XII. - LE ROLE NÉGATIF DU DOGME
Après cela, M. Portalié m'entreprend sur le rôle négatif des propositions dogmatiques. Il estime que je suis dans une impuissance radicale d'expliquer sans contradiction le devoir intellectuel qu'impose le dogme et le droit de veto que je lui attribue. J'ai plusieurs observations à présenter sur ce point.
D'abord M. Portalié déforme singulièrement ma théorie. D'après lui, c'est sur elle que j'appuierais toute l'apologie, que je ferais reposer: toute ma conception pratique et morale (^). Je ne vois vraiment pas où il a pu prendre cela, quand au contraire je donne le sens négatif comme second et dérivé. Les négations, disaisje, ne se produisent que pour conserver intactes et maintenir dans leur intégrité certaines « positions » antérieurement faites. Mais surtout je m'inscris en faux contre les assertions répétées par* lesquelles on me fait dire que les dogmes ont un sens purement négatif, un caractère purement négatif. S'il en est ainsi, — je l'ai marqué de la façon la plus explicite, — c'est uniquement au point de vue de la spéculation théorique et en tant qu'à cet
1. Etudes du 6 août 1905, pages 338 et 339. — Cela n'empêche pas M. Portalié {Etudes du 20 juillet 1905, page 154) de déclarer « accessoire » ce que j'ai dit sur le rôle négatif des dogmes. Il n'explique pas comment ces deux appréciations contradictoires peuvent s'accorder.
qu'est-ce qu'un dogme? 311
égard est exigée une adhésion de foi. Cela ne signifie en aucune manière que «les dogmes n*affirmtent rien.» Mgr Tnrinaz, dont la réponse est identique à celle de M. Portalié, seulement encore un peu simplifiée et grossie, écrit bravement (page 49 de sa première brochure) que, pour moi, «Jésus-Christ et l'Évangile n'ont apporté au monde que des négations. » C'est à croire qu'on me condamne sans m'avoir lu, sur de vagues racontars. Reportez-vous en effet à mon article de la Quinzaine (p. 24 du présent volume) : « Les dogmes n'ont pas seulement un sens négatif. Et même le sens négatif qu'ils présentent quand on les envisage d'un certain biais ne constitue pas leur signification essentielle et primordiale. »
Quoi qu'il en soit, de nouveau M. Portalié « s'étonne ». Il juge ma théorie « nouvelle » et « absolument inouïe » (^). Voilà qui me renverse. Aucune thèse n'est plus atithèntiquement classique et traditionnelle. Faut-il citer des textes? Clément d'Alexandrie en fournirait à foison, par exemple {Sir ornâtes, V, 11, 12) : « Dieu est au-dessus du .langage et de l'intelligence.... Que si nous l'appelons l'Un, le Bien, l'Intelligence, TÊtre, ou encore Père, Dieu, Créateur, Seigneur, aucune de ces expressions ne lui convient à vrai dire. Nous ne recourons à ces beaux noms que par l'impuissance où nous sommes de trouver le nom véritable: nous y fixons la pensée, pour l'empêcher de s'égarer ailleurs. » J'ai rappelé déjà plusieurs passages significatifs de S. Augustin (pages 82 et 98 du présent volume). Le même Père, parlant de Dieu, dit encore (in Ps. 26): « Totum oh animo rejicite, et quidquid occurrerit, negate, Cognoscite infirmitatem cordis vestri et quidquid occurrerit, quod cogitare possitis, dicite: non est illud. » On sait avec quelle hardiesse le pseudo-Denys, suit cette voie. Je ne transcrirai pas de nouveau ici le passage de S. Thomas cité dans mon premier article (page 21 de ce volume). Ce passage n'est pas unique, loin de là. Le Docteur