‹ Dogme et critique (volume 2)Chapitre 82 sur 113 · IX. — EXAMEN DE QUELQUES DIFFICULTÉS · texte numérisé non relu

IX. — EXAMEN DE QUELQUES DIFFICULTÉS

Avant de répondre aux objections qu'on m*a faites, il faut que je signale quelques autres difficultés plus sérieuses et que j'indique la manière de les résoudre, afin de prévenir autant que possible tout malentendu. D'ailleurs je me bornerai sur chacun de ces points à ime esquisse très brève.

1^ — J'ai comparé les dog^mes aux faits qui sont le point de départ et la matière de la science, voulant par là les opposer aux théories qui sont, elles, au contraire, l'œuvre même de la science. L'analogie, sans être ime identité, va pourtant assez loin. Les faits ne portent incluse en eux aucune théorie toute élaborée d'avance. Ils apparaissent immuables, tandis que les systèmes qui les reliant se transforment et progressent perpétuellement. Ce sont les points fixes par lesquels on peut faire passer bien des courbes différentes, mais par lesquels aussi toute courbe doit passer. Ils s'imposent aux théories en ce sens que ces dernières doivent en tenir compte, doivent les respecter et les comprendre. D'ailleurs l'autonomie de la pensée s'accorde parfaitement avec ce principe de la soiunission au fait. La raison la plus scrupuleuse et la plus jalouse ne voit aucune gêne à la liberté de sa recherche dans l'obligation

qu'est-cs qu'un dogme 7 23?

d'admettre que les faits jugent les théories, que les faits fonctionnent comme critères par rapport aux théories. Et elle accepte même sans nulle peine l'idée qr- ''"' faits puissent exclure et cdndamner certaines th(

On voit, sans que j'aie besoin d'y insister, U similaire des dogmes. La comparaison me semble rante. Mais il ne faut pas dissimuler pourtant ç soulève une objection.

Le fait brut est une chimère. Ou du moins ; fait n'est saisissable en dehors de tout accompagn* théorique. Voilà un point que la critique de la perct et la critique de la scieitteont mis récemment en. lu indiscutable., Eh bien! est-ce que cela ne détruit j portée de la similitude précédente? La même cii tance en effet se présente pour les dogmes. Du mt qu'on les formule, impossible d'éviter complèti qu-'ils soient mélangés de théories. Je veux bien y ait des degrés; je veux bien qu'on réduise la inévitable à celle qu'implique l'emploi du langag' gaire. Encore faut-il avouer que ce résidu ne s'a jamais.

Une solution me paraît aisée à découvrir. C saisit les faits qu'à travers des théories: rien de exact. Les faits n'ont même d'existence et de \ scientifiques que dans et par des théories : cela es encore. Mais avant d'être des matériaux de scien faits sont des moments de vie ; et c'est comme tels subsistent indépendamment de toute théorie ('). F par exemple une. perception de lumière; sans vous ne pouvez pas l'exprimer sans la revêtir de f( théoriques, ne fût-ce que de celles — déjà très breuses et très complexes — qui sont inhérentes a cours le plus simple; mais, avant que vous l'expr: elle était en vous action et vie, attitude et trava votre âme et de votre corps. Eh bien! il en est de i pour les dogmes. Assuiément toute formule qi

1. Je i.c 01= jjai iiiatpendi.;iiint.u Qt louie pensfe. y a une pensée non spéculative qui est la lumieie intrii de l'action, qui est l'action elle-même en tant que iumi

énonce est un tissu de représentations théoriques. Mais il est possible de prendre seulement ces représentations comme le véhicule d'un sens pratique et moral, comme le corps qui manifeste une âme d'action vécue et à travers lequel on atteint cette âme inexprimable en soi : on les considère alors dans leur direction pragmatique plutôt que dans leur contenu théorique. Et c'est quand on s'oriente dans ce sens qu'apparaît le devoir qui prescrit l 'adhésion de foi proprement dite.

2° — En s'appuyant sur certaines de mes formules et sur les artifices de discussion ou de discours que j'emploie pour être clair, on pourrait me reprocher une sorte de contradiction dans la méthode. J'ai l'air en effet par moments d'oublier moi-même ce que je viens de dire et de poser comme choses réelles et réellement distinctes la connaissance pratique d'une part, la connaissance théorique et spéculative de l'autre. Je déclare ici que l'intellectualisme est un faux point de vue et là je semble admettre néanmoins sa légitimité. D'im côté j'affirme que la pratique pure n'existe pas plus que la pure spéculation, qu'il y a de la pensée dans l'action et de l'action dans la pensée, et par ailleurs toute la doctrine que je soutiens paraît basée sur une opposition reconnue entre les deux ordres.

A ceux qui feraient cette objection, je puis évidemment répondre par le reproche de s'attacher à la forme plus qu'au fond. Tout discours est imparfait; et par exemple — si l'on veut être net — il faut établir des distinctions tranchées dans le discours même qui exprime le caractère illusoire du morcelage, comme il faut argumenter pour mettre en lumière l'impuissance de la dialectique ratiocinante, comme il-^aut parler pour dire l'incommensurabilité du langage avec la pensée. L'apparence de contradiction disparaît aussitôt, dès que l'on consent à ne pas prendre une attitude intellectualiste pour me lire, dès que l'on fait l'effort nécessaire pour envisager moins la structure statique de mes formules que leur tendance dynamique. Dans chaque

:e qu'un dogme î '£9)

savoir entendre une résonnance de

pure spéculation ne sont pas des

termes antithétiques donnés, mais ivement. L'intellectualisme n'existe litif que l'on puisse atteindre et en irrêter; mais il existe comme tenition. Il n'y a et surtout il ne doit

pensée ni pensée sans action ; mais

vers une intuition purement vécue ; contemplation qui travaille à se rs. Assurément on n'atteint jamais ; mais les deux séries d'approxima-

convergences contraires et cette ice est quelque chose de très réel, s réifier ce qui est essentiellement

les faits qu'à travers des théories, le. Mais ces théories, on peut les tain sens qui mène du discours à ta ivant tout que désigne le mot fait.

;s dogmes. Là aussi, analogique- : de traverser les représentations )les dans un sens qui va du discours orsqu'on s'oriente et qu'on marche jaît de plus en plus l'obligation de

blir une distinction entre foi et ots permettront de la préciser.

îsentiellement dynamique. Elle apinticipation mobile de la science, itre de principe moteur dans la orientation, pressentiment et force, 1 vie créatrice de l'esprit. C'est dire

; que le discours soit lui-même un movie. Nous devons en effet passer par

dre la plénitude de la vie. Mais il ne non pas nous y arrêter. Ce qui revient

re à faite du discours lui-même une

qu€, prise len soi, elle n'a rien de discursif. Sans doute elle tend et travaille sans cesse à se trouver des expressions au moins provisoires et transitoires. Mais aussi son mouvement l'emporte toujours au delà des expressions qu'elle se trouve. Et jamais on ne i>eut l'enclore dans ime formule ne varietur,

La foi, au sens théologique du mot, contient autre chose p). Il y a en elle un élément statique, un élément juridique. Prenez certaines propositions: articles du Symbole ou canons des Conciles. Il faudra toujours y adhérer, y souscrire; et cela est requis imiformément de tous, quel que soit le temps et le lieu. Ce sont des énoncés définitifs dont la lettre même s'impose. Il ne s*agit plus là de simples principes directeurs, mais de règles explicites intangibles. '

Eh bien ! les dogmes sont également objets de croyance et objets de foi. Et c'est au second point de vue seulement qu'à leur égard il y a obligation absolue strictement définie. Mais il faut les interpréter alors comme écrits en langage d'action, car l'ordre pratiquç est le seul qui comporte le genre d'immutabilité dont il est question ici. Voilà tout ce que je soutiens. On voit qu'une pareille thèse ne procède en rien d'une tendance minimiste : elle se borne à expliquer comment est possible une adhésion qui échappe aux fluctuations ordinaires de la pensée humaine.

On pourra se demander, il est vrai, pour quelle raison nous venons ainsi nous embarrasser de ce deuxième point de vue, je veux dire le point de vue de la foi conçue comme distincte de la croyance. Une réponse est facile. C'est que l'Évangile ne s'adresse pas seulement aux âmes capables de comprendre et de vivre sans tomber dans un scepticisme dissolvant le relativisme dynamique de la vérit?6 tel que nous le défînissions tout à l'heure. La doctrine révélée est faite aussi pour les simples. « Or les masses sont toujours d'im simplisme

1. J'envisage ici la foi dans sa fonction eognitive ou révéla* trice. N'empêche que sa fonction vivifiante et unitive reste la [ principale.

n. Pour qu'elles compren- )n pratique un ensemble it transformé en deux ou

dont l'interprétation ne ifficulté (•). » Qui oserait -> ne sont pas toujours joins dans une certaine J s'agit de leur vie prar tous, la nécessité des lies de foi, au sens strict voulue serait ruineuse.

si l'on entendait alors ■prement intellectualiste :

irit humain, de concept que à lui-même ni qui 1 relativité. Une interprécessaire, afin que l'immuar par l'attribution d'un une représentation forcé-

françaia, n" du 15 octobre

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