ÉGLISE
Le Christianisme et VÊglise.
Le christianisme ne parait dans sa réalisation concrète au sein de Thumanité que sous la forme de communauté ou société religieuse : cette société chrétienne s'appelle Église. L'Église est à la vie chrétienne ce que la société civile est à la vie naturelle. Nous n'avons, d'ailleurs, à la considérer ici que comme fait empirique; c'est à la dogmatique à en exposer la nécessité, la nature intime et les rapports étroits avec l'idée du christianisme.
§• 17- U Eglise et les Eglises.
L'Eglise, par cela même qu'elle repose sur le fait, et par suite sur la doctrine de la rédemption , a une
croyance positivé pour psincipe vital. L'unité de cette croyance dans la foi des fidèles constitue Tunité de TÉglise^ l'étendue de cette croyance détermine l'étendue de FEglise.
Cependant cette unité comporte des diversités assez considérables pour former des relations sociales plus spéciales au sein de la grande £amille chrétienne. De là des églises dans l'Eglise. L'Eglise, comme unité, ne se manifeste même que dans cette pluralité et n'a point de forme sociale commune à toutes les sociétés chrétiennes considérées comme un seul corps.
Le fractionnement du 16.® siècle.
Le plus considérable et le plus important des fractionnements de la chrétienté en sociétés distinctes date du 16.^ siècle, et nous indique comme divisiona principales à cet égard l'Église catholique romaine et les Eglises de la réforgiation.
Le Catholicisme.
On peut consulter, pour Tintelligence du catholicisme, \ Exposition de Bossuet et la Sjmholique de Mohler, ainsi que les réponses à ce dernier ouvrage, principalement celle de Nitzsch. Voy. encore : Twesten, Dogmatikj vol. 1, p. 97^ — 168 (3.® édit.). ClàusejSj Kirchenuer-
fassung ^ Lehre und Riius des Catholicismus und Protestantismus^ 1828, 3 vol. MAaHEiNERE, ChrUtliche Symboliky I." partie {System des Catholicismus) ^ 1810 — 1 8 1 3 , 3 vol. Ueher Geist und fVesen des Catholicismus y theoL Quartalsckriftj 1819.
La société chrétienne, dès une époque fort rapprochée de son origine, s'est constituée en un système hiérarchique, dans les développements graduels duquel nous devons distinguer deux périodes : celle du régime épiscopal ou catholicisme proprement dit, et celle du régime papal ou catholicisme romain.
Le développement de ce système correspond d une manière intime à un développement dogmatique parallèle; Inn et Tautre s'expriment dans l'institution de l'épiscopat , et la signification sacerdotale qui y est attachée et en fait l'essence.
C'est dire que l'idée de l'Eglise est non-seulement le centre, mais le tout du système; aussi le principe formel et le principe matériel du catholicisme se réunissent- ils dans la condition générale de la foi à l'autorité et de la participation à la communion de l'Eglise catholique [1].
[ 1 ] Idée du catholicisme d'après Schleiermacher (Glaithenslehre^ §. 24) : ^^Le protestantisme fait dépendre la relation de l'individu avec l'Église de sa relation avec Christ ; le catholicisme, au contraire, fait dépendre la relation de l'individu avec Christ, de sa relation avec l'Eglise. * Twesten caractérise la différence entre le catholicisme et le protestantisme par le mot d'Irénée : « Vbi Ecclesia^ ibi et spiritus Dèi; ubi spiritus Dei^ illic Ecclesia. >^
Protestantisme et Réformation,
Le mouvement par lequel une partie de la chrétiènté se d^agea au 16.*^ siècle des liens du système catholique, fut double, négatif et positif.
Tous ceux qui opposèrent à l'autorité de la hiérarchie ou au principe formel du catholicisme les droits du sentiment . subjectif et de la conviction personnelle, se trouvèrent avec le système dominant dans une opposition négative. C'est là le Protestantisme,
Ceux qui parmi ces premiers attaquèrent principalement les éléments matériels du catholicisme, et cela au nom dune foi positive différente, d'une croyance religieuse opposée, durent, à la vérité, attaquer aussi 1q principe formel de l'autorité, et comme tels comptent dans les rangs du protestantisme. ^Néanmoins ils se distinguent entre la masse des protestants par le caractère positif de leur antagonisme. C'est là \^ Réformation [1].
[1] La distinction ici faite entre le protestantisme et la reformations n'est point à la vérité historique ^ mais n'en est pas moins justifiée ou plutôt rendue indispensable par lacception actuelle des termes et la confusion qui en résulte.
Eglises de la réformation.
Une Église s'appuyant nécessairement sur une base positive, on comprend que le protestantisme
comme tel ne peut fonder une Église. La réformation, au contraire, en vertu de son caractère essentiellement religieux et positif, a dû donner naissance à des sociétés religieuses. Parmi ces sociétés il en est deux qui, plus considérables que les autres par le nombre de leurs membres et Fimportance de leur rôle, se distinguent aussi, comme types généraux, d'une double tendance religieuse au sein de la réformation : ce sont les Eglises dites luthérienne et réformée.
Quelque importantes d'ailleurs que puissent être les diflerences qui distinguent les deux Eglises de la réformation et justifient leur séparation, elles ne sauraient nous faire perdre de vue l'unité bien plus profonde et plus essentielle des principes fondamentaux de chacune. Ces principes sont l'autorité exclusive de l'Ecriture sainte et la doctrine de la justification. Appuyées sur cette base commune, les deux Eglises peuvent être considérées comme appartenant à une même dénomination évangélique, sans qu'une union actuelle soit nécessaire, ni même peutêtre désirable.
Eglise réformée,
Cf sur Topposition des Eglises luthérieDne et réformée : RuDELBACH, Reformution^ Lutherthum und Union. Leipz. 1839. GuERiKE, JlHgemeine christliche Symbolik. Leipz. 1839. Sur l'esprit et le caractère de TEglise réformée :
GcsBEL, Die religiàse Eigenthùndichkeit der lutherischen und. refornùrten Kirche. Bonn, 1827. J, P. Lange, fVelche Geltung gebuhrt der EigenthumUchkeit der reformirten Kirche immer noch in der wissenschaftliçhen Glaubenslehre unsrer ZeiU Zurich, 1841. Ullmai^j^, Zur Charakteristik der refornùrten Kirche, Stud, und KriU 1843, 3/ cahier.
L'Eglise réformée renferme elle-même une double nuance qui se rattache à une double origine; mais le type calviniste la emporté sur celui de Zwingle, et s'est généralement Imprimé aux Églises de cette dénomination.
Considérée dans ce qu elle a de spécial , et particulièrement dans ce qui la distingue de l'Église luthérienne, l'Église réformée porte un caractère plus exclusivement scripturaîre, et dans la conception des dogmes un esprit plus subjectif. Son réalisme est mystique. Sa notion de la nature humaine de Christ est déterminée par une préoccupation différente de celle qui a influé sur le dogme luthérien à cet égard ; mais l'Église réformée se distingue surtout par le développement biblique- dialectique des doctrines de la grâce.
Relativement à l'organisation ecclésiastique, cette Église est presbytérienne et sa tendance rigoureusement disciplinaire.
IL De la dogmatique.
Après avoir 9 par une déduction successive, obtenu la notion de FEglise évangélique, nous n'avons plus qu'à rechercher celle de la Dogmatique pour arriver à l'intelligence complète de l'objet de notre étude. Cette partie des prolégomènes comprend la nature» les sources et la méthode de la dogmatique, ainsi que ses rapports avec les autres sciences et l'histoire des essais scientifiques dont elle a été l'objet.