Cf. LoiSY, Autour d'un petit livre,- pp
3. Cf. E. Le Roy, Essai sur la notion du miracle, trois articles publiés dans les Annales de Philosophie chrétienne.
qu'esT'CE qu*un dogme? 227
insertion pratique dans le Christianisme dont elle constitue Tacte vital par excellence (0- Elle est donc susceptible de jouer un rôle apologétique efficace, mais à la condition qu'on Taborde avec une foi déjà commencée qui ne cherche que son complément (=*).
Revenons maintenant à notre problème initial. En définitive, les apparitions ont conditionné la foi, mais réciproquement la foi a conditionné les apparitions. Aucun de ces deux termes n*a purement et simplement créé Tautre, ne fut . totalement antérieur à Vautre. La relation qui les unit est solidarité organique, immanence mutuelle. Et c'est Tun au sein de l'autre qu'il faut les voir pK>ur les comprendre.
Que la foi suppose les apparitions, l'histoire et la psychologie s'accordent à en témoigner de leur point de vt^ critique, faisant ainsi écho à la théologie traditionnelle.
Qu'inversement les apparitions supposent la foi, la théologie traditionnelle ne peut le refuser à la psychologie et à l'histoire. C'est un fait général que les Évangiles confirment dans notre cas particulier (3). Voyez les disciples d'Emmaiis (Luc, xxiv, 13-32.): s'ils finissent par voir Jésus, c'est qu'ils sont de ceux qui « cherchent en gémissant », qu'ils sont vraiment in via, et c'est à la fraction du pain qu'ils le reconnaissent. Leur langage est significatif: Nonne cor nostrum ardens erat in nohis, dum loqueretur in via et aperiret nohis Scripturas î Partout et toujours, d'ailleurs, le Christ ressuscité parle un langage mystique dont l'intelligence requiert une foi déjà vivante chez ceux qui l'entendent. Et qu'on ne m'oppose pas la conversion de S. Paul: car il est
1. Cela ne veut pas dire, — faut-il le répéter encore une fois? — que la résurrection n'est pas un fait réel et vrai; mais ce fait a dû être mis en rapport avec des notions de vérité et de réalité plus approfondies que les notions vulgaires.
2. Que la résurrection ne puisse être saisie dans sa vérité plénière sans une préparation intérieure et une bonne volonté agissante, c'est la conséquence de ceci qu'elle constitue un fait religieux et moral.
3. Ici je puis prendre les récits évangéliques moins conime documents d'histoire que comme témoins de la foi primitive.
trop facile de répondre que le coup de foudre sur le chemin de Damas ne fut pour lui que l'explosion suprême qui terminait une crise de foi subliminale {^).
L'histoire va plus loin encore. Elle nous montre la foi à la résurrection étroitement liée dans sa genèse à l'institution de l'Église et des Sacrements. Tout s'accomplit en même temps; on a plutôt affaire à trois aspects d'une même foi; et ce sont les mêmes textes qui en portent témoignage. N'est-ce pas en effet à des paroles du Christ glorifié que la théologie rattache cette double institution? « La communauté apostolique a pris conscience d'elle-même, de son autonomie et de sa mission providentielle, en s'affermissant dans la foi à la résurrection {^) >>; là fut le premier principe de son unité constitutive comme de sa séparation d'avec le judaïsme; et simultanément naquit la cène chrétienne, la foi eucharistique. A cet égard la mise en scène des récits évangéliques est très significative. Les apparitions de Jésus aux Apôtres s'associent à l'idée d'un repas pris en commun, symbole et anticipation du festin messianique (Luc, xxiv, 30, 43; Marc, xvi, 14; JOAN., XXI, 9, 12, 15). Dans le quatrième évangile, « les deux grandes apparitions du chapitre XX sont pour les apôtres assemblés. Il n'est pas dit qu'ils fussentà table, mais il n'y a pas d'anachronisme à soutenir que l'évangéliste veut les montrer réunis en assemblée chrétienne; les deux apparitions ont lieu le premier jour de la semaine, et ce sont, n'en doutez pas, dans l'esprit du narrateur, les deux premiers dimanches de l'Église (3). » Ainsi l'histoire elle-même nous invite
1. « Ce qu'on sait de sa carrière avant sa conversion su-ffit pour qu'on puisse i)arler d'extrême surexcitation dans le temps qui précède la vision de Damas. Ce qu'il avait appris sur Jésus et ses fidèles l'avait impressionné sans doute plus qu'il n'eût voulu et plus qu'il n*en avait lui-même conscience. » (LoiSY, Revue d'Histoire et de Littérature rdioieuse»^ janvierfévrier 1906, p. 86. — Voir aussi p. 87-88.)