SCÈNE II
LES MEMES. LOUTS, le messager huron.
LE HURON
Oui, je viens de ces lieux sacrés et mémorables Où le Long-Sault sanglote au milieu des érables.
MAISONNEUVE
Avez-vous combattu ?
BUCILE.
Dollard vit-il encor ?
LE HURON
Allez le demander aux centaines de corps Des Iroquois tombés autour des palissades Et qui ne viendront plus dresser leurs embuseades,
LUCILE
Mais qu’est-il devenu ?
LE HURON
Fauchant ses noirs bourreaux, Bon moissonneur de gloire, un saint comme un héros.
LUCILE
Tué, mon bien-aimé!
MAISONNEUVE
Quel dénoûment funeste !
a 5 TU CU NP
ne
LE HURON
Dans un dernier malheur vois le secours céleste. Le courage montré, dans cet événement,
Par Dollard et les siens, Vous sauve en ce moment.
Les Iroquois vainqueurs sont partis comme en fuite, J’ai pu leur échapper et tromper leur poursuite, Nous oceupions un fort de pieux près du Long-Sault, Et, depuis cinq longs jours, résistions à l’assaut.
L'eau manquait, et, tout près, le rythme des rapides,
Que l’écho transformait en rêve d’eaux limpides,
Nous faisait désirer une source ou la mort,
Nous creusâmes le sol dans l'enceinte du Fort
Et trouvâmes à boire un peu d’une eau boueuse
Que nos gosiers brûlants jugèrent savoureuse.
Dorn: ++ à tour de rôle et souvent réveillés
Soit par les hurlements lugubres des guerriers,
Soit pour clouer au sol ceux dont la perfidie
S’en venaient en rampant allumer l’incendie,
Nous écartions, depuis cinq jours, chaque danger.
Le chef des assaillants dépêche un messager
Auprès d’autres guerriers qui viennent en grand [nombre,
Au moins cinq cents, riant de notre espoir qui sombre. Les alliés hurons soudain sont pris de peur.
Fuyant et désertant le poste de l’honneur, + Presque tous vont chercher le repos du transfuge : Dans le camp iroquois qui leur sert de refuge. À
A} — Je vous maudis, 6 SOMPagnons qui nous fuyez, | Crie Annahotaha, vieux chef, à ses guerriers, — # Soldats, tirez sur les fuyards que la peur dompte. — | Et, se pressant le front, il s’écrie avec honte : “ Trente des miens ont fui, révélant que les preux, Qui défendent ce fort et qu’on croyait nombreux,
SE ETS fins
Ne sont que vingt en nombre et cent par le courage! Aussi les Iroquois frémissent-ils de rage,
Eux dont tant de guerriers jonchent déjà ces bords. Mais je reste avec vous, Dollard, jusqu’à la mort.”
Dollard lui dit : “ I] s’est toujours trouvé des traîtres. Sois heureux d’être, toi, digne de tes ancêtres.” S’adressant aux soldats: “ Soldats, proche est la fin. Mieux vaut mourir tués que de soif et de faim. À Les cris des Iroquois annoncent la bataille. 4 Si nous n’avons le Pain nous aurons la mitraille. Brave Mitiwemeg, brave Annahotaha,
Fidèles Algonquins, héroïques soldats,
‘ th nad ner juien rate donnee CRE pe :
“ Du
CSA
Vous avez combattu d’une façon superbe, Ce soir, chez le Bon Dieu, nous dînerons sur l’herbe. Nous ; boirons ensemble au salut du pays
Et nous y mangerons la perdrix des taillis,” Imaginant des boucliers faits de troncs d’arbre,
Liés ensemble et durs comme des murs de ma :bre, Les guerriers ennemis montent de toutes parts Hurlant et rugissant comme des léopards,
Et l’on entend leur chef chanter : : “Dieu de la guerre, Fils du Grand Manitou que nos pères naguère
Ont invoqué dans les combats, nous ti invoquons. C’est en ton nom, Dieu Fort, que nous les attaquons. Sois avee nous. Pitié pour la race iroquoise
Qui veut chasser du sol le blane qui le déboise.
Nous vous invoquons tous, bons et mauvais esprits, Tous ceux qui, comme nous, combattent J ésus-Christ, Nous vous en supplions, donnez-nous la victoire,
Et nous irons chanter chez nous des chants de gloire.” - “Mes amis, dit Dollard, non tout n’est pas perdu. Ce dernier mouvement était inattendu.
Il met nos ennemis au pied des palissades
En un groupe propice aux grandes mitraillades.