‹ Dogmatique de l'Église réformée, prolégomènesChapitre 19 sur 26 · Epoque ; xiii.* siècle · texte numérisé non relu

Epoque ; xiii.* siècle

Les travaux dogmatiques du i3.^ siècle se divisent en traités spéciaux, en commentaires sur les Sentences, en Quœstiones quodlibetales, et eu Sommes ou systèmes théologiques plus ou moins étendus.

Les principaux auteurs de cette époque sont Albert le Grand (f 1 280), esprit plus curieux que profond , plus encyclopédique qu original ; Alexandre de Haies (f 1245), raffiné à l'excès dans ses arguments hypothétiques; Thomas d'Aquin (+ 1274) principalement, et Duns Scot (+ i3o8), lun distingué par la sagacité, lautre par la subtilité analytique, Tun par .la clarté, l'autre par l'obscurité, tous deux par la profondeur, représentants scientifiques des deux ordres religieux les plus puissants et de deux tendances théologiques , en désaccord l'un et l'autre sur quelques points avec la doctrine ecclésiastique.

La Somme d'Alexandre de Haies est un travail considérable, et paraît avoir été le premier de ce genre et à plusieurs égards le modèle de ceux qui suivirent. La dogmatique, selon l'auteur, a pour objet, tasuhstantia Dei ejfficiens per Christiim opus reparationis humanœ. ** D'après cette définition l'ouvrage se divise en deux parties, de Dieu et de la rédemption, et se subdivise en quatre : théologie, cosmologie et anthropologie, sotérologie, sotério-

logie : cette dernière partie traite des sacrements. L'eschatologie était comprise dans le plan de l'auteur, mais louvrage na pas été achevé. La division n'est au fond que celle de Lombard; mais se distingue parmi les systèmes de l'époque par le rang qu'elle assigne à l'idée de la rédemption. Cette Somme fait d'ailleurs époque dans l'histoire de la scholastique par f usage étendu qu'Alexandre a fait le premier de la philosophie d'Aristote.

Albert, Thomas et Duns Scot ont commenté les Sentences; les deux derniers chacun dans deux ouvrages différents. Albert a, en outre, laissé un Compendium (theologicœ i^eritatis) et une Somme de peu d'intérêt : cette dernière est divisée en deux parties, de Dieu et des créatures, et ne traite point la sotériologie. Le grand monument dogmatique du i5.*^ siècle et du moyen âge est la Somme de Thomas d'Aquin. Sa valeur provient plus néanmoins de l'étendue du plan et de la solidité des solutions que de l'art déployé dans l'organisation du système. Le balancement des objections et des réponses est fatigant; l'enchaînement des parties, soit dans l'ensemble, soit dans le détail, est soigneusement déduit et indiqué, mais n'a qu'une rigueur arbitraire; comme dans Lombard, et presque tous les systèmes théologiques du temps, l'éthique et même le droit canonique, sont mêlés à la dogmatique proprement dite. La disposition générale manque de symétrie. La première partie traite de la Divinité, de la Tri-

nité et de la création , et sous ce dernier chef, de l'anthropologie dogmatique; la seconde partie est la plus considérable, et se compose d'une éthique générale et spéciale assez maladroitement rattachée à la doctrine de l'homme; la troisième, enfin, a pour objet la christologie, les sacrements et l'eschatologie. L'ouvrage, étant resté inachevé, a été complété au moyen du commentaire de Thomas sur Lombard.

Il est remarquable que la doctrine de la chute y est plutôt supposée qu'exposée et n'entre point directement dans le système. Une introduction générale, mais assez brève, sur le caractère scientifique de la dogmatique, parait empruntée à Alexandre de Haies. De même que dans la plupart des dogmatiques du moyen âge, l'Ecriture, non plus que l'Eglise, ne constituent point de locus theologicus. Duns Scot est le premier qui ait traité avec quelque soin les questions relatives à la révélation et à rÉeriture comme contenant cette révélation : il n'a point d'ailleurs laissé d'ouvrage systématique [i].

[i] Alberti Magnî opéra ^ éd. Pierre Jaminy. Lyon, i65i, 21 vol. in- fol. Les écrits dogmatiques sont : i) Compendium theologicœ veritatis^ dans le vol. xiii.

2) Commentarii in Ubros sententiarum y vol. xiv — xvi.

3) Summa theologiœ^ vol. xvii, xviii. 4) De sacri/icio nussœ; De sacràmenio EucharisticBj vol. xxi.

Alexandri Alensis unit^ersœ theologiœ summa. Co). 1622 , 4 V. in-fol. Cest à tort que cet ouvrage est quelquefois indiqué comme un commentaire sur les Sentences*

Thomse ÂqoÎDaUs opéra omnia. Paris, 1660, a 3 vol. in-fol. Les écrits dogmatiques sont les suivants : 1) Corn" mentaru in sententias P. Lomhardl^ vol. vu — x. 2) Cornmentarius posterior super libres sententiarum P* Lom" hardi ^ vol. xi, 1 ." part. 3) Quœstiones quodlib étales ^ voL XI j 2.® part. 4) Quœstiones disputatœ^ vol. xii. 5) Summa catholica Jidei contra gentiles ^ vol. xiii, xrv. 6) Summa iheologica^ vol. xxi — xxiii. 7) Opuscula^ vol. xx.

Joannis Duns Scoti opéra omnia^ éd. Waddîng. Lyon, 1639, 12 vol. in-fol. 1) Commentarii in libros sententiarum^ vol. V — X {^profundius in primumy diffusîus in quartum^ Wadding). 2) Reportatorum parisiensium libri 4 , vol. xi. Extrait du précédent, et composé pendant le séjour de l'auteur à Paris. N'a point été terminé par Scot, mais par un de ses disciples. Le Commentaire n'a pas non plus été achevé par Scot. 3) Quœstiones quodlibetalesy vol. xii.

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