‹ Dogme et critique (volume 2)Chapitre 5 sur 113 · Voir la Note I à la fin du volume · texte numérisé non relu

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PRÉFACE IX

Dieu^ le bien des âmes, fa lumière àe la uérké. Le présent livre leur est dédié, à eux et à tous ceux, €onnus ou inconnus, qui leur ressemblent. A-t-il besoin de se justifier autrement que par ces paroles de Fénelon quHl peut prendre pour devise: « Tout chrétien, loin d^entrer dans des disputes, doit au contraire s'expliquer de plus en plus, pour tâcher de contenter ceux qui ont eu de la peine sur ses premières explications ?» Si ce motif ne suffisait pas, j€ dirais gue je ne puis rester indifférent en face des apinions qu'on ni* a prêtées; trop de gens h* ont eu connaissance de mon article que par dHncomplèêes uualyses^ par des bruits tendancieux ou par des réfutations capables de les troubler; il faut que je donne un texte authentique, avec les gloses que la publicité des polémiques a rendues nécessaires. J'espère d'ailleurs avoir assez attendu pour que les esprits aient eu le temps de se calmer.

Au reste je nt'en tiens à mon attitude initiale, Jai voulu poser une question, rien de plus: les eonttnentaires et réflexions qui l'accompagnent ne sont que pour en éclaircir le sens et la portée, pour montrer aussi qu'on n'y a point encore suffisamment répondu, pour fournir enfin un thème précis aux discussions et aux recherches: qui osera trouver làdedans matière à une accusation d'hérésie? Bt tnaintenant je considère mon rOie senr ce point comme terminé ;fai dit ce que f avais à dire; la question est posée, et nul ne fera qu'elle ne le soit point ; les idées feront désormais leur chemin toutes seules, et nul ne les arrêtera. A l'avenir de répoadre. Penh être verrons-nou^ bientôt une fois de plus ce qmfwt d^abordjugé t^néraira et scandaleux finir par êt$m

Z PRÉFACE

universeliemeni accep^ comme une chose toute simple et toute banale.

.ùe présent volume contient la reproduction telle quelle de mon premier article et des défenses que fen ai déjà publiées : à peine si fy ai fait quelques corrections de pure forme ou si fy ai ajouté çà et là en guise é^ éclaircissements deux ou trois très courtes notes. Le reste de Vouvrage constitue une réponse globale inédite à diverses objections et un développement explicatij de ce que je m'étais borné tout d'abord à indiquer sommairement, A dessein je laisse le livre non composé, purement documentaire j, simple recueil de mémoires oik l'on trouvera un moment d'une pensée sous la forme même où il a été vécu, sans arrangement d'après coup. Cela explique certaines répétitions comme aussi certains défauts d équilibre dans les développements. Mais c était la seule manière de marquer qu'en effet je n'ai voulu que poser une question, non pas soutenir une thèse catégorique et définitive.

Toutefois, avant de clore cette préfate, il faut que f écarte quelques griefs généraux qu'on a cru devoir 4 plusieurs réprises articuler contre moi.

On m'a reproché d'abord de ne point parier la langue spéciale de la théologie scolastique. Il est certain que j'ai cru préférable de purler français. Mais eston bien sûp que ce soit par ignorance .^ Ne serait ce pas plutôt parce qu'il y a des langages qui supposeni et impliquent toute une philosophie,^ Au surplus^ peut-être r^ est-il pas mauvais de parler aux ffens uw

PRÉFACE XI

langage qu'ils entendent. Or on ne saurait niet qu'au jour c^hui V emploi du langage scoîastique soit moins une aide qu'un obstacle- A quoi bon dès /drs, quand on s'adresse à des modernes avec le désir d'en 0tre comprisj s*obstiner à se servir d'un tel discours P Va-ton prétendre que la terminologie de VÉcole est indissolublement liée à la raison ou à la foi? On m'a dit que, faute de m\y tenir^je devenais inintelligible aux théologiens. Je ne puis croire que ceux-ci soient à ce point, étrangers au monde aujourd'hui vivant. Quelles que puissent être leurs habitudes et leurs préférences, je ne doute pas qu^avec un peu de bonne volonté^ faisant passer le souci des âmes avant Vorgueil de caste ou l'esprit de système^ ils n arrivent à entendre le langage de tout le monde. Et pour le reste que leur deniandé-je de si difficile? Ne pas chicaner sur chaque mot ; tenir compte du contexte ; fuir le petit jeu puéril qui consiste à extraire des propositions comme si le moindre membre de phrase était V énoncé d'un théorème iso^ Imble; bref chercher à comprendre plus qu'à réfuter: €*est tout simplement savoir lire. Sans doute mes idées sont imparfaites^ leur expression lest aussi: j^en suis convaincu d'avance. Mais de qui n'est-ce pdntlecas? Toute recherche implique risque é^erwmur. Je réclame le droit de n'être pas infaillible^ sans que pour cela il me soit interdit dépenser et é^écrire.

On m*a reproché ensuite — et le reproche serait plus grave, s'il était fondé — d*être un artisaji de tcmndaley detpoubler la foi des simples. Quelques uns ont fkêfne eu ta charité de dire que je m'y appliquais. Étrange illnsim% / Ilya beau temps qu'en France les

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•attestions de critique religieuse appartiennent au do^ moine public. Espèret-on réussir à garder en vase -€103, loin de tout ce qui se dit et de tout ce qui se fait, tes âmes des fidèles ? Dans la mesure toujours petite et toujours décroissante où on y parviendrait^ est-ce vraiment un service qtton leur rendrait ainsi ? Estil bon de donner à croire que la foi ne peut subsister -qu^à la condition de ne la point examiner et de n'y réfléchir jamais ? Est-il bien avantageux de réserver .aux incroyants le monopole de la discussion sur ces matières? Et ce que les jeunes gens ne manqueront ^as d apprendre tôt ou tard au sujet des problèmes -qui se posent aujourd'hui^ est-il préférable qu'ils Rapprennent de nos adversaires ou de nous ? Nong le péril pour la foi, ce n'est point P étude loyale, ce n'est point la franchise de recherche, ni la droite constatation de ce qui est. Mais ce qui peut être en -effet cause de trouble et de scandale^ c'est le tumulte qu^OH soulève autour de certaines enquêtes, ce sont les effrois qu'on manifeste, les clameurs qu'on pousse» les soupçons qu'on répand, les manœuvres qu'on jentCy les mœtsrs intellectuelles dont on donne le spectacle. Et puisy si assurément il ne faut pas scamdaliser les simples, il ne faut pas non plus scanda* 4iser les savants. On ne s'en inquiète pas asses. En vain s'avise-t-on de dire que ceux-ci ont les moyemê de se défendre. Je V accorde; mais disons, vouloir vous ? qu'il faut surtout prendre garde à ne pOê scandaliser les incroyants: car eux ne disposent point des ressources surnaturelles qui sont là pour protéger et soutenir tout chrétien, même simple, dèê ^u'il le veut. Voilà où vraiment lapmrt$e f^est pem 4gale. Et quant amx ignorants — qtee

PREFACE

protégerait mieux en n'appelant point par tant débruit leur attention sur des controverses qui ne leur sont pas destinées — je ne voudrais certes pas qu'oit se crût en droit de mépriser leurs représentations naïves; je sais trop que < la multiplicité, la variété^ même l'apparente grossièreté des symboles ne répu^ gne pas autant qu^on pourrait le croire à la simplicité éPune foi vraie et à la pureté du sentiment religieux (0 »; une vérité très haute et très profonde peut être saisie sous des espèces très humbles^ à travers un véhicule très imparfait; le rapport vécu qui unit Vhomme à une réalité divine transcendante et mystérieuse peut parfois revêtir dans la conscience^ de cet homme une forme grossièrement déficiente et inadéquate sans que V efficacité salutaire du rapport en soit atteinte; il ne faut point oublier cela, sans doute; mais tout de même le respect ne saurait aller jusqu'à la canonisation.

On m'a reproché enfin étêtre tmîque^ et peut-être^ est-ce là en somme ce dont on m'a le plus réellement voulu. H y a en effet de certaines gens pour qut VÉglise n'est qu^une hiérarchie, un gouvernement maître absolue de sujets inertes; le reste, servum pecus^ troupeau sans droit et sans initiative^ n'a que des devoirs, ou plutôt n'a qu'un devoir, celui de se laisser conduire aveuglément ; à quelques rares élus le monopole de la liberté spéculative, de Vintelligence et de la science théologiques; mais les simples fidèles n'ont que le rôle des moutons de la Chandeleur à Rome * onies bénit et on les tond. Remarquez bien que ceux qui parlent ainsi n'appartiennent pas plus-

ZIV PRÉFACE

que nous à V Église enseignante. Sous ^ vocable de lautorité, cest en faveur de leurs propres opinions quHls réclament. Sur quoi donc reposent leurs prétentions? Notre pensée, notre foi^ notre vie, notre salut sont en cause: cela nous regarde peut-être. Être

chrétien ne saurait dispenser d'être homme^ c^est-ddire de penser sa vie et de vivre sa pensée. Du reste est-ce que les laïcs ne font point partie de V Église ? est-ce quHls ne sont point à leur rang, chacun pour son humble pari, non pas seulement des récepteurs passifs^ mais des témoins, des organes, des agents de la tradition ? est-ce que le vrai nom de VEglise enseignée nest pas Église étudiante, Ecclesia discens ? L'autorité dans VEglise est un service plus qu'un droit, ou mieux elle n'est un droit que dans la mesure oii cela est nécessaire pour quelle puisse être un service efficace; la hiérarchie est faite pour les fidèle s y non les fidèles pour la hiérarchie ; Vune et Vautre se justifient à titre de conditions requises pour une organisation régulière de Vexpérience religieuse collective; V infaillibilité du magistère,— assistance et non point inspiration, ordonnée au discernement et non à Vinvention, — suppose le travail de tous et sans lui n'aurait plus de matière où s^ exercer. Assurément VEglise est, d'institution divine, une société inégale^ où tous ne sont point pasteurs et docteurs^ où le pouvoir n'émane point d'en bas, mais descend d en-haut, A ceux qui ont ainsi reçu la mission d^ enseigner et de conduire, nous devons respect et -soumission. Cette soumission et ce respect, nous les donnons sans réserves. Toutefois notre obéissance veut être celle dé fils, non de courtisans ou d'esclaves; et elle se concilie avec le devoir, qui nous

PRÉFACE XV

incotnbe en qualité d'hommes, de penser et d'agir par nous-mêmes (•).

Une fois pour toutes^ au seuil de ce volume^ je renvoie le lecteur d l ensemble de mes travaux philosophiques. Je m.^en suis naturellement inspiré au cours de mes. réflexions sur le dogme : comment penseraisje en effet autrement qu'avec ma pensée ? Tel point quejeme home ici à effleurer d un mot est étudié en détail dans mes publications antérieures; telle affirmation que je formule çà et là en passant y trouve un commentaire justificatif Je prie qu'on n'oublie pas cet avertissement. On s'évitera ainsi la béime de ceux qui mont reproché de ne jurer que par la science et de professer un culte idolâtrique de la raison. On verra en même temps que la théorie de la connaissance à laquelle je me rallie n'est pas un scepticisme ni un agnosticisme. Enfin on saisira mieux la signification précise que j attache à certains termes (').

Je dois aussi un avertissement aux exégètes qui me liront. Peut-être s'étonneraient ils de certaines citations que je fais. Qu'il soit bien entendu dès à présent qtée parfois f utilise les textes de V Écriture ou des Pères more theologico, c'est-à-dire sans me préoccuper spécialement de leur sens littéral primitif tel que la critique peut le restituer. Ils sont em* ployés par moi, dans le travail actuelj comme témoins et véhicules de la pensée chrétienne à travers

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