‹ Dogme et critique (volume 2)Chapitre 75 sur 113 · R. P. Allô, Quinzaine, I» août · texte numérisé non relu

R. P. Allô, Quinzaine, I» août

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des essais d'explication que furent les hérésies. Prenez l'une après l'autre les formules de la Christologie orthodoxe, j'entends celles qui ont ime valeur strictement dogmatique, ^ vous les verrez tendre toutes à ceci : maintenir que le Christ est à la fois vraiment b(»nme et vraiment Dieu, en im mot vraiment Médiateur (')- Les termes Homiae, Dwm, Médiateur soat du reste entendus comme désignant des groupes de relatitms pratiques [dutât que définis métapbysiquement par les déterminations intrins^ues de leurs objets C). Quant aux concepts philosophiques sous les espèces desquels le dogme est exprimé, ils ne jouent qu'un rôle de véhicules. Au surplus, sans que j'insiste davantage, il me suffira de renvoyer à VHittoire an<nen%e de i'Egîise par Mgr Duchesoe (t<»ne I^) et je me boriterai à dimner en otmclusicm ces paroles d'un compterendu qui s'y rapporte: k Peut-on nM>ntrer plus clairement que, dans la tradition la plus orthodoxe, le dogme a, essentiellement et avant tout, une valeur de vie, et que le soud de son interprétation métaphysique ne vient qu'au second pian ? Certaines parties du volume de Mgr Duchesne sont vraiment le commentaire historique de la thèse sur la nature du dogme, dont l'exposé soulevait réc^nment de si vives protestati<Mis (>), »

Considérons en particulier un point du dogme christc^ogique, le point central : à savoir, l'unité de la persomie dans la duahté des natures. Dira-t-on que sous ces mots de nature et de personne le dogme comme tel consacre et impose des conceptions ou théories philo-

1. Pourqucà, demande M. Franoa (BuUeti» de litlératur» Keliaiagtique, juin 1905), pourquoi la christologie nestorienne ne serait-elle pas recevablc au même titre que la christologie déûtie à Ephèse et k Chatcédoine ? — Réponse: parce que, ^si que toutes les autres chrislologies hétérodoxes, elle ruine ïtdée de Médiation. Mais l'idëe dé Médiation n'a-telle pas avant tout un sens pratique et moral ?

2. Aujourd'hui encote, Jésus est Dieu signifie pour tous ks croyants Jftus eti tel *ii toi tpte notre attitude à soa égard S<nt être sans rettrielion d'aucune sorte l'attitude même qtu Mow atxms par rapport à Dieu.

3. j. ZEJLLER, ÀnntUtf â* fk^otoj^ie ekrétienne, juin 1906, p. 309-

sophiques proprement dites? Ce serait alors au sens de la philosophie jadis régnante qu'il faudrait les entendre. Or ce sens n'est plus assimilable aujourd'hui et soulève d'inextricables difficultés. Je ne veux pas les développer ici. Une brève indication suffira pour le but que je poursuis. Ce concept de nature — j'entends de nature qui serait définissable dans l'abstrait, sorte d'entité logique réifiée, et qui pourrait s'associer comme par juxtaposition extérieure à l'entité personne, soit deux natures avec une personne, soit trois personnes avec une nature, indifféremment, — appartient à ime philosophie désormais périmée. D'aufre part, la personnalité dans l'homme n'est pas du tout identique à la personnalité en Pieu P). Dès lors que signifie cette affirmation qu'une nature humaine prononce un moi divin (*)? Je voudrais voir exprimer cela en langage psychologique moderne, avec la notion psychologique moderne du moi. La théologie de l'incarnation s'est constituée à une époque où la psychologie n'existait pas. Il n'est donc pas étonnant qu'une refonte soit aujourd'hui nécessaire, une réadaptation, une réinterprétation. Et en faisant ce travail il importe qu'on veille à ne pas tomber dans un docétisme nouveau qui refuserait au Christ une psychologie véritablement humaine et qui ne serait pas moins une hérésie que le docétisme ancien où était déniée au Christ une physiologie véritablement humaine. Certes je ne veux pas dire que le dogme christologiqiie lui-même soit inconcevable, ni que les formules conciliaires ne puissent plus être conservées. Ce que je dis, c'est tout simplement que ce qui, dans ces formules, paraît lié à des formes de spéculation devenues caduques ne peut pas être cela même qui s'impose à la foi commune; que ce qui, dans ces formules, porte la marque indélébile d'une époque et d'une date ne

1. Summ. Th.y P. I, Q. XXIX, art. 3: Conveniens est ut hoc nomen — « persona » — de Deo dicatur: non tamen eodem modo quo dicitur de creaturiSy sed excellentiori modo. — Voir ci-dessus, 1®^ exemple.

2. Remarquez que ie ne dis p3is: comment cela est-il possible 9 mais: qu* est-ce que cela veut dire?

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peut pas être cela même qui constitue Tobjet de la foi immuable. Pour sortir de ces embarras, prertons les termes de nature et de personne, non dans vnc acception sayante, mais dans leur acception ^alIg^i^e. Affirmer que, dans le Christ Jésus, il y a deux natures, ? 'humaine et la divine, c'est affirmer que nous devons avoir à la fois par rapix)rt à lui, en pensée, en parole, en action, l'attitude pratique et morale que nous avons par rapport à un homme et par rapport à Dieu (^). Affirmer que, dans le Christ Jésus, il y a une seule personne, le Verbe, c'est affirmer que nous ne devons pas diviser en deux groupes nos attitudes et nos démarches à son égard, mais que toutes indistinctement doivent être vécues comme s'adressant au Fils unique du Père. Voilà ce qui exige, au sens propre du mot, l'adhésion de foi. Le reste n'est plus que spéculation théologique, théorie représentative, donc matière de science libre: toujours, bien entendu, sous réserve des négations dogmatiques servant à maintenir intacte la donnée de foi contre les systèmes qui l'altéreraient. Ces négations, elles, peuvent être formulées dans le langage technique du système qu'elles excluent. Mais, en tant que positif, le dogme n'utilise des termes savants qu'à titre de véhicules; il emprunte la terminologie philosophique d*une époque sans pour cela consacrer les conceptions sous-jacentes qui lui correspondaient alors; et le point précis sur lequel porte l'obligation de fçi reste toujours indépendant des Écoles et des Systèmes.

Que dirai-je à présent du dogme trinitaire ? Les mêmes remarques s'y appliqueraient en substance. Mais il faudrait un volume pour les produire tout au long. Bornons-nous à quelques mots. « Pourquoi le dogme affirme-t-il l'existence de trois personnes en Dieu et non d'ime seule, demande M. Dubois (^), si la pierre de

1. Pour ce qui est de la nature humaine, il faut entendre que Jésus-Christ fut « en tout semblable à l'un de nous, sauf le péché » (Héhr., IV, 15). Mais cette restriction même comporte encore une interprétatton pragmatique.

, 2. Bevtie du Clergé français, l^r septembre 1905.

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touche d'une interprétatioa do^rafttk^ie ciott être son harmonie avec i'atthade pratique que le dogme prescrit ? Si le dogme de la personnalité divine se réduit à l'obligation de traiter Dieu comme une personne, est-ce que cette attitude pratique serait différente dans Thypothèse du monothéisme judaïque ou du sabeHianisme, et dans la Trinité chrétienne? Il serait "difficSe de le démontrera — « Certes! je crois bien qu'au contraire rien -^ ne serait plus fm^e, répondrai-je avec M. Sertillanges('). Les Augustin et les Thomas^ d'Aquin seraient là au besoin pour nous dire quelles perspectives ouvre la Trinité sur cette vie intime de Dieu dont le partage est notre fin suprême, et pour nous faire sentir de quelle valeur d*amour, par cmiséquent de quelle valeur motrice est ce dogme par rapport au monothéismie judaïque ou au sabellianisme. » Le dogme trinitaire n'est-il pas lié en effet à toute l'économie du salut et de la grâce? n'en forme-t-il pas la clef de voûte? Comment les personnes divines sont-elles révélées dans l'Évangile sinon par nos rapports pratiques avec elles? Même les noms qu'elles y reçoivent en témoignent. Plus tard on spécula beaucoup sur ces données mystérieuses, on essaya de se placer à un point de vue ontologique. De là d'innombrables hérésies contre lesquelles furent successivement formulés tous les anathèmes qui constituent la partie intellectuelle négative du dogme. Cette partie négative suppose évidemment un fond positif primordial. Quel est-il? Authentique ou non, il n'importe ici, un célèbre verset l'exprime parfaitement: Trts mnt qui iesiimonium dant in eoèh: Pater, Verbum et SpirUus SanetîM ; et. hi très unum aunt. On a demandé : quel sens pratique et moral peut avoir cette affirmation que Dieu est à la fois trine et un? La question m'étonne un peu, s'il est admis que la révélation de la Trinité est le fond même du Christiaiiism.e. Quoi qu'il en soit, voici le principe de l'mterprétation pragmatique (3).

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