‹ Dogme et critique (volume 2)Chapitre 59 sur 113 · On sait la dépendance de Luc par rapport à Paul · texte numérisé non relu

On sait la dépendance de Luc par rapport à Paul

qo'est-ce qd'un dogme î 205-

a pas d'autre méthode légitime. Toutefois ici une distinction s'impose. '

On sait les motifs qu'ont les critiques de considérer la finale dcutérocanonique de Marc {XVI, 9-20) comme une pièce rapportée. Brusquement, à partir du verset 9, le ton, le vocabulaire, le style changent tout à fait; il y a une sorte de contradiction entre 8 et 10 ; avec 8, k récit reprend sur de nouveaux frais, comme si rien encore n'avait été dit; bref la cassure est très nette, le fil de la narration est coupé. De plus, les liens avec Luc sont évidents; nous avons ici un abrégé de la. tradition hiérosoly mitaine qu'il développe; si bien que l'envoi en Galilée et l'annonce d'apparitions galiléennesau verset 7 semblent aboutir aussitôt à des manifestations du Christ ressuscité qui ont lieu à Jérusalem. Enfin on sait que la finale en cause manque dans plusieurs manuscrits des plus anciens et des meilleurs: déjà Eusèbe de Césarée et S. Jérôme en avaient fait la remarque.

Ces diverses considérations portent irrésistiblement à penser que le texte authentique de Marc doit être arrêté dans le chapitre xvi au verset 8 inclus. Alors aucune apparition n'est racontée. Mais il y a l'amorce d'un récit conforme à la tradition galiléetme. Aussi l'hypothèse d'une finale primitive conçue dans ce sens est-elle tout à fait vraisemblable. On lui aurait ultérieurement substitué la finale actuelle sous l'influence de la tradition hiérosolymitaine que Luc et Jean représentent.

Les critiques arrivent .même à soupçonner ce que^ pouvait être cette finale primitive, au moins en gros. Considérons en effet le chapitre ultime (xxi) dans nos éditions de Jean. C'est un supplément additionnel, qui ne fait pas corps avec le quatrième év^'.ngile," qui au contraire en dépare l'unité harmonieuse, qui est niême sur plusieurs points en dissonance avec lui, et qui se rattache nettement dans sa partie centrale — à savoir, l'apparition sur le bord du lac de Tibériatîe, la pêche miraculeuse et la réhabilitation de Pierre — î

il la tradition synoptique (^). Ne serait-ce point là le récit — plus ou moins déformé et compliqué de détails parasites par le rédacteur qui l'a mis en appendice <ie Jean — d'une de ces apparitions galiléennes que Marc laisse pressentir et auxquelles Matthieu fait allusion? Ne serait-ce point une sorte de combinaison synthétique des deux premières apparitions — à Pierre et aux onze — dont parle S. Paul? Le genre de vie que nous voyons mener aux Apôtres (v. 3) avant l'apparition, leur attitude (v. 12) pendant l^apparition elle-même, la scène entre Jésus et Pierre (*) (v. 15-17), tout cela n'a de sens que s'il s'agit d'une première manifestation <iu Christ ressuscité: ce serait incompréhensible après •celles que relate le chapitre XX de Jean et c'est pour- -quoi le verset 14 du chapitre xxi ne peut être qu'ime suture rédactionnelle sans valeur historique. D'autre part on voit par l'examen du contexte que le récit de la pêche miraculeuse n'est pas à sa place dans Luc <v, 1-11); celui-ci la met en rapport avec la vocation de Pierre; mais, si Ton compare à Marc, I, 16-18, et -à Matth., IV, 18-20, il est plus probable qu'il n'en fut rien; dès lors il paraît certain que notre version <JOAN., XXI, 1-11) — conforme d'ailleurs à l'Évangile de Pierre — représente plus fidèlement sur ce point la tradition primitive (^), en liant la pêche miraculeuse aux manifestations du Christ ressuscité et à ce -qu'on appelle la réhabilitation" du prince des Apôtres (*). Cela posé, revenons à l'Évangile de Marc; on a remarqué qu'il insiste peu sur la primauté de Pierre ; ne seraitce pas que, se rattachant d'une façon plus directe aux souvenirs de celui-ci, il aurait mieux gardé la perspective exacte des circonstances historiques où se serait

1. On trouvera toute la discussion détaillée dans Lois y, Le quatrième évangile, chap. xxxv.

Page 1