‹ Dogme et critique (volume 2)Chapitre 31 sur 113 · Voit uans la Uevue de Métaphysique et de Morale · texte numérisé non relu

Voit uans la Uevue de Métaphysique et de Morale

De là résulte clairement le sens que j*attache à la règle évangélique : « a fructibus eorum cognoscetis eo8 », comme critère de vérification (^). J'y insisterai ailleurs (*). Mais ce que je veux noter tout de suite, c'est que ce principe n'a jamais signifié pour moi que nous ayons à faire un choix, uîl triage dans le contenu de la révélation. d'après notre appréciation individuelle et présente de son utilité. A cet égard, je pense tout à fait comme M. de Grandltiaison, comme Newman qu'il cite, et sans doute comme tout catholique véritable. J'ai comparé les dogmes à dès faits : est-ce que le savant choisit entre les faits pour retenir les uns et rejeter les autres? Non, mais il s'efforce d'utiliser tous les faits. Il en est de même ici. Tous les dogmes concernent notre action, bien que noils ne sachions pas toujours voir comment et en quoi; •(, pour déterminer leur sens, la méthode efficace consiife à s'efforcer de les vivre. Je ne puis instituer ici ulle discussion sur le Sabellianisme ou sur la procession du Saint-Esprit àb utroqtie ; je pense que les dogmes correspondants ont une signification pratique et morale, une valeur de vie, qu'il ne serait peut-être pas si difficile dft préciser; je crois surtout que, si cela n'était pas, si Ces dogmes n'avaient aucun rapport avec notre action, s'ils ne nous apportaient que des vues théoriques, l'É-

1901, un ' article intitulé : 8vur quelques objections adressées à la nouvelle philosophie.

1. Quand j'ai écrit (p. 12 de l'article Qu'est-ce qu'un dogme?): « La valeur d'une vérité se mesure avant tout aux services qu'elle rend », je restais placé par hypothèse dans l'ordre de la science et de la philosophie, comme le contexte en fait foi. C'est à vouloir, d'un point de vue intellectualiste, transformer les dogmes en énoncés théoriques et spéculatifs qu'on risque de les faire paraître inutiles et inféconds. Je ne dis pas du tout qu'ils soient tels par rapport à notre vie religieuse, ni même — indirectement, et sous la forme du pragmatisme, — par rapport à notre vie intellectuelle entendue au sens le plus large.

2. Dans un travail Sur la logiaue de Vinvention actuellement en cours de publication (voir Mevue de Métaj^hysique et de Morale, mars 1905). — Voir aussi un article que j'ai inséré dans la Correspondance de V Union pour la Vérité, 1908, n9 I.

qu'est-ce qu'un dogme? 106

glise n'en eût pas fait des dogmes définis et les eût laissés à jamais dans le domaine des opinions libres.

Et, pour finir, il me semble que l'interprétation pragmatique des dogmes est celle qui permet le mieux de comprendre Fimmutabilité de leur sens malgré les enrichissements et les précisions. En effet « la doctrine de la foi révélée de Dieu n*a pas été proposée à Tesprit humain comme une découverte philosophique qu'il avait à perfectionner » et Ton doit « conserver perpétuellement aux dogmes sacrés le sens fixé par une première déclaration de notre sainte Mère TÉglise », sans qu'il soit jamais permis « de s'écarter de ce sens sous l'apparence et le prétexte d'une intelligence plus élevée. » (Const. Dei Filius, chap IV.) N'est-ce point dire équivalemment que le sens du dogme est avant tout pratique fet moral? Puisque nos conceptions théoriques se renouvellent et se transforment incessamment, n'est-ce point par notre attitude, par notre conduite, par notre action, — entendues comme je l'ai précisé plus haut, — que nous ressemblons aux chrétiens de tous les âges passés ou futurs et que nous professons la même foi qu'ils ont professée ou professeront? Je ne sais dans quelle mesure précise j'arriverais à m'entendre intellectuellement avec un saint Augustin ou un saint Thomas, s'il m'était donné de recevoir leurs leçons et de converser avec eux ; mais ce que je sais bien, c'est que, dans toutes les démarches de leur vie et de ma vie, dans tous les actes pratiques de leur âme et de mon âme, je n'aurais aucune peine à les comprendre ou à m'en faire comprendre, et ne serais séparé d'eux que par l'infirmité de mon amour.

Et maintenant, parvenu à la fin d'une discussion où je crois n'avoir jamais différé de mon interlocuteur que par les formes du discours, je me retrouve plus clairement encore en pleine communion de sentiment et de volonté avec lui. Oui, travaillons à nous comprendre, sans rien méconnaître, sans rien oublier: au terme de notre effort, il y a la paix, cette paix divinement pro-

mise aux hommes de bonne volonté. La vérité vaincra; sa victoire. ne sera pas celle d'un homme sur un homme ; elle trouvera chacun de nous prêt à l'acclamer dans le plus intime de son âme. Pour préparer ce triomphe dans la mesure de notre pouvoir, nous ne donnerons pas notre confiance aux systèmes faits de main d'homme; mais nous aimerons les hommes en qui passent les systèmes et nous chercherons surtout à discerner par où ils ont raison. Nous aurons la longue patience qui est le fruit de la charité; nous ne serons ni de ceux qui arrêtent ni de ceux qui bouleversent; nous tâcherons que notre zèle soit toujours de mieux en mieux informé; et nous nous efforcerons de produire notre témoignage sans crainte ni réticence, dans la sincérité de notre coeur, simples et droits comme la lumière, disant ce que nous voyons tel que nous le voyons, fidèles à la divine parole: Sit aermo vester: est, est'; non^ non. Surtout nous fermerons notre âme à cette inquiétude qui est toujours un défaut dans la foi. Dieu ne manquera pas à son Église ; le magistère infaillible est vivant aujourd'hui comme hier; la richesse du Don divin n'a pas livré ses ressources dernières; et par-dessus tout, par-dessus les oppositions craintives et les innovations téméraires, pardessus l'habileté des uns et l'imprudence des autres, il y a Celui qui nous a dit un jour la parole de suprême apaisement : « Confidite : Ego vici mundum. »

QU'EST-CE QU UN DOGME

RÉPONSE A M. PORTALIÉ, A Mgr TURINAZ ET A QUELQUES AUTRES CRITIQUES.

Les Etudes des 20 juillet et 5 août 1905 contiennent une longue et vive réponse de M. Eugène Portalié à la question posée par moi dans la Quinzaine du 16 avril sgps le titre Qu^eat-ce qu'un dogme? L'auteur de cette r^ppnse coipprendra que je veuille m'expliquer publiqueniçnt au si^j^t d*pbjections formulées avec tant d'énergie et d'insistance. Il comprendra aussi la franchise de mon langage et n'y verra chez moi qu'une marque des sentiments qui l'ont animé lui-même. A cet égard je pense n'avoir rien de plus à dire. Nous sommes de ceux qui peuvent discuter librement, sans précautions oratoires ni protocoles diplomatiques, T)arçe que notre commune foi nous unit au fond plus que ne pourra jamais nous séparer à la surface aucune divergence intellectuelle

En répliquant à M. Portalié, je me ferai un devoir de suivre aussi exactement que possible le plan même d'après lequel il a conçu ses deux articles sur Vexplicati \ morale des dogmes. Touieioïs je profiterai de l'occasion pour répondre en même temps à quelques autres contradicteurs, notamment à Mgr Turinaz, dont la bro*

churc Une très grave question doctrinale (^) ne peut être négligée, à raison de la situation officielle qu'occupe son signataire et des manifestations diverses par lesquelles il a voulu la commenter.

Je voudrais dissiper certains malentendus* trop réels, hélas! encore qu'invraisemblables. Je voudrais aussi rétablir mes idées qu'on n'a pas comprises et qu'on a trahies en croyant les traduire. Mais, avant de commencer, il faut que je présente quelques observations préliminaires, afin de circonscrire le terrain du débat et de préciser les conditions de la controverse.

Les articles de M. Portalié, la brochure de Mgr Turinaz ne me mettent pas seul en cause. Mais je ne répondrai que pour moi, et sur ce qui me concerne directement. On ne réussira pas dans la tentative d'imaginer ici un « bloc »(2). Ni M. Blondel, ni M. Laberthonnière, ni M. Fonsegrive, ni M. Jousse de la Motte, ni l'anonyme qui a signé F. P. dans la Quinzaine^ ni personne autre, ne sauraient être tenus pour engagés en quoi que ce soit par ce que j'ai écrit; et réciproquement je ne suis responsable à aucun degré de leurs opinions. Il n'y a parmi nous rien qui ressemble à une Ecole, encore moins à une Secte; chacun de nous pense pour son compte, à ses risques et périls, avec le bonheur seulement de rencontrer parfois d'autres esprits dont la pensée est concordante; et a priori nous n'avons en commun, outre le désir de bien faire, que la foi catholique et la volonté d'obéissance à l'Église.

Quant à M. Loisy, dont une véritable hantise (quand ce n'est pas une tactique) fait aujourd'hui soupçonner partout l'influence occulte, je déclare que son œuvre doit être mise absolument hors de cause en l'espèce. Il ne saurait me convenir de laisser retomber sur lui, fût-ce indirectement, la moindre part d'une responsabilité que j'assume seul, sans « désarroi » aucun, n'en déplaise

1. Paris, Roger et Chernoviz. — Mgr Turinaz a publié, sous le même titre et chez les mêmes éditeurs, une seconde brochure, en réponse à M. Tabbé Sertillanges.

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