‹ Dogme et rituel de la haute magieChapitre 14 sur 66 · TIS · texte numérisé non relu

TIS

Ne vous vantez jamais non plus des œuvres que

vous avez opérées, eussiez-vous ressuscité des morts. Craignez la persécution. Le grand maître recommandait toujours le silence aux malades qu’il guérissait; et si ce silence eût été fidèlement gardé, on n’eût pas crucifié l’initiateur avant l’achèvement de son œuvre.

Méditez sur la douzième figure des clefs du Tarot ; songez au grand symbole de Prométhée, et taisez-

vous.

Tous les mages ijui oiitdivulgué leurs œuvres sont morts de mort violente, et plusieurs ont été réduits au suicide , comme Cardan , Schroeppfer, Cagliostro, et tant d’autres.

Le mage doit vivre dans la retraite et se laisser approcher difficilement. C’est ce que représente le \ symbole de la neuvième clef du Tarot, où l’initié est figuré par un ermite enveloppé tout entier dans son manteau.

Cependant cette retraite ne doit pas être de l’isolement. 11 lui faut des dévouements et des amitiés; mais il doit les choisir avec soin et les conserver à tout prix.

Il doit avoir une autre profession que celle de magicien : la magie n’est pas un métier.

Pour se livrer à la magie cérémonielle, il faut être sans préoccupations inquiétantes ; il faut pouvoir se procurer tous les instruments de la science et savoir au besoin les confectionner soi-même ; il faut enfin s’assurer un laboratoire inaccessible, où l’on n’ait pas à craindre d’être jamais surpris ou * dérangé.

Puis, et c’est ici la condition essentielle, il faut savoir équilibrer les forces et contenir les élans de sa propre initiative. C’est ce que représente la

AVIS AUX IMPRUDENTS

huitième fio’ure des clefs d’Hermès, où l’on voit une femme assise entre deux colonnes, tenant d’une main une épée droite et de l’autre une balance.

Pour équilibrer les forces, il faut les maintenir simultanément et les faire agir alternativement, double action qui est représentée par l’usage de la balance.

Cet arcanè est également représenté par la double croix des pentacles de Pythagore et d’Ézéchiel (voir la figure de la page 255 du Dogme), où les croix sont équilibrées l’une à F, autre et où les signes planétaires sont toujours en opposition. Ainsi, Vénus est l’équilibre des œuvres de Mars, Mercure tempère et accomplit les œuvres du Soleil et de la Lune, Saturne doit balancer Jupiter. C’est par cet antagonisme des anciens dieux que Prométhée, c’est-à-dire le génie de la science, parvint à s’introduire dans l’Olympe et à dérober le feu du ciel.

Faut-il parler plus clairement? Plus vous serez doux et calme, plus votre colère aura de puissance ; plus vous serez énergique, plus votre douceur aura de prix ; plus vous serez habile, mieux" vous profiterez de votre intelligence, et même de vos vertus; plus vous serez indifférent, plus il vous sera facile de vous faire aimer. Ceci est d’expé-

l.‘^8 RITURL DE LA HAUTE MAGIE.

rionce dans l’ordre moral et se réalise rigoureusement dans la sphère de Faction. Les passions humaines produisent fatalement, lorsqu’elles ne sont pas dirigées, les effets contraires à leur désir effréné. L’amour excessif produit l’antipathie; la haine aveugle s’annule et se punit elle-même ; la vanité conduit à l’ahaissernent et aux plus cruelles humiliations. Le grand maître révélait donc un mystère de la science magique positive lorsqu’il a dit : Voulez-vous accumuler des charbons ardents sur la tête de celui qui vous a fait du mal, pardonnez-lui et faites-lui du bien. On dira peut-être qu’un semblable pardon est une hypocrisie et ressemble fort à une vengeance raffinée. Mais il faut se rappeler que le mage est souverain. Or un souverain ne se venge jamais, puisqu’il ale droit de punir. Lorsqu’il exerce ce droit il fait son devoir, et il est implacable comme la justice. Remarquons bien d’ailleurs, pour que personne ne se méprenne au sens de mes paroles, qu’il s’agit de châtier le mal par le bien et d’opposer la douceur à la violence. Si l’exercice de la vertu est une flagellation pour le vice, personne n’a droit de demander qu’on la lui épargne ou qu’on prenne pitié de ses hontes et de ses douleurs.

AVIS AUX IMPRUDENTS

Celui qui se livre aux œuvres de la science doit prendrechaque jour un exercice modéré, s’abstenir des veilles trop prolongées et suivre un régime sain et régulier. Il doit éviter les émanations cadavériques, le voisinage de l’eau croupie, les aliments indigestes ou impurs. Il doit surtout se distraire tous les jours des préoccupations magiques par des soins matériels, ou des travaux soit d’art, soit d’industrie, soit même de métier. Le moyen de bien voir, c’est de ne pas regarder toujours, et celui qui passerait sa vie à viser toujours au meme but finirait par ne plus jamais l’atteindre.

Une précaution dont il ne faut également jamais se départir, c’est de ne jamais opérer lorsqu’on est malade.

Les cérémonies étant, comme nous l’avons dit, les moyens artificiels de créer les habitudes de volonté, cessent d’être nécessaires quand ces habitudes sont prises. C’est dans ce sens et en s’adressant seulement aux adeptes parfaits que Paracelse en proscrit l’usage dans sa Philosophie occulte. Il faut les simplifier progressivement, avant de les omettre tout à fait, suivant l’expérience qu’on peut faire des forces acquises et de l’habitude établie dans l’exercice du vouloir extra-naturel.

' UlTUiiL Dli IA HAUTE MAGIE.

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CHAPITUE IX.

LE ClîlRÉMONlAL DES INITIÉS.

La science se conserve par le silence et se perpétue par l’initiation. La loi du silence n’est donc absolue et inviolable que relativement à la multitude non initiée. La science ne peut se transmettre que par la parole. Les sages doivent donc quelquefois parler.

Oui, les sages doivent parler, non pas pour dire, mais pour amener les autres à trouver. Noli ire, fac venire, c’était la devise de Rabelais, qui. possédant toutes les sciences de son temps, ne pouvait ignorer la magie.

Nous avons donc à révéler ici les mystères de l’initiation.

La destinée de l’homme est, comme nous l’avons dit, de se faire ou de se créer lui-même; il est et sera le fils de ses œuvres pour le temps et pour l’éternité.

Tous les hommes sont appelés à conco urir ; mais le nombre des élus, c’est-à-dire de ceux qui réussissent, est toujours petit ; en d’autres tenues, les

LE CliRÉ.MONlAL DES INITIÉS.

hommes désireux d’être quelque chose sont en grand nombre, et les hommes d’élite sont toujours rares.

Or, le gouvernement du monde appartient de droit aux hommes d’élite, et quand un mécanisme ou une usurpation quelconque empêche qu’il ne leur appartienne de fait , il s’opère un cataclysme politique ou social.

Les hommes qui sont maîtres d’eux-mêmes se rendent facilement maîtres des autres; mais ils peuvent mutuellement se faire obstacje s’ils ne reconnaissent pas les lois d’une discipline et d’une hiérarchie universelle.

Pour se soumettre à une même discipline, il faut être en communion d’idées et de désirs, et l’on ne peut parvenir à cette communion que par une religion commune fondée sur les bases mêmes de l’intelligence et de la raison.

Cette religion a toujours existé dans le monde, et c’est la seule qui puisse être appelée une , infaillible, indéfeçtible et véritablement catholique, c’est-à-dire universelle.

Cette .religion, dont toutes les autres ont été successivement les voiles et les ombres, c’est celle ([ui démontre l’être par l’être, la vérité par la rai-

U\''2 lUTUliL DE E.\ HAUTE MAGIE.

son, la raison par révidciice et lo sens commun.

C’est celle qui prouve par les réalités la raison d’ètre des hypothèses, et qui ne permet pas de raisonner sur les hypothèses indépendamment et en dehors des réalités.

C’est celle qui a pour hase le dogme des analogies universelles, mais qui ne confond jamais les choses de la science avec celles de la foi. 11 ne peut jamais être de foi que deux et un fassent plus ou moins de trois; que le contenu en physique soit plus grand que le contenant; qu’un corps solide, en tant que solide, puisse se comporter comme un corps fluide ou gazeux; qu’un corps humain, par exemple, puisse passer à travers une porte fermée sans opérer ni solution ni ouverture. Dire qu’on croit une pareille chose, c’est parler comme un enfant ou comme un fou ; mais il n’est pas moins insensé de définir l’inconnu et de raisonner, d’hypothèses en hypothèses, jusqu’à nier k priori l’évidence pour affirmer des suppositions téméraires. Le sage affirme ce qu’il sait, et ne croit à ce qu’il ignore que suivant la mesure des nécessités raisonnables et connues de l’hypothèse.

Mais cette religion raisonnable ne saurait être celle de la multitude, à laquelle il faut des fables,

LE CÉRÉMONIAL DES INITIÉS. i/lO

des mystères, des espérances définies et des terreurs matériellement motivées.

C’est pour cela que le sacerdoce s’est établi dans le monde. Or, le sacerdoce se recrute par l’initiation .

Les formes religieuses périssent quand l’initiation cesse dans le sanctuaire, soit par la divulgation, soit par la négligence et l’oubli des mystères sacrés.

Les divulgations gnostiques , par exemple , ont éloigné l’église chrétienne des hautes vérités de la Kabbale, qui contient tous les secrets de la théologie transcendante. Aussi, les aveugles étant devenus les conducteurs des autres aveugles, il s’est produit de grands obscurcissements, de grandes chutes et de déplorables scandales; puis les livres sacrés, dont les clefs sont toutes cabalistiques, depuis la Genèse jusqu’à l’Apocalypse, sont devenus si peu intelligibles aux chrétiens, que les pasteurs ont, avec raison, jugé nécessaire d’en interdire la lecture aux simples fidèles. Pris à la lettre et compris matériellement, ces livres ne seraient, comme l’a trop bien démontré l’école de Voltaire, qu’un inconcevable tissu d’absurdités et de scandales.

i/i/i IllTUEL DK LA HAUTE MAGIE.

11 en est de môme de tous les dogmes anciens, avec leurs brillantes théogonies et leurs poétiques légendes. Dire (pie les anciens croyaient, en Gnice, aux amours de Jupiter, ou adoraient, en Égypte, le cynocéphale et Fépervier comme les dieux vivants et réels , c’est être aussi ignorant et d’aussi mauvaise foi qu’on le serait en soutenant que les chrétiens adorent un triple Dieu, se composant d’un vieillard, d’un supplicié et d’un pigeon. L’inintelligence des symboles est toujours calomniatrice. C’est pourquoi il faut bien se garder de se moquer tout d’abord des choses qu’on ne sait pas, lorsque leur énoncé semble supposer une absurdité ou même une singularité quelconque; ce serait aussi peu sensé que de les admettre sans discussion et sans examen.

Avant qu’il y ait quelque chose qui nous plaise ou qui nous déplaise, il y a une vérité, c’est-à-dire une raison, et c’est par cette raison que nos actions doivent être réglées plutôt que par notre plaisir, si * nous voulons créer en nous l’intelligence, qui est la raison d’être de l’immortalité, et la justice, qui en est la loi.

L’homme vraiment homme ne peut vouloir que ce qu’il doit raisonnablement et justement faire;

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