Dogmatique schojastique proprement dite
1 /* Époque : xi.* et xii.* siècles.
La caractéristique que nous avons donnée de la^ scholastique en général, s'applique tout spécialement à la dogmatique scholastique. Les autorités ou sentences, c'est-à-dire, les passages tirés des Pères et principalement d'Augustin, en constituent le fond; la critique de ces autorités est purement logique; la matière est divisée en distinctions , questions , solutions, etc.; l'ensemble est disposé dans un ordre quelquefois empirique et emprunté au symbole, mais quelquefois aussi manifestant une intention systématique; enfin, l'esprit de cette littérature n'est point directement spéculatif, mais apologétique, et la réfutation des objections hypothétiques est le grand objet des théologiens.
Lies précurseurs de la scholastique ont peu fait pour la théologie systématique. Les écrits dogmatiques d'Alcuin (t 804), d'Agobard (t 841), de Scot Erigène (t vers 880), de Gerbert (f joo5) et de Lanfranc (f 1089), se rapportent pour la plupart aux hérésies des 8.^ et 9.® siècles. Le grand ouvrage d'Erigène (Z?e dii^isione naturce) appartient plutôt à la philosophie qu'à la théologie chrétienne. Le discours parénétique {Sermo exhortatorius) à^ÂQùbard, Defidei veritate, embrasse plusieurs points
dogmatiques^ mais les trois livres d'Alcuin sur la Trinité rappellent les essais de la période précédente, et peuvent seuls être regardés comme offrant un certain ensemble de doctrines [i].
La première période de la scholastique nous miontre le développement des tendances spéculative et positive représentées par Anselme (f 1 109) et Abelard (t 1142) d'un côté, et Pierre Lombard (t 1164) de l'autre, mais sans opposition exprimée. Tous trois partent également de la vérité absolue de la doctrine traditionnelle, mais le premier avec un besoin religieux plus senti; le second avec une témérité dialectique qui trompe son intention d'orthodoxie; Lombard avec la sécheresse du compilateur et la subtilité des distinctions.
Anselme a écrit des traités importants sur les principales parties de la dogmatique, mais aucun ouvrage qui embrassât l'ensemble. L'Elucidàrîum, du probablement à l'un de ses disciples, a la forme d'un dialogue et possède peu de valeur systématique [2].
Abelard, au contraire, outre une collection d'au^ toritcs contradictoires rassemblées sous le titre de Sic et non y a laissé trois ouvrages qui peuvent être regardés comme autant de recensions plus ou moins étendues de son enseignement théologique , mais dont le plus court {Epitorne théologice christianœ) n'est peut-être pas directement de lui, tandis que le second {Introducdo ad theologiam) ne nous est
point parvenu complet. La plus considérable de ces différentes rédactions {Theologia christianà) n*est qu'un traité sur la Trinité, avec une longue digression sur l'usage de la philosophie dans la théologie. Mais la comparaison des autres ouvrages nous montre que le plan d'Abelard embrassait la foi , Fespérance , la charité et les sacrements; l'espérance était regardée comme impliquée dans la foi , et celle-ci comprenait essentiellement la doctrine de la Trinité [3]. La collection des autorités devait trahir des contradictions réelles ou appâtantes, et provoquer ainsi un travail de conciliation. C'est ainsi que Fouvrage dlsidore a pu donner naissance au Sic et non, et celui-ci aux Sentences de Pierre Lombard [4]. Ce dernier recueil , comme lexpositipn de Jean de Damas, offre un ensemble complet et méthodique, mais se distingue des compilations antérieures par la conciliation des autorités , la proposition et la solution des difficultés; à côté de la réunion des passages se trouve donc un travailcrilique et apologétique indépendant. Les quatre livres dont l'ouvrage se compose, traitent de la Trinité, de la Création, de l'Incarnation, des (sept) Sacrements et de TEschalologie; un principe de division systématique indiqué au début, n'est point appliqué, ou du moins n'est point rappelé dans la suite de l'ouvrage. La valeur du livre est médiocre, et quelques écrits à peu près contemporains doivent peut-être lui enlever la louange même de l'originalité d'invention [5]. Mais cette espèce de
manuel convenait trop bien à l'esprit et aux besoins du temps, pour ne pas élre reçu avec faveur, et les Sentences devinrent bientôt le texte consacré d'une multitude de commentaires, et par suite le programme de la plupart des dogmatiques du moyen âge. [6]
[i] Alcuin. Lïbri 3 dejide sanctœ etindmduœ Trini^ tatis. Dans les Œuvres ^ édit» Frobenius* Ratisb. 1 7 7 7 ^ a vol.
[2] Anselmi opéra ^ édit. Gerberon, 1721, in-foK llElucidarium y est compris.
[3] Abelard. Oui^rages inédits d^jébelardj publics par Victor Cousin. Par. 1 836 , in-4.* Le principal de ces ouvrages est le Sic et non^ imprimé Ici pour la première fols.
Theologia christiana^ dans Mautehs et Durand, Thésaurus anecdotorum. Par. 1 7 1 75 t. v.
Introductio ad theologianiy libri 3, dans Abœïardi et Heloisœ opéra ^ édit. Ambœsius. Par. 1616, in-4.''
Epitome tkeologiœ christianœ'j éd. Rheinwald. BeroL 1 835. Le manuscrit de Munich, d'après lequel cet ouvrage a été imprimé, porte le titre Abœïardi sententiœ.
[4] Pierre Lombard. Sententiarum libri 4 . Ven. 1477; éd. Âleaume, Lov. 1 5 4 6. Il y en a de nombreuses éditions.
[5 ] Recueils de sentences antérieurs à Lombard : 1 ) Guillaume de Rheims (abbé de Saint-Théoderich), Sententiœ de S. jide ex Augustino ^ édit. Oudln. Lugd. Bat. 1692 , in -8.^ Guillaume était contemporain de S. Bernard. 2) Robert PuUein , professeur à Paris et à Oxford ; cardinal 7 f c. 1 1 5 : Sententiarum libri 8 et Pétri Pict. Sentent, libri 5, édit. Mathoud. Paris, i655, in -fol. Cet ouvrage est étendu, et antérieur à celui de Lombard.