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généreux Français et de mourir en bons chrétiens. Ils s'étaient déjà exercés à l’un et à l’autre l’espace de sept jours, durant lesquels ils n'avaient fait que combattre et prier Dieu ; car dès que l’ennemi faisait trève, ils étaient à genoux, et sitôt qu’il faisait mine d’attaquer, ils étaient | debout, les armes à la main.
Après les sept jours de siège, on vit paraître les canots des Agnieronnons et des Onneioutronnons, qui étant devant le petit fort de nos Français, firent une huée étrange, accompagnée d’une décharge de cinq cents coups de fusils, auxquels les deux cents Onnontageronnons répondirent avec des cris de joie et avec toute leur décharge, ce qui fit un tel bruit que le ciel, la terre et les eaux en résonnèrent fort longtemps, Ce fut alors que le capitaine Annotacha dit : Nous sommes perdus, mes camarades. Et le moyen de résister à sept cents hommes frais avec le peu de monde que nous sommes, fatigués et abattus ! Je ne regrette pas ma vie, car je ne saurais la perdre dans une meilleure occasion que pour la conservation du pays ; mais j’ai compassion de tant de jeunes enfants qui m'ont suivi. Dans l’extrémité où nous sommes je voudrais tenter un expédient qui me vient en l'esprit pour leur faire donner la vie. Nous avons ici un Oneiouteronnon, je serais d’avis de l’envoyer à ses parents avec de beaux présents, afin de les adoucir, et d'obtenir d’eux quelque bonne composition, Son sentiment fut suivi, et deux Hurons des plus considérables s’offrirent à la ramener. On les charge de beaux présents, et après les avoir instruits de ce qu’ils avaient à dire, on les aide à monter sur la palissade pour se laisser glisser ensuite le long des pieux. Cela fait, on se met en prières pour recommander à Dieu l'issue de cette ambassade. Un capitaine huron, nommé Eustache Thaouonhohoui, commença au nom de tous à apostropher tous les saints et les bienheureux du paradis d’un ton de prédicateur, à ce qu’ils leur fussent propices dans un danger de mort si évident. Vous savez, dit-il, Ô bienheureux habitants du ciel, ce qui
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nous à conduits ici ; vous savez que c’est le désir de réprimer la fureur de l’Iroquois, afin de l’empêcher d’enlever le reste de nos femmes et de nos enfants, de crainte qu’en les enlevant ils ne leur fassent perdre la Foi, et ensuite le Paradis, les emmenant captifs en leur pays. Vous pouvez obtenir notre délivrance du grand maître de nos vies, si vous l’en priez tout de bon. Faites maintenant ce que vous jugerez le plus convenable ; car pour nous, nous n’avons point d'esprit pour savoir ce qui nous est le plus expédient. Que si nous sommes au bout de notre vie, présentez à notre grand maître que nous allons souffrir en satisfaction des péchés que nous avons COMMIS contre sa loi, et impétrez à nos pauvres femmes et à nos enfants la grâce de mourir bons chrétiens, afin qu’ils nous viennent trouver dans le ciel.
Pendant que les assiégés priaient Dieu, les députés entrèrent dans le camp de l’ennemi. Ils y furent reçus avec une grande huée, et au même temps un grand nombre de Hurons qui étaient mêlés parmi les Iroquois, vinrent à la palissade solliciter leurs anciens compatriotes de faire de même que leurs députés, savoir de venir se rendre avec eux, n'y ayant plus, disaient-ils, d'autre moyen de conserver leur vie que celui-là. Ah! que l’amour de la vie et de la liberté est puissant ! À ces trompeuses sollicitations, on vit envoler vingt-quatre de ces timides poules de leur cage, y laissant seulement quatorze Hurons, quatre Algonquins et nos dix-sept Français. Cela fit redoubler les cris de joie dans le camp de l’ennemi, qui pensait déjà que le reste allait faire de même. C’est pourquoi ils ne se mirent plus en peine d'écouter, mais ils s’approchèrent du fort à dessein de se saisir dé ceux qui voudraient prendre la fuite. Mais nos Français, bien loin de se rendre, commencèrent à faire feu de tous côtés, et tuèrent un bon nombre de ceux qui étaient plus avancés. Alors Annotacha crie aux Français : Ah! camarades, vous avez tout gâté, encore deviez-vous attendre le résultat du conseil de nos ennemis. Que savons-nous
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s’il ne demanderont point à composer, et s’ils ne vous accorderont point de nous séparer les uns des autres sans acte d’hostilité, comme il est souvent arrivé en de semblables rencontres ? Mais à présent que vous les avez aigris, ils vont se ruer sur nous d’une telle rage que sans doute nous sommes perdus. Ce capitaine ne raisonna pas mal car les Iroquois voyant leur gens tués lorsqu'ils s’y attendaient le moins, furent transportés d’un si grand désir de se venger, que sans se soucier des coups de fusils qu’on tirait incessamment, se jetèrent à corps perdu à la palissade, et s’y attachèrent au-dessous des canonnières où on ne leur pouvait plus nuire, parce qu'il n’y avait point d'avance d’où l’on pût les battre. Par ce moyen nos Français ne pouvaient plus empécher ceux qui coupaient les pieux. Ils démontent deux canons de pistolets qu’ils remplissent jusqu’au goulet, et les jettent sur ces mineurs après y avoir mis le feu. Mais le fracas ne les ayant point fait écarter, ils s’avisèrent de jeter sur eux un baril de poudre avec une mèche allumée. Mais malheur le baril n'ayant pas été poussé assez rudement par-dessus la palissade au lieu de tomber du côté des ennemis tomba dans le fort où prenant feu, il brûla aux uns le visage, aux autres les mains, et à tous il Ôta la vue un assez long temps, et les mit hors d'état de combattre. Les Iroquois qui étaient à la sape s’aperçurent de l’avantage que cet accident leur donnait. Ils s’en prévalurent et se saisirent de toutes les meurtrières que ces pauvres aveugles venaient de quitter. On vit bientôt tomber de côté et d'autre, tantôt un Huron, tantôt un Algonquin, tantôt un Français, en sorte qu’en peu de temps une partie des assiégés se trouvèrent morts et le reste blessés. Un Français, craignant que ceux qui étaient blessés à mort n’eussent encore assez de vie pour expérimenter la cruauté du feu des Iroquois, acheva d’en tuer la plus grande partie à coups de hache par un zèle de charité qu’il estimait bien réglé. Mais enfin les Iroquois, grimpant de tous côtés, entrèrent dans la palissade et prirent
‘huit prisonniers qui étaient resté en vie, de trente qui étaient demeurés dans le fort, savoir, quatre Français et quatre Hurons. Ils en trouvèrent deux parmi les morts, qui n’avaient pas encore expiré ; ils les firent brûler inhumainement.
Ayant fait le pillage, ils dressèrent un grand échafaud sur lequel ils firent monter les prisonniers, et pour marque de leur perfidie, ils y joignirent ceux qui s'étaient rendus volontairement. Ils tourmentèrent cruellement les uns et les autres. Aux uns ils faisaient manger du feu ; ils coupaient les doigts aux autres, ils en brûlaient quelques-uns ; ils coupaient à d’autres les bras et lesjambes. Dans cet horrible carnage, un Oneiouteronnon tenant un gros bâton s’écrie à haute voix : Qui est le Français assez courageux pour porter ceci ? À ce cri, un de nos compatriotes, qu’on estime être René(1), quitte généreusement ses habits pour recevoir à nu les coups que l’autre voudrait lui donner. Mais un Huron, nommé Annieouton, prenant la parole, dit à l’Iroquois : Pourquoi veux-tu maltraiter ce Français qui n’a jamais eu que de la bonté pour toi ?—Il m’a mis les fers aux pieds, dit le barbare.—C’est pour l’amour de moi, réplique Annieouton, qu'il te les à mis, ainsi décharge sur moi ta colère et non sur lui. Cette charité adoucit le barbare, qu jeta son bâ+- ‘s frapper ni l’un ni l’autre.
. Cependant, les autres étaient sur l’échafaud où ils repaissaient les yeux et la rage de leurs ennemis, qui leur faisaient souffrir mille cruautés accompagnées de brocards. Aucun ne perdit la mémoire des bonnes instructions que le père qui les avait gouvernés leur avait données. Ignace Thaouenhohoui commença à haranguer tout haut ces captifs. “Mes neveux et mes amis, dit-il, nous voilà tantôt arrivés au terme que la foi nous fait espérer. Nous voilà presque rendus à la porte du paradis. Que chacun de nous prenne garde de faire naufrage au port: Ah! mes chers
1 René Doussin.
captifs, que les tourments nous arrachent plutôt l’âme du corps que la prière de la bouche, et Jésus du cœur ! Souvenons-nous que nos douleurs finiront bientôt, et que la récompense sera éternelle. C’est pour défendre la foi de nos femmes et de nos enfants contre nos ennemis, que nous nous sommes exposés aux maux que nous souffrons, à l’exemple de Jésus, qui s’offrit à la mort pour délivrer les hommes de la puissance de Satan, leur ennemi ; ayons confiance en lui ; ne cessons point de l’invoquer ; il nous donnera sans doute du courage pour supporter nos peines. Nous abandonnerait-il au temps où il voit que nous lui sommes devenus plus semblables, lui qui ne refuse jamais son assistance aux plus contraires à sa doctrine, quand ils ont recours à lui avec confiance ? ” Cette courte exhortation eut un tel pouvoir sur l’esprit de ces pauvres patients qu’ils promirent tous de prier jusqu’au dernier soupir. Et, de fait, le Huron échappé huit jours après des mains des Iroquois, a assuré que jusqu’à ce tempslà, ils ont prié Dieu tous les jours, et qu’ils s’exhortaient l’un l’autre à le faire toutes les fois qu’ils se rencontraient. Jusqu'ici est la déposition du Huron qui s’est sauvé, sans quoi l'on ne saurait rien de cette sanglante tragédie. Il y a sujet d’espérer qu'il s’en sauvera encore quelque autre qui nous dira le reste. Ce Huron qui se nomme Louis, et qui est un excellent chrétien, était réservé pour être brûlé dans le pays ennemi, et pour cela il était gardé si exactement qu'il était lié à un Iroquois, tant on avait peur de le perdre, aussi bien qu’un autre Huron qui courait le même sort. Ils ont invoqué Dieu et la sainte Vierge avec tant de ferveur et de confiance qu’ils se sont échappés comme miraculeusement, vivant en chemin de limon et d’herbe, et courant sans res- : pirer jusqu'à Montréal. Louis m’a raconté à notre parloir sa grande confiance à la sainte Vierge, et que comme il était lié à l’Iroquois endormi, un de ses liens se rompit de luimême, et qu'étant ainsi demi-libre, il rompit doucement les autres et se mit entièrement en liberté. Il traversa toute
l’armée, quoique l’on y fit le guet, sans aucune mauvaise rencontre, et se sauva de la sorte. Ils ont rapporté qu’un Iroquois ayant rencontré un Français, lui dit : Je t’arrête ; et que le Français, qu’on dit être celui qui par commisération acheva de tuer les moribonds, et qui avait un pistolet en son sein, dont les ennemis ne s'étaient pas aperçus, le tira, en disant du même ton : Et moi, je te tue, et le tua en effet. Sans les connaissances que ces Hurons fugitifs nous ont données, on ne saurait point ce que nos Français et nos sauvages seraient devenus, ni où aurait été l’armée des ennemis, qui après la défaite dont je viens de parler, s’en sont retournés en leurs pays, enflés de leur victoire, quoiqu’elle ne soit pas grande en elle-même. Car sept cents hommes ont-ils sujets de s’enorgueillir pour avoir surmonté une Si petite troupe de gens ? Mais c’est le génie des sauvages quand ils n'auraient pris ou tué que vingt hommes, de s’en retourner sur leurs pas pour en faire montre en leurs pays. L'on avait conjecturé ici que l'issue de cette affaire serait telle qu’elle est arrivée, savoir que nos dix-sept Français et nos bons sauvages seraient les victimes qui sauveraient tout le pays ; car il est certain que sans cette rencontre, nous étions perdus sans ressources parce que personne n’était sur ses gardes, ni même en soupçon que les ennemis dussent venir. Ils devaient néanmoins être iei à la Pentecôte, auquel temps les hommes étant à la campagne, ils nous eussent trouvés sans force et sans défense ; ils eussent tué, pillé et enlevé hommes, femmes, enfants ; et quoiqu’ils n’eussent pu rien faire à nos maisons de pierre, venant fondre néanmoins avec impétuosité, ils eussent jeté la crainte et la frayeur partout. On tient pour certain qu’ils reviendront à l’automne ou au printemps de l’année prochaine ; c’est pourquoi on se fortifie dans Québec. Et pour le dehors, M. le Gouverneur à puissamment travaillé à faire des réduits ou villages fermés, où il oblige chacun de bâtir une maison pour sa famille, et contribuer à faire des granges communes pour
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assurer les moissons, faute de quoi il fera mettre le feu dans les maisons dé ceux qui ne voudront pas obéir. C’est une sage police, et nécessaire pour le temps, autrement les particuliers se mettent en danger de périr avec leurs familles. De la sorte, il se trouvera neuf ou dix réduits bien peuplés, et capable de se défendre. Ce qui est à craindre, c’est la famine, car si l'ennemi vient à l’automne, il ravagera les moissons ; s’il vient au printemps, il empêchera les semences.”
(Mémoires de la Société royale du Canada, Ile série, tome VI, Sulte, pp. 163-168).
Défaite des Hurons et François
Le 8. sur la minuit vint la nouvelle de la deffaite des 40. Hurons qui restoient, et estoient allés en guerre avec 17. françois, et 4. Algonquains, ce par une armée de 700. yroquois préparée pour venir à Quebek, et divertie pour ce coup par ce rencontre.
(Journal des Jésuites, édition J. M. Valois, 1893.—page 284,
juin 1660.)
EMRS
Monument du Long-Fault.