CHRISTIANISME
§. lO.
Définition.
Le christianisme est une. religion révélée qui consiste dans la rédemption accomplie par Jésus- Christ, Dieu manifesté en chair {BsàvOçofSFoç).
Caractère historique.
Comme religion révélée le christianisme est historique^ mais ses destinées ne datent point seulement de l'accomplissement de la rédemption , elles embrassent en un certain sens toutes les dispensations qui y ont préparé le monde. Deux considérations font comprendre ce caractère historique du christianisme antérieurement à sa naissance proprement dite. La première, c'est que l'histoire du -monde est une éducation , et, la rédemption étant voulue de Dieu, une éducation en vue de la rédemption. La seconde, c'est que, le péché une fois introduit dans le monde, les dispensations de Dieu envers l'humanité ont nécessairement leur raison, en tant que rtiiséricordieuses, dans le fait non encore accompli de la rédemption. En un mot, la rédemption date virtuellement de la chute; elle a du être le but inconnu ou pressenti de l'humanité avant Jésus-Christ, elle ne peut être comprise que comme pivot de l'histoire entière.
Rapports avec le Paganisme,
On comprend que les antécédents historiques du christianisme se trouvent principalement dans les religions antérieures \ celles-ci se divisent en Paganisme et Judaïsma
Le phénomène complexe du paganisme embrasse les différents systèmes religieux dans lesquels, d'une part , l'unité divine était, méconnue par le polythéisme, ou la personnalité divine par le panthéisme, et de l'autre part le caractère éthique disparaissait derrière le sentiment esthétique ou la spéculation cosmologique.
Le paganisme se trouve avec le christianisme dans un rapport d'indifférence ou de négation. Toutefois il a pu lui servir de préparation (négative), par cela même qu'en refusant satisfaction aux besoins religieux de l'homme, il ne risquait point de leur donner le change et les maintenait dans le désir et l'attente.
Rapports ai^ec le Judaïsme,
Le judaïsme, au contraire, se trouve avec le christianisme dans le rapport de l'enchainement historique et d'une préparation positive.
On peut dire qu'il ne forme point une religion indépendante et ne saurait être compris que dans
sa connexion avec le christianisme. Il est à celui-ci ce que la préparation est à la consommation; la promesse à l'accomplissement; la prophétie à l'événement. •
Le judaïsme se distingue doublement du paganisme, par son caractère éthique et théiste. Son caractère est éthique , mais sôus forme légale; il tend plus à éveiller le sentiment du péché qu'il n'exprime ce sentiment; et quant à la rédemption, il en renferme l'idée, mais non la réalité, et l'idée même sous la forme seulement d'espérance et d'attente. Le judaïsme est une doctrine théiste; le Dieu de l'Ancien Testament est un, personnel et suprême.
Les rapports historiques du judaïsme avec le christianisme consistent dans l'élection du peuple juif, comme dépositaire de la connaissance et des promesses de Dieu, dans la prophétie, et enfin dans les circonstances historiques de la vie de Jésus- Christ et des origines du christianisme.
Les rapports propaedeutiques entre les deux religions bibliques consistent essentiellement dans le caractère typique et l'action légale du judaïsme.
§• i4- Données générales et nature spécifique du christianisme.
Comme révélée, la religion chrétienne est positive ; comme positive, elle s'appuie sur la religion naturelle ou les données du sentiment religieux, non pas toutefois dans leur forme empirique et altérée.
mais dans leur vérilé originaire et idéale. Ainsi le christianisme se fonde tout à la fois sur cette vérité religieuse élémentaire, et en contient comme une confirmation authentique ou une promulgation nouvelle. Ce point de départ naturel du christianisme consiste dans le théisme et le sentiment du péché. Le contenu spécifique ou la nature propre de la révélation chrétienne est, ainsi qu'il résulte de la définition donnée , le fait même de la rédemption.
Preuves du christianisme.
L'exposition des preuves du christianisme , en d'autres termes, la démonstration de la réalité de la rédemption opérée par Jésus - Christ , appartient à l'Apologétique. Rappelons seulement que cette démonstration ne saurait être ni purement rationnelle, puisqu'il s'agit d'un fait historique; ni purement historique, puisqu'il s'agit non moins de la valeur dogmatique du fait que de sa réalité extérieure; ni en général purement démonstrative, puisque la foi n'est point une simple conviction intellectuelle. La preuve du christianisme se trouve essentiellement dans sa puissance, et sa puissance dans son adaptation aux besoins spirituels qu'il prétend satisfaire [i].
Le miracle et la prophétie n'ont point eu pour but immédiat un but apologétique et ne peuvent s'y adapter que subsidiairement [2].
[i] « J9er Beweis des Glaubens,^^ Schleiermacher. « Der lebendige und unndtteïhare Sjllogismus des Herzens.^^ NiTzscH.
[2] Les miracles de Jésus-Christ et des apôtres n'ont point un caractère apologétique direct ; manifestation de là divinité du fondateur du christianisme^ ils lui rendent témoignage sans avoir été accomplis à cette fin. Us rentrent au reste dans Targument historique général. — Il en est de même de la prophétie. Elle est avant tout le lien qui rattache les temps antérieurs à Christ^ Tanticipation du salut, l'application du fait futur à l'éducation antérieure de l'humanité.