‹ Dogme et critique (volume 2)Chapitre 32 sur 113 · D'aucuns ont même parlé de « complot »I · texte numérisé non relu

D'aucuns ont même parlé de « complot »I

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à M. Portalié, avec pleine conscience de ce que j'ai voulu et de ce que j'ai fait. A chacun sa charge. Pas de bouc émissaire. Lorsque j'ai conçu la doctrine dont s'inspire l'article Qu^est-ce qu'un dogme? — car il y a plusieurs année* que je la porte en moi pour la soumettre à l'épreuve journalière de la vie — je n'avais pas lu une ègne des fameux « petits livres rouges ». On fera danc bien de ne chercher dans le cas actuel aucune tjra-ce d'une influence exercée du subie (^).

Enfio, que M. Portalié se rassure! Si ma foi souffre, ce n'est point de troubles intérieurs; et ce n'est pas contre un doute personnel que je lutte. J'appartiens à l'Église corps et âme, de volonté, d'intelligence et de cœur, sans la moindre restriction ni réserve, sans nulle inquiétude non plus. Elle seule a les paroles de vie éternelle. Elle seule a les promesses divines, les promesses d'indéfectible avenir. Je suis plus sûr de cela que de quoi que ce soit d'autre; et sur cette certitude j'engage ma vie entière. C'est justement pourquoi je n'ai peur d'aucun problème, je ne redoute aucun examen, je ne fuis devant aucune difficulté. Je ne craindrai jamais de me poser les questions qui se posent en effet. M. Letourneau, curé de St-Sulpice, dans un sermon que résume la Vérité française du 20 décembre 1905, semble opposer mon attitude à celle des «vrais croyants», comme si la caractéristique de ceux-ci était de ne réfléchir à rien de ce qui dépasse le catéchisme ; on dirait qu'à ses yeux tout besoin de la pensée soit une tentation, toute recherche ime défaillance de l'esprit chrétien; et à ce sujet il parle de « péché contre la foi ». Jq ne puis être de son avis, tion parce que je doute, mais parce que je crois, non parce que je fais passer quelque chose avant la doctrine révélée, mais parce que j'estime la doctrine révélée capable de satisfaire (et au-delà) toutes les exigences légitimes de la pensée humaine. Ce serait bien mal me comprendre que de lire ce que

1. Cela ne veut pas dire, bien entendu, que je m*interdi5« aujourd'hui d'utiliser selon l'occurrence l'œuvre de M. Loisy.

ridée pure, aussi incomplète et inexacte en son genre que ce qu'on a nommé philosophie du sentiment ou philosophie de la volonté. Qu'on en juge par les quelques phrases suivantes, extraites de la Bévue thomiste (septembreoctobre 1905, pages 452 et 453), et que je cite surtout parce qu'elles sont très symptomatiques : « Il faut toujours que la volonté... soit précédée par l'acte de l'intelligence. » « Admettrait-on que l'intelligence n'a pas d'objet propre, spécifiquement distinct de tout autre objet?» « Pour ce qui est du dogme, voudrait-on en faire l'objet propre d'une autre faculté que l'intelligence? La foi, vertu théologale, serait-elle subjectée ailleurs qu'en cette faculté?» «La foi surnaturelle est un acte de l'intelligence (1). » « Le dogme est essentiellement affaire d^adhésion intellectuelle et dans son développement il est affaire de dialectique intellectuelle.» Pas d'hésitation possible. Voilà bien l'intellectualisme r l'esprit conçu comme un complexe numérique d'éléments associés, l'intelligence et la volonté tenues pour deux pouvoirs extérieurs l'un à l'autre dont l'un doit avoir achevé son œuvre avant que l'autre commence la sienne ou du moins dont les démarches se juxtaposent au lieu de s'impliquer réciproquement et de se fondre, enfin un primat de gouvernement par le dehors reconnu à l'élément intellectuel. Tout cela revient à partir d'une dissociation de l'âme en facultés radicalement distinctes: point de départ étroit et artificiel dont le schématisme logique déforme la réalité des choses.

A rencontre de cet intellectualisme — que le travail de la psychologie et de la critique modernes a définitivement ruiné — je ne veux accorder le primat ni à une action séparée de la pensée ni à une pensée séparée de l'action : le concret, c'est la pensée-action, la vie de Vesprit (^), réalité antérieure à l'analyse concep-

1. Le même auteur entend par dogme « une proposition à laquelle rintelligence seule peut et doit formellement adhérer».

2. J'ai précisé ces notions dans des articles antérieurs. — Cf. notamment : Revue de Métaphysique et de Morale, mai 1901, et Ihillctin de la Société françaije de Philosophie, séance du

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tuelle qui oppose intelligence et volonté. Voilà ce qu'il ne faut pas perdre de vue pour bien comprendre ce que j'ai voulu dire dans mon résumé des objections modernes contre les dogmes. Beaucoup des reproches que M. Portalié m'adresse étaient écartés d'avance par deux pages de mon premier article ('). Je prie qu'on les relise attentivement. On verra ensuite si le système que j'ai défendu mérite la dénomination de praticisme agnostique.

Ce que j'ai voulu déterminer dans un dogme, c'est le point précis sur lequel porte le devoir d'adhésion irréformable et absolue, le devoir d'adhérer par un acte de foi divine et catholique. Tout le monde distingue entre données de la révélation et systèmes théologiques. Tout le monde accorde que professer le Christianisme n'est pas souscrire à une philosophie spéculative particulière, qu'on peut croire sans être tenu pour cela de se rallier à telle ou telle École philosophique. Eh bieni j'ai voulu approfondir ce principe traditionnel, en m'efforçant de faire un départ précis entre ce qui est objet de foi et ce qui est objet de science, entre ce qui exige une adhésion proprement doginatique et ce qui ne peut réclamer qu'une adhésion de certitude humaine. Il ne s'agit point là de tendre à minimiser les exigences doctrinales, à moins (comme dit Newman) qu'on n'entende par minimisme « l'attitude d'un esprit qui répugne à imposer à la foi des autres plus que l'Église ne leur demande formellement de croire » ('). Volontiers je poserais la question dans les mêmes termes que le Cardinal Dechamps: « La connaissance de la vérité religieuse ne peut être une science réservée au petit nombre, une science qu'on acquiert en s'enfermant dans une bibliothèque; comment est-elle donc effec-

25 février 1904. — Voir aussi la Note VII à la fin du nrésent volume.

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