ŒUVRES DE DOM MABILLON
« Aujourd'hui , en présence de nos travaux hâtifs et de tant de monuments qui croulent avant que d'être achevés, nous comprenons mieux, parle sentiment même de notre impuissance, tout ce qu'il y avait dans les Bénédictins d'abnégation, de courage persévérant, de simplicité modeste. Comme le chant perpétuel, la laus peréunis des premiers âges chrétiens, le travail ne s'interrompait jamais sous les cloîtres de la Congrégation de Saint-Maur (1) ; » la mort ellemême ne savait le ralentir, car une génération nouvelle était toujours là pour succéder à la génération qui déclinait. Chacun poursuivait son labeur avec calme, avec sérénité, sans fièvre ni passion. Chacun travaillait pour tous, à l'abri des orages^ sous les lambris sculptés de ces vastes
(1) Mabillonf les Bénédictins Français et la cour de Rome u XVII* siècle. — Article de M. Ch. Louandre, Revue des Detuc- }iondes, !•' janvier 1847, p. 325 à 344.
84 DOM MABILLOM.
bibliothèques, dont les rayons dépouillés nous inspirent encore tant de respect. L'œuvre de la veille, devenue l'œuvre du lendemain, se complétait et se perfectionnait par un concours réciproque, sans que personne eût à abdiquer sa personnalité.
Ainsi en fut-il de Mabillon, qui signa tous ses ouvrages alors que ses confrères y partici*pèrent , et qui participa lui-même aux autres monuments de l'érudition bénédictine. La charité rendait communs tous les fardeaux et savait effacer les dissentiments ou les rivalités si fatales aux entreprises littéraires. Pour mieux marquer le désintéressement de ses travaux, Mabillon avait coutume de porter sur l'autel les premières pages de chaque nouveau livre comme prémices dues à Dieu seul. Mais au-dessus de tous les efforts de la science, Mabillon plaçait l'amour de la vérité, qu'il faisait respecter, lui si doux d'habitude, avec une indomptable énergie : € Quoi, disait-il à propos de saints étrangers à l'Ordre dont le culte semblait cher à quelques-uns de ses confrères, on voudroit séparer la piété d'avec la vérité? Peut-il donc y avoir contre la vérité une piété véritable et sincère? On veut que je ne dise que les choses avantageuses. Mais cela est contre l'amour de la vérité dont les religieux doivent faire profession en suivant Jésus-Christ, la Vérité même ; cela est contre la sincérité que les personnes du dehors attendent de nous; cela est contre l'humilité et la modestie qui conviennent à notre état. Il n'y a rien de si préjudiciable à une histoire.
8BS GBUVBBS. 85
que d'y faire paroitre de la partialité : car pour ors le vrai n*y est plus croïable; et les adversaires, sous prétexte de quelques endroits où on s'est flatté, croient être en droit de tout rejetter, même les choses les plus sûres (1). » Avec cette hauteur de vues, jointe à une humilité qui sut confesser et corriger ses fautes, doit-on s"'étonner si Mabillon est resté pour les historiens le type de la droiture? Ce trait distinctifdeson caractère apparaît plus clairement à mesure qu'on approfondit ses ouvrages.
Si le fonds des œuvres de Mabillon recèle tant de véracité, leur forme n'en est pas moins bien appropriée à leur objet. Tous les grands ouvrages d'érudition, les Actes des Saints^ les Annales, la Diplomatique^ sont écrits dans ce beau latin, qui était encore la vraie langue internationale des savants : le style en est sobre, très-pur et sans nulle prétention à Tejffet ; < Mabillon manque en général de mouvement et de saillie dans son récit ; sa solide érudition est comme un poids qui lui pèse et le gêne ; sa marche est un peu lourde : c'est celle du chevalier bardé de fer. Au reste, il semble dédaigner toute manière, toute afféterie, toute recherche d'esprit, et sa composition ne paraît pas lui coûter le moindre efifort (2). »
(1) D. Ruinart , p. 62 et 63. Ce franc et hardi langage, tenu à rencontre de D. Bastide et de D. Mège, fut accepté au Chapitre général. Il suffirait à lui seul pour venger Mabillon du rôle complaisant que la calomnie lui attribua dans l'affaire des papiers de la maison d'Auvergne.
(2) Hi8t, de VAbbé de Rancé par M. l'abbé Dubois, in-8, T. II, p. 293.
On retrouve ces qualités littéraires dans les traités écrits en français : La Mort chrétienne^ le Traité des Etudes Monastiques et les Ré^ JlexionSj les polémiques sur les Prisons^ V Auteur de V Imitation et les Origines des chanoines réguliers. Le ton est plus vif, mais le style est également clair et limpide : Mabillon se sert de sa langue natale, selon l'expression de Fénelon^ comme un homme modeste de son habit, pour se vêtir et non pour se parer. Au fond comme dans la forme» tout ce qui est sorti de la plume de notre bénédictin respire une politesse , une douceur^ un amour de la paix, une simplicité touchante qui lui concilie les esprits et les cœurs. Ce sont là les qualités caractéristiques du vrai talent, les mœurs littéraires des grands écrivains.
Les travaux de Mabillon sont immenses; leur nomenclature, accompagnée de brèves analyses, occupe 50 pages in-4* de V Histoire littéraire de la Congrégation de Saint- Maur (1). La plupart de ses écrits de polémique ayant été indiqués dans le récit de sa vie, il suffira de décrire ici les grandes œuvres qui ont survécu depuis deux siècles et assurent l'immortalité de sa mémoire.
Bdition de Saint Bernard.
Sancti Bernardi Abbatis primi Clareoallensis opéra omnia^ post Horstium denuo recognita, aucta^ et in m^liorem ordinem digesta^ necnon
(1) P. 220 à 270 de la savante compilation de D. Tassin.
8BS OEUVRES. 87
noois prœfationibuSy noti$ et observationibuSy mdieibusque copiosissimîs locupletata et illustrata. Parisiis , apud Fredericum Léonard^ 1667. 2 vol. in-folio et 9 vol^ in-S^.
Une seconde édition (1), dédiée à Alexandre VIII, parut en 1690. 2 vol. in-folio, Paris^ Coignard.
Les œuvres de ce Père de l'Eglise, particulièrement cher à Mabillon, furent publiées avec une promptitude remarquable et obtinrent un grand succès. L'éditeur les divisa par la nature des matières^ en épura le texte sur les manuscrits^ retrancha les pièces fausses ou suspectes et éclaircit Tensemble par des annotations. Il plaça en tête de chaque tome de curieuses préfaces et les compléta par des tables historiques. < Mabillon fit paraître, dit M. Dupin, tant d'exactitude, de pénétration, de jugement et d'érudition dans ce premier ouvrage, que les connoisseurs jugèrent qu'ils tiendroit un rang considérable parmi les savants de son siècle (2). »
En 1701, Mabillon compléta ses travaux sur saint Bernard par une nouvelle édition des cinq Livres de la Considération (3). Cet ouvrage^ dédié à Clément XI, fut reçu à Rome avec la plus grande faveur et valut à son auteur un Bref de reconnaissance.
(1) Une autre édition parut plus tard encore , sous ce titre : Les Lettres de 8. Bernard ai?cc les Notes d'Horstiua et de Dom Mabil» Ion, trad. par H. de Villéforce. 2 vol. in-8% Paris, Nully, 1715. Se trouYe à la Bîbl. de Reims (Théol. n* 905). — Les frères Gaume ont donné en 1835 une belle édition de St Bernard d'après Mabillon en 2 Yol. in-4* formant 4 tomes.
(2) D. Tassin, p. 220.
(3) Sancti Bemardi de <k)naideratione Libri V. ad Eugenium ///. P. JU88U démentis Xî, P. M. Parisiis, 1701, in-a*.
y^ oox luaaum»
lia Diploiiiatiqne.
De lie Drplomatica Libri V/, în quitus qvid' quid ad veterum înstrumentorum antiquitaterriy mateHam, scripturam et stilum ; quidquid ad sigilUiy monogrammata , subscriptioneSy ac notas chronologicas ; quidquid inde ad antiquariam^ historicamjforensemque disciplinant pertinet, explicatur et illustratur, Accedunt : commentarius de antiquis regum Francorum palatiis. — Veterum scripturarum varia specimina tabulis LX comprehensa. — Nova ducentorum et amplius monumentorum collectio. — Opéra et studio Domni Johannis Mabillon^ presbyteri ac monachi Ordinis Sancti Benedicti e congregatione Sancti Mauri,
1 vol. in-folio, Luteciœ Parisiorum y sumtibus viduœ Lud. Billaine , in palatio Regio^ 1681. — Cum privilegio Régis et superiorum permissuy 634 pages et Index.
Un supplément fut joint par Mabillon en 1704 : Librorum de Re Diplomatica supplementum in i/uo archetypa in his libris pro regulis proposita^ ipsœque regulœ denuo eonjlrmantur, novis que speciminibus etargumentis efferunturet Ulustrantur^ opéra et studio Domni Johannis Mabillon,
1 vol. in-foL Paris. RobusteL 1704, 116 pages. Une nouvelle édition de la Diplomatique (l) y pré- Ci) II parut de 1750 à 1765 le Nouveau TraiU de Diplomatique par DD. Tassin et Toastain. 6 vol. in-4*. Paris, Deaprez. — La préface de ces auteurs rend hommage au travail de Mabillon dont ils déclarent être les humbles et reconuaisiants contimiatears.
SES GBUVBES.
parée par Mabillon fut éditée par D. Ruinart, in-folio, Robustel, 1709. Enfin Touvrage reparut à Naples en 2 vol. in-fol. avec cette mention : Tertia atque nova editio dissertattonibus vario^ rum locupletata notisque nuncprimum inlustrata a Marchione Bumbae Johanne AdtmarL — Neapoli^ ex typ. Vincentii Ursiniy 1789 j Prœsidibus adprobantibus. Le Vésuve en vignette..
L'énoncé exact du titre de ce magnifique ouvrage, le chef-d'œuvre de Mabillon, dispense d'un commentaire approfondi, ha Diplomatique y qui est la science et l'art de distinguer les véritables titres de ceux qui peuvent avoir été altérés, contrefaits ou imités, devint dans ce volume une science soumise à des règles, réduite à des principes jusqu'alors inconnus (1). Il en résulta un profit immense pour la sécurité de l'histoire et pour celle de toutes les institutions reposant sur des Chartes.
L'ouvrage est admirablement imprimé, embelli de vignettes et de planches gravées avec un soin extrême. Le frontispice représente les figures allégoriques de la Critique et de la Science historique, travaillant au milieu d'une bibliothèque ; dans un angle se tient Mabillon sous les traits de saint Jean son patron ; au bas se lit la devise : veri justique scientia vindex. La dédicace est précédée d^une ravissante composition en l'honneur de Colbert : au centre la couleuvre (coluber) supportée par la licorne et le chien ; à droite et à gauche des génies appor-
(1) Biograph. ardenn. T. H, p. 160. — Voir sur la Diplomatique le chap. V, p. 333 à 349 de VHist de Ma5iUon par Chayin de Malan.
90 DOM MABILLOM.
tant leur tribut au grand ministre. L'épître se déroule ensuite en cinq pages d'un latin majestueux (1), expliquant la nécessité de la Diplomatique et célébrant les bienfaits du roi et de Colbert.
€ C'est ce livre, dit M. Léon Gautier, qui a créé la science diplomatique, et peu de science ont eu le bonheur d'être tout d'abord formulées avec cette supériorité. Mais ce chef-d'œuvre a le grand défaut , pour notre temps, d'être écrit en latin : les Français ne lisent plus le latin (2). » Néanmoins nous voulons ici esquisser le plan général de cette œuvre qui est plus célèbre que connue.
Dans le 1^ livre, on traite l'antiquité, la matière et l'écriture des diplômes et des chartes ; — dans le second, du style des souscriptions, des sceaux et des dates ; — dans le troisième , des vices des documents , des titres vrais, de l'usage des Notices et de l'autorité des Cartulaires ; dans le quatrième, dont la composition est attribuée à Dom Germain, il est question des palais royaux (3) des deux premières races; —
(1) « Conyolat in sinum tuam, vir illustrisftime, nostra de Re Diplomatica lucubratio, qoam tibi non ingratam fore speramus, cùm ob tuum in litteras atque artes studium et amorem, tum obargamenti ipsius novitatem. »
(2) Quelque mots »ur l'étude de la paléographie et de la d\plo* matique. In-12, Paris, 1864, p. 76. Le sayant professeur exprime ce Yoen à la page 100 : « Nous voudrions à l'Eeole des Chartes, dans la salle des cours, voir le buste de Ducange à côté de celui de Mabillon! »
(3) On y trouve des Notices intéressant nos villas : Arc» Remorum (Arches) ; Attiniacum (Attigny) ; Corbiniacum (Gorbeny) ; Diona (Dione) ; Duziacum aeu Duodedacum (Douzy) ; ErcherecuSj Erchariàcue (Ecry) ; Remense (Reims).
8E8 GEUV1IB8. 91
le cinquième livre contient les planches gravées d'écritures, de Diplômes et de Bulles; le sixième renferme 211 pièces, corollaires des Preuves, documents du plus haut intérêt.
L'admiration des savants accueillit ce monument de critique et d'érudition, qui resta le point de départ des travaux postérieurs et Tune des bases de la certitude historique (1).
On trouvera plus loin, à propos des travaux contemporains sur Mabillon, des indications sur les discussions qui précédèrent la publication de la Diplomatique. Il est maintenant établi que cet ouvrage fut composé pour répondre aux sceptiques détracteurs des documents primitifs de notre histoire nationale : le P. Papebrock s'inclina dans les termes de la plus touchante modestie devant l'œuvre du bénédictin, mais la querelle et les contradictions persistèrent. A ce sujet, M. Léopold Delisle a prononcé sur la valeur scientifique du travail de Mabillon une sentence qui en affirme le mérite actuel : t Le plus illustre des disciples de Luc d'Achery augmenta singulièrement les collections de son maître; il s'appliqua, avant tout, à dissiper les ténèbres qui enveloppaient les documents de l'histoire du moyen-âge, et dans son immortel Traité de JRe Dïplomaticdy il posa des règles qui ont résisté aux plus vives attaques et dont la vérité a été confirmée par les travaux plus modernes (2). »
(1) La part prise par Du Gange à la DipUmiaHque est affirmée par ces mots de la Préface : « Tene yero illaudatum pretermittam, eruditissime Cangi, qui hanoce lucubrationem nostram, non reçus ac tuam monitis et adhortatîonibus promoYcre satagebas
(2) Le cabinet des Mts de la Bibl Nat, m-4% 1874, T. H, p. 63.
hou MAfilLtOti.
Les Actes des Saints de r Ordre de Saint-Benoit.
Acta Sanctorum Ordinis Sancti Benedicti in sœculorum classes distributa : sœculum I quod est ab anno Ckristi D. ad DC. collegit Domnus Lucas d'Achery y ae cum eo edidit D. Joannes Mabillon qui et universum opus notiSy observationibus indicibusque necessarixs illustravit. Infol. Paris. BillainCy 1668. —Venise, 9 vol. 1733-40.
La série des 9 volumes de cet ouvrage parut en 34 ans, de 1668 à 1702. Mabillon se donna tout entier à cette glorification de ses pères dans la foi , depuis saint Benoît , saint Colomban, saint Maur jusqu'aux saints du xi« siècle où s'arrête le recueil. Pour compiler tant de chartes et de chroniques , il fallut un efifort de travail prodigieux : « Il se levoit ordinairement dès deux heures du matin, sans autre interruption que celle de Toffice et des repas ; il poussoit son application à Tétude quelquefois bien avant dans la nuit (1). » Les fruits de tant de labeurs furent goûtés des contemporains ; « on ne considérera pas à l'avenir, dit M. de Boze, les vies des saints, même des saints solitaires, comme des livres qui ne servent tout au plus qu'à exciter la piété et à animer la foi des fidèles. A cette utilité particulière, dom Mabillon a su joindre de nouveaux avantages. La chronologie réta-
(1) D. Roioart, p. 51.
d^8 otiih^Râd. 03
blie, l'histoire restituée, les différents usages des temps découverts et expliqués, les points les plus importants de la discipline ecclésiastique éelaircis et fixés sont de ce nombre (1). » De son côté , le Journal de Trévoux disait en 1708 : « On doit regarder cette collection, non comme un simple recueil de mémoires pour l'histoire monastique, mais comme un précieux amas de monumens anciens, qui, éelaircis par de savantes notes, répandent un grand jour .sur la partie la plus obscure de l'histoire ecclésiastique. Les Préfaces seules assureroient à Fauteur une gloire immortelle. Les mœurs et les usages de ce siècle ténébreux y sont recherchés avec soin et cent questions importantes discutées avec une critique exacte et solide (2). »
Un dixième volume avait été préparé par Mabillon, mais il est resté manuscrit. En 1732, on fit (3) un recueil à part des Préfaces de chaque tome sous ce titre : R. P. Domni Johannis MabiHonii Prœfationes Actis Sanctorum ordints S. Benedicti prœfixœ etc. In-é^'y Rouen; in'fol% Venise y 1760.
Parmi tant d'autres documents curieux , il faut citer ici une dissertation (4) sur le rétablissement du monastère de Mouzon le 24 août
(1) Gros de Boze, Eloge de Mabillon, Hist. de VAcad. des Ijmerip. T. I, p. 357.
(2) Journal de Trévoux, juin 1708.
(3) C'est aux Pères Hideux et du Bos qu'on doit l'édition des Pré' faeea. Elle est dédiée à M. de Pontcarré, premier président du Parlement de Normandie.
(4) T. VI, p. 356. Diasertatto de MoaomeTiaia monaaterii inatauratione.
04 DOU HABILLON.
971. Le tome quatrième contient des observations sur les rois mérovingiens et Tépoque de Dagobert , qui éclaircissent ces périodes de THistoire de France. Quant aux vies des Saints Bénédictins, savantes et pieuses à la fois, elles conservèrent, en plein xvni* siècle, le culte des vertus antiques , et servent encore aujourd'hui de modèles aux meilleurs hagiographes.
hea Annales de POrdre de Saint-Benolt.
Annales Ordinia S. Benedictiy occidentalium monachorum Patriarchœ^ in quitus non modo res monasticœ sed etiam ecelesiasticœ historiée non minima pars eontineturj Auctore Domno Johanne Mabillon. In-folio , Robustely 1703" 1739. 6 vol. — Lucques, 1736-55, 4 vol. in-f .
Ce recueil immense est formé sur un des plus vastes plans qu'ait conçus Tesprit humain : il embrasse , non plus seulement les saints, mais tous les moines qui ont contribué à éclairer et à civiliser la chrétienté du v* au xif siècle. Il embrasse donc l'Histoire monastique , ecclésiastique et profane de cette longue période, qui se trouve élucidée à l'aide des seuls documents originaux. Pour obtenir tant de chartes, de diplômes et de chroniques, Mabillon s'adressa à tous les monastères, fouilla les bibliothèques les plus fameuses, et intéressa l'Europe savante à la rédaction de cette œuvre gigantesque.
SÉâ aâuvRËS. 05
On ne lit plus assez Mabillon, écrivait récemment un bénédictin français, dora Fr, Chamard (1); l'érudition moderne ne fouille pa^ suffisamment cette mine féconde, où tant de questions, agitées de nos jours, sont traitées et résolues avec une inimitable perfection. Ce qu'il dit, par exemple^ de saint Grégoire VII eût dû éclairer depuis longtemps les esprits les plus prévenus contre ce pape (2). L'opinion exprimée par Mabillon sur la mansuétude et la douceur de ce pontife^ est celle de la plupart des écrivains impartiaux du moyen-âge et des historiens sérieux des temps modernes. Au point de vue de l'histoire locale, les Annales n'offrent pas un moindre intérêt aux chercheurs, car elles traitent, à propos de chaque monastère, de sa fondation, de ses bienfaiteurs et de ses chroniqueurs. C'est à ce titre que Mabillon eut à citer notre Flodoard, l'ornement de son siècle, < prœcipuum deeirrd sœculi ornamentum (3) ; » il prouve qu'il était moine et son épitaphe en vieux français montre qu'il fut en outre abbé :