DÉFINITION DE LA DOGMATIQUE
Ce que c^esl qi/un Dogme.
Un Dogme est, d'après le sens étymologique dû mot, «une déclaration de la pensée ou de la volonté réclamant assentiment ou obéissance. '' Ce terme embrasse donc les ordonnances pratiques et les vérités théoriques , la loi et la foi. La première acception se trouve seule dans la Septante et le Nouveau Testament. La seconde, déjà familière à la philosophie stoïque, a été consacrée par l'usage des Pères, et, en général, de l'Église, pour désigner les vérités fon-
danientales du christianisme , et cela dans leur dis^ tinction des principes éthiques de cette religion.
Quant au sens d'après lequel èoy/juc désigne au contraire Topinion individuelle et arbitraire, lepla-citum des philosophes, les doctrines opposées des écoles, ce sens est dérivé du précédent, et, malgré la fréquence de son usage, ne saurait prévaloir ici
sur l'acception originaire, tielle que l'a consacrée la terminologie chrétienne [i].
C'est cette acception que nous reproduisons, en définissant les dogmes chrétiens comme les faits qui constituent la rés^élation chrétienne^ considérés comme croyances ou vérités religieuses,
[i] Cf, NiTzscH j System der christlichen Lekre^ p. 46 et suiv. (3/ édit.)
Foi et Science (^Religion et. Théologie),
Cf. Ch. Tittmahw j De discrimine theologiœ et reUgionis^ 1782 j in-4.° De WettEj ouvr. cité (au %. 3). Ar^ chiites du christianisme^ 184a, n." 3 : Art. sur la Re^ue théologicjue de MoDtauban. Réponse de celle- ci 5 1842, p. 290.
En vertu du rapport réciproque qui existe entre le sentiment et la pensée, la religion, même dans sa forme la plus imm.édiate, comprend nécessairement un élément de connaissance, comme la pensée à son tour, en tant qu'elle s'occupe des faits de la
vie spirituelle de l'homme, puise directement dans la conscience.
La foi et la science se rencontrent donc dans ie domaine du christianisme, non - seulement par la communauté de leur objet, mais encore parce que la foi renferme les éléments de la science religieuse et que celle-ci suppose les données de la foi.
On ne saurait donc établir entre la foi et la science , ou, comme l'on exprime quelquefois les termes du contraste, entre la religion et la théologie, une différence essentielle , mais seulement une différence de degrés. Il n'est point de théologie yéritable qui ne soit religieuse, point de religion (positive), sans la connaissance des vérités qui en forment le contenu.
Cependant la science religieuse se distingue considérablement de la simple foi, en ce que celle-ci peut exister dans un état parfaitement normal sans passer par le travail intellectuel qui constitue la science. La méthode, le$ connaissances auxiliaires et le but de la rhéologie sont entièrement étrangers à la foi comme telle.
D'un . autre coté on ne saurait méconnaître la réalité et l'importance des avantages que la science religieuse rend indirectement à la vie religieuse : c'est par là que la théologie revendique et maintient sa place dans l'Église.
De la Dogmatique,
La dogmatique cbrétieane est la science des dogmes du christianisme.
Toutefois, comme le christianisme n'existe pour nous, que sous formé d'Eglise, et comme, en outre, il y a plusieurs Eglises chrétiennes dpnt le système dogmatique difiere plus ou moins, j] ne saurait y avoir une dogmatique chrétienne générale, mais seulement la dogmatique de telle ou telle Eglise : la dogmatique est donc la science des dogmes professés par une Église chrétienne [i].
La définition du dogme excluant toute vérité, même religieuse, qui ne fait point partie du contenu spécifique du christianisme, la dogmatique, à proprement parler, ne comprend point les données religieuses théiste et éthique qui forment le point de départ du christianisme> Cependant, la forme précise et le développement, de ces données étant dus à la révélation évangélique, la dogmatique doit les embrasser dans le système des doctrines chrétiennes, mais à condition de maintenir la distinction entre ces éléments généraux et les éléments spéciaux du christianisme [2].
Le but de la dogmatique n'est ni pratique ni apologétique. Elle se propose moins de défendre que d'exposer et de comprendre les dogmes; elle ne cherche point directement le développement de la
vie religieuse, mais la satisfactioa des besoins intellectuels de rhomme dans leurs rapports avec la vie religieuse, et elle atteint cet objet en soumettant la religion aux lois de l'intelligence et la £siisant entrer dans le système des connaissances humaines.
[i] Cf. SghleiÉrmigher^ Glaubenslehre ^ J. 19. [2] Cf. ScHLEiERMACHER^ Glaubenslekre ^ S' ^9*