Cf. HURTER, Theol. dogm., 11* éd., t. II, n
2. Peut-être y a-t-il là une des voies d'accès de la raison au pressentiment de la Trinité divine? Mais on voit alors combien peu fermes et peu précises doivent être les conclusions atteintes, puisque la Trinité n'appartient pas à l'ordre rationnel.
système philosophique ma foi est embarquée, peu importe même que je m'en tiemie à saisir le fait en dehors de toute explication intellectuelle sous les espèces de la conduite qu'il me commande: j'ai rempli tout mon devoir de chrétien et nul ne peut exiger de moi davantage. Si je cherche ce plîis par un effort de spéculation, mon travail restera libre dans toute là mesure où il respectera la valeur de vie du dogme.
Deuxième exemple. — Je serai cette fois beaucoup plus bref , car les mêmes réponses seraient toujours valables. — C'est au i>oint de vue intellectiLaliste, non à tout point de vue, que la notion de « vie » après résurrection m'apparaît comme une simple métaphore inconvertible en idées précises. Faut-il redire qu'à mes yeux cette constatation n'a pas d'autre effet que de montrer l'insuffisance du point de vue purement intellectualiste ? Le fait de la résurrection est hors de cause. — Antérieurement à toute spéculation sur la conception d'une essence, il est nécessaire (dit-on) de prendre parti sur l'affirmation de l'existence correspondante. Voilà une distinction qu'il devient aisé de faire quand une fois on a reconnu l'ordre de la connaissance pratique, l'ordre de la pensée-action, au-dessus de l'ordre discursif: la constatation des existences relève alors du premier, d'où l'on descend ensuite à l'élaboration de théories représentatives touchant les essences. Mais, au point de vue strictement intellectualiste, rien de semblable. Car, à ce point de vue, on ne saurait parler de fait pur, de donnée brute, ni d'existence posée comme réelle en dehors de toute représentation subjective. — Suivant M. Wehrlé, « l'idée d'un corps merveilleusement subtilisé semble plus facile à admettre pour des créatures sensibles que l'idée d'une âme continuant à exister indépendamment de son corps ». A imaginer, oui; mais non à concevoir. Or, l'intellectualisme pur ne s'accommode guère de cette prééminence attribuée à l'imagination: c'est tout ce que j'ai 'youlu dire. J'accorde au surplus que l'immortalité de l'âme soulèverait, elle aussi.
d'inextricables difficultés dans un système d'interprétation intellectualiste. Là encore il me semble que le dogme signifie avant tout : « Conduisez-vous en hommes dont la destinée ne finit pas avec le corps et qui seront un jour récompensés ou punis éternellement ». Et cela est parfaitement net. Rien de plus fragile au contraire que les représentations intellectuelles de la vie future. -»— Enfin M. Wehrlé estime que je prends « pour symboles et pour facteurs essentiels de la vie physique tous les stigmates et toutes les tares qui en sont la limitation terrestre » et il essaie une méthode inverse. Mais ce qu'il écarte comme « éléments déficients », comme traces d'une « servitude de fait », — pesanteur et grossièreté de la chair, fatigue, maladie, passibilité, besoins, vieillesse, mort, etc. — c'est justement tout ce que nous montre l'expérience positive. Quand on l'aura éliminé, quelle idée précise nous restera-t-il ? Encore une fois, on se sera confié à la seule imagination et l'état qu'on aura rêvé ne présentera en lui-même aucune valeur intellectuelle. Le dogme peut donner consistance et fondement à ces conjectures, non ces conjectures être requises pour la constitution du dogme.
Troisième exemple. — 11 est emprunté à la doctrine eucharistique. Je n'en dirai qu'un mot ici. — Je n'ai pas soutenu le moins du monde que les définitions conciliaires de Trente visaient seulement le fait de la présence réelle, non la modalité de ce fait. Voici mon texte : « Le dogme ne m'énonce aucunement une théorie de cette présence, il ne m'enseigne pas même en quoi elle consiste. Mais il me dit très nettement qu'elle ne doit point être entendue de telle façon ni de telle autre encore qui ont été jadis proposées, que pa?^ exemple l'hostie consacrée ne doit point être tenue seulement pour un symbole ou une figure de Jésus. » Les mots que je viens de souligner contiennent la réponse que je fais à M. Wehrlé. En particulier, le par exemple laisse entendre assez, ce me semble, que je ne donne pas le dogme pour dirigé seulement contre la ''théorie des Sacramentaires.
Mais que le canon 1 de la session XIII fasse plus que condamner Zwingle et Œcolampade, qu'il réprouve expressément la théorie calviniste de la présence dynamique, enfin que le canon 2 de la même session désavoue aussi les théories luthériennes de Timpanation et de la consubstantiation, n*est-ce pas toujours du négatif ? M. Wehrlé, en croyant détruire mon exemple, n'a fait que le compléter. — Quant à ce qu'il dit ensuite à propos du même exemple ou à propos de quelques autres, je n'aurais pas grand'chose à y objecter ; car en somme, à des nuances orès, cela me semble tout voisin de l'interprétation pratique et. morale que je défends; et je puis donc borner ici mes réponses.
Il est temps de conclure, en m'excusant même d'avoir été si long (^) : mais le sujet est d'une telle importance et d'une telle complexité I et l'article de M. Wehrlé si riche d'idées et de vues I
On doit apercevoir maintenant en pleine lumière la vraie nature de la doctrine que j'ai proposée. Ce n'est pomt un Agnosticisme. Quand j'ai proclamé le primat de Vactixyiiy je ne séparais pas celle-ci radicalement de la pensée. Contre de telles séparations, qu'on les fasse au profit de l'action ou au profit de la pensée, je protesterai toujours. Car c'est là le principe même de l'intellectualisme. J'ai employé à dessein le terme de pensée-action, sur lequel je me suis ailleurs suffisamment expliqué O. Oui, en ce sens, « l'action est le creuset où s'élabore la vraie connaissance humaine, la connaissance vivante et vivifiante parce qu'elle est expérimentale et vécue ». Où donc a-t-on pu voir que ma doctrine est unilatérale ? Son dessein explicite n'est-il pas de se placer au centre même de la vie concrète, au-dessus des dissociations con-
1. Encore suis-je loin d'avoir dit tout ce qu'il y avait à dire. Aussi je demande la permission de renvoyer le lecteur à d'autres articles qui paraîtront à peu près en même temps que celui-ci.
2. Voir en particulier: Bulletin de la Société française de PhilosophiCy séance du 25 février 1904.
ceptuelles qui opposent la pensée théorique à Vaction aveugle, dans la synthèse encore vierge de l'intuition antérieure et supérieure à tout discours?
Il n'est pas question de formules qui promulgueraient une réalité sans la manifester aucunement, qui l'exprimeraient par des mots sans que ces mots présentent aucun sens précis. C'est l'attitude intellectiialiste, non la mienne, qui conduit là. Car l'attitude intellectualiste engendre fatalement un anthropomorphisme métaphysique dont le moins qu'on puisse dire est qu'il n'évite le reproche d'absurdité qu'en méritant celui d'agnosticisme. L'autre attitude, au contraire, si elle engendre à son tour un nouvel anthropomorphisme (l'homme ne pouvant sortir de soi), engendre du moins un anthropomorphisme moral, un anthropomorphisme appliqué à l'homme : ce qui n'a plus rien de choquant.
Enfin M. Wehrlé s'étonne « qu'une formule devenue impuissante à saisir et à traduire son objet divin garde le pouvoir régalien de soumettre le sujet humain à une loi d'obéissance aveugle ». Il se demande où est pour moi le fondement de l'obligation dogmatique et il qualifie ma doctrine d*empirisme moral en même temps qu'il y voit un individualisme. Je repousse énergiquement ces dénominations dont on peut pressentir déjà la fausseté, dont on verra mieux encore l'injustice quand j'aurai dit comment je conçois en harmt)nie avec le pragmatisme l'établissement d'une apologétique, problème fondamental auquel l'article Qu'est-ce qu'un dogme ? faisait à peine une allusion en passant. Parler d'obéissance aveugle à une sorte de formule magique, dénoncer la contradiction secrète d'une connaissance amoindrie qui reste, malgré tout, le principe de notre vie religieuse, — comme si tel était l'aboutissement réel du pragmatisme, — c'est montrer qu'on n'a pas saisi le vrai point de vue de l'action, qu'on part encore de la dissociation conceptuelle a priori dont le dogmatisme moral nie justement le caractère primitif ou nécessaire, et qu'en définitive on continue à subir l'influence d'un intellectualisme inconscient.
Quant au péril que, suivant M. Wehrlé, ma doctrine recèlerait, c'est le danger même qui est inhérent à Tacte de vivre. Il est inéluctable, car on ne saurait empêcher que vivre soit toujours courir un risque; et il n'y a aucune conséquence à tirer de là, sinon que rien ne peut jamais nous dispenser en cette vie d'avoir à opérer notre salut dans la crainte et le tremblement.
QU'EST-CE QU'UN DOGME