‹ Dogme et rituel de la haute magie (volume 3)Chapitre 51 sur 104 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Comme nous l'avons déjà dit plusieurs fois, les opérations de la science ne sont pas sans danger.

Elles peuvent conduire à la folie ceux qui ne sont pas affermis sur la base de la suprême, absolue et infaillible raison.

Elles peuvent surexciter le système nerveux et produire de terribles et incurables maladies.

Elles peuvent, lorsque l'imagination se frappe et s'épouvante, produire l'évanouissement et même la mort par congestion cérébrale.

Nous ne saurions donc trop en détourner les personnes nerveuses et naturellement exaltées, les femmes, les jeunes gens, et tous ceux qui ne sont pas dans l'habitude de se maîtriser parfaitement et de commander à la crainte.

Rien n'est plus dangereux également que défaire de la magie un passe-temps, comme certaines personnes qui en font l'agrément de leurs soirées. Les expériences magnétiques même, faites dans de pareilles conditions, ne peuvent que fatiguer les

sujets, égarer les opinions et dérouter la science. On ne joue pas impunément avec les mystères de la vie et de la mort, et les choses qu'on doit prendre au sérieux doivent être traitées sérieusement et avec la plus grande réserve.

Ne cédez jamais au désir de convaincre par des effets. Les effets les plus surprenants ne seraient pas des preuves pour des personnes non convain* eues d'avance. On pourrait toujours les attribuer à des prestiges naturels, et regarder le mage comme un concurrent plus ou moins adroit de Robert Houdin ou d'tîamilton. Demander des prodiges pour croire à la science, c'est se montrer indigne ou incapable de la science. Sancta sanctis.

Ne vous vantez jamais non plus des œuvres que vous avez opérées, eussiez-vous ressuscité des morts. Craignez la persécution. Le grand maître recommandait toujours le silence aux malades qu'il guérissait; et si ce silence eût été fidèlement gardé, on n'eût pas crucifié l'initiateur avant l'achèvement de son œuvre.

Méditez sur la douzième figure des clefs du Tarot ; songez au grand symbole de Prométhée, et taisez* vous.

j^Ious les mages qui ont divulgué leurs œuvres sont / morts de mort violente, et plusieurs ont été réduits au suicide , comme Cardan , Schroeppfer, Cagliostro, et tant d'autres.

Le mage doit vivre dans la retraite et se laisser approcher difficilement. C'est ce que représente le symbole de la neuvième clef du Tarot, où l'initié est figuré par un ermite enveloppé tout entier dans son manteau.

Cependant cette retraite ne doit pas être de l'isolement. Il lui faut des dévouements et des amitiés; mais il doit les choisir avec soin et les conserver à tout prix.

Il doit avoir une autre profession que celle de magicien : la magie n'est pas un métier.

Pour se livrer à la magie cérémonielle, il faut être sans préoccupations inquiétantes ; il faut pouvoir se procurer tous les instruments de la science et savoir au besoin les confectionner soi-même; il faut enfin s'assurer un laboratoire inaccessible, où Ton n'ait pas à craindre d'être jamais surpris ou dérangé.

Puis, et c'est ici la condition essentielle, il faut savoir équilibrer les forces et contenir les élans de sa propre initiative. C'est ce que représente la

huitième figure des clefs d'Hermès, où Ton voit une femme assise entre deux colonnes, tenant d'une main une épée droite et de l'autre une balance.

Pour équilibrer les forces, il faut les maintenir simultanément et les faire agir alternativement, double action qui est représentée par l'usage de la balance.

Cet arcane est également représenté par la double croix des pentacles de Pythagore et d'Ézéchiel (voir la figure de la page 255 du Dogme), où les croix sont équilibrées l'une à l'autre et où les signes planétaires sont toujours en opposition . Ainsi, Vénus est L'équilibre des œuvres de Mars, Mercure tempère et accomplit les œuvres du Soleil et de la Lune, Saturne doit balancer Jupiter. C'est par cet antagonisme des anciens dieux que Prométbée, c'est-à-dire le génie de la science, parvint à s'introduire dans l'Olympe et à dérober le feu du ciel.

Faut-il parler plus clairement? Plus vous serez doux et calme, plus votre colère aura de puissance; plus vous serez énergique, plus votre douceur aura de prix ; plus vous serez habile, mieux vous profiterez de votre intelligence, et même de vos vertus; plus vous serez indifférent, plus il vous sera facile de vous faire aimer. Ceci est d'expé-

rience dans Tordre moral et se réalise rigoureusement dans la sphère de l'action. Les passions humaines produisent fatalement, lorsqu'elles ne sont pas dirigées, les effets contraires à leur désir effréné. L'amour excessif produit l'antipathie; la haine aveugle s'annule et se punit elle-même ; la vanité conduit à l'abaissement et aux plus cruelles humiliations. Le grand maître révélait donc un mystère de la science magique positive lorsqu'il a dit : Voulez- vous accumuler des charbons ardents sur la tète de celui qui vous a fait du mal, pardonnez-lui et faites-lui du bien. On dira peut-être qu'un semblable pardon est une hypocrisie et ressemble fort à une vengeance raffinée. Mais il faut se rappeler que le mage est souverain. Or un souverain ne se venge jamais, puisqu'il aie droit de punir. Lorsqu'il exerce ce droit il fait son devoir, et il est implacable comme la justice. Remarquons bien d'ailleurs, pour que personne ne se méprenne au sens de mes paroles, qu'il s'agit de châtier le mal par le bien et d'opposer la douceur à la violence. Si l'exercice de la vertu est une flagellation pour le vice, personne n'a droit de demander qu'on la lui épargne ou qu'on prenne pitié de ses hontes et cle ses douleurs.

Celui qui se livre aux œuvres de la science doit prendre chaque jour un exercice modéré, s'abstenir des veilles trop prolongées et suivre un régime sain et régulier. Il doit éviter les émanations cadavériques, le voisinage de l'eau croupie, les aliments indigestes ou impurs. Il doit surtout se distraire tous les jours des préoccupations magiques par des soins matériels, ou des travaux soit d'art, soit d'industrie, soit même de métier. Le moyen de bien voir, c'est de ne pas regarder toujours, et celui qui passerait sa vie à viser toujours au môme but finirait par ne plus jamais l'atteindre.

Une précaution dont il ne faut, également jamais se départir, c'est de ne jamais opérer lorsqu'on est malade.

Les cérémonies étant, comme nous l'avons dit, les moyens artificiels de créer les habitudes de volonté, cessent d'être nécessaires quand ces habitudes sont prises. C'est dans ce sens et en s'adressant seulement aux adeptes parfaits que Paracelse en proscrit l'usage dans sa Philosophie occulte. Il faut les simplifier progressivement, avant de les omettre tout à fait, suivant l'expérience qu'on peut faire des forces acquises et de l'habitude établie dans l'exercice du vouloir extra-naturel.

Page 1