‹ Dom Jean MabillonChapitre 6 sur 40 · LA VIEILLESSE ET LA MORT · texte numérisé non relu

LA VIEILLESSE ET LA MORT

Au moment où la vie de saint Bernard allait couronner ce qu'on peut appeler Tâge héroïque des Annales Bénédictines ^ Térudit auteur s'affaiblit de plus en plus. Malgré la vigueur native de son tempérament y il avait subi beaucoup de maladies occasionnées par la ferveur de sa régularité et l'assiduité de son travail, c A la suite de ses violentes douleurs de teste, on se crut obligé, raconte D. Ruinart, de lui ouvrir une artère à la temple pour le soulager, que Ton eut bien de la peine à refermer. Après s'en être guéri, il souffrit de maux de poitrine pour lesquels on l'envoya deux fois aux eaux de Bourbon. Avec la vieillesse lui survinrent des pleurésies accompagnées de fièvres très-fortes, qui le réduisirent souvent à l'extrémité. Il fallut alors lui faire accommoder une petite chambre hors du dortoir commun pour lui faire du feu. Mais cela ne l'empêchoit pas de retourner tous les soirs dans sa cellule ; ne voulant pas se séparer de la communauté , ni se mettre en état de perdre aucun exercice de la régularité. Sur la fin de sa vie, il devint sujet à des battemens de cœur si violens, qu'il en a quelque fois pensé mourir dans la force de l'accez (1). » La patience et la résignation de Mabillon surpassaient toutes ses douleurs ; il s'appliqua tellement à se consoler de ses maux par la lecture de l'Ecriture sainte^

(1) D. Rttinart, p. 249.

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qu'il composa, sur la Mort chrétienne y un Recueil admirable de piété et d'élévation d'âme. Lorsqu'il s'en fut servi pour son usage particulier, il dut le publier à la sollicitation de la reine d'Angleterre, veuve de Jacques IL Après avoir vécu, travaillé et souffert en Dieu, Jean Mabillon eut à subir une cruelle maladie de quatre semaines avant d'entrer dans l'éternel repos.

« Le premier jour de Décembre 1707, le Père Mabillon se leva de grand matin selon sa coutume et partit sur les six heures du matin pour aller à l'Abbaye de Chelles , éloignée d'environ quatre lieues de Paris. Il n'étoit pas encore hors de la ville lorsqu'il commença à se ressentir d'une rétention d'urine. Il est difficile d'exprimer ce qu'il souffrit et par la violence du mal et par la fatigue du voïage, qu'il fut obligé de faire tout entier à pieds par un temps assez fâcheux. Arrivé à Chelles, il ne s'y trouva personne qui pût apporter de remède convenable à son mal ; à la violence de ses douleurs, il jugea que cette maladie seroit celle qui termineroit sa vie. > Dom Ruinart accourut à son chevet et voulut consoler son vieux maître : « iVi?c timeo mort, lui répondit celui-ci, quonram bonum Dominum habemus : Je ne crains point la mort parce que notre Dieu est bon. > Le jour de la Conception de Notre-Dame^ Mabillon fut ramené de Chelles à Saint-Germain-des-Prés, dans la litière du Cardinal d'Estrées, alors Abbé du monastère, plein d'égards pour l'illustre érudit. On s'empressa autour de lui ; les soins les plus actifs lui furent

prodigués, et Ton comprit, au concours de visiteurs sollicitant de ses nouvelles , la place immense qu'il occupait dans Paris.

La mort de Mabillon, telle que Ta décrite Dom Ruinart (1) avec une piété toute filiale, forme une lecture des plus édifiantes qui se puissent rencontrer : on retrouve les vertus des plus saints moines du moyen-âge dans cette fin terrestre du plus savant moine du xvii* siècle. Malgré la fièvre qui survint, suivie des plus atroces souffrances, le malade jouit de la plus admirable tranquillité d'âme ; il eut à subir les cruelles opérations de la sonde et répandit le sang à flots, ce qui fit dire qu'il souffrit le martyre en son lit, martyrium in lecio. La veille de sa mort, un religieux lui dit pour le consoler : Mon Révérend Père, vous devez avoir bien de la confiance j après avoir si bien servi V Eglise ; il reçut cette réponse : Humilité^ Humilité^ Humilité! aussi, le mourant répétait sans cesse la prière du publicain : Propitius esto mihi peceatori. Liturgiste jusqu'à son dernier soupir, il commenta, en les appliquant à son état, les antiennes des de l'A vent, que l'on chantait alors en grande solennité : O Sapientiay veni ad docendum nos!,.,. O clavis David^ veni et educ vinctum de domo carcerisf Ce lui fut une dernière joie de ne point mettre l'Abbaye en deuil pour la solennité de Noël ; mais quand on lui annonça la fête du surlendemain, il s'écria avec

(1) Vie de Mabillon, p. 325 à 409. — V. p. 257 de l'Appendice, une lettre de D. Coustant à D. Martène.

transport : Ha grand saint Jean! laissant entendre que sa fin était venue; il s'éteignit en effet après les secondes vêpres, en récitant le cantique des Laudes : Benedicite omnia opéra Domini

Domino et ses lèvres murmuraient encore

les textes sacrés quand sa voix était éteinte.

C'est ainsi qu'après avoir reçu tous les secours de l'Eglise et consolé lui-même ses frères, dom Mabillon mourut saintement le jour de la fête de son patron saint Jean l'Evangéliste» 27 Décembre 1707, avant cinq heures du soir, lorsqu'il commençait depuis un mois et quatre jours la 76* année de son âge.

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