ACTE DEUXIÈME
Tout ce bruit des passants... la musique, peut-être. Parfois le corps s’affaisse et l’esprit n’est plus maître... C’est comme l’autre jour...
(Montrant la maison de Uosaura.)
Dans la fête — là-bas...
N’y pensons plus.
FERNAND
Comment n’y penserais-je pas,
Quand je voudrais vous voir, rayonnante et sereine. Porter la joie au front — comme un bandeau de reine!
LAURA, souriant.
Quoi ! mon sort vous occupe, et vous en gémissez,
Depuis dix jours au plus que vous me connaissez?
FERNAND
Que parlez-vous du temps? Je vous connais, madame,
Du jour où quelque chose a frémi dans mon âme,
Depuis que, tout enfant, j’ai rêvé dans les bois,
Depuis que les oiseaux ont de charmantes voix,
Depuis que j’aime, aux cieux, la splendeur des étoiles! Car le songe indécis m’est apparu sans voiles.
Et Dieu permet enfin que je retrouve en vous,
Tout ce qu’il a fait grand, irrésistible et doux !
Qu’un ennui vous accable, ou qu’un espoir vous vienne. Votre âme a, désormais, son écho dans la mienne,
Et le sort nous attache avec tant de rigueur Qu’une ombre sur vos yeux fait la nuit dans mon cœur!... Diles-moi donc le sens caché — la cause vraie De ces abattements dont mon esprit s’effraie,
Afin que — saclrant tout — je découvre un moyen,
Dût y rester ma vie!.,.
LAURA
Oh ! vous n’y pouvez rien !
FERNAND, avec feu.
Moi, madame?
DOLORÈS
LAURA
Et d’ailleurs, est-ce bien votre rôle De venir, sous ma croix, mettre ainsi votre épaule? N’oubliez- vous pas trop — je le dis sans détour,
Au pied de quel balcon vous me parlez d’amour?
Le marquis en arrive à des fanfaronnades.
Et le bruit éclatant que font ses sérénades Devrait troubler votre ûme, et vous occuper mieux Qu’un ennui passager qui flotte sur mes yeux!
FERNAND) désespéré.
C’est une cruauté de m’en parler vous-méme,
Quand vous savez, madame, à quel point je vous aime, Et que je tâtonnais dans l’ombre, auparavant!
Et que votre regard fut le soleil levant!...
A quoi bon me roidir contre ma destinée?
Dolorès, ce n’est plus la vierge abandonnée !
Moi, l’obtenir? — Elle est trop riche pour cela!
LAURA
Vous la céderez donc au marquis d’Avila?
FERNAND
De quel droit voulez-vous qu’un soldat la réclame?
LAURA
Avez-vous seulement essayé ?
FERNAND
Non, madame!
LAURA
J’aurais cru, cependant, que par orgueil blessé...
(Mouvement de Fernand.)
Par amour-propre, au moins — vous n’auriez pas laissé D’Avila vous la prendre, et vous barrer la route!...
FERNAND , impatienté.
Que nous fait d’Avila, madame !
, LAURA
Rien, sans doute...
Pourtant...