Loc. cit., art
4. Je ne veux pas dire ici, bien entendu, Tordre de la grâcm^
qu'est CE qu'un dogbie? 163
Par conséquent, ce n'est pas la même notion de vie qui convient avant la mise en croix et après la • sortie du tombeau: de sorte que, si le mot ne change pas quand on passe d'une période à l'autre, il faut •dire au moins qu'il est pris d'abord dans le sens propre, puis dans un sens figuré ou métaphorique. Non pas, •entendez-le bien, qu'aucune réalité ne corresponde à la métaphore: mais la réalité se cache sous la métaphore •et celle-ci n'exprime point cellei-là dans ses déterminations intrinsèques. En sonune il y aurait lieu d'appliquer ici les conclusions exposées plus haut touchant la méthode analogique.
Tel est bien en effet renseignement authentique de la tradition. Car les Pères ne craignaient pas autant que nous d'appuyer sur le caractère mystérieux, de la vie nouvelle que possède le Christ ressuscité. Je ne veux pas faire étalage de textes. Il me suffira de rappeler quelques considérations élémentaires, d'ailleurs tout à fait classiques.
La première est que le langage traditionnel attribue ^u Christ après la résmrection un corps « glorifié », signifiant par là qu'il ne faut point se représenter •ce corps à l'exemple et sur le modèle des corps humains ordinaires, tels que nous les montre l'observation commune ou scientifique. Or, rien de plus obscur que la notion de ce « corps spirituel » dont parle S. PauL Il est « caché à nos sens », dit le Catéchisme. Ce n'est -donc pas une réalité de l'ordre phénoménal. On ne peut ^uère en construire une idée précise, du moins tant qu'on reste dans le plan de l'expérience positive. Qu'est- -ce en effet pour nous qu'une vie qui n'est plus devenir, progrès, évolution, développement, qui échappe désormais à tout le déterminisme des lois naturelles ? Avec quoi composerons-nous le~ concept de cette vie transcendante, après que nous aurons vidé de tout son contenu le concept usuel de vie (^)? Remarquez bien qu'il
1. Ordinairement on ne se tire de là que par un recours ^ Y imagination. D*où une sorte de mythologie, dont on trouvera de nombreux exemples jusque dans S. Thomas.
s'agit de définir la désincarnée {') Oi tuel le jeu des f< faisons abstractioi signent les mots générale de l'être cepHon et d'initial glorieux, ces tenu sens analogique. I d'espace et de ten ces conditions, vr; constitue à nos yei encore une fois, q "e corporelle ? {') A un autre poin que, dès avant l'a ressuscité n'était i naire du mot. En < tique de la questii départ entre ce qi déjà interprétatioi rudiment d'apolof évangéliques, en témoins de la cr< que Jésus appara que les obstacles cependant il devei pouvait alors l'en manifestait avec i où l'on ne saurait sique proprement
1. Deux écueils jusqu'à en faire une ; pour la définir sur qui risquerait de rei les trois jours.
2. Prière aux conl je ne dis pas. Je ne signale seulement c quand on se place dî
QU^EST-CE qu'un DOGME? 165
toujours évidence sensible incontestable : quidaih aiitem dtihitaverunt (Matth., xxviii, 17). D*autres fois on pouvait être présent et ne point voir: ainsi en fut-il par exemple pour les assistants dans la vision de S. Paul (ACT., IX, 3-7; XXII, 6-9), qui du reste eut lieu après l'ascension et que celui-ci place néanmoins (I COR., xv, 5-8) sur le même plan (il se sert, lui, du même mot) que les apparitions à Pierre, aux onze Apôtres, aux cinq cents disciples (*). Enfin l'antiquité chrétienne (Origène, Tertullien, pour ne citer que ceux-là) avait déjà remarqué que Jésus, maître souverain de sa perceptibilité, ne se montra jamais qu'à ses amis, ou du moins à des hommes qui devaient croire ensuite (2): comme pwDur signifier que la possibilité de le percevoir n'était pas sans rapport proche ou lointain avec la foi et que sa réalité, appartenant désormais à Tordre religieux surnaturel, exigeait, pour être perçue, des conditions elles aussi surnaturelles. A cet égard, l'histoire des disciples d'Emmàûs est très significative (^). Marchant en compagnie de Jésus, ils ne le reconnaissent pas; ce n'est point qu'ils ne l'euss^it jamais vu, car ils sont présentés comme étant de ceux qui l'avaient suivi (Marc, xvi, 12; Luc, xxiv, 13) et d'ailleurs leur aveuglement est rapporté à une cause plus mystérieuse : oculi autem illorum tenébaniur ne eum agnoscerent (Luc, xxiv, 16); mais le sens profond du récit se révèle quand on les voit finalement reconnaître Jésus à la fraction du pain.
Des arguments de fait venons maintenant aux arguments de droit. On peut les résumer en deux mots. Dans Tordre de l'expérience positive, la réalité d'un corps est faite de ses liens avec le reste de l'univers,
1. Dans ACT., ix, les assistants entendent la voix; dans AcT., XXII, ils ne l'entendent point; mais en tout cas il ne saurait être question d'objectivité au sens ordinaire du mot.
2. Et qui avaient déjà un commencement de foi: car ni S. Paul ni le Didyme ne peuvent être considérés comme de purs incrédules.
3. Qu'on remarque en passant une expression du texte évangélique: ostensus est in alia effigie (Marc, xvi, 12).