Epoque: xvit.* siècle
La scholasiique protestante.
Nous avons déjà dit que les phases de la dogmatique réformée au 17.** siècle se retrouvent dans la dogmatique de FÉglise luthérienne, avec celte différence cependant qu'elles datent- leur succession de plus haut , et remontent jusqu'à la Formule de concorde (i 680). Aux causes générales d'altération scientifique déjà signalées, il faut ajoute!^ ixà une polémique contre lé dogme réformé, dont Famertume fut presque tout entière d'un seul côté^ et dent les préoccupations servirent puissamment à détourner la pensée du véritable caractère que doit porter une théologie chrétienne. *
La première de ces transformations de la dogmat;îque luthérienne occupe le commencement du 17.^ siècle, et constitue la transition entre la théologie biblique de Melanchton et les systèmes suivants. Tout en s'attachant encore aux Loci du premier
comme texte et comme méthode , elle substitue à l'esprit incertain ou conciliant du professeur de Wittemberg les duretés polémiques de la formule de i58o :. c'est la phase symbolique de l'époque. L'ouvrage de Gerhard (+ 1 6X7) est un immense répertoire dogmatique, polémique et historique, remarquable parle bon. sens, la piété et une vaste érudition. Hutter (t 1 616) publia par ordre supérieur un Cornpendium très-court, mais méthodique et adapté "k l'enseignement universitaire. Après sa mort parut son Cpminentaire sur ]\f ielanchton , destiné à neutraliser, en le rectifiant, l'ouvrage commenté. L'intention symbolique de Hutter est beaucoup plus prononcée que celle de Gerhard, son orthodoxie luthérienne plus exclusive; et c'o^t par ses écrits principalement quun nouvel esprit s'introduisit dans la science. 'Son Comperidium remplaça celui de Melanchton comme. texte des cours publics, et devint à son tour le sujet de plusieurs commentaires [i].
La seconde phase est celle du scholasticisme proprement dit. L'étroite orthodoxie propagée par Hutteir. devint plus rigoureuse, plus sèche *et plus raffinée encoi^e au miliea de la lutte qui s'établit entre les orthodoxes et les syncrétistes, les théoli^giens de Wittemberg et d-Helmstâdt. Calixte (t i656) dont rl'esprit modéré, en s'écartant des rigueurs du luthéranisme , occasionna un si grand scandale > était, d'ailleurs, aussi attaché que ses ad versa ires, à
la méthode scfaolastîque, qui régna victorieusement pendant le milieu du 17.^ siècle. Son Epitome theo^
logiœ, aussi bien que les travaux de ses disciples et partisans, Horneius, Henichius, etc., en font preuve, et allieat la recherche dialectique dans Texécution avec un certain libéralisme théologique [2]. On comprend que le scholasticisme des adversaires de Calixte n'est pas moins prononcé; il est en outre impr^né de controverse. Les écrits de. Hiilsemann (ti66i), Calov (t 1686), Kœnig (t 1664), Scherzer (t i683), Quenstedt (t 1688) et Baier (t 1695) rivalisent à cet égard, et sont en même temps des monuments de labeur et de patiente analyse. Les douze volumes de Calov ne le cèdent, pour leur importante étendue, qu'au seul travail de Gerhard; mais on reproche de la négligence aux dernières parties. Les. manuels de Hiilsemann et de Kœnig ont poussé au dernier degré lanalyse schématique de la matière et la sécheresse pédantesque des formules. Celui de Baier eut le plus de succès, et régna longtemps dans les universités. Le plus remarquable de ces travaux est sans doute le Sjrsiema theologicfim de Quenstedt ; il. suit le plan de Kœnig, et traite chaque sujet didactiquement d'abord, puis polémiquement, avec uqe ramification formidable de thèses, ecthèses, antithèses, etc. [3].
. La troisième phase de cette époque s'étend jusque dans le siècle suivant , et présente une réaction religieuse- scientifique contre les abus de la théologie
logique et abstraite. Toutefois, le mouvement philosophique qui se manifestait positivement et négativement alors dans l'Église réformée , se fit peu sentir dans TÉglise luthérienne , et la réaction fut due plus immédiatement à l'influence religieuse du mysticisme, et surtout du piétisme [4].
-Spéner (f 170$) agit sur la théologie en agissant sur l'Église, qu'il rappela de la formule ii la vie, et d'une orthodoxie souvent roide et abstraite, à une tendance religieuse et pratique, non cependant sans que' le piétisme tombât parfois dans l'extrême opposé de l'indifTérence dogmatique. La science apprit ainsi à tenir compte des besoins religieux du fidèle, et si elle oublia quelquefois l'incompatibilité de son rôle véritable avec un caractère populaire, elle se donna plus de liberté dans les allures, en commençant dès lors à abandonner -l'usage de la langue latine. Spener a lui-mémce donné Mn& Dogmatique évangélique en allemand et sous forme de sermons. Les écrits systématiques de Breithaupt (f 1732), Freylinghausen (+1733) et Lange (f 1744)» appartiennent plus spécialement au piétisme [5].
Cependant l'impulsion donnée se propagea au delà du mouvement piétiste proprement dit, tout en se joignant à une tendance plus .sérieusement scientifique , et maintenant heureusement équilibrée. Cette double tendance n'est pas encore arrivée à une fusion entière dans Hollaz (ti7i3), se manifeste dans Pfaff*(t 1760). par une aversion pro-
nonoee pour le scholasticisme et une tendance à Funion des confessions évangéliques , et s'exprime pleinement dans Buddeus (f 1729)» Tun des théologiens les plus distingués' de son Église [6].
La méthode locale de Melanchton et de ses commentateurs équivalait presque à Tabsence de méthode, et l'ordre de succession des différents chapitres fut moins un fruit de la réflexion qu'une imitation de l'enchaînement argumentatif de l'épître aux Romains. Ce n'est que plus tard que Tidée instinctive de cette disposition fut indiquée et reçut le nom de synthétique y comme passant de la cause aux effets y du principe aux moyens, elr des moyens à la fin. Gerhard et Hutter suppléèrent tous deux à la lacune des Loci de Melanchton par un travail isagogique sur rÉcriture sainte. .
Calixte opéra un changement important dans la science, en séparant l'éthique de la dogmatique pour lui assigner une place indépendante. C'est lui encore qui introduisit la méthode analytique dans la théologie luthérienne^ où elle resta en vigueur jusqu'à la fin de notre période et au delà. Cette analyse part du but objectif, qui est Dieu, pour considérer le sujet, qui est l'homme, et arriyer aux moyens de salut par lesquels l'homme parvient à sa. fin 9 qui est la félicité en Dieu. On ajouta aussi depuis lors à la dogmatique des prol^omènes sur la théologie, l'Ecriture, etc. Calov le premier y traita l'idée générale de la révélation; mais cette partie du
système ne se développa que plus tard avec Técole wolfienne.
Outre ces principes systématiques suç Forgamsation générale de la science, on dis^tingue, relativement au traitement particulier des différents dogmes, la méthode définitive et causale, non pas toutefois comme deipc procédés -opposés et exclusifs l'un de
Fautr^e. La première ^est synthétique et déductive, et propose une définition quelle développe ensuite; la seconde consiste dans l'analyse de chaque dogme par l'application de diverses catégories de causes (efficiente et finale, matérielle et formelle).
La dogmatique du 17.^ siècle nous offre encore divers essais.de méthode, tels que la théologie allé-gorique de "Dsinïïhaxxer, fédérale dé Cocceius, économique et autres qui appartiennent en partie à l'Église réformée, et sont pour la plupart des points de vue dogmiatiques plus que des méthodes , ou des anomalies sans valeur scientifique et sans influence.
[1} JeaaGerkard. Loci theologici cum pro adsiruenda veritate tum pro destruenda (juorum^is contradicentium faîsitate^ per thèses nert^osey solide et copîose explicatif Erf» et Jena^ i6io — 1622, 9 vol. 10-4 .° plusieurs fois réimprimés. L'édition de Cotta, Tubing. 1762 — 1781, 20 vol.1n-4.*avec 2 vol. d'index, 1788 — 1789, est augmentée de beaucoup d'additions. Apkorismi succihcti et selecitin 2 3 capîtihus^ totius theologiœ nucleum continentes. JeQse, 161 ij în-8.**
Leonhard Hutter. Compendium locorum iheol. ex scrîp-
turis s, et ïihro concordiœ collfictunu Wiit. 1610, in-B,** Souvent réimprimé^ avec commentaire de Cuadisius^Jena, 1 64 8;trad, en aliem. par G. Ê. Francke, Leipz. 1837. in-8.*' Il y a 34 loci disposés à peu près dans Tordre du livre de MelanchtOD. Chaque locus est divisé en questions et. réponses très-brèves. — Loci communes theoL conformati dd methodum Ph. Melanchtonis. Witt, 1619,1661, ÎB-foI. Ces t un cours de dogmatique d'après les Loci de Melanchton.
[2] George Calixte. £pitpmetkeolagÎ4e.'Gos]airji6ig» La meilleure édition est de Helmst. 1661. in-8."
Conrad Homeius. Compendium theologiœ (fuo unwersa Jidei christ, doctrina 3 Ubris dilapide pertractatur. i65 5.
Jean Henichius. Compendium j i65 5. L'édition augmentée de i665 porte le titre : Institutiones theologicœ. L'ouvrage a principalement en vue lusage homilétique.
[3} J. Hûlsemann, professeur à Leipzig. Brepiàrium theologiie. yVixt. 16 c\o,
Ab. Calov^ professeur à Wittemberg. Sjrstema locorum theoh e sacra potissimum scriptura et aiiti^uitate nec non adi^ersariorum confessione doctrinam^ praxin et controf^ersiarum Jidei y cum veterum^ tum imprimis recentiorum j pertractationem luculentam exhibens. Witt. i655 — 1677,12 vol. in-4.'* Calov a aussi donné un Com- 'pendium sous le titre : Theologia pQsiti^a. Witt. 1682,
J. F. Kœnig, professeur à Rostock. Theologia positiva acroamatica sjnoptice tractata» Rost. 1664. Souvenir réimprimé.
J. A. Scherzer, professeur à Leipzig. Sjstema theologiœ. Lips. 1682. — Brcificulum theologicum^ ^^19 y in-i2. Scherzer a en outre commenté le Bre^iarium d'Hiilsemann.
J. A. Quenstedt, professeur à Wittemberg. Theologia
didacticO'^polemica s. systema t/teologieum in duas sectionesy didacticam et polenûcam ditnsum, WttU 1 685 — 1696^ etc. Lips. 1716,2 tom. in-fol. La partie thétiqae est un commentaire sur Kœnig.
J. W. Baier j surintendant général à Weimar. Compendium theologiœ positwœ. Jena, 1686; 2/ édit. 1691 ; 3'.* 1694; édit. Reuschj 1767.
[4] Parmi les influences qui agirent sur la théologie allemande à oette époque, on peut énumérer les suivantes s 1.^ la satire de J. V. Andréas, surintendant général à Stuttgard (f 1664), et plus tard de Christ. Thomasins^ professeur de droit à. Halle (f 1728); 2.* la mystique théosophique de Val. Weigel, pasteur à Zschopau (f 1 588), et du célèbre cordonnier de Gôrlilz, Jacob Bœhme (fi624); 3.° la mystique ascétique de J. Arnd, l'auteur du Vrai christianisme (-j" 1621), et de Henri Millier, professeur et pasteur à Rostock (f 1675); 4.° enfin, " Fascétisme biblique-pratique de Spener.*
[5] Phil. Jacob Spener. E^angelische Glaubenslehre, Francf. 1688.
J. J. Breîthaupt, professeur à Halle. Institutiones theo^ logicœ. Hal. 1695.
J.Anast. Freylingshausen, pasteur à Halle. Grundlegung der Théologie, Hal. 1703, etc.
Joachim Lange, professeur à Halle. Œconomia salutis ci^angeUcce et christianœ praxi accommodata. Hal. 1728. Commenté par Kamhach jDogmaiiiche Théologie j 1744.
[6] D. Hollaz. Examen theologicum acroamaticujm j uni^ersam thêologiam ethic* pohm. contpléctens \ 1707, in-4i°; éd. TcUer, Lips. 1763, in-4.**
C. M.'Pfi|fi*, professeur à Giessen. Institutiones tlieo- , logiœ dogmaticœ et moralis* Tub. 1720. .
J. F. Buddeus ,* professeur à Halle et Jena. Insdtutiones theologiœ dogmaticte» Lips. 1723, a tomes in-4.°