Ecriture comme collection de
livres ou du canon.
1) De ta révélation écrite.
§• 29. ♦ Tradition et Écriture:
La révélation chrétienne est essentiellement rédemption , et la rédemption est un fait. Cependant ce fait, en tant que porté à la connaissance des hommes par la .prédication, devient à la fois relation historique et exposition dogmatique, en un mot , enseignement.
Cet enseignement a été d'abord et surtout oral, et a pu se transmettre longtemps sous cettq forme traditionnelle. Cependant l'incertitude d'une tradi-
tion orale aurait bienlot livré la yérité réyélée aux altérations les plus graves, si ceU&-ei n'eut été fixée d'une manière durable par l'Écriture.
Dans tout le cours de la révélation divine, depuis Moïse jusqu'aux apôtres, nous voyons, en effet, l'enseignement écrit prendre place à côté de l'enseignement oral , et préparer ainsi une forme authentique de la parole sacrée pour l'époque où tarirait la source vivante de la prédication inspirée.
Dwersiié de temps ei d^auieurs.
Si le contenu de TÉcriture est l'enseignement de la révélation , on comprend que celle-ci , ayant été successive, n'a pu être fixée par écrit que successivement D'ailleurs, la variété d^ formes nécessaires pour embrasser toute la plénitude de la vérité divine et satis£siire à tous les besoins auxquels elle devait répondre, exigeait des organes divers. Cest ainsi que s'explique la diversité des temps, des auteurs, des rârits qui se manifeste au sein de 1 unité de rÉcriture.
Ancien et Nam^eau TestamenL
Les différents livres de l'Ecritare se divisent en deux parties, qui correspondent aux deux grandes disp^isations do judaïsme et du christianisme. D apres le ra|^rt que nous avons établi entre ces deux
dispensations et celui que nous venons d'indiquer entre la révélation comme fait et la révélation enseignée et écrite, nous ne pouvons hésiter à regarder l'Ancien Testament comme partie intégrante et essentielle de rÉcriture.
2) De Vautorité de VÉcriture, A. Nécessité de Finspiraiion,
On comprend que la connaissance de la rédemption* n'est pas moins nécessaire pour l'accomplissement de son but que la réalité même du fait, puisque ce fait n'existe pour nous qu'autant qu'il nous est connu. De là la nécessité d'un moyen de connaissance parfaitement adéquat et authentique ; de là aussi la connexion étroite entre l'idée de la révélation . personnelle et historique de Dieu en Jésus- Christ (Rédemption) et l'idée de la révélation écrite (Écriture).
S'il est vrai qu'aucun livre ne puisse être comparé avec la Bible comme forme écrite du christianisme, il faut en conclure que la Bible renferme véritablement l'enseignement chrétien , et en même temps il faut lui supposer une autorité sans laquelle cet enseignement ne serait point fixé avec certitude, et la révélation chrétienne resterait par conséquent comme non avenue pour nous, ce qui est inconciliable avec son idée. Or, cette autorité ne peut
consister que dans Finfaillibilité , et cette infaillibilité ne peut avoir sa cause que dans une intervention divine à cet effet : c'est cette intervention qu'on appelle Inspiration,
B. Nature et mesure de F inspiration.
Cf. Steudel., Ueber Inspiration der A pastel u. damit Ferwandt^s. Tub. Zeitschrift, i838j 3,* cah. Tholuck, Ueber die normative Aukto'ritàt Christi u. der Aposiel. Dans Vintroduction de son commentaire sur Têpître aux Hébreux, 2/ éd., et dans LitU Anzeiger^ 1840, n."* 62, 63. HoFMANN (de Rostock), fFeissagung u. ErJuUung^ 1841. (C. IV : Inspiration. C. VI*: die Schrifu) R. Haldane : The hooks of the Old and New Testaments proi^ed to he canonical^ and their ^verbal inspiration main-tained and estabUshed^ 3/ édit. Edimbi. i83o« Gaussen, .Theùpneustiej ou pleine inspiration des saintes Ecritures, Paris, 1840* RvDBLBACH, Die Lehrevon der In^ spiration der keil* Schrifi^ mit Berùcksichtigung der neuesten Untersuchungen darûbery von Sghleiermacher, TwESTEN II. Steudel, kistorischy apologetisch u. dogmatisck entwickelt. Zeitschrift fur lutherische Théol. u. Kirche , 1840, 1/' et 2.* Cahiers; 1841, 1/' cahier; 1842, 2/ cahier. Les deux premiers artides renferment l'histoire du dogme, les deux autres exposent les preuves bibli<|ues relatives à TAncien Testament.
Définition de V inspiration.
L'inspiration ou theopneustie doit se définir une action spéciale du Saint-Esprit sur les écrivains sacrés, en vertu de laquelle renseignement de la révélation chrétienne se trouve fixé dans leurs écrits dtune manière parfaitement adéquate.
Cette définition renferme deux points : la nature et la mesure de l'inspiration.
a. Nature de Pinspiraiion.
j^perçu historique.
L'Ecriture suppose le fait de l'inspiration plutôt qu'elle n'en indique le mode. Les prophètes de l'ancienne alliance ne parlent point en leur propre nom, mais, ainsi que l'indiquent diverses formules, se considèrent comme des organes par lesquels la parole de Jéhovah est adressée à Israël. Le Nouveau Testament ne confirme pas seulement ce &it à l'égard de rAncien(2 Tim. m, 16 [i]j Héb. m, 7, etc.; 1 Pier. I, 10-1 a; 2 Pier. 1, 21 ), mais nous montre des écrivains apostoliques placés sous la même action divine (1 G>r. vil, 10, 12, 25 j XI, 25; Gai. i, 12; Eph. m, S et suiv.; 1 Thess. iv, 16; 1 Tim. iv, 1).
Les promesses du Sauveur a ses apôtres nous laîs-
sent pénétrer davantage dans la nature de cette action du Saint-Esprit (Jean xv, 26; xyi, 14, i5; xit, 26; rviy 12, i5; et par analogie, Matth. x, 19, 20), ou au moins dans ses effets relativement à lautorité de renseignement évangélique.
Telle est la nature formelle du dogme de l'autorité de rÉcriture et le rang qu'il occupe dans le système de la doctrine chrétienne, que l'Église l'a toujours supposé plutôt que discuté ou formulé. Il n'a donc proprement point d'histoire et na point été fixé par les symboles ecclésiastiques. La réformation elle-même ne l'a guère déterminé que n^ativement, et par opposition à toute autre autorité religieuse. Il en est nécessairement de même de la notion de l'inspiration [2].
Si dans l'absence de documents publics on examine les écrits des docteurs, on verra que l'inspiration est surtout conçue par les Pères et les écrivains du moyen âge sous son côté objectif et comme un état passif. Elle ne trouve, d'ailleurs, pas plus de place dans la dogmatique scholastique que dans celle de la réformation, où rÉcriture elle-même ne constitue point de locus théologique [3].
Ce n'est qu'au ly."" siècle que l'in&illibilité de l'Écriture, et par suite la nature de l'inspiration, sont devenues, un objet particulier de réfl^on scientifique. Cest aussi sur ce point qu'ont dû principalement porter les attaques de la science moderne, et* depuis lors toutes les luttes théologiques se livrent
plus ou moins ouvertement autour de la doctriae
qui nous occupe.
[i] 3 Tim. III, i6. Qu'on supplée iWi avant ou après &to^vtvrroii le sens est le même. Dans le premier cas, l'inspiration de TAncien Testament est déclarée; dans le second, directement enseignée. Quant aux écrits désignés par ypcL^i , ce ne peut être que tout l'Ancien Testament.
[a] Voy. Conf. Galtic.^ art. 3 — 5. (édit. Niem., p. 339). Conf. Scotic.^ att. 19). {Ibid.^-ç. 35i). Conf. Belgica^ art. 3 — 7, (/t., p. 36 1), Cf. HeheU poster, (Ib.y p. 467). Formula concordiœ^ éd. Hase, p. 670. Le concile de Trente ne s'exprime point sur ce sujet.
[3] Voy. Melanchtoiî, Loci communes. Calvin n'en parle qu'en passant, et comme moyen de connaître Dieu avec certitude. Instit.y I, 6 — 10.
Développement dogmatique.
Sans prétendre déterminer ce que FÉcriture n a point défini , ni comprendre le mode de Faction divine sur les écrivains sacrés, il nous est permis de chercher à préciser la nature de Finspiration d'après Fanalogie des passages bibliques, le postulat naturel de l'idée du christianisme, et l'étude du fait tel qu'il se manifeste à la conscience religieuse et dans nos livres sacrés.
Comme action du Saint-Esprit, Finspiration diffère non-seulement par son degré, mais par sa nature de l'exercice même le plus élevé des facultés
naturelles de rhomine. G)mme action spéciale du Saint-Esprit, l'inspiration di£fère spécifiquement des autres grâces de TEsprit dans les fidèles. EHIe n est point, en effet, le partage de tous les chrétiens, mais est spécialement affectée au caractère d'organe de la révélation. Elle est le charisme, par lequel Dieu met les hommes qu'il a choisis pour oignes de sa parole, en état de remplir le ministère assigné^ l'inspiration est « le don de la prophétie. ^
Sous l'ancienne alliance les orgues de Dieu sont les prophètes ; sous la nouvelle ce sont les apôtres. Le même charisme se manifeste donc dans l'enseignement prophétique et dans l'enseignement apostolique, et préside uniformément à la série des révélations divines.
L'Ecriture est inspirée en tant que les écrits des prophètes et des apôtres font partie int^ante de leur enseignement.
Remarquons que, selon notre définition, l'action du Saint-Esprit porte sur Fesprit des écrivains. Il en résulte que l'inspiration des écrits n'est que médiate, sans être moins entière pour, cela, et que la passivité de l'oi^ane est exclue de la notion ainsi déterminée [i] L'Ecrivain sacré retient vis-à-vis de l'inspiration le libre exercice de son action individuelle, aussi bien que le chrétien visrà-vis de la gi^ce. L'individualité intellectuelle n'est donc pas plus détruite dans un cas que l'individualité morale (le caractèi^) dans l'autre. De là la forme humaine
individuelle de la pensée divine dans l'Écriture. Quant au caractère naturel ou surnaturel que nous devons attribuer à l'inspiration, la question doit se résoudre par Fanalogie avec les autres charismes , ou mieux encore, par le rapprochement déjà institué entre la théopneustie et la grâce. L'une est à rintelligence des choses religieuses, ce que l'autre est à la volonté morale. Dans l'une comme dans l'autre on peut dii^ que tout est de Dieu e€ tout de l'homme , et, renonçant à tracer une limite arbitraire entre le divin et Thumain, on doit les considérer comme harmonisés dans une pénétration réciproque de l'une par l'autre : toutes deux portent, à l'égard du caractère qui nous occupe, un même aspect d'ambiguité qui provient précisément du rapport étroit et indéterminable du divin et de l'humain dans les deux phénomènes : l'une et l'autre est surnaturelle, en tant que c'est Dieu, naturelle y en tant que c'est Thomme qui agit ; surnaturelle, en tant que considérée relativement à l'impuissance actuelle de l'homme, naturelle^ en tantrque conforme aux lois de la nature humaine dans leur exercice normal et leur type idéal [2}.
[1] La théorie de M. Gaussen consiste^ an contraire, dans ridée d une inspiration immédiate des écrits, sans égard au rapport des écrivains à cette action divine.
[2] Ce rapport du divin et de Thumain se retrouve dans les trois griands dogmes du christianisme, qui lui-même est essentiellement le rapprochement et Tunion de Thomme
el de Ûku : incarnation, inspiration, grâce» Ne jpéat-oB pas dire que l'intérêt pratique d'une delinutation des deux sphères n'est pas plus réel dans les deux premiers faits que dans le dernier ?
b. Étendue de Pinspiration,
La doctrine de rantorité de rEcriture ne saurait avoir de valeur pratique qu'autant que nous avons reconnu jusqu'où elle s'étend, et la nature même de rinspiration ne peut être strictement déterminée que par sa mesure.
Cette mesure est déterminée par le besoin d'un enseignement normatif adéquat des vérités cbrétiennes. Le postulat étant absolu, l'infaillibilité, et par suite l'inspiration , doivent être également absolues.
Mais, d'un autre côté, cette mesure est déterminée par l'objet de ce postulat, qui, ne s'étendant qu'à l'enseignement de la révélation , ne peut s'appliquer à des éléments étrangers à cet enseignement.
Toutefois, les éléments de l'enseignement cbrétien ne pouvant se déterminer à priori, nous n'avons point le droit de faire une distinction entre les éléments plus ou moins directement ou indirectement chrétiens des écrits sacrés. La parole de Dieu coïncide donc pour nous avec la Bibleelle-méme, et celleci se présente comme un vaste et vivant organisme, dont toutes les parties concourent directement ou
indirectement au même objet, et ne doivent pas plus être exclus du plan divin, parce que ce rapport nous échappe, que certains produits de la nature ne peuvent être regardés comme étrangers au but du Créateur, parce que nous ne savons découvrir leur place dans Tenchainement téléologique des choses.
Cette idée de l'organisme de l'Écriture nous mettra également sur la voie de la véritable relation entre le fond et la forme, l'esprit et la lettre dont elle se compose Toute séparation entre ces choses est en effet arbitraire et impraticable, et nous devrons dire que la parole est toujours inspirée de la même manière et dans la même mesure que la pensée. Ici donc encore, écartant toute notion mécanique de la théopneustie, nous concevrons l'action divine et humaine dans un rapport vivant et mutuel et une pénétration réciproque, et l'Écriture toftt entière nous apparaîtra comme la langue des hommes parlée' par Dieu , la langue de Dieu parlée par les hommes.