‹ Dogme et critique (volume 2)Chapitre 79 sur 113 · SERTiLLAMiGES, BffPm ân €lÊr§è ftanums. Tt^ navembce · texte numérisé non relu

SERTiLLAMiGES, BffPm ân €lÊr§è ftanums. Tt^ navembce

vin. — DOGME ET PENSER

Dans ce qui précède, nous avons envisagé Tac te d': foi en tant qu'il est adhésion, assentiment ; et nous nous sommes demandé : assentiment de quel genre ? adhésion portant au juste sur quoi?

Comme la foi est obligatoire et salutaire pour tous au même titre, sans nul privilège accordé à Tintelligence ou à la culture, il nous a semblé qu'elle ne pouvait avoir pour objets que des données, des faits, non des théories ni des systèmes, et qu'elle ne pouvait exprimer ces objets que par un langage d'action pratique, le seul qui soit également intelligible à tous, non par des concepts prétendant à une portée ontologique directe.

On voit combien lourdement se sont mépris ceux qui ont cru que l'article Qu'est-ce qu'un dogme ? voulait sommer l'Église de se convertir à la « philosophie moderne », d'habiller ses croyances à la mode du jour. C'est juste le contraire de la vérité. La foi ne serait pas davantage à la portée de tous, parce qu'on aurait substitué M. Bergson à Aristote; les objections -resteraient exactement les mêmes ; et, croyez-le bien, la pensée des philosophes ne se sentirait pas plus libre pour cela 0).

Que la théologie — en tant qu'elle est philosophie de

1. Un professeur de Lycée (Quinzaine du 16 juillet 1905), Mgr Turinaz (brochure intitulée Une très grave question doo trinale), M. Letourneau {Instruction prêchée à St-Sulpice le 17 décembre 1905 et résumée par la Vérité française du 20)

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la foi — participe à révolution générale de Fesprit humain et s'adapte à ses états successifs, il "faudrait nier toute Thistoire pKJur le contester P). Les treize premiers siècles de l'Église ont été remplis par les travaux de la pensée chrétienne s'efforçant de s'assimiler la pensée grecque: platonisme et alexandrinisme d'abord, péripatétisme ensuite. Ce mouvement n'est pas terminé ; il serait ridicule de prétendre que ce qui fut la loi du passé ne^ sera plus celle de l'avenir, que nous sommes parvenus aujourd'hui à des sommets de doctrine indépassables. Non, le Christianisme n'est pas mort; ses principes n'ont pas épuisé leur richesse latente; Platon et Aristote ne s'imposent pas de droit divin; ce qu'on a fait jadis avec eux peut et doit se refaire avec d'autres ; et le champ du progrès s'ouvre illimité devant nous.

Mais cette condition de la théologie n'est pas celle de la foi, du moins en ce que celle-ci a d'obligatoire et de commim, conséquemîment d'immuable. La foi, elle, demeuré indépendante des transformations progressives de l'esprit hiunain; ou plutôt elle enveloppe quelque chose qui est tel; et ce quelque chose constitue la matière propre de l'obligation dogmatique. C'est à le déterminer que nous avons tendu jusqu'ici. Il faut maintenant aborder la contre-partie et considérer les choses d'un point de vue complémentaire.

L'heure est donc venue d'approfondir le rôle nécessaire de la pensée dans la foi — j'entends de la pensée théorique et spéculative — et d'insister ainsi sur les points qui feront voir — définitivement, je l'espère, —

m'ont accusé de soutenir un néognosticisme. Il était impossible de se tromper plus complètement. En un sens, ce serait plutôt la conception intellectualiste qui conduirait là. Et c'est justement pourquoi je la combats. Qu'on n'oublie pas le mot de S. Augustin: Non ctequaliter mente percipitur etiam qv^d in fide pariter ah utrisque recipitur.

1. Je dois dire que d'aucuns n'ont pas hésité à le faire, m'écrivant par exemple que la pensée grecque n'avait jamais eu d'influence véritable sur la pensée chrétienne. Ces intrépides^ heureusement, deviennent de plus en plus rares. — A certains égards, toute hérésie peut être regardée comme une expérience de la pensée religieuse, dont l'histoire montre que l'Église a prof:;^<*. opr^rld liavr-^ôn t:.ùc.

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à quelle distance je reste de ràgnosticisme dont on s'est plu à m*accuser.

Ne soyons pas exclusifs. Totité err^ir, a-t-oQ dit, est l'exagéradon d'une vérité. Rien de plus juste. £t ainsi €n. est-il notamment de rinteilectualîsme. J'y ai dénoncé un abus de très grseve conséquence. J'en ai fait, le plus vigoureusem^H que j'ai pu, le procès. Mais est-ce à direqu'ilny ait riendutoutà en garder? Loin de moi rintentk>n de corriger un abus par un abus inverse. J'ai déjà précisé à plusieurs reprises l'élémâit de comiaissance inhérent à l'acte de foi Im-mème, an dogme en tant que teL Je ne pense pas utile de reyenir là^essus. Mais d'autres considérations s'imposent

11 est certain que la foi ne saurait ^re ladicalement séparée de la pensée, même théorique et spéculative:

1<> — La foi s'adresse à tout l'homme, veut saisir et informer tout l'homme, son esprit aussi bien que son cœur, sa connaissance aussi bien que sa conduite. La pensée doit donc trouver un aliment dans la foi; elle doit être touchée par die, pénétrée par elle.

2P — La foi est desdnée à s'épanouir dans la visiofi béatifique; la lumière de grâce px^are et conduit à la lumière de gloire. J'ajoute que la première n'est pas vis-à-vis de la seconde un simple moyen purenràit extérieur, une sorte de monnaie hétérogène à l'objet acheté: c'est une anticipation, un germe. 11 faut donc bien que dès ici-bas la foi sok une véritaAile lumière^ un principe de progrès dans l'ordre de la connaissance.

3^ — 11 est impossible que la foi n'entre pas ea relation avec la science et la philosophie, parce que l'esprit humain est un et qull ne saurait donc s'accommoder de cloisons étanches m établir sa comptabilité de conscience en partie double. Ce n'est pas à quelques moments ou par quelques fonctions de ma vie que je éûàs et veux être chrétien, mais à tous les momejits et par toutes les fonctioas, non. seulement dans llntime secret de rncrn cceur, mais dans ma famîUe et dans ma piofession, non seutement oomme individu, mais comme ÔÊoy^aiy non seulement lorsque Tagis en tant que men^

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bre de VÈglise établie, mais encore lorsque je fais œuvre de savant ou de philosophe. A ce dernier point de vue, je souscris entièrement à une remarque faite par M. Jousse de la Motte (*). Les dogmes, avais-je dit, sont pensés en fonction des systèmes humains auxquels ils s'opposent. En écrivant cette phrase, j'envisag'eais le dogme en tant qu'il formule des négations et en tant qu*à ces négations il attribue un caractère d'obligation rigoureuse. Mais, à regarder les choses sous un angle moins strict, il faut dire que la foi se pense en fonction de toutes les phîlosophies avec lesquelles elle se trouve &i contact, soit pour s'harmoniser avec ^es, soit pour s*«nL dégager, et qu'elle cherche à entrer ainsi en txmtact avec toutes les phîlosophies qu'élabore successivement Tesprît humain.

40 — Enfin, que les dogmes aient une valeur philo* sophique, il faudrait avoir oublié l'histoire pour le contester. On peut les prendre non plus en tant que décrets ayant un caractère légal, mais en tant que propositions spéculatives. A cet égard, ils sont inspirateurs et promoteurs de théories (*). C'est à la lettre qu'ils constituent un ferment, un levain.

De tout cela, je n'ai jamais rien voulu nier. Un dogme est la notification d'un fait, d'une donnée, donc — disaisrje — Tênoneê d'un problème à rhouire. Mais un: énoncé, ce n'est pas seulement une matière de recherche, un thème, un programme, bref un objet posé statiquement devant Tesprit comme une chose extérieure, c'est encore une impulsion et une direction. Sans doute, au point, de vue spéculatif qui nous occupe en ce moment, la foi ne nous fournît point des théories absolues, des conceptions toutes faites et qu'il n'y aurait qu'à enregistrer. Toutefois elle fait plus que nous poser une question: elle nous oriente et nous meut, en même temps que le dogme — sous sa formé négative — nous

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