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pourra-t-on recourir, sinon au critère que fournit Tin» terprétation morale et pratique des dogmes?
Je comprends très bien l'attitude expectante, simplement permissive, du magistère ecclésiastique à Tégard de telle ou telle philosophie dont on habille le dogme. Ce n'est pas autre chose qu'un laisser passer, une autO' risation pour Vusage officiel, une estampille de garantie. Il n'y a rien là qui puisse gêner personne, parce qu'évidemment il n'y a rien là d'imposé et qu'après toutes les approbations ainsi entendues il reste encore loisible à chacun d'adopter pour son usage un autre véhicule théorique s'il le préfère et le trouve plus lumineux. Mais croyez-vous encore une fois que telle soit bien la doctrine qui ressorte aujourd'hui de l'enseignement commun? Beaucoup n'ont-ils point une tendance très marquée à confondre théologie et dogme, à canoniser des systèmes? Et n'est-ce point une des causes les plus déterminantes et les plus efficaces de la répulsion que manifeste la pensée moderne à l'égard de la foi?
Je conclus donc de nouveau à la portée pratiquement et moralement directive, intellectuellement et spéculativement négative, des définitions dogmatiques. Ici je dois rectifier une erreur de lecture commise par M. de Grandmaison. Il me fait dire que « les formulaires doctrinaux, à commencer par le premier de tous, le symbole apostolique, affirment des réalités dont ils ne donnent aucune représentation intellectuelle, même rudimentaire ». Voici mon texte exact : « Le Credo apostolique, sous sa forme première, affirme l'existence de réalités dont il ne donne aucune théorie représentative même rudimentaire. » Théorie représentative au lieu de représentation intellectuelle; la nuance est appréciable. Et elle me suffit, je crois, pour maintenir mes conclusions : je me bornerai, pour explications plus amples, à renvoyer aux remarques si claires présentée? par M. l'abbé Sertiîlanges dans le même numéro du Bulletin (^) où a paru l'iarticle de M. de Grandmaison.
1. Notamment au bas de la page 249. — Voir Note IV, à la fin du volume.
Quant aux textes de saint Paul cités ensuite, qu'ontils de gênant pour moi (^) ? Poser à titre de données et de faits, dans un langage de connaissance pratique, des objets dont toute spéculation devra tenir compte, déterminer pragmatiquement ces réalités ineffables par l'attitude et la conduite qu'elles exigent de notre part, n'estce pas suffisant pour qu'on parle de croyance positive et captivant V intelligence 1 de sagesse qui fait connaître les profondeurs de Dieu? L'enseignement de saint Paul tend au salut des hommes, non à leur instruction théorique. Les idées par lesquelles il s'exprime doivent être prises comme appartenant à l'ordre des idées communes et non pas comme incluant ime philosophie spéculative quelconque. Et assurément les termes techniques (plérôme, éléments, éons, épignose, énergie, etc.) dont est « saturée » l'épître aux Colossiens ne se rattachent pas au dogme par leur valeur technique proprement dite, à moins que ce ne soit de la façon négative que j'ai indiquée.
En résumé, M. de Grandmaison serait, je pense, tout à fait d'accord avec moi, s'il ne commettait l'erreur d'interpréter en intellectualiste la philosophie de l'action. Il suppose implicitement que cette philosophie consiste à partir d'une antinomie ^ regardée comme primitive entre l'action et la pensée pour donner le primat à l'une au détriment de l'autre. Mais s'en tenir à cette dissociation conceptuelle est une attitude intellectualiste. Le vrai point de vue de l'action est tout différent. Car il implique au contraire un retour à l'unité concrète de l'esprit, à la source commune des fonctions que l'analyse discerne dans l'âme, bref à ce que j'ai nommé ailleurs la pensée-action (^)
1. Le chapitre II de la première épître aux Corinthiens me paraît en particulier tout à fait dars le sens de ma thèse : qu*on en pèse chaque mot.
2. J'ai insisté plus longuement sur tout cela dans un travail Sur la notion de dogme écrit en réponse à un article dô M. Tabbé Wehrlé. — Voir supra, ^age 45.
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