‹ Dom Jean MabillonChapitre 14 sur 40 · I 2. LES NEVEUX DE MABILLON · texte numérisé non relu

I 2. LES NEVEUX DE MABILLON

Les documents sur la famille de dom Mabillon ne peuvent avoir qu'un intérêt tout local et sont d'ailleurs incomplets, car on ne possède à Saint-Pierremont les registres de l'état civil qu'à partir de Novembre 1655 (1). Les papiers de Saint-Remy et de Saint -Denys conservés aux Archives de Reims ainsi que d'anciennes minutes de notaires, offrent quelques mentions intéressantes : en 1549, Thierry Mabillon, procureur du prieur de Grandpré pour le domaine de Sain^Pierremont ; — en 1564, Jehan Mabillon, marchand à Grandpré; — en 1611, Noël Mabillon, procureur à Chémery-sur-Bar; — en 1691 , Jean Mabillon (2), marchand à Saint-

(1) Renseignement fourni par M. Sénemaud, archiviste des Ardennes.

(2) Ce Mabillon, contemporain du religieux, est le frère dont parle D. RuinartetcfuimourutàSt-PierremontenlTOO. En 1688 et 1691, il prit à bail moitié de la terre de Fontenois appartenant à la famille Lespagnol, moyennant 210 fr. par an et une paire de chapons vifs en plume (devant Dailler, notaire). Fontenoy est encore un hameau dépendant de Saint-Pierrremont.

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Pierremont. Ces pièces se complètent pat une tettre écrite en 1708 à D. Ruinart par le curé de Saint-Pierremont, ainsi que par les extraits des registres paroissiaux, précieux documents tous reproduits à V Appendice. Ils permettent d'établir queD. Mabillon eut une sœur et quatre frères, dont un seul se maria et mourut en 1700 sans postérité, mais ils ne donnent pas des renseignements précis sur la descendance collatérale. Il est probable que les personnes du nom de Mabillon, s'intitulant ses neveux et nièces^ Tétaient à la mode de Bretagne ; quoi qu'il en soit ces neveux ou proches parents ont laissé de3 traces de la sollicitude dont on les entoura.

Thierry Ruinart a signalé celui qui reçut les suprêmes avis de Mabillon mourant ; on a de lui une lettre datée de Saint-Lizier (Ariège) le 29 Juillet 1709, qui n'indique pas sa fonction. C'est évidemment à son sujet que le cardinal de Bouillon écrivait de Rouen à D. Ruinart, le 10 Janvier 1708 : « On m'a dit (le P. Mabillon) avoir un neveu ecclésiastique que je souhaite qui soit présenté à mes neveux d'Auvergne affin que dans l'occasion ou eux ou moy, puissions en la personne de ce neveu ecclésiastique, qu'on m'a affirmé avoir du mérite, recbnnoître l'incomparable mérite de son digne et saint oncle (1). »

Maurice Le Tel lier ne se piquait pas d'une moindre générosité vis-à-vis des jeunes Mabillon étudiants à Reims. D. Fossart en témoigna

(1) Bibl. Nat., Français, 19639, f» 211, 44, 110.

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dans une lettre à D. Ruinart où il raconte : « Je me trouvé le jour de S** Cécile au séminaire de Reims pour aller dire adieu à Mons' l'Archevêque qui partoit le lendemain pour Paris; come il étoit sur le point de monter en carosse pour retourner du séminaire où il avoit dîné à son palais y il fit venir les 3 fr. Mabillon et en présence de toute l'assemblée, il demanda à M. Rogier pour lors supérieur du séminaire s'il étoit content de leur conduite, il leur dit de suitte : continuez à bien faire, jaurai soin de vous et rien ne vous manquera , et cela en considération du P. Mabillon que j'estime et que je respecte jusqu'à la vénération. »

L'un de ces frères, Etienne Mabillon fut curé de Saulces-Champenoises de 1703 à 1750; sa sœur, Françoise Mabillon, s'y maria et devint la tige d'une descendance où se conserve encore avec un pieux respect le souvenir du bénédictin ; Tun de ses membres fut le respectable M. Bénard, aussi curé de Saulces qu'il évangélisa durant la persécution et édifia jusqu'à sa mort en 1843. On lit dans les notes de M. Le Tellier^ dont M. Tourneur possède la copie, cette mention : € Saint Crespin de Saulx-Champenoisey à la présentation de mon chapitre visité mercredy 26 may 1688. M* Jean Chopin de Coulommes; je l'ai fait doyen en 1669. C'est un des meilleurs du diocèse. En 1703 je lui ai donné la cure de Montmarin. Et le 29 Nov. 1703, sur sa démission, j'ai pourvu de celle-ci M* Etienne Mabillon^ prêtre de mon diocèse. Le 19 octobre 1707. C'est un sujet passable. »

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L'autre protégé de Maurice Le Tellier, Jean Mabillon , fut curé de Thibie , puis de Louvemont au diocèse de Châlons; il résigna en 1726 sa cure de Thibie au profit de son allié Ponce Taulot de Buzancy, et resta longtemps dans sa nouvelle paroisse, car les archives de Saint- Remy signalent en 1737, Af« Mabilloiiy curé de Louvemont (1). L'autorité diocésaine manifesta des égards pour les parents du savant religieux, mais lui-même ne paraît pas en avoir jamais sollicité, témoin ce billet qu'il reçut de Maurice Le Tellier : € Vendredy dernier, en tonsurant plusieurs jeunes gens de mon diocèse, j'en vis deux qui portent votre nom; je vous prie de me mander sils sont vos parens et à quel degré, et si vous les connaissez. S'ils vous appartiennent , et si vous les aimez comme on m'en a assuré, je veux avoir soin de leur éducation et de leur petite fortune. Je vous embrasse de tout mon cœur. L'archevêque-duc de Reims (2).»

Les œuvres de Mabillon , la plupart écrites en latin , se répandirent surtout dans les abbayes; mais il résulte de renseignements recueillis sur les lieux qu'un certain nombre de ses ouvrages français se transmirent dans sa famille. M. Gautier (3), instituteur à Sommauthe,

(1) 1737. OuTrages faits au chœur et cancel de^l'église de Humbecourt près Louvemont à la diligence de M* Mabillon, curé de Louvemont. Arch. de S. Remy. Liasse 124.

(2) Texte copié à la page 331 de VHist, de Mabillon par Ghavin de Malan. (mss., P.)

(3) Lettres du 23 mars 1878 et du 27 avril suivant, dans lesquelles M. Gautier a bien voulu me fournir les renseignements les plus précis d'après les traditions de sa liimille.

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possède un exemplaire de la Mort Chrétienne portant la série des noms de ses possesseurs sucœssifs : « Ex libris Claudius Mabillon, — 17 15 y Jeanne-Catherine Mabillon^ — ce livre ap^ partient à moi Marguerite MabiLlon^ — Claude Mabillon et Jeanne Taulotpère et mère de ladite Marguerite Mabillon^ — Jean-Baptiste Rozé^Jih de Joseph Rozé et de Magdeleine Mabillon, nièce du père Mabillon^ 1764. » D'autres livres, transmis dans les partages comme des souvenirs précieux, seraient en la possession d'une branche de descendants habitant la Berlière.

C'est aussi par héritage qu'une dame de Verrières (1) (canton du Chesne) conserve un portrait sur toile de dom Mabillon , désigné dans sa famille de temps immémorial sous le nom de portrait de « Tonde Mabillon » . Cette toile a 0">72 de hauteur sur Qn^ôO de largeur; le bénédictin y est représenté de grandeur naturelle, en buste et presque de face ; il est assis devant une table sur laquelle se trouvent une écritoire, une plume et des livres; la main gauche tient un autre livre posé sur la table. Le fond du tableau oflFre une bibliothèque garnie de forts volumes, et au bas sur le devant se trouvent trois feuilles de papier sur lesquelles on lit des inscriptions.

(1) Madame Veuve Corda-Saudé, dont la bisaïeule, Marie -Mgdelaine Mabillon, nièce de Dom Mabillon, habitait Buzancy en 1764. — L'une des filles de M.^^ 8audé a épousé M. Gautier, instituteur à Sommauthe; une autre, en religion sœur Cilinie, est une des religieuses de THôpital de Saint-Marcoul de Reims. Cette maison peut donc être fière de posséder , pour y soigner les malades, une arrière-petite-nièce du grand Mabillon.

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L'une donne les dates de la vie de Ajiabiilon^ l'autre reproduit le quatrain cité plus haut qui se lit au bas de la gravure de Desrochers. Il ressort avec évidence de cette dernière mention que la peinture a été exécutée après la mort de Mabillon d'après le portrait gravé ; la toile ne porte aucune signature, mais sans être une œuvre d'art de premier ordre, elle a le mérite d'un travail fort soigné, qui pourrait peut-être avoir été exécutée dans la première moitié du xvni* siècle par un peintre de Reims (1).

i 3. SENTIMENTS DE VÉNÉRATION CONSERVÉS JUSQUA NOS JOURS.

La mémoire de dom Mabillon fut célèbre au dernier siècle dans toute la Champagne, nonseulement dans les abbayes bénédictines, mais chez tous les lettrés ou les historiens. Hedoin de Pons-Ludon lui a consacré quelques vers dans son Essai sur les Grands Hommes d'une partie de la Champagne (2) :

« Cura Mabillonii fuerat curîosa Tetustas, Cura MabiUonius posteritatis erit. »

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