TESTAMENT DE JEAN TAVERNIER DU 17 AVRIL
Jay sousbssine confesse Jehan Tavernier de mon propre gré et volonté promest et donne a Lesglise de Montreal quatre arpens de terre qui sont en labitacion de charles Le moinne et en jouyront jousque a tant que le dit moyne en aye de faict autant sur labitation dudit tavernier-un mot en rature
Je donne aussi labitation que Monsieur le gouverneur luy a donnée a la Rivière St Pierre à la charge que messieurs les Pbres diront au jour de Ste Anne une Messe haulte et une le jour de St Jean baptiste a lintention du dit tavernier et ses Père et Mère et en cas que ledit tavernier meurt et sil ne meurt pas le sousbsiné sera cassé et de nulle valleur deux mots en rabure faict en pressence de francois baillif et de Jehan prestot dont le dit prestot a déclaré ne scavoir siner ont siné F. baïlly Jen tavernier faict ce 17 davril 1660
Jay soubsiné confesse Jehan tavernier donne a Maistre Jehan Millot tout ce quil a entre mains sans que aucun le puisse troubler ni empescher de ce faire paier ce qui est deub audit tavernier et si quelquun le trouble que ce soit a sa confusion, pour ce qui est du Revenu de La dite terre M Millot partagera avec Olivier Cherbonneau et fera aracher les souches pour passer La charue faict en pressence de francois baiïllif et Jehan prestot dont le dit presto a declaré ne scavoir siner et ont siné dont il y a quatre most en rature f. bally. (avec paraphe)
Jean Tavernier faict le 17 avril 1660.
Jean milot a declaré en ma présence accepter la donation dudict Jean tavernier mentionner cy dessus et pour
cequi est du revenu de la terre a partager avecq Charbonneau Il a consenty que leglise en Jouisse et luy cedde cequel y pouvait pretendre faict le 30 mai 1660
Paul de Chomedey (Sur une feuille annexée)
Memoyre de ce que je doibst dont je prie maistre Jean
Millot de paier
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premierement a Mr le Moyne................ 23tt7s PR TRIDOIS ee em cus NAT Re: 20 tt Nfbcsieurs les phres:..... somme... 36 tt Monsieur Lambert de (mots incompréhensibles)....15 tt TOR AN DEC LED 7 ronge esse ou 50 tt CN ni ent tar eee DMC IN D Re SD Te ne Mr et ie ours 36 tt
Le beausseron un manteau de (incompréhensible) dou-
et 18 pieds de merizier écari
monsieur Lamble (2):...-.:...........,..20; 6 tt A ane a SR ee menu se 3 CCLLOLS AS ÉQHeSRMONN 2 ii eme best
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Fac-similé de l’acte de décès de Dollard et de ses compagnons
ru — ACTE DE DÉCÈS
LE 3e DE JUIN 1660
Nous avons receu nouvelles par Un huron qui sestoit Sauvé dentre les mains des Iroquois qui L’avoient pris prisoiner au combat qui s’estoit fait 8 jours auparavant entre Lesd Iroquois qui estoient au nombre de huict el cent Et dix sept francois de cette habitation et quatre Algonquins et environ quarante hurons au pied du long Saut que treize de nosd francois avoient esté tuez sur la place et quatre emmenez prisoniers lesquels du depuis nou, avons appris par dautres hurons qui Se Sont Sauvez avoir esté cruellemt bruslez par
lesd Jroquois en leur pays. Or les noms desd francois morts estoient.
Adam Daulat commandent aagé de 25 ans
Jacques Brassier 25 ans
Jean Tavernier dit La lochetière armurier 28 ans
Nicolas Tiblemont serrurier 25 ans.
Laurent hebert dit la Riviere 27 ans.
Alonié de l’estre chaufournier, 31 ans.
Nicolas Josselin, 25 ans.
Robert Jurie 24 ans. No’ avons appris quil s’est sauvé par les hollandais et retourné en France Jacques Boisseau, 23 ans
Louys Martin 21 ans
Christophe Augier dit des Jardins 26 ans.
Estienne Robin dit des forges 27 ans.
Jean Valets, 27 ans.
René Doucin 30 ans.
Jean Lecompte 26 ans
Simon Grenet 25 ans
francois Crusson dit Pilote, 24 ans.
Transcription de l’acte de décès.
APPENDICE (Extraits de la Relation des Jésuites pour l’année 1660 ).
Quarante de nos Hurons qui faisaient l'élite de tout ce qui nous restait ici de considérable, conduits par un capitaine assez fameux, nommé Anahotaha, partirent de Québec sur la fin de l’hiver, pour aller à la petite guerre, et dresser des embüûches aux Iroquois, à leur retour de la chasse. Ils passèrent par les Trois-Rivières, et là six Algonquins se joignirent à eux, sous le commandement de MitiSsemeg, capitaine de considération. Etant arrivés ensuite à Montréal, ils trouvèrent que dix-sept Français, gens de cœur et de résolution, avaient déjà lié partie dans le même dessein qu'eux, s’immolant généreusement pour le kien publie et pour la défense de la religion. Ils avaient choisi pour leur chef, le sieur Dollard, homme de mise et de conduite : et quoiqu'il ne fût arrivé de France que depuis assez peu de temps, il se trouva tout-à-fait propre pour ces sortes de guerre, ainsi qu’il l’a bien fait paraître, avec ses camarades, quoique la fortune semble leur avoir refusé la gloire d’une si sainte et si généreuse entreprise.
Nos sauvages heureux de grossir leur nombre d’une bande si leste et si résolue, s’embarquent pleins d’un nouveau courage, et nos Français se joignant à eux, rament avec joie, dans l’espérance de surprendre au plus tôt l’ennemi. Leur marche se faisait de nuit pour n’être point découverts, et les prières étaient réglées tous les matins et tous les soirs, s'adressant tous à Dieu publiquement, chacun en sa langue ; de sorte qu’ils faisaient trois chœurs bien agréables au ciel, qui n'avait jamais vu ici de si saints soldats, et qui recevait bien volontiers des vœux conçus en même temps, en français, en algonquin et en huron.
He
Le sault Saint-Louis ec les autres rapides ne leur coûtent rien à passer ; le zèle et l’ardeur d’une si sainte expédition leur fait mépriser la rencontre des glaces, et le froid des eaux fraîchement fondues, dans lesquels il se jetaient vigoureusement, pour traîner eux-mêmes leurs canots entre les pierres et les glaçons. Ayant gagné le lac Saint-Louis, qui est au-dessus de l'Isle de Montréal, ils détournent à droite, dans la rivière qui mène aux Hurons et vont se poster audessous du sault de la Chaudière, pour y attendre les chasseurs iroquois, qui, selon leur coutume, le doivent passer file à file, en retournant de leur chasse d’hiver.
Nos guerriers ne s’y furent pas plus tôt rendus, qu'ils furent aperçus par cinq Iroquois qui venaient à la découverte, et qui remontèrent en diligence pour avertir tous les chasseurs de se réunir et de quitter la posture de chasseur pour celle de guerrier. Le changement est bientôt fait ; la petite hache à la ceinture au lieu d'épée, le fusil à la pointe du canot et l’aviron en main, voilà l'équipage de ces soldats. Ils se
rassemblent donc, et les canots chargés de deux cents Onnon-
tagheronnons, s'étant joints, ils naviguent en belle ordonnance et descendent gravement le sault, au-dessous duquel, nos gens surpris d’une si prompte et si réglée démarche, se voyant bien plus faibles en nombre, se saisissent d’un méchant reste de fort, bâti en ce quartier-là depuis l’automne par nos Algonquins ; ils tâchent de s’y gabionner du mieux qu'ils peuvent.
D fait ses approches, et ayant reconnu l'ennemi, l'attaque avec furie ; mais il est reçu si vertement, qu’il est obligé de se retirer avec perte ; ce qui le fait songer à ses ruses ordinaires, désespérant d’en venir à bout par la force ; et afin d’amuser nos gens pendant qu’il appelle à son secours les Agniehronnons, qui avaient leur rendez-vous aux Isles de Richelleu, il fait semblant de vouloir parlementer. Les Algonquins et les Hurons semblent y vouloir prêter l’oreille, mais nos Français ne savent ce que
er
c'est que de paix avec ces barbares qui n’ont jamais traîté d’accomodement, qu’on ne soit aperçu de leurs fourbes bientôt après ; c’est pourquoi, lorsque tout paraissait fort paisible d’un côté du fort, de l’autre nos gens, se trouvant attaqués par trahison, ne furent pas surpris ; ils firent de si bonnes décharges sur les assaillants, qu’ils les contraignirent de se retirer pour la seconde fois, bien étonnés qu’une petite poignée de Français püt faire tête à deux cents Iroquois.
Ils eussent sans doute eu la confusion toute entière, et eussent été défaits entièrement, comme ils ont avoué, si les Français sortis du fort l'épée à la main ou si les Agniehronnons ne fussent pas arrivés peu de temps après au nombre de cinq cents, avec des cris si horribles et si puissants, que toute la terre circonvoisine semblait être pleine d’Iroquois.
Le fort est environné de tous les côtés, on fait feu partout jour et nuit ; les attaques se font rudes et fréquentes, pendant lesquelles nos Français firent toujours admirer leur résolution, leur vigilance, et surtout leur piété, qui leur faisait employer à la prière le peu de temps qu’ils avaient entre chaque attaque ; de sorte que sitôt qu’ils avaient repoussé l’Iroquois, ils se mettaient à genoux, et ne s’en relevaient point que pour les repousser encore , et ainsi pendant dix jours que dura ce siège, ils n’avaient que deux fonctions, prier et combattre, faisant succéder l’une à l’autre, avec l’étonnement de nos Sauvages, qui s’animaient à mourir généreusement par de si beaux exemples.
Comme l’ardeur du combat était grande, et les attaques presque continuelles, la soif pressait plus nos gens que l’Iroquoïs. Il fallait essuyer une grêle de plomb, et aller à la pointe de l'épée puiser de l’eau à la rivière, qui était à deux cents pas du Fort, danÿs lequel on trouva enfin, à force de fouir, un petit filet d’eau bourbeuse, mais si peu, que le sang découlait des veines des morts et des blessés, bien plus abandamment que l’eau de cette source de boue.
Cette nécessité mit le Fort en telle extrémité, que Ia partie ne paraissant plus tenable aux sauvages qui y étaient,
merite
ils songèrent à traiter de paix, et députèrent quelques ambassadeurs au camp ennemi, avec de beaux présents de porcelaine, qui font en ce pays toutes les grandes affaires de la paix et de la guerre. Ceux-ci furent reçus des Iroquois avec de grands cris, soit de joie, soit de moquerie, mais qui donnèrent de la frayeur à nos sauvages, desquels une trentaine étant invités par leurs compatriotes hurons, qui demeuraient parmi les Iroquois, à se rendre avec assurance de la vie, sautèrent malgré tous les autres par-dessus la palissade, et laissèrent le Fort bien affaibli par une si insigne lâcheté, qui donna espérance aux Iroquois de se rendre maîtres des autres sans coup férir, ou par des menaces, où par de belles paroles. Quelques députés s’approchèrent pour cela du Fort, avec les ambassadeurs qui en étaient sortis ; mais nos Français qui ne se fiaient point à tous ces pourparlers, firent sur eux une décharge inopinée, et jetèrent les uns morts par terre, et mirent les autres en fuite. Cet affront aigrit tellement les Iroquois, qu’ils vinrent à corps perdu et la tête baissée, s'attacher à la palissade, et se mirent en devoir de la saper à coups de haches, avec un courage qui leur faisait fermer les yeux à tous les dangers et aux décharges continuelles qu’on faisait sur eux. [l'est vrai que pour se garantir de la plus grande partie de cette grêle, ils firent des mantelets de trois bûches liées côte à côte, qui les couvraient depuis le haut de la tête jusqu’à la moitié des cuisses, et par ce moyen ils s’attachèrent au-dessous des canonniers des courtines, lesquelles n’étant pas flanquées, ils travaillaient à la sape avec assez d’assurance.
Nos Français employèrent tout leur courage et toute leur industrie en cette extrémité ; les grenades leur manquant, ils y suppléèrent par le moyen des canons d’une partie de leurs fusils qu’ils chargèrent à crever, et qu’ils jetèrent sur leurs ennemis ; ils s’avisèrent même de se servir d’un baril de poudre, qu’ils poussèrent par-dessus la palissade ; mais, par malheur, ayant rencontré une branche en Pair, il retomba dans le Fort, et y causa de grands désordres : la
vite
-plupart de nos Français eurent le visage et les mains brûlées du feu, et les yeux aveuglés de la fumée que fit cette machine ; de quoi les Iroquois prenant avantage, se saisirent de toutes les meurtrières, et de dehors tiraient et tuaient dans le Fort ceux qu'ils pouvaient découvrir dans l'épaisseur de la fumée ; ce qui les anima de telle sorte, qu’ils montèrent sur les pieux, la hache à la main, descendirent dans le Fort de tous côtés, et y remplirent tout de sang et de carnage, avec tant de furie qu’il n’y demeura que cinq Français et quatre Hurons en vie, tout le reste ayant été tué sur la place, avec le chef de tous nommé Anahotaha, qui se voyant prêt à expirer, pria qu’on lui mît la tête dans le feu, afin d’ôter à l’Iroquois la gloire d’emporter sa chevelure. *‘Laudavi magis mortuos quam viventes ”. Ce fut sans doute dans cette pensée du Sage, qu’un de nos Français fit un coup surprenant : car voyant que tout était perdu, et s’étant aperçu que plusieurs de ses compagnons blessés à mort vivaient encore, ils les acheva à grands coups de hache, pour les délivrer par cette inhumaine miséricorde, des feux des Iroquois. Et de fait, la cruauté succédant à la fureur, deux Français ayant été trouvés parmi les morts, avec quelque souffle de vie qui leur restait, on les fi la proie des flammes ; au lieu d’huile pour adoucir leurs plaies, on y fourra des tisons allumés et des alênes toutes rouges ; au lieu du lit pour soutenir les membres de ces pauvres moribonds, on les coucha sur la braise : en un mot on brûla cruellement ces pauvres agonisants dans toutes les parties du corps, tant qu’ils demeurèrent en vie.
Pour les cinq autres Français, avec tout le reste des captifs, tant ceux qui se sont rendus volontairement, que - ceux qui ont été pris, on les oblige de monter sur un échafaud, ou on leur fait les premières caresses des prisonhiers. On présente aux uns du feu à manger, on coupe les doigts aux autres, on brûle les jambes et les bras à quelques autres : tous enfin reçoivent les marques de leur captivité.
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Ce spectacle d'horreur si agréable aux yeux des Iroquois, ne le fut pas moins, je m’assure, aux yeux des anges, quand un des pauvres prisonniers hurons, se souvenant des instructions qu’on lui avait faites, se mit à se faire prédicateur et à exhorter tous ces patients à souffrir constamment ces cruautés, qui passeraient bientôt et seraient suivies du bonheur éternel, puisque ce n’était que pour la gloire de Dieu et pour le zèle de la religion, qu’ils avaient entrepris cette guerre contre les ennemis de la foi. Je ne sais si l'Eglise naissante a vu rien de plus beau dans ses persécutions : un barbare prêcher Jésus-Christ, et faire d’un échafaud une chaire de docteur, et si bien faire que l’échafaud se change en chapelle pour ses auditeurs, qui, parmi leurs tourments eb au milieu des feux font leurs prières comme s'ils étaient aux pieds des autels, et ils ont toujours continué à les faire pendant leur captivité, s’y exhortant les uns les autres lorsqu'il se rencontraient.
Après que la première rage des Iroquois fub rassasiée par la vue de leurs prisonniers, et par ces coups d'essai de leur cruauté, ils font le partage de leurs captifs : deux Français sont donnés aux Agnieronnons, deux aux Onnontagheronnons, le cinquième aux OnneiStheronnons pour leur faire goûter à tous de la chair des Français, et leur faire venir l'appétit et l'envie d’en manger, c’est-à-dire, les inviter à une sanglante guerre pour venger la mort d’une vingtaine de leurs gens tués en cette occasion. Après la distribution, on décampe, et l’on quitte la résolution prise de venir inonder sur nos habitations, pour mener au plus tôt dans le pays ces misérables victimes, destinées à repaître la rage et Ia cruauté de la plus barbare de toutes les Nations. Il faut ici, donner la gloire à ces dix-sept Français de Montréal, et honorer leurs cendres d’un éloge qui leur est dû avec justice, et que nous ne pouvons leur refuser sans ingratitude. Tout était perdu s'ils n’eussent péri, et leur malheur a sauvé ce pays, ou du moins a conjuré l'orage qui venait fondre, puisau’ils en ont arrêté les premiers efforts, et détourné tout-à-fairle cours.
(Passage d'une lettre de la Mère M arte de l’Incarnation, adressée à son fils, en date du 25 juin 1660.)
Etes Voici comme le révérend père Chaumonnot en parle dans une lettre qu’il écrit sur la déposition d’un Huron qui s’est sauvé, et qui a vu tout ce qui s’est passé.
Dès le mois d’avril 1669, dix-sept braves Français volontaires de Montréal, prirent le dessein de se hasarder pour aller faire quelque embuscade aux Iroquois, ce qu’ils firent avec l'approbation et l'agrément de ceux qui commandaient. Ils partirent accompagnés de quarante sauvages, tant Hurons qu'Algonquins, bien munis de tout ce qui leur était nécessaire. Ils arrivèrent le premier jour de mai suivant en un fort qui avait été fait l'automne passé par les Algonquins au pied du Long-Sault, au-dessus de Montréal. Le lendemain, jour de dimanche, ‘deux Hurons qui étaient allés à la découverte rapportèrent qu'ils avaient vu cinq Iroquois qui venaient vers eux, aussi pour découvrir. L’on consulta là-dessus ce qui était à faire. Un Huron opina qu'il fallait descendre à Montréal, parce que ces Iroquois pouvaient être les avantcoureurs de l’armée qu’on nous avait annoncé devoir venir fondre sur nous, ou que s'ils n'étaient pas des espions de l’armée, ils étaient au moins pour avertir les chasseurs de cette embuscade, et par cet avis la rendre inutile. Annotacha, fameux capitaine huron, résista fortement à cette proposition, aceusant de couardise et de âcheté celui qui l'avait faite. On suivit le sentiment de ce dernier, et l’on demeura dans ce lieu, dans le dessein de faire le jour suivant une contrepalissade pour fortifier celle qu’ils avaient trouvée, et qui n’était pas de défense. Mais les Iroquois, qui étaient les Onnontageronons, ne leur donnèrent pas le loisir, car peu de temps après, on les vit descendre sur la rivière au nombre de deux cents. Nos gens, qui faisaient alors leurs prières, étant surpris, n’eurent le loisir que de se retirer
dans cette faible retraite, laissant dehors leurs chaudières qu'ils avaient mises sur le feu pour préparer leur repas. Après les huées et les salves de fusils de part et d’autre, un capitaine onnontageronon avança sans armes jusqu'à la portée de la voix pour demander quelles gens étaient dans ce fort, et ce qu’ils venaient faire. On lui répond que ce sont des Français, Hurons, et Algonquins au nombre de cent hommes, qui venaient au-devant des Nez-Percés. Attendez, réplique l’autre, que nous tenions conseil entre nous, puis Je viendrai vous revoir ; cependant ne faites aucun acte d’hostilité, de crainte que vous ne troubliez les bonnes paroles que nous portons aux Français à Montréal. Retirez-vous donc, dirent les nôtres, à l’autre bord de la rivière, tandis que nou- parlementerons de notre part. Ils désiraient cet éloignement de l’ennemi, pour avoir la liberté de couper des pieux, afin de fortifier leur palissade. Mais tant s’en faut que les ennemis allassent camper de l’autre côté, qu’au contraire ils commencèrent à dresser une palissade vis-à-vis de celle de nos gens, qui, à la vue des ouvriers, ne laisèrent pas de se fortifier le plus qu’ils purent, entrelaçant les pieux de branches d'arbres et remplissant le tout de terre et de pierres à: hauteur d’homme, en sorte néanmoins qu’il y avait des meurtrières à chaque pieu gardées par trois fusiliers. L’ouvrage n’était pas encore achevé que l’ennemi vint à l’assaut. Les assiégés se défendirent vaillamment, tuèrent et blessèrent un grand nombre d’Iroquois sans avoir perdu un seul homme. La frayeur qui se mit dans le camp de l’ennemi leur fit prendre la fuite à tous, et les nôtres s’estimaient déjà heureux de se voir quittes à si bon marché. Quelques jeunes gens sautèrent la palissade pour couper la tête au capitaine Sonnontatonan, qui venait d’être tué, et l’érigèrent en trophée au bout d’un pieu sur la palissade. Les ennemis étant revenus de la frayeur extraordinaire dont ils avaient été saisis, se rallièrent et, durant sept jours et sept nuits entières grélèrent nos gens de coups de fusils. Durant ce
temps-là ils brisèrent les canots des nôtres, et en firent des lambeaux pour brûler les palissades, mais les décharges étaient si fréquentes qu’il ne leur fut jamais possible d’en approcher. Ils donnèrent encore une seconde attaque plus opiniâtre que la première ; mais les nôtres la soutinrent si courageusement, qu'ils prirent la fuite pour la seconde fois. Vingt d’entre eux se retirèrent si loin, qu’on ne les revit plus depuis. Quelques Onnontageronons dirent depuis à Joseph qu'ils tenaient captif, que si les nôtres les eussent suivis les battant en queue, ils les eussent tous perdus. Hors le temps des deux attaques, les coups que tirait l'ennemi sur la palissade n'étaient que pour empêcher les assiégés de fuir, et pour les arrêter en attendant le secours des Onnieronons qu'ils avaient envoyé quérir aux îles de Richelieu.
Que d’incommodités souffraient cependant nos Français ! le froid, la puanteur, l’insomnie, la faim et la soif les fatiguaient plus que l'ennemi. La disette d’eau était si grande, qu’ils ne pouvaient plus avaler la farine épaisse dont les gens de guerre ont coutume de se nourrir en ces extrémités. Ils trouvèrent un peu d’eau dans un trou de la palissade, mais étant partagée à peine en eurent-ils pour se rafraîchir la bouche. La jeunesse faisait de temps en temps quelques sorties par-dessus les pieux, car il n’y avait point de portes, pour aller quérir de l’eau à la faveur de quantité de fusiliers qui repoussaient l’ennemi ; mais comme ils avaient perdu leurs grands vaisseaux, ils n’en portaient que de petits qui ne pouvaient fournir à la nécessité de soixante. personnes, tant pour le boire que pour la sagamité. Outre cette disette d’eau, le plomb commença à manquer ; car les Hurons et les Algonquins voulant répondre à chaque décharge des ennemis, tant de jour que de nuit, eurent bientôt consumé leurs munitions. Les Français leur en donnèrent autant qu’ils purent mais enfin ils furent épuisés comme les autres. Que ferontils donc à l’arrivée de cinq cents Agnieronnons et Onnieronons qu’on est allé quérir ? Ils sont résolus de combattre en