‹ Dogme et critique (volume 2)Chapitre 64 sur 113 · LoiSY, loc. cit · texte numérisé non relu

LoiSY, loc. cit

2. Cf. Bergson, Le rêve, conférence publiée dans le Bulletin de Vlnatitut Tsychologique International, mai 1901 ; L'effort intellectuel, article inséré dans la Bvvue 'philosophique, janviei

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Il se peut aussi que toute apparition soit le produit d'une foi préexistante. Toute perception n'est-elle pas de même le produit d'une pensée? Cela n'empêche pas plus l'une que l'autre d'avoir une portée objective. Qui nous assure que la foi n'est pas un moyen de connaissance normal dans son genre, un moyen d'entrer en relation avec des réalités d'une certaine sorte? Et si oettô foi est divinement inspirée, si elle a une origine et une vertu surnaturelles, si elle suppose et implique le concours de la grâce, ne faudra-t-il pas dire que ses œuvres viennent de Dieu et qu'elles constituent une véritable révélation? Les œuvres accomplies réagiront du reste à leur tour sur la foi génératrice pour l'accroître l'enrichir, la préciser et la parfaire.

Quant aux accidents nerveux qui peuvent accompagner un semblable travail, il ne faut pas en exagérer l'importance, ni se méprendre sur leur signification. Sontoe des causes ou des effets? Cela doit dépendre des cas. Au surplus gardons-nous de confondre les problèmes d'origine avec les problèmes de valeur (^). « Quand on aura prouvé avec quelques fanatiques du matérialisme médical que les Pascal, les Newton et tous les génies sont des détraqués, des dégénérés, leur œuvre en sera-t-elle moins géniale? Perdra-t-elle pour l'humanité la moindre parcelle de sa valeur? Cette misère physiologique compromettrait-elle cette richesse psychologique (2) ? » Du reste l'émergence de l'activité subliminale, même à un degré extraordinaire, n'est pas forcément un désordre maladif. On le reconnaît volontiers pour ce qui concerne les phénomènes d'invention. Et voici que les psychologues arrivent à une conclusion toute pareille à propos de certains mystiques (3). Eh bienl il en est de même ici, voilà tout.

1. Cf. W. James, L'expérience religieme, traduction par F. Abauzit.

2. Abbé Baudin, Bevtie catholique des Eglises, février 1906, p. 80-81.

3. Cf. Vte Brenier de Montmorand, Les états mystiques^ dans la Bévue philosophique de juillet 1905.

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Le terrain une fois déblayé par ces remarques préliminaires, appliquons maintenant à la résurrection du Christ les deux critères de réalité dont j'ai dit un mot au début de la présente étude. Ce qui est pure chimère illusoire, pure hallucination morbide, sans valeur de vérité, peut sans doute susciter momentanément la foi la plus complète. Mais une telle foi n'est pas nourrissante ni fructifiante au point de vue moral; elle ne produit rien de solide; elle ne se transmet pas bien loin; elle ne rassemble pas beaucoup d'âmes dans une communion qui les vivifie ; elle ne résiste pas à l'action dissolvante et réductrice de la durée, à l'épreuve de mise en usage pratique; elle se solde toujours en fin de compte par un échec où se dévoile son caractère mensonger. Or la foi à la résurrection a fait juste l'inverse; elle a déterminé une immense explosion de vie qui a depuis lors rempli l'histoire, surmontant tous les obstacles et survivant à toutes les critiques; elle a été le point de départ et le principe du plus grand progrès spirituel qu'ait accompli l'âme humaine ; elle a accumulé dans une carrière prodigieuse les preuves les plus étonnantes de sa fécondité inexhaustible et durable; enfin, ayant eu dès sa naissance (I Cor., XV, 6) une objectivité déjà supérieure à toutes les hallucinations pathologiques, puisque certaines des apparitions qui la fondèrent eurent jusqu'à cinq cents témoins, elle a par la suite groupé autour d'elle des multitudes sans nombre. Donc la foi à la résurrection correspond à une réalité véritable; et le seul problème qui se pose n'est pas de démontrer l'existence de cette réalité, mais d'en définir la nature. Finalement, pour les apparitions que l'histoire nous montre à la base de cette foi, si l'on persiste à employer le terme d'hyiucinations, au moins est-ce le cas, ou jamais, d'ajouter que ce furent des hallucinations vraies.

Nous sommes à présent en mesure de nous repré-

qu'est-ce qu'un dogme?

senter historiquement la genèse de la foi à la résurrection. En voici le tableau schématique.

Partons de ce fait, la croyance primitive des Apôtres, du vivant de Jésus: confiance totale dans le Maître, certitude absolue que Dieu est avec lui, qu'il est le Messie promis à Israël, qu'il ne décevra aucune des espérances qu'il a éveillées, qu'il fondera son royaume au jour prescrit, qu'il triomphera de tout et même de la. mort. Tout cela sans doute restait confus, non analysé, plutôt vécu et senti que clairement pensé. Mais c'était un principe dynamique, un germe de foi vivante. Et cela devait peu à peu se développer, s'approfondir à l'épreuve, prendre conscience de son contenu latent, de ses richesses virtuelles, de ses exigences implicites. «Pour l'historien, le travail de la tradition chrétienne fait suite à celui des écrivains du Nouveau Testament. Le tout représente comme un effort continu de la foi pour saisir plus parfaitement un objet qui la dépasse. Cet effort ne va pas sans tâtonnements; il n'atteint pas du premier coup son terme définitif; on peut même dire, en un sens, qu'il ne l'a pas encore atteint aujourd'hui; mais il suit toujours la même ligne, mettant toujours Jésus plus haut, et donnant de sa mission une idée plus compréhensive, à mesure que s'ouvre devant la foi intelligente une vue plus large sur le monde et sur l'humanité. Chaque étape de la foi est comme une épreuve et un obstacle qu'elle surmonte par la force divine de son principe intérieur 0). » Bref on a ici tout à fait le type du travail de vérification tel que le pragmatisme le définit.

« La première de ces épreuves, on peut bien le dire, tut la mort ignominieuse de Jésus. Elle fut surmontée par la foi à la résurrection C^). » Victoire qui, loin d'être instantanée, demanda un long travail (AcT., i, 3), dont les Évangiles nous ont transmis le souvenir synthétique et global. Peu à peu, au contact des événements et sous

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