‹ Dogme et critique (volume 2)Chapitre 80 sur 113 · Quinzaine du 16 juin 19D5, p · texte numérisé non relu

Quinzaine du 16 juin 19D5, p

2. Quelquefo^ ils influent secrètemeot sur ceux-là mêmes <Iiù les rQMMisseiit. On n]a pas fait assex rhistoire de la phik^ Sophie moderne à ce point de vue.

protège contre les écarts possibles et ferme les voies où la réalité sou5-jacente risquerait d'être altérée ou méconnue. En un mot, ce que la foi nous donne — au fK)int de vue philosophique, s'entend — n*est pas sans analogie avec un principe expérimental {^). Un tel principe, on le sait, est a priori par rapport à Texpérience qu'il informe; mais en même temps la nouvelle expérience, réagissant sur lui, le précise et le développe. Ainsi peut-on concevoir Vorthodoxie, comme Va priori de l'expérience religieuse dans l'ordre intellectuel.

On pourrait dire en somme qu'un dogme intervient et fonctionne dans l'ordre spéculatif à peu près comme ce que Claude Bernard appelle idée directrice et M. Bergson schéma dynamique (^). Moteur plutôt que représentatif, il définit, il indique moins des concepts déterminés qu'une attitude à prendre et une direction à suivre. Ce n'est pas un ensemble de résultats, un système de représentations données, mais un principe de mouvement, une âme de mouvement, quelque chose comme une méthode à l'état de tension orientée. Cela ressemble plus à une source qu'à une cristallisation, à un germe qu'à un fruit. C'est une semence de vérité. Si l'on veut en trouver l'analogue dans l'ordre de la logique ordinaire, il ne faut pas y voir une proposition explicite semblable à celle par où se clôt et se conclut un raisonnement, mais ime sorte de praeconceptum antérieur au discours comme on en rencontre toujours à l'aube d'une invention (^).

Aucune formule, aucune image, aucun concept, aucun principe de discours, aucune forme de représentation n'exprime adéquatement ni même proprement la réalité surnaturelle qui constitue l'objet de la foi. Force est bien cependant — sous peine de renoncer pratiquement

1. Je ne puis développer ici cet aperçu. Voir les articles publiés par M. Wilbois et par moi dans la Bévue de Métch physique et de Morale en 1899, 1900 et 1901.

2. Cf. Bergson, V effort intellectuel, dans la Bévue philosophique de janvier 1902.

3. Cf. un article Sur la logique de Vinvention que j*ai publié en mars 1905 dans la Bévue de Métaphysique et de Mortde.

qu'bst-ce qu'un dogme? 279

à toute pensée — d'utiliser ces moyens d'analyse et d'expression, si imparfaits soient-ils. Seulement il convient d'être surtout attentif à leur dynamisme, h leur progression, à leur convergence, au mouvement qui les traverse et auquel ils font un corps transitoire. D'un point de vue statique, c'est au symbolisme pur, et par conséquent à l'agnosticisme, qu'on aboutit fatalement lorsqu'on essaie d'éviter l'anthropomorphisme. D'un point de vue dynamique, au contraire, une solution satisfaisante apparaît possible, également éloignée des deux erreurs extrêmes. Car, si chaque symbole pris en soi demeure défectueux, la réalité à saisir transparaît et se révèle dans et par le mouvement même qui porte incessamment l'esprit d'im symbole inadéquat à un symbole meilleur (^). Ainsi ce qu'un dogme fournit à la pensée du philosophe, c'est avant tout une direction permanente avec une impulsion motrice. Sans doute il faut majorer toujours, dépasser toujours les représentations obtenues, mais toujours dans le même sens de dî!veloppement et de progrès. Et c'est ce sens invariable, cette voie définie que nous indique le dogme, en même temps qu'il pose le principe de critique qui nous interdit de nous arrêter dans aucun des résultats successivement atteints.

Mais remarquons les conséquences que tout cela entraîne. Le mouvement n'est connaissable au fond que par la marche : pour le connaître comme réalité et non plus comme apparence incurablement relative, il faut y participer, il faut l'agir. De même ne perçoit la vérité du dogme que celui qui travaille à la vivre: car cette vérité est vie. Il serait aussi vain de prétendre la saisir dans une des formules où elle passe que de prétendre saisir le mouvement d'un mobile dans une des positions immobiles qu'il traverse; le mouvement,

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