‹ Dogme et critique (volume 2)Chapitre 21 sur 113 · Voir ci-di^sus · texte numérisé non relu

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tout difîérent de la spéculation théorique le symbole des Apôtres lui-même ne fasse que poser des objets et, par suitey des prohlcmes. Que Taffirmation chrétienne ait un caractère absolu, qu'elle ne puisse perdre ce caractère sans se détruire, qu'elle implique la certitude qu'on possède une solution définitive et irréformable : oui, dans Tordre de la vie ; non, dans celui de la spéculation explicative. Quant à la via negationis, je ne crois pas plus que M. Wehrlé que l'être se conçoive en fonction du néant et que l'affirmation tire sa valeur de la négation à laquelle elle s'oppose; j'admets que la méthode visée ici enveloppe l'emploi d'une double négation et qu'ainsi finalement elle conduit toujours à une affirmation plus forte d'une réalité plus riche par une majoration des formules et des images qui en maximise le contenu en niant ses limites. Mais tout cela ne me paraît prendre un sens plein et précis que si on le transpose de l'ordre spéculatif à l'ordre pratique: car c'est l'action qui pose, non le discours, et les opérations que celui-ci exécute ont toutes un caractère négatif (^). Et surtout il reste qu'au point de vue strictement intellectuel et théorique le dogme proprement dit ne se manifeste que par des négations, des exclusions. Je ne me laisse pas égarer par la forme négative que présentent grammaticalement les canons des Conciles; j'ai lu le Rapport présenté aux Pères du Vatican au nom de la Députation de la Foi par Mgr Gas ser, évêque de Brixen, dans la congrégation générale du 19 avril 1870; et je connais son affirmation sur ce fait que la seule différence entre les Chapitres et les Canons de la Constitution Dei Filius concerne le mode de déclaration, non le caractère obligatoire. Mais — sans parler de la préoccupation négative maintes fois manifeste dans l'élaboration des Chapitres eux-mêmes, comme en font foi les amendements proposés par les Pères et les rapports auxquels ces amendements donnèrent lieu (*), —

1. Cf. Bergson, Introduction à la Métaphysique, dans la Eeviie de Métaphysique et de Morale, janvier 1903.

2. A titre d'exemple, voir: Vacant, Etudes théologîques sur les Constitutions du ConeUe du Vatican, t. I, chap. i, Art.

reviens toujours à la même remarque, à savoir : l" les déclarations d'allure positive doivent 1 s être prises comme formulées en langage ordinaire, ; dans un langage qui suggère immédiatement une rprétation pragmatique et vitale des dogmes ; et que : ;s formes négatives apparaissent toutes les fois des théories philosopliiques sont visées (■).

enons enfin à la discussion des exemples au moyen luels j'ai tâché de mieux faire entendre ma pensée. nt de les considérer un à un, il importe de présenter remarque préliminaire générale, es exemples n'étaient vraiment pour moi que des nples, des occasions d'éclaircir et de préciser. Sur in d'eux je n'ai voulu soutenir de thèses proprement s. N'ai-je pas pris soin de le déclarer très explicitait (pages 20-21 et 26, note 1 de celle-ci) ? Cela explique isamment peut-être ma brièveté sur des questions où ais bien qu'il y aurait eu beaucoup plus à dire. En ité, chacun des trois exemples mériterait une étude lographique aussi longue que l'article entier, uoi qu'il en soit, reprenons-les l'un après l'autre et X)sons-nous de répondre d'un mot aux principales icuUés Qu'on fait à leur endroit.

REMIER EXEMPLE.— Il est relatif à la personnalité ne. M. Wehrlé le trouve d'abord mal choisi. Pour-

g 132. — Le même ouvrage contient une foule d'autres (iples analogues.

Uiie comparaison entre le texte définitif de la Constiin Dei FUitia et celui du Schéma élaboré par la Commis-

prosynodale est très révélatrice à cet égard et manifeste ement les intentions du Concile. — ■ Voir aussi un comtaire intéressant sur les rapports entre Canons et Chapitres, 1 Vacant, loi. cit.. Introduction, Art. 5, § 27. — Enfin lourra consulter avec fruit le rapport prêsenlé au nom de Jéputation de la Foi dans la 30= congrég.ition générale Tiars 1870) par Mgr Simor, archevêque de Gran et primat Jongiie.

quoi? Parce que la personnalité divine n'échappe pas totalement aux prises naturelles de la raison humaine. Il est vrai. Ce dogme n*est pas de même sorte que celui de la présence réelle. C'est justement à cause de cela que je l'ai pris pour un de mes exemples, afin d'en citer de chaque type. Car tout de même la personnalité divine est un dogme. Qui refuserait d'y souscrire serait censuré avec la note d'hérésie: impossible d'en douter. Nous devons croire que sur ce point il y a eu révélation d'abord, puis proposition formelle de l'Église (^): ainsi est-il incontestable que sont remplies dans l'espèce toutes les conditions requises pour que l'objet correspondant puisse être dit de foi divine et catholique. Ne saiton pas qu'une même vérité peut être objet de science et objet de foi (2) ?

Cela posé, point n'est même besoin que je discute les considérations philosophiques produites par M. Wehrlé en faveur de la personnalité divine. Il me suffit de noter que ce sont en effet des considérations de pure philosophie, ne pouvant réclamer en tout cas qu'un assentiment toujours réformable. Nous ne connaissons positivement qu'un type de conscience: la conscience humaine. L'imagination seule peut nous en faire soupçonner d'autres: et combien vague reste forcément ce soupçon! Comment faire le départ entre ce qui serait essentiel à la conscience en tant qu'humaine et ce qui la constituerait simpliciter et dbsolute? J'accorderais à la rigueur que nous puissions parvenir à nous figurer vaille que vaille cjes consciences moindres que la nôtre, car il ne s'agit là que de diminuer un exemplaire dont nous avons la vue directe. Mais ce sont les majorations que je me représente mal. Voyez donc quelles difficultés les théologiens éprouvent à définir tant soit peu la

1. Au moins par le magistère ordinaire et universel, sinon par les définitions du Vatican. — Cf. Vacant, loc, cit., t. I, chap. I, passim,

2. Cf. Vacant, loc, cit., t. II, art. 122. — L'affirmative n'est pas douteuse, au moins lorsqu'il est question comme ici de ce qu'on pourrait appeler un mystère naturel.

conscience et la personnalité d'un Ange! Déjà dans ce cas ils préfèrent la méthode négative 0). Et que sera-ce quand il faudra passer à la limite, deviner le terme de la progression et s'élever jusqu'à Dieu? Il n'est pas évident qu'il soit légitime de pousser à l'infini les éléments qui composent pour nous le concept de conscience, d'attribuer la forme de l'absolu à ce que nous ne connaissons que par une expérience forcément relative. Je ne dis pas que cela soit faux, mais simplement que nous ne voyons pas bien ce que cela veut dire. La conscience de soi, surtout la conscience claire, semble exiger le contraste d'un moi et d'un non-moi, l'opposition (statique ou dynamique, il n'importe ici) entre un objet et un sujet, bref l'existence de relations. Com» ment retrouver en Dieu ces éléments sans porter atteinte à son indépendance absolue (^)? Pour peu qu'on réfléchisse à ces remarques, on en arrivera bien vite à dire avec S. Augustin (in Psalm. 49, n. 18): « Non hoc a me, Fratres, expectetis, ut explicem vobis quomodo cognoscat Deus. Hoc solum dico: Non sic cognoseit ut homo ; non sic cognoseit ut Angélus ; et quomodo cognoseit dicere non audeo, quoniam et scire non possum, »

Le dogme de la personnalité divine ne peut évidemment consister en de pareilles vues si chancelantes et si troubles. Or, pour lui donner la précision sans laquelle serait absurde l'adhésion absolue qu'il réclame, il faut encore une fois se retourner vers l'interprétation pratique et morale. Et cela suffit d'ailleurs. Si je déclare que Dieu est tel dans sa réalité ineffable qu'il soit raisonnable et obligatoire pour moi de l'adorer, de l'aimer, de le prier, etc., j'affirme équivalemment qu'il est personnel et je suis donc en règle avec le dogme. Après cela, peu importe comment je me représente théoriquement cette personnalité, peu importe à bord de quel

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