CHAPITRE VIL
Les cérémonies, les vêtements, les parfums, les caractères et les figures étant, comme nous l'avons dit , nécessaires pour employer F imagination à l'éducation de la volonté, le succès des œuvres magiques dépend de la fidèle observation de tous les rites. Ces rites, comme nous Pavons dit, n'ont rien de fantastique ni d'arbitraire; ils nous ont été transmis par l'antiquité, et subsistent toujours par les lois essentielles de la réalisation analogique et du rapport qui existe nécessairement entre les idées et les formes. Après avoir passé plusieurs années à consulter et à comparer tous les grimoires et • " . tous les rituels magiques les plus authentiques, nous sommes parvenu, non sans travail, à reconstituer le cérémonial de la magie universelle et primitive. Les seuls livres sérieux que nous ayons vus sur ce sujet sont manuscrits, et tracés en caractères de convention, que nous avons déchiffrés à l'aide de la polygraphie de Trithème ; d'autres sont tout entiers
dans les hiéroglyphes et les symboles dont ils sont ornés, et déguisent la vérité de leurs images sous les fictions superstitieuses d'un texte mystificateur. Tel est , par exemple , Y Enchiridion du pape Léoii lll, qui n'a jamais été imprimé avec ses vraies figures, et que nous avons refait pour notre usage particulier d'après un ancien manuscrit
Les rituels connus sous le nom de Clavicules de Salomon sont en grand nombre. Plusieurs ont été imprimés, d'autres sont restés manuscrits et ont été copiés avec un grand soin. ïl en existe un bel exemplaire, fortélégament calligraphié, àlaBibliothèque impériale ; il est orné des pentacles et de caractères qui se retrouvent, pour la plupart, dans les calendriers magiques de Tycho-Brahé et de Duchenteau. Il existe enfin des clavicules et des grimoires imprimés qui sont des mystifications et des spéculations honteuses de basse librairie. Le livre si connu et si décrié de nos pères sous le nom du Petit Albert appartient par tout un côté de sa rédaction à cette dernière catégorie; il n'a de sérieux que quelques calculs empruntés à Paracelse
et quelques figures de talismans.
Lorsqu'il s'agit de réalisation et de rituel, Paracelse est, en magie, une imposante autorité. Per-
sonne n'a accompli de plus grandes œuvres que les siennes, et pour cela même il cache la puissance des cérémonies, et enseigne seulement dans la philosophie occulte l'existence de l'agent magnétique de la toute-puissance de la volonté ; il résume aussi toute la science des caractères en deux signes, qui sont les étoiles macro et microcosmiques. C'était assez dire pour les adeptes, et il importait de ne pas initier le vulgaire. Paracelse donc n'enseignait pas le rituel, mais il pratiquait, et sa pratique était une suite cle miracles.
Nous avons dit quelle importance ont en magie le ternaire et le quaternaire . De leur réunion se com pose le grand nombre religieux et cabalistique qui représente la synthèse universelle et qui constitue le septénaire sacré.
Le monde, à ce que croyaient les anciens, est gouverné par sept causes secondes, comme les appelle Trithème, secundœi, et ce sont les forces universelles désignées par Moïse sous le nom pluriel d'Eloïm, les dieux. Ces forces, analogues et contraires les unes aux autres , produisent l'équilibre par. leurs contrastes et règlent le mouvement des sphères. Les Hébreux les appellent les sept grands archanges, et leur donnent les noms de Michael,
Gabriel, Kaphael, Anael, Samael, Zadkiel et Oriphiel. Les gnostiques chrétiens nomment les quatre derniers Uriel, Barachiel, Sealtiel et Jéhudiel. Les autres peuples ont attribué à ces esprits le gouvernement des sept planètes principales, et leur ont donné les noms de leurs grandes divinités. Tous ont cru à leur influence relative, et l'astronomie leur a partagé le ciel antique et leur a attribué succèssivement le gouvernement des sept jours de la semaine.
Telle est la raison des diverses cérémonies de la semaine magique et du culte septénaire des planètes.
Nous avons déjà observé que les planètes, ici, sont des signes, et pas autre chose; elles ont l'influence que la foi universelle leur attribue, parce qu'elles sont plus réellement encore des astres de l'esprit humain que des étoiles du ciel.
Le soleil, que la magie antique a toujours regardé comme fixe, ne pouvait être une planète que pour le vulgaire; aussi représente-t-il dans la semaine le jour du repos, que nous appelons, on ne sait pourquoi, dimanche, et que les anciens nommaient le jour du soleil.
Les sept planètes magiques correspondent aux
sept couleurs du prisme et aux sept notes de l'octave musical ; elles représentent aussi les sept vertus, et, par opposition, les sept vices, de la morale chrétienne.
Les sept sacrements se rapportent également à ce grand septénaire universel. Le baptême, qui consacre l'élément de l'eau, se rapporte à la lune; la pénitence rigoureuse est sous les auspices de Samael, l'ange de Mars; la confirmation, qui donne l'esprit d'intelligence et communique au vrai croyant le don des langues , est sous les auspices de Raphaël, l'ange de Mercure ; l'eucharistie substitue la réalisation sacramentelle de Dieu fait homme à l'empire de Jupiter; le mariage est consacré par l'ange Anael, le génie purificateur de Vénus; l'extrême-onction est la sauvegarde des malades prêts à tomber sous la faux de Saturne, et Tordre, qui consacre le sacerdoce de lumière, est plus spécialement marqué des caractères du soleil. Presque toutes ces analogies ont été remarquées par le savant Dupuis> qui en a conclu à la fausseté de toutes les religions, au lieu de reconnaître la sainteté et la perpétuité d'un dogme unique, toujours reproduit dans le symbolisme universel des formes religieuses successives* 11 n'a pas compris la révé-
lation permanente transmise au génie de l'homme par les harmonies de la nature, et n'a vu qu'une série d'erreurs dans cette chaîne d'images ingénieuses et d'éternelles vérités.
Les œuvres magiques sont aussi au nombre de sept : 1° œuvres de lumière et richesse, sous les auspices du soleil; 2° œuvres de divination et de mystères, sous l'invocation de la lune; 3° œuvres d'habileté, de science et d'éloquence, sous la protection de Mercure ; ti° œuvres de colère et de châtiment, consacrées à Mars; 5° œuvres d'amour, favorisées par Vénus ; 6° œuvres d'ambition et de politique, sous les auspices de Jupiter; 7° œuvres de malédiction et de mort, sous le patronage de Saturne. En symbolisme théologique, lesoleil représente le verbe de vérité ; la lune représente la religion elle-même; Mercure, l'interprétation et la science des mystères; Mars, la justice; Vénus, la miséricorde et l'amour ; Jupiter, le Sauveur ressuscité et glorieux ; Saturne, Dieu le père, ou le Jéhova de Moïse. Dans le corps humain, lesoleil est analogue au cœur, la lune au cerveau, Jupiter à la main droite, Saturne k la main gauche, Mars au pied gauche et Vénus au pied droit, Mercure aux parties sexuelles, ce qui a fait représenter parfois
le génie de cette planète sous une figure androgyne.
Dans la face humaine, le soleil domine le front, Jupiter l'œil droit, Saturne l'œil gauche ; la lune règne entre les deux yeux, à la racine du nez, dont Mars et Vénus gouvernent les deux ailes; Mercure enfin exerce son influence sur la bouche et sur le menton. Ces notions formaient chez les anciens la science occulte de la physionomie, retrouvée imparfaitement depuis par Lavater.
Le mage qui veut procéder aux œuvres de lumière doit opérer le dimanche, de minuit à huit heures du matin, ou cle trois heures de l'après-midi jusqu'à dix heures du soir. Il sera revêtu d'une robe de pourpre, avec une tiare et des bracelets d'or. L'autel des parfums et le trépied du feu sacré seront entourés de guirlandes de laurier, d'héliotropes et tournesols ; les parfums seront le cinname, l'encens mâle, le safran et le sandal rouge; Vanneau sera d'or, avec une chrysolithe ou un rubis; les tapis seront des peaux de lions ; les éventails seront de plumes d'épervier.
Le lundi on portera une robe blanche lamée d'argent, avec un triple collier de perles, de cristaux et de sélénites ; la tiare sera couverte de soie
H8 RITUEL DE LA HAUTE MACxIE.
jaune, avec des caractères d'argent formant en hébreu le monogramme de Gabriel, tels qu'on les trouvedans la philosophie occulte cl' Agrippa; les parfums seront le sandal blanc, le camphre, l'ambre, l'aloès et la semence de concombre pulvérisée; les guirlandes seront d'armoise, de sélénotropes et de renoncules jaunes. On évitera les tentures, les vêtements ou les objets de couleur noire , et Ton n'aura sur soi aucun autre métal que l'argent.
Le mardi, jour des opérations de colère, la robe sera couleur de feu, ou de rouille, ou de sang, avec une ceinture et des bracelets d'acier; la tiare sera cerclée de fer, et l'on ne se servira pas de la baguette, mais seulement du stylet magique etde l'épée; les guirlandes seront d'absinthe et de rue, et l'on aura au doigt une bague d'acier avec une améthyste pour pierre précieuse.
Le mercredi, jour favorable à la haute science, la robe sera verte ou d'une étoffe à reflets et de différentes couleurs : le collier sera de perles en verre creux contenant du mercure; les parfums seront le benjoin, le macis et le storax; les fleurs, le narcisse, le lys, la mercuriale, la fumeterre etla marjolaine; la pierre précieuse sera l'agate.
Le jeudi, jour des grandes œuvres religieuses et
politiques, la robe sera d'écarlate, et l'on aura sur le front une lame d'étain avec le caractère de l'esprit de Jupiter et ces trois mots : Giarar, Béthor, Samgabiel ; les parfums seront l'encens, l'ambre gris, le baume, la graine de paradis, le macis et le safran ; l'anneau sera orné d'une émeraude ou d'un saphir; les guirlandes et les couronnes seront de chêne, de peuplier, de figuier et de grenadier.
Le vendredi, jour des opérations amoureuses, la robe sera d'un bleu azuré ; les tentures seront vertes et roses, les ornements de cuivre poli; les couronnes seront de violettes ; les guirlandes, de roses, de myrte et d'olivier; l'anneau sera orné d'une turquoise; le. lapis-lazuli et le béryl serviront pour la tiare et les agrafes; les éventails seront de plumes de cygne, et l'opérateur aura sur la poitrine un talisman de cuivre avec le caractère d'Ànael et ces paroles : àveeva Vadelilitii.
Le samedi, jour des œuvres funèbres, la robe sera noire ou brune, avec des caractères brodés en soie de couleur orangée; on portera au cou une médaille de plomb avec le caractère de Saturne et ces paroles: àlmalec, àphiel, Zarahïel; les parfums seront le diagridium, la scammonée, l'alun, le soufre et Tassa fœtida; la bague aura une
pierre d'onyx; les guirlandes seront de frêne, de cyprès et d'ellébore noir; sur l'onyx de la bague on gravera avec le poinçon consacré et aux heures de Saturne une double tête de Janus.
Telles sont les antiques magnificences du culte secret des mages. C'est avec un semblable appareil que les grands magiciens du moyen âge procédaient à la consécration quotidienne des pentacles et des talismans relatifs aux sept génies. Nous avons déjà dit qu'un pentacle est un caractère synthétique résumant tout le dogme magique dans une de ces conceptions spéciales. C'est donc la véritable expression d'une pensée et d'une volonté complètes; c'est la signature d'un esprit. La consécration cérémonielle de ce signe y attache plus fortement encore l'intention de l'opérateur, et établit entre lui et le pentacle une véritable chaîne magnétique. Les pentacles peuvent être indifféremment tracés sur leparchemin vierge, sur le papier ou sur les métaux. On appelle talisman une pièce de métal portant soit des pentacles, soit des caractères, et ayant reçu une consécration spéciale pour une intention déterminée. Gaffarel, clans un savant ouvrage sur les antiquités magiques, a démontré, par la science, le pouvoir réel des talismans, et la confiance en leur
vertu est d'ailleurs tellement dans la nature, qu'on porte volontiers sur soi des souvenirs de ceux qu'on aime, avec la persuasion que ces reliques nous préserveront du danger et devront nous rendre plus heureux. On fait les talismans avec les sept métaux cabalistiques, et Ton y grave, aux jours et aux heures favorables, les signes voulus et déterminés. Les figures des sept planètes, avec leurs carrés magiques, se trouvent dans le Petit Albert, d'après Paracelse, et c'est un des rares endroits sérieux de ce livre de magie vulgaire. Il faut remarquer que Paracelse remplace la figure de Jupiter par celle d'un prêtre, substitution qui n'est pas sans une intention mystérieuse bien marquée. Mais les figures allégoriques et mythologiques des sept esprits sont devenues de nos jours trop classiques et trop vulgaires pour qu'on puisse encore les tracer avec succès sur les talismans ; il faut recourir à des signes plus savants et plus expressifs. Le pentagramme doit être toujours gravé sur l'un des côtés du talisman, avec un cercle pour le soleil, un croissant pour la lune, un caducée aile pour Mercure, une épée pour Mars, un G pour Vénus, une couronne pour Jupiter et une faucille pour Saturne. L'autre côté du talisman doit porter le signe de
Salomon, c'est-à-dire l'étoile à six rayons faite de deux triangles superposés; el au centre on mettra une figure humaine pour les talismans du soleil, une coupe pour ceux de la lune, une tête de chien pour ceux de Mercure, une tète d'aigle pour ceux de Jupiter, une tète de lion pour ceux de Mars, une colombe pour ceux de Vénus, une tète de taureau ou de bouc pour ceux de Saturne. On y joindra les noms des sept anges, soit en hébreu, soit en arabe, soit en caractères magiques semblables à ceux des alphabets de Trithème. Les deux triangles de Salomon peuvent être remplacés parla double croix des roues cl'Ezéchiel, qu'on retrouve sur un grand nombre d'anciens pantacles, et qui est, comme nous Pavons fait observer dans notre Dogme, la clef des trigrammes de Fohi. ^
On peut aussi empïbyer les pierres précieuses pour les amulettes et les talismans ; mais tous les objets de ce genre, soit en métal, soit en pierreries, doivent être enveloppés avec soin dans des sachets de soie de la couleur analogue à l'esprit de la planète, parfumés avec les parfums du jour correspondant, et préservés de tous regards et de tous contacts impurs. Ainsi, les pentacles et les talis-
m au s du soleil ne doivent êtres vus ni touchés par les gens difformes et contrefaits ou par les femmes sans mœurs ; ceux de la lune sont profanés parles regards et par les mains des hommes débauchés et des femmes ayant leurs mois; ceux de Mercure perdent leur vertu s'ils sont vus ou touchés par des prêtres salariés; ceux de Mars doivent être cachés aux poltrons; ceux de Vénus aux hommes dépravés et à ceux qui ont fait vœu de célibat; ceux de Jupiter aux impies; et ceux de Saturne aux vierges et aux enfants, non que les regards ou les contacts de ces derniers puissent jamais êtres impurs, mais parce que le talisman leur porterait malheur et perdrait ainsi toute sa force.
Les croix d'honneur et autres décorations de ce genre sont de véritables talismans qui augmentent la valeur ou le mérite personnels. Les distributions solennelles qu'on en fait en sont les consécrations. L'opinion publique peut leur donner une prodigieuse puissance. On n'a pas assez remarqué l'influence réciproque des signes sur les idées et des idées sur les signes; il n'en est pas moins vrai que l'œuvre révolutionnaire des temps modernes, par exemple, a été résumée symboliquement tout entière
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par la substition napoléonienne de l'étoile de l'honneur à la croix de saint Louis. C'est le pentagramme substitué au labarum, c'est la réhabilitation du symbole de la lumière, c'est la résurrection maçonnique d'Àdonhiram. On dit que Napoléon croyait à son étoile, et, si on eût pu lui faire dire ce qu'il entendait par cette étoile, on eût trouvé que c'était son génie : il devait donc adopter pour signe le pentagramme, ce symbole de la souveraineté humaine par l'initiative intelligente. Le grand soldat de la révolution savait peu ; mais il devinait presque tout : aussi a-t-il été le plus grand magicien instinctif et pratique des temps modernes. Le monde est encore plein de ses miracles et le peuple des campagnes ne croira jamais qu'il soit mort.
Les objets bénis et indulgenciés, touchés par de saintes images ou par des personnes vénérables, les chapelets venus de Palestine, les agnus Dei composés avec la cire du cierge pascal, et les restes annuels du saint chrême, les scapulaires, les médailles, sont de véritables talismans. Une de ces médailles est devenue populaire de notre temps, et ceux même qui n'ont aucune religion la mettent au cou de leurs enfants. Aussi les figures en sont-
elles si parfaitementcabalistiques que cette médaille est vraiment un double et merveilleux pentacle. D'un côté on voit la grande initiatrice, la mère céleste du Sohar, l'Isis de l'Egypte, la Vénus Uranie des Platoniciens, la Marie du christianisme, debout sur le monde et posant un pied sur la tête du serpent magique. Elle étend les deux mains de manière qu'elles fassent un triangle dont la tête de la femme est le sommet,; ses mains sont ouvertes et rayonnantes, ce qui en fait un doublepentagramme, dont les rayons se dirigent tous vers la terre, ce qui représente évidemment l'affranchissement de l'intelligence par le travail. De l'autre côté on voit le double Tau des hiérophantes, le Lingam au double Ctéis ou au triple Phallus, supporté, avec entrelacement et double insertion, par FM cabalistique et maçonnique représentant l'équerre entre les deux colonnes Jakin et Bon as; au-dessus sont placés, sous un même niveau, deux cœurs aimants et souffrants, et autour, douze pentagrammes. Tout le monde vous dira que les porteurs de cette médaille n'y attachent pas cette signification ; mais elle n'en est, par cela même, que plus parfaitement magique, ayant un double sens, et, par conséquent, une double vertu . L'extatique sur les révélations de laquelle
ce talisman fut gravé l'avait vu déjà existant et parfait dans la lumière astrale, ce qui démontre une fois de plus l'intime connexion des idées et des signes, et donne une nouvelle sanction au symbolisme de la magie universelle .
Plus on met d'importance et de solennité à la confection et à la consécration des talismans et des pentacles, plus ils acquièrent de vertu, comme on doit le comprendre d'après l'évidence des principes que nous avons établis. Cette consécration doit se faire aux jours spéciaux que nous avons marqués, avec l'appareil dont nous avons donné les détails. On les consacre par les quatre éléments exorcisés, après avoir conjuré les esprits de ténèbres par la conjuration des quatre; puis on prend le pentacle dans sa main, et l'on dit en y jetant quelques gouttes d'eau magique :
In nomine Eloïm et per spiriium aquarum viventium, sis mihi in signum lucis et sacramentwn voluntatis.
En le présentant à la fumée des parfums on dit :
Per serpentem œneum sub quo cadunt serpentes ignei) sis mihi (etc.)>
En soufflant sept fois sur le pentacle ou sur le i talisman on dit :
Ver firmamentum et spiritum vocis, sis mihi (etc . ) .
Enfin, en y plaçant triangulairement quelques grains de terre purifiée ou de sel, il faut dire:
In sale lerrœ et per virtuiem vitœ œternœ, sis mihi (etc.).
Puis on fait la conjuration des sept de la manière suivante :
On jette alternativement dans le feu sacré une pastille des sept parfums et l'on dit :
Au nom cleMichael, que Jéhovah te commande et t'éloigne d'ici, Chavajoth !
Au nom de Gabriel, qu'Adonaï te commande et t'éloigne d'ici, Bélial !
Au nom de Raphaël, disparais devant Elchim, Sachabiel !
Par Samael Zébaoth et au nom d'Eloïm Gibor, éloigne-toi, Adraméleck!
Par Zachariel et Sachiel-Méleck, obéis à Elvah, Tamgabiel !
Au nom divin et humain de Schaddaïet par le signe du pentagramme que je tiens dans ma main
droite, au nom de l'ange Anael, par la puissance d'Adam et d'Héva, qui sont Jotchavah, retire-toi, Lilith; laisse-nous en paix, Nahémah!
Par les saints Eloïm et les noms des génies Cashiel, Séhaltiel, Aphiel et Zarahiel, au commandement d'Orifiel, détourne-toi de nous, Moloch ! nous ne te donnerons pas nos enfants à dévorer.
Pour ce qui est des instruments magiques, les principaux sont: la baguette, l'épée, la lampe, la coupe, l'autel et le trépied. Dans les opérations delà haute et divine magie on se sert de la lampe, de la baguette et de la coupe ; dans les œuvres de la magie noire on remplace la baguette par l'épée et la lampe par la chandelle de Cardan. Nous expliquerons cette différence à l'article spécial de la magie noire.
Venons à la description et à la consécration des instruments.
La baguette magique, qu'il ne faut pas confondre avec la simple baguette divinatoire, ni avec la fourche des nécromans ou le trident de Paracelse; la vraie et absolue baguette magique doit être d'un seul jet, parfaitement droit, d'amandier ou de noisetier, coupé d'un seul coup avec la serpette magique ou la faucille d'or, avant le lever du soleil
et au moment où l'arbre est prêt à fleurir. Il faut la perforer dans toute sa longueur sans la fendre ni la rompre, et y introduire une longue aiguille de fer aimanté qui en occupe toute l'étendue; puis on adapte à Tune de ses extrémités un prisme polyèdre taillé triangulairement, et à l'autre bout une figure pareille en résine noire. Au milieu de la baguette on placera deux anneaux, l'un de cuivre rouge, l'autre de zinc ; puis la baguette sera dorée du côté de la résine et argentée du côté du prisme jusqu'aux anneaux du milieu, et on la revêtira de soie jusqu'aux extrémités exclusivement. Sur l'anneau de cuivre il faut graver ces caractères rricnpno^ttn'v et sur l'anneau de zinc noSrc "iSan . La consécration de la baguette doit durer sept jours, en commençant à la nouvelle lune, et doit être faite par un initié possesseur des grands arcanes et ayant lui-même une baguette consacrée. C'est la transmission du sacerdoce magique, et cette transmission n'a pas cessé depuis les ténébreuses origines de la haute science. La baguette et les autres instruments mais la baguette surtout doivent être cachés avec soin , et sous aucun prétexte le magiste ne doit les laisser voir ou toucher aux profanes ; autrement ils perdraient toute leur vertu .
T. Il 9
lOV RITUEL DE LÀ HAUTE MAGIE.
Le mode de transmission delà baguette est un des arcanes de la science qu'il n'est jamais permis de révéler.
La longueur de la baguette magique ne doit pas excéder celle du bras de l'opérateur. Le magicien ne doit s'en servir que lorsqu'il est seul, et ne doit môme jamais la toucher sans nécessité. Plusieurs anciens magistes la faisaient seulement de la longueur de Pavant-bras et la cachaient sous de longues manches, montrant seulement en public la simple baguette divinatoire, ou quelque sceptre allégorique fait d'ivoire ou d'ébène, suivant la nature des œuvres.
Le cardinal de Richelieu, qui ambitionnait toutes les puissances, chercha toute sa vie, sans pouvoir la trouver, la transmission de la baguette. Son cabaliste Gaffarel ne put lui donner que Pépée et les talismans: tel fut peut-être le motif secret de sa haine contre Urbain Grandier, qui savait quelque chose des faiblesses du cardinal. Les entretiens secrets et prolongés de Laubardemont avec le malheureux prêtre quelques heures encore avant, son dernier supplice, et les paroles d'un ami et d'un confident de ce dernier lorsqu'il allait à la mort : «Monsieur, vous êtes habile homme, ne vous per-
dez pas » , donnent beaucoup à penser sur ce sujet.
La baguette magique est le Verendum du mage ; il ne doit pas même en parler d'une manière claire et précise ; personne ne doit se vanter de la posséder, et l'on ne doit en transmettre la consécration que sous les conditions d'une discrétion et d'une confiance absolues.
L'épée est moins occulte, et voici comment il faut la faire:
Il faut qu'elle soit de pur acier, avec une poignée de cuivre faite en forme de croix avec trois pommeaux, comme elle est représentée dans l'Enchiridion de Léon III, ou ayant pour garde deux croissants, comme dans notre figure. Sur le nœud central de la garde, qui doit être revêtu d'une plaque d'or, il faut graver d'un côté le signe du macro cosme et de Vautre celui du microcosme. Sur le pommeau il faut graver le monogramme hébreu de Michael, tel qu'on le voit dans Agrippa, et sur la lame, d'un côté ces caractères rooD >a mn> a>V>&a , et de l'autre le monogramme du labarum de Constantin, suivi de ces paroles : Vince in hoc, Deo duce, ferro comité- (Voir pour l'authenticité et l'exactitude de ces figures les meilleures éditions anciennés de YEnchiridion.)
La consécration de l'épée doit se faire le dimanche, aux heures du soleil 7 sous l'invocation de Michael. On mettra la lame de l'épée dans un feu de laurier et de cyprès; puis on en essuiera et on en polira la lame avec les cendres du feu sacré, humectées de sang de taupe ou de serpent, et Von dira^»SÏ$ mihi gladius Michaelis, in virluie Eldim Sabaoth fugiant a le spiritus tenebrarum et reptilia terrœ ppuis on la parfumera avec les parfums du soleil, "et on la renfermera dans de la soie avec des branches de verveine qu'il faudra brûler le septième jour.
La lampe magique doit être faite de quatre métaux: l'or, l'argent, l'airain et le fer. Le pied sera de fer, le nœud d'airain, la coupe d'argent, le triangle du milieu en or. Elle aura deux bras, composés de trois métaux tordus ensemble, de manière toutefois à laisser pour l'huile un triple conduit. Elle aura neuf mèches, (rois au milieu et trois à chaque bras. (Voir la figure.) Sur le pied on gravera le sceau d'Hermès et au-dessusl'Androgyne à deux tètes de Khunrath. La bordure inférieure du pied représentera un serpent qui se mord la queue.
Sur la coupe ou récipient de l'huile on gravera
le signe de Salomon. A cette lampe s'adapteront deux globes: l'un orné de peintures transparentes, représentant les sept génies, l'autre plus grand et double, pouvant contenir dans quatre compartiments, entre deux verres, de Veau teinte en diverses couleurs. Le tout sera renfermé dans une colonne de bois tournant sur elle-même et pouvant laisser échapper à volonté un des rayons de la lampe qu'on dirigera sur la fumée de l'autel au moment des invocations. Cette lampe est d'un grand secours pour aider les opérations intuitives des imaginations lentes, et pour créer immédiatement devant les personnes magnétisées des formes d'uue réalité effrayante, qui, étant multipliées par les miroirs, agrandiront tout à coup et changeront en une seule salle immense remplie d'âmes visibles le cabinet de l'opérateur; l'ivresse des parfums et l'exaltation des invocations transformeront bientôt cette fantasmagorie en un rêve réel: on reconnaîtra les personnes qu'on a connues, les fantômes parleront ; puis , si l'on referme la colonne de la lampe en redoublant le feu des parfums, il se produira quelque chose d'extraordinaire et d'inattendu.