RAPPORTS SCIENTIFIQUES DE LA DOGMATIQUE
§•47- Rapports açec la philosophie.
La philosophie, dans son acception la plus gé^ nérale, est la science, et la science elle-même est la forme donnée par Fintelligence à la connaissance que lui transmettent toutes les perceptions humaines. Dans une acception plus étroite elle est la
science de l'esprit, et. par suite essentiellement science religieuse.
Les rapports de la dogmatique avec la philoso* phie embrassent le procédé et l'objet de Tune et de l'autre.
Le procédé philosophique consiste dans la réflexion dialectique ou l'application des lois mêmes de l'intelligence. Ce procédé étant la méthode scientifique par excellence, et la dogmatique étant une science, celle-ci devra nécessairement s'y soumettre^
Relativement à l'objet de la philosophie (religieuse), il faut remarquer que son contenu n'est point fourni à l'intelligence par Fintelligence ellemême; que celle-ci n'a pas même qualité pour juger de la valeur propre de ces données religieuses, mais uniquement pour en juger dans leurs rapports avec les lois intellectuelles, et qu'ainsi le rôle de l'intelligeiice dans la philosophie porte vis-à-vis de son objet le même caractère formel que dans la dogmatique.
C'est ainsi que les éléments naturels du christianisme ayant leur siège dans la conscience humaine {Tffy&jfJLot)^ forment un objet légitime de la philosophie, de sorte que la différence &e résultat à cet égard entre les deux sciences ne pourrait , dans l'hypothèse de la vérité du christianisme, jprovenir que de l'erreur des philosophes. Quant au contenu spécifique du christianisme, celui-ci en tant que rédemption est un fait, l'acte libre de la grâce divine, et comme tel ne peut se construire à priori,
mais doit être reconnu objectivement par la philosophie aussi bien que par la dogmatique. Il est vrai que la rédemption est plus qu'un simple fait extérieur^ ce fait a une signification religieuse, il est un dogme, et comme td c'est à la conscience religieuse qu'il s'adresse. C'est donc aussi à la conscience a l'apprécier, à se l'approprier, et le rôle de la philosophie, ici comme sur le terrain de la religion naturelle, est de recevoir telles quelles, des données qu'elle n'a point qualité pour juger, mais seulement pour comprendre et élevei' à l'état de science par la réflexion. Ici donc encore le contenu de la dogmatique et de la science est identique, bien que cette identité n'existe subjectivement que pour le chrétien, paix^e que celui-là ayant seul le dogme dans sa foi, peut seiil aussi par conséquent l'avoir dans sa science.
En résumé, la différence entre la dogmatique et la philosophie n'est point objective et réelle, mais subjective et accidentelle. Elle ne provient point de la différence entre le naturel et le surnaturel, puisque l'un et l'autre, comme faits, sont ^également objets de la science, ni de la différence entre une autorité subjective et intérieure ou extérieure à l'homme, puisque l'autorité de la révélation chrétienne n'est autorité pour le chrétien, qu'en tant quelle est devenue intérieure par l'appropriation libre de la foi : la différence entre la dogmatique et la philosophie provient de la situation
même du christianisme dans le monde. Le chris-r tianisme ne devenant une réalité que pour la foi , et Ja foi n'étant dans là condition actuelle de Thumanilé le partage que de quelques-uns, tous ceux: qui y restent étrangers , restent par cela même aussi étrangers aux faits chrétiens, et se trouvent nonseulement incapables de les embrasser dans le système de leur science, mais encore naturellement portés à en nier la i^alité.
Rapports avec les sciences ihéologiques,
4Lia dogmatique, ayant pour objet le christianisme dans ce qu'il a de plus essentiel , est à la fois le but et le résumé des différentes sciences théologiques. Elles concourent toutes à la constituer, et ne reçoivent leur véritable signification que de leur rapport avec elle.
En divisant la science en deux parties, théologie scientifique et pratique^ et la première de celles-ci en théologie exégétique, historique et systématique, on obtient précisément les éléments dont sp com* pose la dogmatique. Le résultat de l'exégèse est la théologie biblique, c'est-à-dire, l'élément scripturaire de notre science; c'est à l'histoire de l'Eglise que nous empruntons l'histoire des dogmes et la symbolique; la théologie systématique, enfin, est occupée par la dogmatique même, ou en général
par celle réflexion philosophique sur le chrislia* nisme, qui canslilue la partie spéculalive et critique de la dogmatique. C'est à cette dernière branche de la théologie qu'appartient aussi rélhlque chrétienne dont nous devons constater ici 1 étroite liaison avec la -dogmatique.
La théologie pratique est la théorie de Y art qui correspond à Ist science théologique et qui consi3te à l'appliquer [i]. £l!e embrasse en général les règles du ministère ecclésiastique et plus particulièrement les règles de l'enseignement chrétien, littéraire ou oratoire. Lar matière de cet enseignement étant la même que celle de la théologie scientifique, il se divise de même et doit reconnaître le même rang à la dogmatique, sous peine de méconnaître le caractère du christianisme. L'enseignement religieux populaire ne diffère essentiellement de l'enseignement théologique scientifique que par l'absence de ce caractère scientique, bien qu'il soit impossible d'ailleurs de déterminer strictement la limite des deux genres.
[i] La théologie pratique est théorique aussi bien que la théologie, scientifique. Un art est, soit la théorie d'une pratique 9 soit cette pratique elle-même dans son exercice. Dans le. premier sens, on peut. dire que la théologie pratique est un art, comme la théologie scientifique est une science.
' 5. HISTOIRE DE LA OOGMAtIQUE.
Pour Thistoire de la Dogmatique, voy. Thistoire des sciences théologicjaes de FLiÎGGE. Halle, ^79^ ^^ sniv., 4 vol.; et de Stj^udlin, Gôtt. i8io. Ces deux ouvrages sont superficiels. Le suivant est plus spécial et vaut mieux : Heinrich, Versuch einér Geschichte der versckiedenen Lehrarten der christUclien Glaubenswakrheilen und der merkw'ùrdigsten Sjstemeni Leipz. lygo. La traduction du discours de Bossuet sur l'histoire universelle, avec des continuations étendues, par Cramer. Loîpz. ijSj — 1786, 8 tomes, renferme beaucoup de matériaux utiles. Cramer ne va que jusqu'à la scholastiqùe, et Flilgge jusqu'à la réformation (inclusivement). Pour la littérature, consultez PrArr, Introductio in historiam theologiœ Uteraria. Tiib. 1724 — 1726, 3 tomes. Bcddeus , Isagoge historicotheologica ad theologiam unwersam. Leipz. 1727-1730, 2 tomes. Wiher^ Handbuch der theologischen Lîteratur. Leipz. i838, 2 vol. L'histoire de la science est traitée dans les dogmatiques de Haun, Twester, Hase, dans Hi7TTERUs Redivivus, etc, mais nulle pan d'une manière étendue et complète^
S- 49* Déjinitiori^ principe et division.
L'histoii^ de la dogmatique esl celle des essais systématiques dont les dogmes chrétiens ont été l'objet. Elle diffère de l'histoire des dogmes comme les croyances elles-mêmes diffèrent de la science, et les dogmes de l'enchaînement systématique. L'his-. toire des dogmes a pour objet les croyances de
l'Église; l'histoire de la dogmatique s'occupe des systèmes scientifiques auxquels ces croyances ont été soumises, et que l'élément critique- philosophique et individuel distingue suffisamment des systèmes symboliques.
L'histoire de la dogmatique a une double mesure d'appréciation à appliquer aux systèmes qu'elle examine. Elle doit les juger d'après leur contenu et leur forme, leur valeur chrétienne et scientifique, leur tendance religieuse et leur méthode.
L'histoire de la dogmatique, comme en général celle de la littérature chrétienne, se divise en quatre grandes périodes : la patristique, la scholastique, la réformâtion et les temps modernes.