PREMIERE PARTIE
Jeunesse et profession religieuse.
Famille de Mabillon, sa naissance, son éducation. — L'Université de Reims, le collège des Bons Enfans, le Séminaire. — Son attachement aux églises et aux traditions rémoises. — Son noviciat à Saint-Remy, sa profession. — Séjour à Nogent, à Corbie, à Saint-Denys. — Arrivée à Saint-Germain-des-Prés : son genre de vie, ses collaborateurs.
g 1. FAMILLE ET NAISSANCE
La Bibliothèque de Reims possède un des registres matricules (1), sur lesquels la Congrégation de Saint-Maur consignait les grandes dates de la vie de ses moines ; voici la mention consacrée à dom Mabillon : « N« 1532. Sa patrie^ le Mont Saint-Pierre (2) ; son diocèse^ Reims ; sa
(1) Msitricala. monachorumprofessorumCongregationîaS. Mauri, In-fol., Paris, 1669, p. 154.
(2) Mons Sancti Pétri est incontestablement Saint-Pierremont au diocèse de Reims. Cependant dom Massuet a placé ce village à deux
profession^ à Saint-Remy, le 7 Septembre 1654; sa morty le 27 Décembre 1707, au monastère de Saint-Germain-des-Prés. » L'existence de Tun des plus illustres savants français se résume donc en deux périodes : celle de son éducation au foyer de la famille et à l'université, celle de sa vie religieuse, qui commença àrâgede22anset se termina avec son dernier soupir à l'âge de 75 ans. Ces 53 années, paisiblement écoulées à l'ombre des cloîtres, ont valu à la postérité d'impérissables ouvrages, dignes de figurer parmi les meilleurs qu'ait produits le génie humain Sans rien emprunter à l'éclat des dignités d'icibas, plus grand encore par ses vertus que par son érudition, dom Mabillon fut l'un des plus utiles grands hommes du xvn« siècle.
Le plus précieux document que nous ayons sur sa Vie est le livre français composé par dom Thierry Ruinart, à la demande du duc de Perth et de tous les amis du saint bénédictin Ce récit intime sur l'existence de celui qu'il appelait son père et son maître, est rempli de naïfs détails, de confidences personnelles aussi affectueuses que véridiques. Il ressort de ces pages écrites sur le vif et touchantes dans leur simplicité, un charme qui émeut davantage que le style pompeux des éloges. Aussi, pour mieux.
lieues de Pont-à-Mousson en Lorraine, dans la Vie de Mabillon mise à la lôte du Tome V des Annalea de l'Ordre de Saint-Benoît. Cette méprise a été copiée par dom de Vie dans sa traduction latine de la Vie de Mabillon écrite en français par dom Ruinart. M. de la Barre, de TAcad. des Inscriptions, est aussi tombé dans la même faute dans la nouvelle édition des Analectes qu'il a publiée en 1723,
peindre Mabillon, est-il bon de citer souvent le chroniqueur dans son texte original (1).
< Dom Jean Mabillon vint au monde le 23* jour de Novenabre 1632, au diocèse de Reims en Champagne. Le lieu de sa naissance, appelé Sainct Pierremont (2), est situé à deux lieues de Mouzon sur Meuse, entre Tabbaye de Belval et la célèbre Chartreuse du Mont-Dieu. II fut baptisé le 25'' du même mois, et il y a lieu de croire qu'il a conservé jusqu'à la mort l'innocence qu'il a reçue dans ce sacrement.
< Ses parens appelez Estienne Mabillon et Jeanne Guérin , nez d'honnêtes familles, n'ont rien eu selon le monde qui les y ait beaucoup distinguez ; leur plus grande gloire est d'y avoir donné un fils si illustre , et d'avoir eu un soin particulier de l'élever chrétiennement. Il se souvenoit souvent des instructions qu'il avoit reçues de sa bonne mère, mais elle mourut assez jeune. Son grand-père avoit vécu 116 ans; et son père en a vécu environ 108 ; je l'ay vu à l'âge de 105 ans encore vigoureux, avec un jugement sain et entier : la pluspart néanmoins de ses enfans moururent jeunes , et de plusieurs qu'il eût, il ne resta que le Père Mabillon, et un autre frère, qui après avoir mené une vie trèschrétienne, mourut dans de grands sentiments de piété, âgé d'environ cinquante ans ; vraie
(1) L^ouvrage du rémois D. Ruinart sur Mabillon est un vol. in-i2 de 436 pages, qui parut en 1709. Il fut traduit en latin et l'édit. franc. est devenue très-rare. (Voir à V Appendice les pièces justificatives).
(2) Ce village, de 413 habit., est situé à 8 kil. de Busancy et à 23 kil. de Vouziers.
1^ t>OM MABILLQN.
copie en douceur et en innocence de mœurs de dom Jean Mabillon (1). »
On peut facilement se représenter l'intérieur de cette famille patriarcale : c La maison de Mabillon existe encore telle qu'elle était il y a deux siècles, à quelques pas de l'église. Elle doit sa conservation à la simplicité et à la solidité de sa construction. De gros moellons irrégulièrement placés forment une façade étroite sur la rue ; trois chambres contiguës mènent à un petit jardin. Il suffit de jeter un coup d'œil dedans pour juger que rien n'a été changé depuis le temps de Mabillon ; cette maison a bien l'aspect d'une habitation du commencement du xvn* siècle, avec ses petites ouvertures, sa grande cheminée et sa plaque de fonte qui porte le cachet de son époque. Le plancher en chêne épais lutte encore contre la vétusté, et cette chétive maison semble vouloir participer à l'immortalité de celui qu'elle a abrité pendant quinze ans (2). »