‹ Dogme et critique (volume 2)Chapitre 50 sur 113 · DOGI · texte numérisé non relu

DOGI

elle n'existe pas ea d« se mesure à leur non corps consiste en un p et nécessaire sur l'ensi continuité que fait app commun, chaque corps qu'un aspect de l'uni vi tive ('). Dès lors, que ; aique du terme, la réalii dire d'un corps soustra l'entrecroisement défini sique {*) ? Et si la rési de l'ordre phénoménal soit elle-même un phér Ainsi, au point de vi physique, la réanimatU parce qu'en toute hyp n'appartiennent pas ai incommensurables entr ment échappe radicale:

à laquelle seule est coni qu'au même point de vi constater, ce ne serait volatilisation du cadavi servateur ait été enfenr de Jésus. En tout état

1, Voir un article que physique el de Morale, iuîJ intitulé Morcdage el disloct que l« mot cadavre n'a de

2. Remarquez bien qu'i sommes placés les retatio science peut noter. Par ex qu'exprime le verbe peaei trébucher une balance, ê

li définissent la réalité pi mais en tant que phj/siq relations auxquelles échaf pas dire Bimpliciter que ci que ce n'est pas une réal bien une réalité physique.

qu'est-ce qu'un dogme? 167

statations que physiquement il eût pu faire: à un instant A, perception d'un corps ; à un instant B ultérieur, anéantissement de cette perception. Mais le passage de rétat perceptible à Tétat glorieux, la continuité de Tun à Tautre, le prolongement de -l'un par l'autre, c'est-àdire la résurrection elle-même, lui auraient toujours échappé. Lui aussi n'aurait pu que croire à la résurrection, comme noi^s et pour des motifs analogues, non point la constater physiquement. Au surplus, une telle volatilisation, si elle est imaginable^ peut-elle être vraiment pensée'^ L'équilibre de Timivers phénoménal n'en serait-il pas rompu? On sous-entend que le reste du monde physique demeure tel quel: comment cela, si toutes les relations qui constituent ce monde sont réciproques, si la réalité d'un corps et celle du milieu environnant sont deux termes essentiellement corrélatifs? Cela même a-t-ii un sens? et \m corps peut-il dispa*i raître totalement, les conditions ambiantes restant identiques, alors que ce corps n'est autre chose que le concours, l'intersection, la convergence des conditions qui le déterminent? De toutes manières, nous sommes amenés à conclure que la résurrection ne saurait être vue (ni. par les yeux du corps, ni par ceux de l'esprit) du sein de l'ordre phénoménal Q),

Sans doute le monde phénoménal n'est pas un absolu, et l'on peut admettre que le surnaturel intervienne en lui. Mais tout de même il existe, c'est à son rang une réalité, et par conséquent le surnaturel ne saurait avoir en lui un contre-coup localisé — tel que la volatilisation du cadavre — qui en détruirait toute l'économie et la notion même : la grâce n'agit au sein de la nature qu'en se revêtant de ses formes. Qu'on y réfléchisse: la résurrection, introduite dans le monde phénoménal à titre de phénomène particulier, ferait éclater ce monde et le rendrait impossible ou contradictoire en le forçant à violer sur un point ses conditions a priori, « On ne peut pas aff ran-

1. Bien entendu, je ne tire de là qu'une conséquence, à savoir que ce n'est pas d'un point de vue phénoménal qu'il faut chercher à définir et à concevoir la résurrection.

168 DOGBIE ET CRITIQUE

I chir des catégories ce qu'on entend placer dans un plan

[t de connaissance défini par ces catégories elles-mêmes.

^' On ne peut pas tenir pour donné à titre de phénomène

^ ce à quoi Ton commence par attribuer des caractères

L inverses àe ceux qui composent la notion de phénomène

I donné (^). » La volatilisation phénoménale du cadavre

r est donc chose inconcevable. Du reste cela ne veut

[ pas dire que la résurrection ne soit point une réalité;

t mais c'est une réalité d'ordre supérieur, une réalité de

f telle sorte qu'elle ne saurait occuper une place particu-

le lière dans la série phénoménale. La résurrection n*est

l perceptible ni quant au point de départ ni quant au point

? d*arrivée (*).

Nous nous rencontrons ici avec S. Thomas {8umm^

1^ Th., P. III, Q. LV, art. 2, ad 2«): « BemArrectio Chr'sti

l transcendébat eommunem notitiam et quantum ad termi-

num A QUO, secundum quod anima rediit ah inferis, et

f ■ corpîiê de sepulcro clauéo eocivit, et quantum ad terminum

AD QUEM, seeundum quod est adeptus vitam gloriosam.

Et ideo non debuit resurreetio fieri sic quod àb homine

vider etur, » Ce texte n'est-il pas significatif ?

Le Christ ressuscité n'appartient plus à l'ordre de l'expérience terrestre. Lui-même le déclare: « Cum aÂhuc essem vobiscy^m.... » (Luc, xxiv, 44). Son corps n'occupe désormais aucun lieu ; il échappe à la perception et à la science; il est hors de tous les cadres qui définissent le monde phénoménal. Si donc on emploie toujours le mot corps, ce ne peut être, semble-t-il, que dans un sens analogique, entendu comme il a été dit à propos des attributs divins (^).

1. E. Le Roy, Essai sur la notion du mirade, premier article, dans les Annales de philosophie chréUenne, n° d'octobre

2. J'entends parler, bien entendu, de perception au sens ordinaire du mot.

3. Cela ne veut pas dire, notez-le bien, que le corps du Christ ressuscité soit une simple apparence imajdnaire. un

qu'est-ce qu'un dogme? 16^

Noys sommes arrivés à cette conclusion que, si la résurrection est entrée dans . la gloire, .elle ne saurait être ni constatée ni définie d'un point de vue phénoménal. Cette conclusion est trop importante pour que nous n'y insistions pas davantage. Il nous faut maintenant examiner plus profondément la face théologique du problème.

Précisons d*abord les conséquences de ce qui précède. Je ne conteste nullement la réalité de la résurrection: au contraire. Mais je m'élève contre le matérialisme naïf qui, consciemment ou non, ne voit de réalité véritable^ de réalité complète, que dans la réalité physique. Pour moi, le fait. 4^ la résurrection contient tout ce qu'un fait de l'ordre physique contient lui-même de réalité, mais ii le contient en^inentiori modo, parce qu'il contient aussi autre chose çt que cette autre chose ne peut manquer de réagir sur la première (^). Défaisons-nous de l'imagination commune. Les réalités spirituelles sont quelque chose d'infiniment plus réel que les réalités simplement matérielles. Et qu'on ne suppose pas qu'à parler ainsi je prends un chemin détourné pour insinuer que peutêtre Jésus n'est pas ressuscité véritablement dans sa. chair, vera oarnis resurrectione. Je cherche seulement à réaliser tout le sens de cette formule. Et ce que je rappelle, c'est qiie la réalité de la matière ne se trouve que dans l'esprit, ne se peut concevoir et définir qu'en fonction de l'esprit. Sans doute c'est son corps, et non pas simplement un corps, que Jésus a repris par la résurrection (2): ce même corps qui était né de la Vierge Marie, qui avait vécu de la vie organique naturelle, qui avait souffert et q|ui était mort sur la croix, qui enfin avait été déposé dans le tombeau. Mais, pour donner leur plein sens à ces expressions, est-il nécessaire, est-il

fantôme illusoire, ou je ne sais quelle forme fluidique éthérée:: ces rêveries supposent en effet qu'on persiste à se placer aa point de vue phénoménal pour définir le corp^ glorieux.

1. Ici encore on ne saurait se contenter d'une simple juxtaposition entre deux éléments hétérogènes: la vie du Christ ressuscité est ime.

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