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3. Loisv, Revue d'Histoire et de Littérature rdigieuses^ n° de.janvier-février 1906, p. 70.
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et aux Écritures, c'est-à-dire à des arguments qui supposent une certaine foi préexistante. Sans doute ilsparlent de constatations matérielles. Mais elles sont liées aux apparitions et participent donc de leur carac-^ tère. En outre, elles ne sont pas données comme suffisantes, comme décisives ; quelques-unes semblent avoir été -offertes plutôt qu'effectuées; une sorte de blâmediscret est adressé à ceux qui les exigèrent; et surtout., il est fortement marqué qu'elles ne sont nullement indispensables, ni plus probantes que les autres signes. Au surplus, on« sait que les documents évangéliques, enraison de la date de leur rédaction définitive, n'ont pas la même valeur pour l'histoire que ceux dont j'ai d'abord parlé plus longuement.
Quoi qu'il en soit, n'est-ce point en tout cas un fait d'expérience constante que de nos jours la résurrection est objet plutôt que motif de foi ? et que celle-ci amène à l'affirmation de celle-là plutôt que la certitude préalable de celle-là n^amèné à celle-ci ?
Cela tient à ce que, dans l'économie de la révélation divine, la résurrection de Jésus n'est pas im commencement premier. Si une préparation graduelle a été nécessaire comme une aube grandissante avant le plein, jour du Christianisme, quoi d*étonnant que cette néces* site se retrouve pour nous au cours des recherches par lesquelles nous acquérons la foi? Ce n'est pas dans^ l'ordre biologique uniquement que l'ontogenèse reproduit la phylogénèse. Il faut une éducation progressive pour devenir capable de percevoir certaines lumières trop pures et certaines évidences trop hautes. Il y a des cimes qu'on n'atteint qji'après en avoir déjà nonseulement aperçu, mais gravi d'autres.
Et qu'on ne s'y trompe pasi Cette conclusion ne saurait être taxée de fidéisme que s'il était question pour nous d'avoir à entrer du dehors dans le courant dela révélation. Or tel n'est point le cas. C'est de naissance que chacun de nous est plongé dans ce courant <Bt l'alternative qui s'ouvre à chaque instant devant nous est non pas d'y entrer ou de rester à l'intérieur^
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mais ae ie suivre ou de lui résister. En sorte qu'il n*y a pas le moindre cercle vicieux à soutenir que la foi «n la résurrection est le fruit et comme l'épanouissement -d'une foi antérieure.
J'ajoute que ce n'est là null^nent un retour déguisé il la « preuve par les prophéties ». Cette preuve est caduque en tant qu'elle veut découvrir dans quelques phrases isolées, dans t^uelques lambeaux de textes érigés en thèses, une énonciation précise formulée à l'avance, en tant qu'elle imagine donc une coupure nettement tranchée entre la prophétie et l'événement tenus pour constatables chacun à part. Mais la situation n'est plus la même du tout si l'on regarde l'événement et la prophétie comme deux moments d'une même continuité dynamique, deux moments qui se pénètrent par une sorte d'endosmose et qui ne peuvent être saisis •que solidairement. Tradition et prophétie ne font qu'un alors comme deux aspects complémentaires dans la durée organique d'un mouvement vital dont chaque phase est toujours à la fois mémoire et perception, synthèse de passé et d'avenir (^).
Ainsi, en affirmant que la résurrection du Christ ne peut être appréhendée que par la foi, nous restons dans la ligne de l'enseignement traditionnel et nous vérifions seulement sur un cas particulier une loi générale de l'apologétique.
( Il sera facile maintenant d'achever notre examen
par une interrogation directe de l'histoire. Nous allons voir d'où vient précisément son incompétence.
D'abord les textes évangéliques relatifs à la résur-
I rection présentent, on le sait, de nombreuses difficultés :
rsi grandes que, pour les résoudre, les Pères n'hésitaient
1. Il y aurait ici matière à de suggestifs rapprochements ^vec les travaux de M. Bergson sur la nature et le rôle de la perception et de la mémoire dans la vie psychologique.
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pas à recourir largement aux interprétations allégo-' riques et mystiques. Les récits offrent des divergences qui vont presque jusqu'à la contradiction. U est impossible d*en établir exactement la concordance, de reconstituer sûrement d'après eux la série des phénomènes. A cet égard, certains apologistes ont le triomphe trop prompt et proclament trop aisément Taccord parfait des témoignages. Leurs explications ne sont pas toujours satisfaisantes, ni leurs hypothèses toujours acceptables: il s'en faut. £n accumulant les suppositions arbitraires, ils ne prouvent en somme que leur propre parti pris. Je ne veux pas insister là-dessus (^) : qu'on veuille bien lire avec attention, l'un après l'autre, les derniers chapitres des quatre évangiles, sans autre dessein que celui de les mettre d'accord et d'en faire un tout qui se tienne: l'effet est saisissant. D'ailleurs ce n'est pas à dire que la résurrection ne soit point un fait réel. Mais c'est un fait d'une complexité beaucoup plus grande que d'aucuns ne le donnent à entendre.
Ce fait,- en tout état de cause, n'a pas eu de témoins oculaires. vere beata nox, quae sola 'ineruit scire tempus et horanij in qua Christus ah inferis resurrexit ! Ainsi chante l'Église à l'office du samedi saint (bénédiction du cierge pascal, Exultet). Par les textes, nous ne saisissons en tout cas qu'une seule donnée proprement positive: la disparition du corps, la découverte du tombeau vide; et cette donnée, même en la supposant établie sans contestation possible, ne constitue point
1. Voici, à titre d'exemples et au courant de la plume, qucl- <iues-unes des difficultés principales que soulève la comparaison des Évangiles: la découverte du tombeau vide ne se fait pas dans les mêmes conditions; l'attitude des femmes, iiotamment, est très différente ici et là; les apparitions se pro- <luisent à Jérusalem tandis que les apôtres sont convoqués eq^ Galilée pour en être témoins; Matthieu et le chapitre additionnel de Jean les placent en Galilée, mais Luc et la finale <ie Marc les mettent à Jérusalem; etc. On a l'impression d'un n\élange de plusieurs traditions distinctes et incompatibles. Certains apologistes glissent rapidement là-dessus et s'attar- <i€nt avec complaisance à résoudre des difficultés beaucoup ttioindres: achat des aromates, nombre des femmes, heure de leur pèlerinage, etc.
par elle seule une preuve péremptoire. A partir de là, quelque manière de voir que l'on adopte, c'est toujours par hypothèses, par interprétations, par essais de théories explicatives qu'il faut nécessairement procéder. Or il s'agit en l'espèce d'établir un fait étrange, incompréhensible, sans précédents ni analogues, vrai sans doute, nous le croyons, mais non vraisemblable. Une saine méthode exige donc ici des preuves absolument claires et péremptoires, au sujet desquelles il est légitime qu'on soit d'autant. plus difficile que la conclusion en jeu est d'une importance plus grave et d'une singularité plus exceptionnelle. Eh bieni examinons rapidement celles qu'on propose d'ordinaire.
L'Apologétique n'a pas de peine à montrer l'insuffisance radicale, voire l'absurdité de certaines hypothèses : mythe, hallucination, pure p), mort apparente^ enlèvement furtif par les disciples, tremblement de terre qui aurait englouti le corps, etc. Sur ces divers points on peut t^nir pour décisives les réfutations classiques. Mais il y a bien d'autres hypothèses possibles; on ne les examine pas toutes; si l'on s'attarde parfois à disserter plus ou moins longuement sur des suppositions puériles et ridicules (comme par exemple que la disparition du corps serait le fait du diable), on expédie beaucoup trop vite ou même on néglige en* tièrement d^autres explications plus naturelles et plus plausibles, notamment celle qui s'est présentée la première à l'esprit de Marie-Magdeleine : « Tuîerunt Dominum de monumento et nescimus uhi posuerunt eum » (JOAN., XX, 2). Je ne dis pas du tout que cette explication soit la vraie; mais je dis qu'elle mérite examen à meilleur titre que telles autres qi^'on discute avec un soin minutieux. D'ailleurs mon intention n'est pas d'entreprendre ici en détail la critique nécessaire; je voulais seulement faire sentir combien il est difficile en pareille matière de conclure avec rigueur par exclusion
1. Par hallucination pure, j'entends celle qu'on tient pour dénuée de toute valeur objective, de quelque manière que Von conçoive cette valeur.
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de tous les cas sauf un seul; est-on jamais sûr d'avoir épuisé la liste des hypothèses concevables? Et cependant, s'il s'agit de conclure au miracle par voie proprement scientifique, est-il un autre moyen que Télimination exhaustive des causes naturelles?
Quoi qu'il en soit, voyons comment se pose le problème de la résurrection au regard de l'historien. Bien entendu, je ne prétends pas ici pousser à fond l'examen critique: un volume entier ne serait pas de trop alors. Il me suffira d'esquisser Iwièvement ie schème général de la discussion.
Il faut dire tout d'abord pourquoi les argumentations de Tapologétique usuelle ne paraissent pas concluantes :
lo — La méthode suivie est fort contestable dans son principe même. La critique des témoignages est en effet conçue communément selon Tanalogie judiciaire. On détermine a priori les conditions requises pour qu'un tribunal admette la déposition d'un témoin. Puis on cherche à montrer que les évangélistes remplissent parfaitement ces conditions. Cela irait 'encore, à la rigueur, si le débat portait sur un événement d'ordre habituel. Mais c'est d'un mystère qu'il s'agit. Dès lors les garanties ordinaires ne suffisent plus. La nature exceptionnelle de l'affaire détruit radicalement l'analogie sur laquelle on voulait s'appuyer. Car on est en droit de craindre ici bien d'autres causes d'illusion que. dans les cas où le fait affirmé est en lui-même compréhensible et vraisemblable.
2o — On invoque la transformation merveilleuse des Apôtres, l'étonnante propagation de la foi, la constance héroïque des premiers croyants, etc. Mais tout cela ne prouve en somme directement qu'une sincérité de conviction, non pas sa valeur objective. Une foi, même !3
très intense, peut ne pas se rendre un compte exact de sa propre genèse, ni siutout de sa portée. Sans qu'il soit besoin de parler outre mesure d'hallucinations