Cité par H. Brémond dans l'ouvrage récent qui a pour
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QU*EST-CE qu'un DOGME? 121
à faire pour naître à la vie éternelle. La vérité qu'il enseigne est toujours présentée par lui sous son aspect pratique et moral, sous les espèces de l'action qu'elle commande et de la vie qu'elle communique, dans et par son rapport avec notre fin. L'idée du royaume estelle définie dans l'Évangile autrement que par les conditions d'attitude et de conduite requises pour qu'on ait part à l'objet de la divine promesse? Confiteor tibi^ PateVy Domine coeli et terrae, quia abscondisti haec a sapientibus et prudentibuSy et revelasti ea parvulis (Matth., XI, 25). Est-ce là un langage intellectualiste? et quand il est écrit (JOAN., XVII, 3): Haec est vita aeterna: ut cognoscant te solum Deum verum, et quemmisisti Jesum Christum, est-ce que cela ne marque pas que le mot connaître a dans la langue évangélique un sens vital plutôt qu'un sens intellectualiste? La foi qui transporte les montagnes et qui opère tous les miracles n'est-elle pas un principe appartenant à l'ordre de l'action? La « vérité » n'est-elle pas mise entre la « voie » et la « vie », comme étant de même nature qu'elles? Jésus lui-même nous déclare (JoaN., vi, 64): Verba, quae ego locutus sum vobis, spiritus et vita sunL De pareilles citations pourraient être multipliées sans fin. Au surplus les paroles suprêmes que le Christ adresse aux Apôtres (Matth., xvill, 19, 20), sont bien significatives et marquent nettement le caractère pragmatique de la révélation chrétienne: Euntes ergoi, docete omnes gentes..., docentes eos SERVARE omnia quaecumque mandavi vobis.
Passons aux écrits apostoliques, et spécialement — pour faire court — auxépîtres de S. Paul. Le chapitre II de la I"^^ aux Corinthiens abonde en expressions qu'il faut détourner de leur sens naturel et obvie pour les mettre d'accord avec la thèse intellectualiste (^) : Vent
non in sublimitate sermonis aut sapientiae Non enim
judicavi me scire aliquid inter vos, nisi Jesum Christum
1. La meilleure manière de ne ,pas comprendre St Paul est de le traduire « en scolastique »! De même pour les écrits johanniques.
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valemment qu'elle consiste en une saisie de tnystérieuses réaKiés sous les espèces de l'action commandée par elles en nous? Le Concile du Vatican, qui cite ce passage de l'épître aux Hébreux (Const. Deî FUius, cap. III, de Fide, 1" paragraphe), emploie, pour désigner l'adhésion de foi, le mot obsequium: l'emploi de ce mot est
LAcUiM fidei, p. 2&.
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d'autant plus significatif qu'il fut plus délibéré, un Père ayant proposé assensum au lieu à'obaequium eX. l'amendement ayant été rejeté sur un rapport présenté pnr Mgr Martin, évêque de Paderbom, au nom de la Députation de la Foi, dans la 42« congrégation générale (6 avrU 1870}.
Mais revenons à l'histoire. Après les documents apostoliques, il faudrait citer les œuvres des Pères et des Docteurs. Je ne puis entreprendre ici une telle revue. Depuis S.Ambroise qui déclare: « Non in diaîectica Deo complacuif saîvum facere populum suum » jusqu*à S. Thomas gui écrit: « In cognitione fidei principalitatem habet voluntas », il y aurait une longue série de témoignages à entendre. S. Augustin {De Gen. ad litt,, II, 9, 20) expose que Dieu n'a jamais voulu enseigner aux hommes « des vérités qui ne devaient leur servir de rien pour le salut »(^). Cette parole est rappelée par Léon XIII dans l'Encyclique Providentissimus et le même Pape cite également ce passage de S. Thomas {Opuscy X) : « Mlhi videtur tutiiis esse, hujtismodiy qtiae philoaophi communiter senserunt et nostrae fidei non répugnant, non sic esse asserenda ut dogmata fidei etsi aliquando svh nomine philosophorum introducantur^ nec sic esse neganda tamquam fidei contrariât ne sapientibtis hujus mundi occasio contemnendi doctrinam fidei praeheatur.» Dans S. Bernard, dans S. Bonaventure, on trouverait aussi bien des textes significatifs : j'aurai l'occasion d'en citer quelques-uns plus loin. Il y aurait lieu de noter de même l'École de St- Victor, dont on connaît la répulsion à l'égard de la dialectique; Hugues de St- Victor ne résumait-il pas sa doctrine dans les formules suivantes: la connaissance de Dieu n'a pas d'autre mesure que l'amour de Dieu, l'homme voit la vérité dans la mesure où il y conforme sa vie? Mais surtout il serait à propos d'invoquer Duns Scot et la théologie ^éraphique. Voici quelques passages d'un théologien de
t 1 Mgr Turinaz, dans sa seconde brochure, p. 19, écrit: « Il est des dogmes qui n'ont pas de signification pratique. >
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QU'EST-CE qu'un DOGME i» 123
Sur la parole de Dieu, Bossuet avait écrit déjà cettej page admirable: « Mais quand Dieu même parlerait à l'entendement par la manifestation de la vérité, il faut encore aller plus avant. Tant que les lumières de Dieu demeurent simplement à Tintelligence, ce n*est pas encore la leçon de Dieu, ce n*est pas l'école du Saint-Esprit, parce qu'alors, dit S. Augustin, Dieu ne nous enseigne que selon la loi, et non encore selon la grâce, selon la lettre qui tue, non selon l'esprit qui vivifie. Donc, mes frères, pour être attentif à la parole de l'Évangile, il ne faut pas ramasser son attention au lieu où se mesurent les périodes, mais au lieu où se règlent les mœurs. Il ne faut pas se recueillir au lieu où Ton goûte les belles pensées, mais au lieu où se produisent les bons désirs. Ce n'est pas même assez de se retirer au lieu où se forment les jugements, il faut aller à celui où se prennent les résolutions. Enfin, s'il y a quelque endroit encore plus profond et plus retiré où se tienne le conseil du cœur, d'où l'on détermine tous ses desseins, d'où l'on donne le branle à ses mouvements, c'est là qu'il faut se rendre attentif pour écouter Jésus-Christ. » Que citcrai-je encore après cela ? Je veux au moins rappeler cette phrase de Newman: K Si la religion n'est pas une vérité pratique et d'ordre moral, le scepticisme est la seule philosophie raisonnable (*). » On en pourrait trouver d'analogues chez une foule d'autres écrivains. Je pose d'ailleurs en fait qu'aujourd'hui même, dans la prédication ordinaire, dans la direction spirituelle, dans les livres d'édification et d'apostolat, toutes les fois qu'il s'agit de solutions effectives pour des cas concrets, toutes les fois qu'on revient à la réalité de la vie chrétienne, toutes les fois que le souci d'amener une âme à Jésus fait oublier les disputes d'écoles, c'est uniquement à la signification pratique et morale des dogmes qu'on s'attache, nullement aux théories et spéculations auxquelles ils peuvent donner matière.
1. Cf rî. BkEMOND, Newman: PsycJwlojie de la Foi, page 277: Paris. Bloud, 1905.
On voit en déf (\ invoquer contre iément les étroite permettent pas de .'.ssez, ce me semb 1ère parfaitement 1 l'article Qu'est-ce t
m. — PRINCIPES GÉNÉRAUX.
Que l'acte de foi implique un assentiment intellectuel, je n'ai jamais entendu le contester. Mais tout le monde m'accordera qu'il implique aussi autre chose: un concours de la volonté. Cela étant, la première question est poiu: moi de chercher sous quelle forme il convient de concevoir le rapport de ces deux Cléments (')•
Commençons par ime remarque importante. Je viens de poser le problème dans le langage de mes adversaires. J'ai parlé en effet comme si l'acte de foi résultait d'une synthèse opérée entre deux éléments séparables. Or c'est là un point de départ que je me refuse à tenir pour légitime. On voit donc que la forme d'énoncé précédente est défectueuse: elle préjuge quelque chose de la solution puisqu'elle suppose admis un certain postulat, à savoir le morcelage de l'âme en facultés distinctes dont chacune aurait une sorte d'autonomie ou du moins ferait son œuvre à part des autres et en dehors d'elles.
Ce postulat est le principe commun de l'intellectualisme et du volontarisme: systèmes antithétiques, je le veux bien, mais qui ont une même racine, et qui ne
1. Je laisse entièrement de côté ici Télément surnaturel, la grâce; ce qui ne veut pas dire que je le méconnaisse: au contraire, je le suppose partout. . , ,
Dogme et Critique te.
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