Voir ci-dessus, p
Ou'est-cb qu'un dogme? 253
Essayons maintenant de conclure toute cette longue étude sur la résurrection, en cherchant à déterminer ce qui est strictement de foi, ce qui compose et constitue le dogme proprement dit sur ce point.
Repassons en esprit les diverses critiques précédentes. Il ne s'agit pas de formuler une solution ferme pour chacun des problèmes soulevés. J*ai fait simplement office de rapporteur. Et je ne veux retenir que ceci: la question est extrêmement complexe, la représentation vulgaire implique d'inextricables difficultés. J'ajoute que ces difficultés, au moins pour la plupart, ne sont pas de celles qui portent sur le eomment du fait et qu'on peut résoudre ou du' moins écarter en invoquant la toutepuissance de Dieu. Elles concernent l'idée même de résurrection, quant à son contenu essentiel, et ne peuvent donc être éludées, car il faut à tout le moins que nous sachions ce que signifient les mots employés dans la formule de foi et que nous voyions que les objets correspondants sont pensables. J'admets fort bien qu'on dise à l'exemple de l'aveugle-né: « Je ne sais pas comment cela s'est fait; tout ce que je sais, c'est que Celui qui était mort est de nouveau vivant. » Mais que sait-on au juste ainsi? et comment le sait-on? Voilà ce à quoi on ne peut se dispenser de répondre, et ce qui soulève les innombrables difficultés que j'ai dites si l'on veut une réponse théorique et spéculative, une solution ayant portée ontologique directe.
Cela étant, je pose la question suivante: est-il admissible que la foi requise uniformément de tous exige, suppose ou entraîne une réponse précise et certaine à tant de problème si difficiles, un jugement sur tant de critiques et de spéculations si ardues? Répondre oui aboutirait manifestement dans la pratique à rendre la foi, j'entends une foi raisonnable et consciente, impossible pour la plupart des hommes. Mais d'autre part répondre non ne risque-t-il pas de paraître autoriser une foi ignorante de sa teneur même, une ^oi condamnée à se repaître d'imaginations vaines, une foi dont la vérité profonde serait sans rapports avec la représentation intellectuelle ?
OGME ET CRITIQUE
Il n'y a qu'une seule manière d'éviter ce dilemme également ruineux dans Tune et l'autre de ses alternatives; et c'est de considérer que le concept qui exprime l'objet de la foi — pour autant qu'il est non pas un élément d'une théorie philosophique faite à propos de la foi, mais un facteur essentiel de l'acte de foi lui-même — traduit son objet non par ce que cet objet mystérieux est en soi, mais par ce que nous devons être à son égard, non par ses déterminations intrinsèques directement saisies et par son contenu ontologique, mais par les réactions de vie qu'il provoque en nous et qu'il exige de nous.
Avais-je dit autre chose dans mon premier article? Jamais je n'ai voulu contesteï la réalité du fait de la résurrection. Mais je me suis demandé quelle sorte de connaissance, j'entends de connaissance indispensable à la foi et par conséquent obligatoire pour tous, nous avions de ce fait. Et j'ai répondu qu'il nous était notifié, en tant que dogme, sous les espèces de la réaction pratique et vitale commandée en nous par lui. C'est à vouloir le définir d*un point de vue intellectualiste, d'un point de vue théorique et spéculatif, tout en lui maintenant son caractère de dogme imposé à tous, qu'on aboutit à en faire une simple métaphore inconvertible en idées précises. Et cela condamne le point de vue, sans toucher le moins du monde à la réalité du fait.
Qu'on veuille bien y réfléchir un instant. Une fois entrés dans les voies intellectualistes, voici l'alternative qui s'ouvre devant nous. Ou bien, pour établir exactement le concept de résurrection, dans la mesure d'ailleurs toujours grossière où cela est possible quand il s'agit d'une réalité surnaturelle, on utilisera toutes les ressources de la pensée savante, on introduira toutes les subtilités et tous les raffinements de la critique: alors on deviendra inintelligible aux simples, à ceux même qui plus cultivés n'ont pas fait cependant un long apprentissage de la philosophie, et on les abandonnera aux jeux illusoires de l'imagination, chose grave lorsqu'on fonde la foi elle-même sur l'acceptation d'un
uement représentatif.
actère essentiel de la is, accessible à tous, escrire des conditions plupart, on renoncera angage vulgaire, aux presque de la résur- : mythologique : alor":
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de le préciser: dire
tioo, laissant au lecteur l'en développer le conque d'autres dogmes — nnent interférer avec le btier non plus les liens Église, de l'Eucharistie, ■te.
qwe^ Jé9u$ eêi res^ttseité ne Hgnifie poê seulement qu'il 8un\^, à h fa^m d'fm gr^mà homme^ dans è^n œuvre et doMft ?!>» tétfiu&M€^ la reprise du corps ne doié pas être enteMMS m Vespèùt eomme un sumboU «xprimatU par métaphore VimmorialUé de rême, U n^fmui poê considérer td la mort comme ay^mi aboU ou mim& diminué U pouvoir d^aeUoH pratique^ etc. Tels sont les points qtii réclament l'adhéskia de foi profurem^it dke. On vok que ces manières d^ parler n'aboutissent nulleanent à détruire la réali'ié du fait; elles Taffirment au OHitraire, mais sans renfermer dans aucime détermination conceptuelle visant à en traduire directement la nature intrinsèque, sans la lier au sort d'aucune théorie représentative; et c'est la seule manière de s'arianger pour qu'il y ait proportion dogmatique immuable, formule de foi expliciten»ent définie» susceptible de s'imposer tiniformjément à tous ks esprits de toutes les époques.
Après cela, j'accorde sans réserve qu'on possède le droit, qu'on a même le devoir (si l'on veut penser philosophiquement sa foi) de c<Hi5truire, pour autant (]^'oa le peut, une théorie ontologique du fait Q). Je vais plus loin: ie reconnais inévitable qu'on procède ainsi, car ce n'est qu'à un point de vue en quelque^^sorte juridique» Dcui dans l'ordre de la vie concrète, qu'on peut s'abstenir' de toute pensée spéculative à l'égard des -faits pragmatiquement saisis. On fera donc é.&& théories, on élaborera des conceptions explicatives, on s'efforcera de découvrir ce que la réalité est en soi d'après l'attitude et la conduite qu'elle exige de nous. Mais tout cela, je le répète, restera toujours affaire de spéci^tion libre et le dogme avec sa rigoureuse obligiatîon d'assentiment n'y interviendra que sous forme négative ou prohibitive. Les théories construites, les représentations conceptuelles seront àonc variables selon les hommes et les temps: il y en aura de plus ou moins grossières comme de pltis ou moins profondes, chacun révélant ainsi son aptitude inégale à penser ce qu'il croit. Les diversités
• 1. Seuiement cette théorie est variable avec l'idée qu'on se fait du corps et de sa réalité.
un DOGME? 257
des divergences, mais des nême progrès — n'offriront : désastreux qu'elles préseniées ne seront ici que ]'exde la vie, et nous savons savoir s'exprimer théoriqueêtre altérée ou dinninuée
e de la pensée spéculative, tout faits qu'une direction e régulateur; c'est surtout liscemement des doctrines, iser la règle d'un devoir poussant enfin l'esprit à rie imparïaite à une théorie ïme sens de développement.
;pt ne sauraient être tenus ■tains concepts et certaines rit s et d'autres approuvés uotidien. D'ailleurs l'emploi , si défectueux soit-il, n'en :n l'absence d'une intuition i:ation dogmatique à leur . ils sont pris comme excitaau point de vue théorique «nt la vérité absolue que succession, sans qu'il y ait position explfcite immuable m de foi proprement dite.