Telles que M. Portalié les fait siennes
2. Cf. Duhem, La théorie physique, Paris, Chevalier et Rivière, 1906.
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entre la conception dynamique et la conception statique de la vérité. La première lui a complètement échappé: les reproches qu'il ]ui adresse prouvent qu'il la. croit tout autre qu'elle n'est. On dirait qu'il ne voit point de milieu entre un accroissement de vérité par addition numérique de pièces dont chacune serait immuable en soi et un état d'agitation incohérente, de révolution désordonnée, de changement radical et perpétuel. Est-ce que la notion de vie, — avec celles de progrès, d'évolution, de suite, qu'elle implique, — avec celle aussi d'organisme, c'est-à-dire d'ensemble où chaque modification partielle entraîne une modification intime du tout, — ne fournit pas un moyen terme ? Quant à la définition scolastique : « adaequatio rei et intellectus », ce n'est pas du tout ce que pense M. Portalié qu'on lui reproche: à savoir, l'appel à une impossible adéqîiation. Non, c'est quelque chose de bien plus grave. Cette définition envisage- d'un côté la chose, de l'autre Vidée que nous en avons ; puis elle fait consister la vérité en une conformité de l'idée à la chose. Eh bien I une telle manière de procéder conduit tout droit au scepticisme, à l'impossibilité de toute vérification effective. Car, pour s'assurer de la conformité requise, il faudrait connaître la chose autrement que par l'idée qu'on en a, en dehors de cette idée, par une sorte de vue directe, exactement comme on ne peut contrôler la ressemblance d'un portrait que par comparaison avec l'original directement contemplé. Voilà, en un mot, l'objection des modernes. Je ne vois pas que M. Portalié y ait répondu (^).
Troisième objection. — Je n'en dirai qu'un mot, pour ne pas répéter encore une fois des choses que j'ai déjà dites à plusieurs reprises. Car M. Portalié n'a pas un grand souci de précision; il ne serre pas de bien près les problèmes; et avec lui, de quelque objection qu'il s'agisse, la réponse qu'on reçoit est toujours sensiblement la même, basée sur les mêmes contre-sens^
1, Voir Correspondance de VUnion pour la Vérité, 1906, n'^ I.
Je ne rejette nullement les dogmes; ce que je rejette, c'est une certaine manière de les concevoir (^). Je crois qu'à vouloir les définir en tant que dogmes dans un langage de théorie spéculative on aboutit à des résultats trop peu clairs pour supporter l'adhésion de foi avec son caractère irréformable et absolu {^); mais je crois aussi que les définitions pragmatiques échappent à ce défaut. Je ne puis que regretter pour lui de voir M. Portalié donner à entendre que c'est à propos des dogmes eux-mêmes que je parle de « formules purement verbales » et que j'écris le mot de « pharisaïsme ». De même quand il dit que pour moi «" tout dogme est impensable, est un non-sens ». Vraiment il y a des erreurs qu'il n'est pas permis de commettre.
Je devrais insister sur ce point si à un degré quelconque il était intéressant ou utile de répondre en détail à Mgr Turinaz. Je reprendrais alors la phrase de mon premier article qui l'a si fort scandalisé: « C'est l'homme qui, avec ses opinions, ses théories, ses systèmes, fournit aux dogmes leur matière intelligible »; j'ajouterais, au risque de l'indigner toujours davantage, que c'est l'homme également qui fournit à la révélation le matériel de mots et d'images dont elle se sert comme d'un corps pour s'exprimer, les idées mêmes qu'elle utilise comme véhicules; et, prenant pour texte ces paroles de S. Augustin (de Trin., VIII, 8): « Credimits Jesum Christum natum de Yirgine, quae Maria vocahatur. Quid sit autem virgo, quid $it nasci, quid sit nomen proprium non credimus, sed prorsus novimvs , je lui montrerais sans peine qu'il est contraire à la tradition et au bon sens de trouver là « un outrage aux dogmes, à la
1. Si uue certaine philosophie était si intimement liée au dogme que celui-ci ne puisse s'en passer, comment donc aurait-on fait aux premiers siècles de l'Église, quand cette philosophie n'était pas encore inventée?
2. Il est très vrai que les philosophes ne sont pas toujouis parfaitement clairs ; mais aussi \\s ne réclament pas pour leurs doctrines une adhésion absolue et irréformable, et surtout ils ne présentent pas l'adhésion à ces doctrines comme nécessaire à tous pour le salut.
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révélation; à Dieu lui-même >^ (}). Mais à quoi bon discuter avec qui n'écoute pas? Je reviens donc à M. Portalié et continue de feuilleter rapidement son deuxième article.
Je n'ai pas à défendre M. Sertillanges. Il s'en est acquitté lui-même de façon à ne donner à personne, j'imagine, la tentation d'y revenir. Mais je veux déclarer encore une fois que je ne professe pas plus que lui l'agnosticisme. Autre chose est de soutenir que nous ne pouvons rien connaître de Dieu et des réalités surnaturelles; autre chose de définir la connaissance que nous en avons au point de vue proprement dogrmatique comme une simple connaissance de fait.
Je n'ai pas davantage soutenu que les dogmes « ne représentent rien à notre esprit ». Ils représentent, en symboles d'action, des vérités de Vordre pratique^ qui jouent par rapport à nos spéculations théoriques %m rôle de faits et de données. Je sais bien que même un enfant, interrogé au catéchisme, saura exprimer le « concept naïf » qu'il s'en forme. Mais c'est justement parce que le concept est « naïf » et ne peut pas ne pas l'être que, reconnaissant à l'enfant lui-même (^) la puissance de croire avec une foi aussi valable que celle du philosophe le plus profond, je prétends que sa foi ne s'adresse pas à sa représentation prise en tant que représentation théorique.
Après cela, c'est M. Fonsegrive qui est pris à partie. Je n'ai pas à répondre pour lui (^). Mais je veux donner un exemple des audaces doctrinales que M. Portalié se permet pour son propre compte. M. Fonsegrive écrivait dans la Quinzaine du 16 mai 1905: « Les réalités signifiées par les formules dépassent infiniment tout ce que peut concevoir notre intelligence. Or c'est à ces réalités que nous adhérons par la foi; notre foi n'est donc pas arrêtée ou limitée par des concepts; elie