‹ Dolores drame en trois actesChapitre 36 sur 39 · LE MAGASIN THEATRAL · texte numérisé non relu

LE MAGASIN THEATRAL

notre amour est toute la vie, une femme dont l'enfant lui demandera son père et à qui la veuve répondra: Ton père est mort..

ARTHUR. Je ne comprends pas, monsieur... ,

fera \> n. 01. ! vous savez bien que ce n’est pas de moi , mais de vous qu'il s’agit.... car moi , je n’ai ni mère , ni vieux père, personne à qui ma vie soit précieuse, aussi n’esl-ce pas pour moi que je crains la mort, mais pour vous, monsieur...

ARTHUR. Pour moi! voilà qui est

étrange. . .

FERNAND. Oui , pour vous , qui laissrrez en mourant plus qu’une pauvre veuve, plus qu’un enfant orplielin ; mais une maîtresse déshonorée, et sans espoir de réparation... une femme dont 1 enfant ne pourra plus recevoir en naissant que le nom flétri d’une mère flétrie elle-mcmc...

Songez-y bien... une veuve trouve dans les respects , les consolations de ceux qui l’entourent, la force de supporter sa douleur... Son enfant peut grandir à l’ombre du nom de son père... mais Dolores, mais votre enfant, monsieur...

Arthur. Oh ! j’y ai songé aussi ; et tout puissans qu’ils soient , ces motifs n’arrêteront pas mon bras et ne me feront pas trembler.

Fernand. Et je vous dis, moi, que ce ton d'assurance ne me trompe pas ; car vous m’avez compris lorsque j'ai parlé de votre enfant , de son avenir ; je vous dis qu’après une mauvaise action , après un crime, on se raidit contre sa conscience , qu’on cherche à étouffer, et l’on se présente l'air calme et le front haut ; je vous dis que votre courage est vrai peut-être , mais qu’il y a quelque chose qui fait trembler les plus forts courages... c’est le remords, et en ce moment vous avez beau faire, moi je vous dis quevous tremblez...

Arthur. Assez... Vous ne savez pas qu’il y a danger à me parler ainsi... vous ne savez pas que cette femme que j’avais séduite d’abord, je l’ai aimée, adorée plus taid.. . et qu'il faut que je sois seul à posséder sou amour... partons, Partons, monsieur...

FERNAND, lui saisissant la main. Nous ne nous battrons pas...

Arthur. Qu’entends-je?.. Mais voulezvous donc, en retardant le combat , défier ma fureur, la pousser jusqu'à la rage... oh!

je vous jure...

FERNAND, froidement. Je vous jure que

nous ne nous battrons pas .. calmez-vous donc et écoutez-moi... Quand j’ai appris votre conduite à Dolores, quand j'ai souhaité qu'il ne fût plus possible qu’elle vous aimât, j’ignorais le fatal mystère qui vous unit. J’aime Dolores, moi; mais c'est pour elle que je l’aime. Si nus révélations ont tué ses dernières espérances.... qu’elle avait mises en vous , je veux racheter le mal que j'ai fait, et je ne veux pas m’exposer à mourir sans avoir tenté d’abord de la rendre au bonheur...

Arthur. La rendre au bonheur, ditesvous?.. oh! monsieur, s’il en reste quel— qu’espoir, ma fortune, ma vie, mon honneur, je donnerai tout pour sauver Dolores...

FERNAND, ôtant de son doigt l'anneau de tord Dudley. Du calme , c’est tout ce que je vous demande.Tenez, reconnaissez-vous ces armes?

Arthur. Je les reconnais...

Fernand. Dans un iustant Dolores sera ici : gardez-vous de m'interrompre, de me démentir , et si vous étiez tenté de le faire, que cet anneau à votre doigt vous rappelle le souvenir d’une première faute, et l'obligation d’en réparer une seconde.

(// lui passe lalaguc aueloigt.) Elle vient... songez, monsieur, qu'il faut sauver la mcrc de votre enfant...

( Dolores entre et reste immobile en le* voyant ton» deux.)

Page 1