I." PÉRIODE. XPatristique
Cf. sur la patristique en général^ Logherer, Lehrbuch der PatrologiCy 1837; Môhler, Patrologicy i.*' vol. 1840, trad. en français. Paris, 1843, 2 vol. On peut consulter en outre les nombreux auteurs plus anciens sur l'histoire littéraire ecclésiastique, Cave, £lib Dupin, Ceillikr, etc.
La première période renferme non-seulement la patristique proprement dite, mais en général la littérature religieuse des dix premiers siècles; c'est l'époque de la détermination symbolique et tradi* tionnelle des dogmes, et les essais systématiques restent nécessairement encore rares et imparfsiits.
IjCs matériaux de Ja dagmatique, c'êsuà-dire , les formules de la foi chrëtienae se préparent de boaae heure. L'Écriture elle-même fournit au moi os un exemple de méthode dans renchainement des dog*mes[i]. La littérature ecclésiastique travaille inces? samment sous l'action de circonstances diverses à repousser Terreur ou à satisfaire la foi par une expression adéquate des croyances communes. Cette littérature est d'abord épistolaire et pastorale, puis apologétique, le plus souvent polémique, mai^ revêt rarement le ton simplement didactique. Quant aux
tendances religieuses et scientifiques, il faut distinguer l'Église grecque de l'Église latine. La première nous montre en général la préoccupation^des ques^ tions théologiques proprement dites; la seconde s'attache de préférence à l'anthropologie chrétienne et à ridée ecclésiastique. L'Église grecque est partagée en- trois directions, dont l'une, scripturaire-^ exégétique, est représentée par l'école d'Antioche; l'autre, philosophique- gnostique, par l'école eaté-* chétique d'Alexandrie, et la troisième, dogmatiqueecclésiastique-pratique, "se rattache à l'esprit positif de l'Occident. C'est ce caractère qui distingue, en effet, l'Église latine , et principalement les théolo^ ^ens.de l'Afrique.
Parmi les écrits que l'on peut J&ire rentrer dans la littérature dogmatique, l'époque patristique par excellence, c'est-à-dii*e, les premiers siècles de notre période, nous oifre la Catéchèse de Grégoire de
Nysçe (t 591), \ Enchiridion d'Augustin (t 45o), et surtout le traité d'Orîgène (t 254) ^^^ ^^ doctrines fùndamentùles du christianisme. L'ouvrage de Grégoire {Oratio catechetica magna) est une exposition odi^sée aux juifs et principalement aux païens, et embrasse sans méthode les dogmes de la Trinité , de la Rédemption, de l'homme et dû mal, de la prédestination et des sacrements. Le Manuel d'Augustin, dédié. à Laurentius, a pour but d'exposer « quod certum propriumque Jidei catholicœ sitfundamèntum. ^* XI est divisé en trois parties : de la Foi , de l'Espérance et de la Charité , mais s'attache spécialement au premier de ces sujets, sous la rubrique duquel sont comprises presque toutes les questions dogmatiques non sans une .polémique fréquente contre les hérésies de l'époque. Le TffsçX i§xSv d'Origène occupe dans l'histoire de la science un rang à tout égard bien supérieur, quelle que soit Timperfection de la forme sous laquelle l'ouvrage nous est parvenu. L'auteur, prenant pour base la doctrine biblique dans sa forme traditionnelle, « ecclesiasticàpràsdicatio per succéssionis ordinem ah apostoiis tradita * {prœfat., §. 2), se propose d'en rechercher la raison supérieure, ou, pour mieux dire, le développement spécula tif-gnostique {^causée) ^ et paraît avoir entrevu l'idée d'un système dogmatique (« unum corpus efficere *' prcefat , §. 10). L'ouvrage se divise en quatre livres, dont les deux premiers, ainsi que les écrits cités de Grégoire et d'Augustin,
suivent à peu près Tordre du symbole apostolique; tandis que le troisième traite principalement du libre arbitre, et le quatrième de TÉcriture et de son interprétation, [a]
Peu à peu et à mesure que la doctrine ecclésiastique prenait une forme arrêtée et consacrée, on éprouva le besoin, sinon d appliquer la réflexion scientiGque à ces données, au moins de les rassembler plus ou moins métbodiquemènt. Cest souis ce rapport que l'on peut citer le livre de Gennadius, presbytère de Marseille (vers 490)9 ^W ^ dogmes ecclésiastiques, malgré sa brièveté, sa confusion et le Ion polémique qui y règne. Un écrit de Févêque africain Junilius (vers 55o) mérite plus d'attention. C'est une introduction catécbétique à l'étude de l'Écriture sainte; mais, tandis que la première partie de cet essai s'occupe des différents genres de l'enseignement scripturaire, ainsi que de l'énumération, de l'autorité, du style et de l'ordi^e des livres sacrés, la seconde partie traite du fond même de la parole de Dieu et devient ainsi un véritable traité dogmatique. Elle se divise en trois sections : de Dieu , du siècle présent et du siècle à venir, renfermant sous ce dernier cjief plusieurs sujets hétérogènes. [3]
Mais le caractère de compilation se remarque surtout dans deux ouvrages célèbres qui^ en terminant et résumant les travaux de la première période, préparent ceux de la période suivante.
Ce sont* les collections dlsidore, évêque de Séville (t 656), et de Jean de Damas, moine de Jérusalem (t 754). liC premier rassembla en trois livres de Sentences un vaste arsenal de passages tirés des Pères,. d'Augustin principalement et de Grégoire, dans lequel l'Eglise d'Occident puisa les éléments de la théologie sententiaire. Jean de Damas, au contraire, dans son EocposUion de la foi orthodoxe (1. e. ecclésiastique ) , mit à contribution les Pères grecs, Grégoire de PTaziance surtout, et devint ainsi l'autorité permanente de l'Église orientale. L'ouvrage d'Isidore n'offre point de méthode, si ce n'est que le contenu du premier livre est dogmatique, et celui du second éthique, tandis que le troisième renferme une variété confuse de sujets différents. La collection de Jean de Damas est plus strictement dogmatique. Les quatre livres dont elle se compose embrassent, dans un ordre assez bien observé, la théologie, la cosmologie, l'anthropologie, la christologie, les moyens de salut et l'eschatologie. [4]
Il est inutile de dire qu'à l'exception des spéculations hardies d'Origène et d'une certaine liberté dans les vues de Junilius, les ouvrages que nous avons énumérés reproduisent fidèlement la tradition et l'orthodoxie du catholicisme.
[1] L'épitre aux Romains.
[2] Grégoire de Nysse. séyo(; Kurn^tirixèç fxéyotç. ' Voy. les Œuvres de Grégoire, édit. MoreHius. Paris, 1 6 1 5 , 2 voL
Augustin. Enchiridion ad Laurentiunij swe de Jide^ spe et charUate. Dans le 5/ vok des Œuvres^ édit. des Bénédictins.
Origène. riepi Àp^Sv. Voyez les Œuvres, éd. Delarue. . Paris, 1733 — 17^9) 4 vol. CJl Schnitzer, Origenes iïber die Grundlehren der Glaubenswissensckaft y fFie-derhersteliungsî^ersuch* Stuttg. i835.
[3] Gennadii Massiliensis presbyteri tiber de ecctesi€isticis dogmatibusj édit. Elmenhorst. Hamb. 1614.
Junilius. De partïbus dmnœ legis^ libri a. Dans la Magna bïbliotheca veterum patrum. Colon, t. yi , 2 •* part. , p. 198—207.
[4] Isidori Hispalensis episcopi sententiarum libri 3«
Dans les Œuvres dlsidore, édit. Du Breuil. Paris, 1 601 ,
Jean Damascène» EttS^offtç etupifinç rSç of.6oSo^ov ^irreeùç» Voyez ses œuvres, cd. Lequien. Par. 1712, 2 vol. în-fol.
n."" PÉRIODE. {SchoUistique^)
Sur la Scholastique, voy. les histoires générales de la Philosophie, en particulier .le Manuel de Rixner; les tomes V — vu de Cramer; l'introduction de Cousin aux Œuvres inédites d'ÂBELAio). L'ouvrage de M. Xavier de RoussELOx, Études sur la philosophie du moyen dge ; Paris, 1841, n'a aucune valeur.
Caractéristique générale.
La première période, après, avoir , sous l'empire d'tin besoin essentiellement pratique et par l'organe des Pères et des Conciles, donné à la doctrine cbré-
lienne nne forme sjmboliqiie el consacrée, ayait rami dans des colleclioiis de sentences la doctrine ecclésiastique ainn constituée. Les grandes questions tbéologiqnes nne fois tranchées et Fantorifé dogmatique déterminée, la réflexion scientifique ne pouvait tarder à s'emparer de ces données pour satis- Êiire, non plus les tendances pratiques de l'Eglise, mais le besoin de comprendre des penseurs. Tel fut le rôle de la scholastique.
Indqpendanmient de cette origine, le caractère de la scholastique fut déterminé par plusieurs circonstances particulières, telles que la dépendance de la pensée à l'égard de l'Eglise, l'autorité de la tradition comme vérité absolue, et par conséquent comme fournissant les prémisses de toute spéculation, enfin, l'usage de la logique d'Âristote. Cest de là que la scholastique tire son caractère de philosophie essentiellement théologique et dialectique. La scholastique est la science d'une époque |Mréoccupée des sciences religieuses, son contenu est donc avant tout théologique. Mais cette théologie n'est point la conception vivante du christianisme par la conscience religieuse; elle est un système à beaucoup d'égards extérieur, artificiel , étranger à TÉvangile et à la vie, imposé tel quel par l'autorité ecclésiastique : la scholastique reçoit donc ce dogme dans toute la roideur de son objectivité exclusive, néglige le rapport des croyances avec la conscience, et ne se hasarde guère au delà d'une critrque for-
melle. EnOn, le procédé scientifique, conformément à ces conditions , ne consiste que dans l'analyse et la syllogistique.
Cependant à côté de la scholastique proprement dite se développe une tendance mystique moins générale, mais non moins importante. La mystique, comme la scholastique, a la science pour objet, mais la science mise en relation avec les besoins religieux. Elle emprunte en partie à la scbolastique son procédé analytique et logique, et part comme elle des données consacrées de l'orthodoxie ecclésiastique; mais elle recherche davantage le contenu religieux de la formule. Enfin, elle introduit dans la science les données de l'intuition contemplative et échappe ainsi au caractère extérieur et à la stérilité formelle de la pensée au moyen âge.
La mystique suit plusieurs directions théoriques ou pratiques assez diverses, mais peut être partagée, quanta son histoire, en phases correspondantes à celles de la scholastique proprement dite. Notre période entière, sauf quelques précurseurs qui appartiennent à la précédente, s'étend du ii.'' au iS.'^ siècle et se divise en trois époques : Tune de formation et de premier développement (ii.'' et 12.* siècles)} l'autre, de pleine maturité (i5.* siècle); et la troisième, de décadence ou plutôt de transformation (14.^ et i5.* siècles).