LE CÉRÉMONIAL DES INITIÉS. 1Ù
aussi impose-t-il silence aux convoitises et à la crainte, pour n’écouter que la raison.
Un pareil homme est un roi naturel et un prêtre spontané pour les multitudes errantes. C’est pour cela que l’objet des initiations antiques s’appelait indifféremment art sacerdotal et art royal.
Les anciennes associations magiques étaient des séminaires de prêtres et de rois, et l’on ne parvenait à y être admis que par des œuvres vraiment sacerdotales et royales, c’est-à-dire en se mettant au-dessus de toutes les faiblesses de la nature.
Nous ne répéterons pas ici ce qui se trouve partout sur les initiations égyptiennes, perpétuées, en s’affaiblissant, dans les sociétés secrètes du moyen âge. Le radicalisme chrétien , fondé sur la fausse intelligence de cette parole: Vous n’avez qu’un père et qu’un maître, et vous êtes tous frères, a porté un coup terrible à la hiérarchie sacrée. Depuis ce temps, les dignités sacerdotales sont devenues le résultat de l’intrigue ou du hasard ; la médiocrité active est parvenue à supplanter la supériorité modeste, et par conséquent méconnue, et cependant, l’initiation étant une loi essentielle de la vie religieuse, une société instinctivement- magique
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l/l6 RITUEL DE LA HAUTE MAGIE.
s’est tonnée au déclin de la puissance pontiticale, et a bientôt concentré en elle seule toute la puissance du christianisme, parce que seule elle a compris vaguement, mais exercé positivement, le pouvoir hiérarchique par les épreuves de rinitiation et la toute-puissance de la foi dans l’obéissance passive.
Que faisait, en effet, le récipiendaire dans les anciennes initiations? Il abandonnait entièrement sa vie et sa liberté aux maîtres des temples de Thébès ou de Memphis ; il s’avançait résolument à travers des épouvantes sans nombre qui pouvaient lui faire supposer un attentat prémédité contre luimême ; il traversait les bûchers , passait à la nage les torrents d’eau noire et bouillante, se suspendait à des bascules inconnues, sur des précipices sans fond... N’était-ce pas là de l’obéissance aveugle dans toute la force du terme? Abjurer momentanément sa liberté pour parvenir à une émancipation, n’est-ce pas l’exercice le plus parfait de la liberté? Or, voilà ce que doivent faire et ce qu’ont toujours fait ceux qui aspirent au sanctum regnum de la toute-puissance magique. Les disciples de Pythagore se condamnaient à un silence rigoureux de plusieurs années \ les sectateurs même d’Epicure