SES OEUVRES
poésies; mais la plus importante partie est re* lative au voyage d'Allemagne, Vlter Germant'' cum (1), opuscule plein d'intérêt sur les manuscrits et les bibliothèques d'outre-Rhin.
lia liitorgie Gallicane.
De Liturgia Gallicana libri III in quibus ve^ teris MisscBy quœ ante annos mille apud Gallon in U8U erat formai ritiAsque eruuntur ex anttquis monumentiSy Lectionario Gallicano hactenûs ine^ dito : accedit disquisitio de cursu Gallicano^ seu de divinorum qfficiorum origine et progressa in Ecclesiis Gallicanis.
In-é'^y Paris. Martin et Boudoty 1685; ensuite réimprimé chez Montalant^ 1729. Cet ouvrage contient une dédicace à Maurice Le Tellier, surmontée d'une vignette.
Passant par l'abbaye de Luxeuil pour aller en Allemagne, Mabillon y avait trouvé un ancien Lectionnaire du rite gallican (2), vieux de onze çfnts ans, écrit en caractères mérovingiens. Il en prit occasion de restituer la liturgie en usage en France avant Charlemagne^ qui in-
(1) Déjà imprimé à Paris en 1685, Vlter Germanicum le fut à Hambourg en 1717.
(^) Voir la Pré&ee de l'Année liturgique par Dom Guéranger, T. I. La liturgie gallicane formait avec les liturgies romaine, ambroi* sienne et mozarabe, l'un des principaux rites de l'Eglise latine. La réforme de Chariemagne avait été si complète qu'on avait pour ainsi dire perdu le souvenir de l'ancien rite.
tOO D02A MABILLQN.
troduisU celle de Rome dans tout sgai empire. l^ns le premier livre, il décrit la forme et la manière de célébrer la messe dans les Gaules; il traite ensuite des basiliques, de leur forme, des vêtements et de toute la partie artistique des rites ; dans le second livre, il donne le texte du Lectionnaire , recueil des épîtres et évangiles récités pendant Tannée; dans le troisième , il publie trois n>issels déjà mis au jour par le P. Thomasi, théatin ; puis il termine par un savant traité sur le cours gallican, c'est-à-dire çur le bréviaire en usage dans les Gaules. En ajoutant à ce travail les observations de dom RuLnart sur Grégoire de Tours, on aura un magnifique ensemble de Tancienne liturgie gallicane, ensevelie dans l'oubli depuis huit siècles. M. de Boze dans son Eloge y loue MabilloA «d'avoir restitué à la gloire de la nation ce premier qionument d^ la piété de nos pères. »
Le Musée d'Italie.
Muséum Italieum^ seu collectio veterum scriptorumex bibliotheciê Italicis eruia a D. Johanne Mabillon et D. Michaêle Germain.
2 volumes in-4^. Paris. Boudoty Î687 et i689, réimprimés chez Montalant en 1724. L'ouvrage renferme plusieurs planches gravées hors t^xte (1) représentant d'anciens monuments ou
(1) L7e«r ïtmcum offre 12 grarures parmi lesquelles une yoe da Ment-Oftssm, 'Cbarle»-le-CkaQTe , la tête de saint Ânastase, te mo* nastère de Vallombreuse, des tombeaux antiques et des fresques.
SES OEUVfiES. l(>t
des cérémonies. Une vignette surmonte la dédicace à l'archevêque de Reims, promoteur du voyage et bienfaiteur des voyageurs.
Toute la première partie du tome I est consacrée à la description de la route, Y/ter Italiçum. En la joignant à la correspondance, si heureusement reconstituée par M. Valéry en 1847, on peut se représenter ce qu'était une mission scientifique au xvii* siècle : on y voit deux savants appliqués à fouiller dans les bibliothèques, à copier des manuscrits, à conférer avec les plus savants hommes d'Italie , à considérer les tombeaux, les épitaphes , les inscriptions, et à observer tous les monuments et les restes de l'antiquité dont ils croyaient pouvoir tirer quelque profit pour l'histoire de l'Eglise, de leur Ordre ou de leur patrie. Ce volume est enrichi, à la suite de cette relation, de nombreux documents : homélies de saint Maxime de Turin; vie et épîtres d'Adrien P' ; notes sur la liturgie ambroisienne ; capitulaires et placita; voyage en Terre-Sainte sous Urbain II; Apologie de Manassès, archevêque de Reims; Sacramentaire gallican du vu* .siècle, qui possède déjà le canon de Rome ; enfin Lettre de Jean Diacre sur le baptême.
Le second volume contient un commentaire sur le Rituel ou Ordre romain, dans lequel Mabillon explique d'une manière fort nette les anciennes cérémonies de TEglise. Viennent à la suite quinze anciens Ordres romains, pleins de détails sur les rites et la discipline. On le voit, la moisson avait été abondante pour Mabillon
102 DOU MABILLOK.
dans cette Italie, que Ton visite si volontiers, si facilement, mais si superficiellement de nos jours. Au point de vue liturgique, le Muséum Italieum est un ouvrage capital, autant par Tabondance des textes que par les observations ou commentaires qui les accompagnent Fidèle scrutateur de l'antiquité , Mabillon explique, à la première page du tome second, là ressemblance intime qu'il a trouvée entre les rites des grandes églises de France et ceux des anciens livres de Rome : « Certe cum animo recogito varios ritus, quos in prœcîpuis Galliarum ecclesiis majorum nostrorum pietas instituit, atque hactenus illibatos ad nos usque magnâ ex parte transmisit : videre mihi videor quamdam Romanorum rituum imaginem, quaJem scilicet in antiquis libris animadvértimus. » Plus loin (p. cxi), en antiquaire, il signale au monastère deBobbio l'usage conservé en France, d'une colombe suspendue portant TEucharistie : « Apud Romanos tabernacula, ut vocant, fere sola modo in usu sunt : Eucharistia suspensa nusquam, nequidem in totâ (quod quidem sciam) Italiâ, Vidimus tamen in Bobiensi ecclesia columbam ex aurichalco, conservandae Eucharistiœ olim destinatam, qui ritus forte Columbano auctore ex Galliâ inductus. » A propos de la variabilité des détails liturgiques, Mabillon donne les plus judicieux conseils : « Cette diversité, dit-il (p. cxLi), vient naturellement de la diversité des mœurs de chaque peuple : aussi, celui qui voudrait tout réduire à une méthode absolument uniforme me paraîtrait vouloir réduire tous les
SES ceuvRES. 103
peuples aux mêmes mceurset aux mêmes institutions. » Lorsque l'unité du culte est assurée suivant les prescriptions de TEglise romaine, il faut supporter les dissemblances secondaires pour le bien de la paix et pour le bien de l'Eglise que cette variété embellit : « Ferenda itaque est rituum illa diversitas, vel maxime propter bonum pacis, immo etiam propter Ecclesiam, quœ hâc varietate decoratur. Nescio enim quo modo dulcius sapit, quod vario cultu decoratur. » Ces réflexions de Mabillon peuvent être utilement relues en France, où l'on a brusquement répudié au dernier siècle les antiques offices de Rome et rompu de nos jours tant de vénérables traditions, parfaitement conciliables avec l'unité liturgique.
Les Etudes Monastictaes.
Traité des Etudes Monastiques, divisé en trois parties ; avec une liste des principales dijicultés qui se rencontrent en chaque siècle dans la fecture des originaux^ et un catalogue des Uvres choisis pour composer une bibliothèque ecclésiastique, par Dont Jean Mabillon. In-^". Paris.
Robustel^ 1691. 2 vol. in-12y 1692. Ouvrage traduit et édité plusieurs fois en Italie (1), Allemagne et Suisse.
(1) Tractatua de Studiis monasticis in très partes distributus, auctore P. D. Joanne Mabillon, latine versus a P. D. Josepho Porta, Astensi, monacho Casin. Petit in-4», Venetiis, 1705. Typis André» Poleti. Frontispice gravé : le Génie de la Science apparaissant à un moine.
(04 DOM MABILLO^.
C'est par ce volume que le savant et doux |
Mabillon entra en lice avec l'austère réforma- !
teur de la Trappe, qui avait publié le Traité de \
la sainteté et des devoirs de oie monastique (1). A la dissertation du Bénédictin, TAbbé de Râncé riposta par une Réponse au Traité des Etudes Monastiques (2) ; Mabillon y répondit^ à la sollicitation de ses supérieurs et du chancelier Boucherat, par les RéJLexions sur la Réponse de M. Vabbé de la Trappe au Traité des Etudes Mo^ nastiques (3). I
Un passage de ce dernier ouvrage, (4) merveille |
de calme et de bon sens, jette un jour complet I
sur la vie intime des Bénédictins, que TAbbé de la Trappe accusait de relâchement : « Pour ne parler que de notre congrégation, il n'y a que très-peu de monastères où Ton travaille pour le public, dont celui de Saint-Germain-des-Prés est le principal. De cinquante religieux qui composent la communauté, il n'y en a qu'environ douze qui soient occupés à ces sortes de travaux. De ces douze, il y en a quelques-uns qui ne s^exemtent d'aucun exercice, ni de jour, ni de nuit , quoique leur travail soit fort considérable ; les autres n'ont point d'autres exemtions que les écoliers , c'est-à-dire de Matines , de Prime et de Compiles alternativement. Du reste ils n'ont aucune dispense des régularités communes; et je puis bien dire, sans faire tort aux
(1) 2 vol. m-12. Paris, Muguet, 1684.
(2) Iq-4% Paris, Muguet, 1692.
(3) In-4% Paris, Robustel, 1692, et aussi en 2 vol. in-12, Ibid. 1693,
(4) Edit. in-4% p. 33.
SES OEUVRES. IQâ
autres^ et j'en prens à témoin tous ceux qui le$ GoniKÂasent, que ce ne sont ni les moins régu-r liers y ni les moins soumis* ni enfin les moins èdifians de la communauté. » L'étude peut donc subsister avec la régularité (1). Ces Réflexions^ sages, modérées, décisives, amenèrent, selon l'abbé Bouillot (S)» « uaei?^^((6 sous le nom de frère Cômey qui ne franchit point l'enceinte de son cloître. »
Il faut rapprocher de ces polémiques, deux autres opuscules de Mabillon : De Monasiico^ rum Studiorum ratione, ad jimiores studiosos^ que Congregationis Sancti Mauri monachos; puis les Avis pour ceux qui travaillent aux histoires des monastères (3). On y retrouve»
avec la méthode la plus sûre, l'expansion d'un zèle qui veut ranimer le travail chez tous ses frères. La plupart de ces conseils, avec le plan d'études qui les termine, serviraient encore aujourd'hui de programme aux Académies, aux érudits, aux. conférences ecclésiastiques et &
(1) Lorsque, yen 1835, les Bénédictins reparurent en France aveo leur costume séculaire, on comprit qu'ils allaient reprendre TcBUTre de la Congrégation de Saint-Maar, en sachant éviter les fautes et les erreurs de quelques-uns de leurs devanciers. Leurs sages constitutions, approuvées par Grégoire XVI , les astreignit à une vie austère, mais tempérée dans ses observances : ils usent d'a'iments gras tan<Us que les religieux de Saint^Maur n*en usaient pas. En dehors de la régularité des offices et du travail intellectuel, ils doivent se livrer aussi à quelque besogne manuelle , prévoyante disposition de la règle qui assouplit et récrée l'âme par la fatigue du corps.
(2) Biogr. ardenn., T. II, p. 163.
(3) Ils se trouvent dans les Œimres Posthumes, Mabillon écrivit aussi en 1684, une méthode pour apprendre l'histoire (in-12, Paris), il la demande du Prieur des Feuillans de Florence.
toutes les entreprises qui se proposent de fouiller une portion quelconque du vaste champ de l'histoire,
. Les awres Postimmes (1).
Oucrages posthumes de Dont Jean MabiUon et de Dom Thierri Ruinart, Bénédictins de lu Congrégation de Saint-Maur^ 3 volumes in-^é^ publiés par Dom Vincent Thuillier , à PariSy François Rabuty^ 1724.
Le Tome I , dit le Titre, contient t un recueil des petits écrits de dom Jean MabiUon avec des additions; ses Lettres et celles des personnes illustres par leur dignitezou leur savoir qui lui ont écrit ; et Thistoire de quelques contestations littéraires où ce savant homme est entré. » La préface qui ouvre le volume est remplie de considérations sur Tutilité de la publication ; elle explique le motif qui y réunit le maître au disciple , « car on ne doit pas séparer deux personnes qu'une tendre et constante amitié avoit si étroitement unies. ^ A propos de la contestation sur l'auteur de V Imitation (2), dom Thuillier fait des comparaisons « entre la guerre de Troies
(1) Les Œuvres Posthumes sont analysées aux pages 526 et 527 de VHist. litt. de D. Tassin.
(2) Dans cet interminable procès, MabiUon, tout en soutenant son Ordre, laissait voir l'inanité des polémiques. « Je ne cherche point, écrivait-il, d'occasion d'écrire touchant le livre de Vlmitation; au contraire, je les fuis toutes, n'y ayant sur cette matière que trop de livres que l'on ne lira jamais. » MabiUon par ChaYin de Malan, p. 305.
et la prise d^armes des chanoines réguliers, ausiù colères de l'enlèvement de V Imitation que Ménélas le fut de celui d'Hélène. » A la suite de la Préface, les œuvres sont classées dans Tordre suivant : (pages 1 à 76) V Histoire de la contes-tation sur V auteur du livre de F Imitation de J.-C. et les Animadoersiones in mndicias Kern-penses; — (pages 77 à 208) les Lettres et Ecrits sur la question des Azymes ; — (pages 209 à 364) les Lettres et Ecrits sur le culte des saints inconnus; — (pages 365 à 425) les Lettres et Ecrits sur les Etudes Monastiques; — enfin (427 à 555, fin du volume) les Lettres diverses de et à Mabillon , puis la Circulaire sur Madame de Blemur y religieuse bénédictine.
Le Tome II renferme des opuscules inédits ou réédités : (pages 1 à 42) Vltinerarium Burgundicum, description du voyage de Bourgogne en 1682, rempli de détails sur les villes , les monastères, les archives, les cabinets et les bibliothèques de cette province; — (pages 42 à 58) le discours prononcé à l'Académie sur les anciennes sépultures de nos rois; — (pages 58 à 60) V Eloge historique de Dom Vincent Marsolle, supérieur général de la Congrégation de Saint-Maur; — (pages 61 à 64) le Rapport de Mabillon aux cardinaux de V Index sur les écrits d'Isaac Vossius; — (pages 64 à 70) un écrit sur les Dots des Religieuses^ dans lequel Mabillon conseille de fixer le nombre des religieuses plutôt que d'exiger des dots de toutes ; — (pages 70 à 91) la Lettre sur le premier Institut de P Abbaye de Remiremont; — (pages 91 à 95) V Avis pour ceux
gui irmoatUad aux HisUrireê de» monaUèr^; — (pages 96 & 272) la Di9cus9ion relatioe aux Cbamime^ régulier» et aux Bénédictine de Bourgogne;-^ (pages 272 à 320) la polémique sar le sem des mots messe et éommunion ; — (pages 921 à 335) les Béjexion» sur les Prisons des Ordres religieux et enfin les Remarques sur les Antiquité» de Saint-Denys et la Lettre à M.
ffEvéque de Biais au sujet dune dissertation 4e M. Thiers contre la Sainte-^Larme de Vendame. «
A la suite de ces Traités de Mabillon, la fin du Tome II des Œuvres posthumes, et le Tome III tollt entier y sont consacrés à trois traTaux remarquables de D. Ruinart : V Iter Utterarium in AlsaHam et Lotharingiam, récit de voyages faits avec son miutre et relatant la mention des uaanuscritB, des chartes^ des épitaphes qu'ils avaient déchiffrés ensemble (1). Une autre disser«tation recherche l'usage et Torigifie du Pallium archîépiscc^al; Disquisitio historica de Pallia archiepiscopali. La U^^isiéme œuvre, de beaucoup la plus considérable, est la Vie du pape Urbain II ; BeaU Urbani Papœ II frila, auctare D, Theodorico Ruinart. L'érudition et la critique la plus exacte régnent dans cette Biogra* phie où l'auteur viserait un Rémois, un bénédictin et un saint.
(1) Bèmmé 4u nt^yàge de 449$, €dt itinéraire emitietat de ^ci«a«eK notices aur Orbais, HautviUers, Ay, Aveoay, Châlong, N.-D. de l'Epine, Seint-Bâie. On trouTera à V Appendice la descriplion ou'il fait deReimâ.
0B8 omv&n. 109
Œurwrem diveraesé
Certaines œuvres secondaires de Mabillon méritent d'être signalées à la postérité, non-seulement pour compléter le tableau d'ensemble de ses écrits , mais aussi pour montrer le mérite des moindres productions de ce vaste génie.
La Congrégation de Saint-Maur commença en 1679 la publication des Œuvres de saint Augustin (1), le grand docteur principalement en jeu dans les querelles théologiques du xvii* siècle. Dom Mabillon fit, dit-on, en une nuit la préface dédicatoire, qu'il eut l'honneur de présenter à Louis XIV. Il rédigea aussi en 1700 la préface latine du tome XI, si goûtée de Bossuet, et dans laquelle il confessa la pureté de foi de ses frères : nihil non catholice^ nihil non caiholico animo a nobis dictum est. Ce fut un acte de foi d'une portée toute pratique que cette savante édition de saint Augustin, dont la voix, parlant à travers les siècles, condamnait à elle seule toutes les erreurs de l'époque; ce monument de critique resté sans rival a été réimprimé en notre siècle tel que l'avaient produit les Bénédictins.
(1) lies querelles entre les Jésuites et les Bénédictins soulevées par cette édition sont racontées par D. Tassin, HîbL litt, p. 306. Tous les écrits de polémique contre l'œuvre des Bénédictins furent condamnés par la Congrégation de V Index le 7 juin 1700, sur Tordre dlnnocent XII. Aussitôt Mabillon supprima un travail latin assez étendu destiné à réfuter les accusations anonymes portées contre ses confrères. Il faut aussi voir sur ces débats, les pages 318 à 330 de VHiatoire de Mabillon par Chavin de Malan. — L'Epître au Roi à été imprimée séparément en latin et en français. D. Ruinarl, p. 281,
110 OOM MABlLtÔM.
En 1697, Mabillon avait publié une Traduciton de la règle de saint Benoit ^ avec les Statuts d* Etienne Poncker^ éoêquede Paris, pour V usage des religieuses de V Abbaye de Chelles^ in*12 , Paris. 1697.
En 1702, il fit paraître un livre de dévotion qui est en même temps un traité de haute philosophie chrétienne. Il est dédié à la Reine, mère du Roi de la Grande-Bretagne , dont les sollicitations pieuses nous valurent cette publication. En voici le titre : La mort chrétienne sur le modèle de celle de N. S. J.^-C. et de plusieurs saints et grands personnages de V antiquité; le tout extrait des originaux ^ par un R. P. de la Congrégation de Saint-Maur.
A PariSy chez Charles Robustelj 1702, in'12.
C'est un recueil de trente-quatre morts édifiantes tirées des auteurs contemporains et témoins oculaires ; il commence par la mort de N. S. et finit par celle du B. Justinien en 1455. Dom Tassin remarquait dans ce livre des pratiques différentes de celles que Ton observait de son temps à l'égard des mourants. Après l'article de saint Bernard , on trouve une de ses lettres à Suger pour le disposer à bien mourir; enfin le recueil se termine par cinquante passages de l'Ecriture sur la résignation à la volonté de Dieu, pour souffrir chrétiennement les afflictions de cette vie et les maladies.
Après la mort de Mabillon, on trouva dans ses papiers des observations sur le célèbre verset de la première épître de saint Jean : Très sunt qui y etc.; une dissertation sur la Canoni"
tas onvuift. ill
êation des Sainte et des réflexions sur VOrdre de SainULœsare. Ces écrits n'ont point été im* primés (1).
Bien d'autres petits traités^ dispersés à la suite des orages révolutionnaires ou perdus dans les fonds poudreux des archives, sont restés inédits. Il en est un (2) qui vient d'être mis au jour en Normandie par un érudit; M. de Bonis y explique dans l'introduction que cet opuscule, copié avec soin par une main pieuse au xviu* siècle, était conservé à Saint-Germain-des-Prés; qu'il passa à la Bibliothèque nationale au Résidu Saint-Germain et se trouve actuellement n* 12703 du fonds latin. Cet écrit ne porte aucune date, mais les recherches de Téditeur l'ont amené à connaître qu'il fut adressé par Mabillon aux Dames Bénédictines de Dieppe qui l'avaient consulté sur le règlement de leur monastère. Plus dociles que les Dames de Remiremont, dont l'Abbesse, M«*» de Salm, avait en vain tenté la réforme sous les auspices de Mabillon, les religieuses de Dieppe reçurent et pratiquèrent les sages leçons dictées par le moine de Saint- Benoit«
Le Renouvellement de Vie forme une série de réflexions divisées en XXXII paragraphes distincts : conseils discrets, pieux, tempérés; eScposé des principales vertus des sœurs : pauvreté ,
(1) D. Taswn, Hiat. litt., p. 267.
(2) Instruction sur le Renouvellement de Vie, par Dom Jean Ma« billon, religieux de la Congrégation de Saint-Maur. In-8*, brochure de XIX-28 pages. Rouen, Cagniard, 1874. Elle sç trouve à la Bibl. de Reims, envoyée par l'auteur.
Ifô DOH MABILtdN.
obéissance, prière. L'œuvre se termine par une CToix accompagnée de Ta et de Tû, avec cette invocation : « Seigneur, ayez pitié de vos serviteurs qui espèrent en vous 1 »
CBurreB poétiques.
Le goût profond pour la belle latinité, qu'inspiraient les études classiques au xvii' siècle, rendait les érudits de vrais poètes à Toccasion et de complets littérateurs tam prosâ quam metrOy comme on disait alors. L'exemple de Mabillon suffirait à montrer le charme du vers latin, dans la correspondance intime comme dans les manifestations du patriotisme ou de la piété. L'art de Tépigraphie, analogue pour les recherches à celui de la versification , formait aussi l'un des talents du parfait humaniste. En voulant de nos jours reléguer ces travaux dans le domaine de la pure érudition, croit-on sauvegarder le culte des Belles-Lettres? Ne s'éloignet-on pas au contraire de la tradition des vrais maîtres de notre langue?
Durant son séjour à Corbie, Mabillon s'intéressa à la gloire de saint Adhalard^ issu de sang royal , ami d'Hincmar et d'Alcuin^ à l'intercession duquel il attribua la guérison des souffrances qui venaient de l'exiler de Saint- Remy. Il laissa échapper de son âme des hymnes de jubilation et d'espérance, œuvres remar-
ÔES CEUVREâ. il3
quables de piété et de correction liturgique. Il en fit d'autres en l'honneur de la reine sainte Bathilde, la fondatrice du monastère , qui devinrent, avec les premières, des chants propres(l) à Tabbaye de Corbie.
La reine Anne d'Autriche avait manifesté une affection toute particulière pour la Congrégation de Saint-Maur; lors de son décès au Louvre, le 20 janvier 1666, Mabillon paya la dette de reconnaissance de son Ordre par une composition poétique dans le fond, quoique écrite « en prose quarée », et intitulée : La France en deuil annonce à V Espagne le lamentable commence-ment de r année y marqué par la sainte mort d'Anne d'Autriche (2). L'année suivante la pièce parut chez Billaine sous ce titre : Lugubre nouvelle de la France à VEspagne^ à Poccasion de la mort de la Heine de France.
En 1695, le cardinal d'Aguirre envoya à Mabillon les Conciles d'Espagne et d'Amérique avec des vers en son honneur; pour y répondre, le bénédictin fit appel à sa muse qu'il trouva vieillissante tmusœ nostrœ senescenti etfrigescenti », mais il sut encore en tirer ces doux vers :
(1) Hymni in laudem S. Adalhardi et sanctœ Bathildia Reginss, officia Ecclesiœ Corbiensi propria, qum typis vulgata sunt ad ejua-dem Ecclesiœ tisum. Parisiis, 1667, in-8*.
(2) Gallia Hispaniœ infelix anni initium, felicem Ann» Aiistria-' cae exitum mœrens nuntiat. — Galliœ ad Hispaniam lugubre nuntium, ob mortem Reginœ Galliarum Annœ Au^triacsff. Parisiis, 1Q67, in-â**. — La Bibliothèque de Reims possède cette pièce sous les deux N*' 1544 et 1422 du Catalogue des Belles-Lettres.
114 DOM MABILLOM.
c Munu8 quod mihi, vir colende» mittis,
c Quovi8 carius est mihi métallo,
c Quovis carius est mihi lapillo.
c Non suspecta mihi manus ferentis ;
c Non cor, non animus, nec ipsa verba,
c Novi pectus amans, sacrosque mores
c Non nix candidior nec alba lana.
c Taies o utinam forent Iberi I
c Taies o utinam meique Galli !
c Optata ut cito pace gaudeamus (1). i
Il est certain que Mabillon écrivit beaucoup d'autres poésies qui, malheureusement, ne nous sont point parvenues. Ses compositions en style lapidaire n'ont pas été mieux sauvegardées : il fît en 1682, Tépitaphe de la tombe de Henri de Bourbon, duc de Verneuil, Abbé de Saint-Germain-des-Prés ; en 1683, celle du mausolée de MM. de Castellan dans la chapelle de Sainte- Marguerite de TAbbaye (2) ; en 1684, il rédigea pour TAbbaye du Bec Téloge funèbre de Timpératrice Mathilde, mère de Henri II, roi d'Angleterre; on venait de découvrir son tombeau et les moines firent graver, sur une magnifique tombe de cuivre , le texte (3) commémoratif savamment combiné par leur érudit confrère. On trouverait d'autres pièces analogues dans le recueil N* 11866 du fonds latin, à là Bibliothèque Nationale, parmi lesquelles l'épitaphe d'Antoine Faure.
(1) Corresp. inéd., T. II, p. 376.
(2) Cette inscription a été rétablie et se lit encore aa transept droit de Téglise Saint-Germain-des-Prés. V. Piganiol de la Force, DeêcHpt. de Paria, VII, 58.
(3) Il se trouve à la page 245 de VHist. lUt. de Dom. Tassin.
SES CBUYBBS. IIS
Mabillon adressa en 1690, à Sergardi, une pièce de Ménage et exprima dans sa lettre (1) d'envoi ses sentiments sur le paganisme dans la poésie : t J'aime mieux, dit-il, célébrer le Christ que la divine Mnemosyn, » divinité à laquelle Ménage adressait ses vers. La poésie sacrée convenait mieux à ses goûts, mais il ne resta pas étranger à la littérature de son siècle.
Correspondance,
Nous n'avons que des fragments de la Correspondance de Mabillon ; mais on peut aisément se figurer ce que son ensemble jetterait de lumière sur la vie littéraire et religieuse de son époque.
Pour en connaître les débris^ il faut consulter les Recueils suivants : Les Œuvrer Posthumes (T. I, p. 427 à 555) qui n'en contiennent qu'un petit nombre auxquelles sont jointes quelques réponses. Dom Thuillier, prévoyant 1 étonnement qu'exciterait cette lacune, dit à ce sujet dans la Préface : c On ne manquera pas de s'attendre à voir ici une infinité de Lettres d'érudition. Cependant on n'en verra pas un fort grand nombre. La raison est que j'ai beaucoup de consultations et que je n'ai presque de réponses que celles dont l'auteur avoit fait de brouillons. Ce n'est pas faute
(1) Corretp. inédU., T. II, p. 315.
11$ DOM MABILLOM.
d'avoir fait ses diligences pour les avoir, mais ou elles sont perdues ou chacun à eu ses raisons pour les garder. » Toutefois ces lettres offrent le plus grand intérêt en ce qu'elles sont toutes importantes et authentiques
Les Archives des Missions scientifiques (T. VI) renferment les Lettres de Bénédictins (D. Mabillon, D. Clément, D. Durban, D. Luc d'Achéry^ D. Bernard de Montfaucon, D. Calmet, etc.) recueillies par Alphonse Dantier (1). On y trouve 19 lettres de Mabillon.
\J Histoire de dom Mabillon par Chavin de Malan renferme également un certain nombre de Lettres inédites, que Fauteur a copiées en 1843. dans les cartons du Résidu-Saint-Ger-main (2) à la Bibliothèque Royale, et dont il donna des extraits pleins d'intérêt.
Dom Thierry Ruinart, qui eut en mains tous les papiers de Mabillon, reproduit fort peu dé ses lettres in extenso ; il fit heureusement exception pour celle qu'il adressa aux catholiques anglais (3). Il en publia aussi une autre fort intéressante sur la Solitude, dans laquelle Mabillon, avec sa modération habituelle, détourne un ami des excès de l'isolement : a on n'aime pas les conversations sèches, lui dit-il, il faut
(1) Gâtai, de la Bibl. de Reims (Belles-Lettres), p. 1005. Documents publiés en 1857.
(2) La Bibliothèque de Saint-Germain-des-Prés fut incendiée dans la nuit du 19 au 20 août 1794 ; beaucoup de livres furent anéantis, mais les manuscrits furent sauvés par D. Poirier.
(3) Cette missive est intitulée : « A mes très-chers Frères, les Catholiques Anglois, salut en Jésus-Christ nôtre Sauveur, constance et persévérance en la Foy Catholique. » P. 216 à 223.
SES 0EUYRG3. Ii7
de la compagnie.... il nefaudroit avoir recours à la solitude que de temps en temps pour y reprendre de nouvelles forces. C'est dans ce sens que Guillaume de Saint -Thierry, dans la lettre qu'il a écrite aux Frères du Mont-Dieu, regarde la cellule, c'est à-dire la solitude, comme l'infirmerie de nôtre âme. Valetudinariwn tuum est cella tua (1). »
La plus ample collection des Lettres de Ma* billon se trouve dans le recueil publié en 1847 par M. Valéry, à la suite de patientes recher* ches au Mont-Cassin et dans les dépôts de France et d'Italie (2). Quoique restreinte à l'Italie et au commerce avec les savants italiens, cette correspondance offre les plus larges développements ; elle contient, éparses dans les trois volumes , 167 lettres écrites par Mabillon et 97 lettres qui lui ont été adressées : la période qu'elle embrasse s'étend de 1681 à 1707. Les érudits dont les. noms se retrouvent le plus souvent dans ces envois réciproques sont Magliabechi ^ le grand bibliothécaire florentin ; dom Claude Estiennot, procureur de la Congrégation à Rome; Sergardi, préfet de la Basilique Vaticane ; le cardinal d'Aguirre ; Gattola, archiviste du Mont-Cassin; Bacchini, bénédictin de Parme; et le grand duc de Toscane, Côme III. Mabillon
(1) D. Ruinart, p. 286 à 288.
(2) Correspondance inédite de Mabillon et de Montfaucon avec l'Italie y contenant un grand nombre de faits sitr l'Histoire reli" gieuse et littéraire du XVII* siècle, accompagnée de Notices, d'éclaircissements et d'une Table analytique, par M. Valéry, bibliothé^ caire du Palais de Versailles. 3 vol. in-8% Paris, chez Guilbert, 1847.
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écrit tantôt en latin, tantôt en français; on lui répond en italien et en latin (1) ; les sujets traités dans ces lettres embrassent les questions les plus importantes de théologie, d'histoire, d'exégèse, de philologie ; on s'y fait part de toutes les pu* blications et des moindres controverses d'érudition ; les envois de livres ainsi que les rensei* gnements de librairie tiennent en outre une grande place dans ces missives, attendues avec curiosité d'un pays dans l'autre. Enfin, la plus aimable courtoisie et une complète égalité dans les rapports donnent à cette correspondance ressuscitèe tout, le charme qui embellit la science.
Mais cette publication, bien que faite avec un Eèle et un soin dignes d'éloges, n'est aussi que partielle; VAllemagne, l'Angleterre, la Suisse avaient part à cette Correspondance bénédictine, à laquelle participaient les collaborateurs de Mabillon et en même temps tous les érudits de France, religieux, séculiers ou laïques. On peut se faire une idée de son étendue, quand on saura que ce qui a pu être sauvé (les flammes en 1794, a suffi, dit M. Dantier, pour former une, collection de près àesoixante^etrdix volumes que la Bibliothèque Nationale a fait dans ces derniers temps recueillir et mettre en ordre. Si jamais elle voit le jour, on pourra apprécier
<1) Voici l'adresse de l'iim à» lettres de BmcIiîw à lUiHoa en 1683 : Al Reverendia^lmo Signore Padrone Colendinimo il Padrû Dom Giovanni MtibUlon monaco delU Çongregazione di 8, Maurù, chBt M. Lange, rue de la Truanderit, i9ie-é*«û le Poirier. Pmigi* (Correq». inéfH, T. I, p. 41.)
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Testime qu'obtint Mabillon dans son Ordre et dans l'Europe savante, lui que le cardinal Norîs qualifiait t le Français le plus aimable et le plus docte de son temps (1). » La publication de ses lettres compléterait dignement ses œuvres.
Ici finit cet aperçu descriptif et bibliographique des productions du génie de Mabillon , qui mériteraient toutes un travail approfondi dont le cadre seul a pu être tracé. Les Etudes monastiques , les Saints inconnus, la Liturgie gallicane, le Culte des Images, les Ordres romains , la Réforme des prisons , la Chronologie mérovingienne, les Itinéraires de Bourgogne, d Alsace, d Allemagne et d Italie, sont autant de sujets pleins d'attraits pour Térudition et la critique modernes. Quant aux grandes œuvres, le Saint Bernard, la Diplomatique, les Actes des Saints et les Annales Bé^ nédictines, majestueux volumes édités à Paris^ réim-*
(1) c Habemns hic patrem Mabillonium , soavissimiim et doetissimum. » Lettre du 16 juillet 1686 de D. Estiennot. Correap. inéd.', T. I. — V. à l'Appendice Tindication des soarces pour les lettres ma» nuscrites de Mabillon à la Bibliothèque Nationale. — La correspondance de Mabillon mettrait dans tout son jour sa franchise, sa tolérance littéraire et la largeur de ses vnes ; on y trouverait des préceptes moraux d'une portée toute pratique, comme cette lettre à Magliabechi sur la Critique : « .... Il faut laisser les gens juger de ce que nous donnons au public. Tout le monde a droit d'en juger : mais d'ordinaire le public fait justice à ceux qui ont raison. Comme je ne prétends pas être infaillible, je ne suis pas fâché que l'on soit d'un sentiment contraire au mien. » (Correap, inéd., t. II, p. 352.)
primés â Naples, à Venise et à Lucques, ils sont de vrais monuments dans notre histoire littéraire. De nos jours, où Ton se complaît dans les journaux, dans les revues ou les abrégés, ces lourds volumes, dont dix-huit sont des in-folios et douze des in-quartos, avec leurs tables méthodiques, leurs préfaces et leurs notes, nous apparaissent comme des géants d'un autre âge dont la puissante armure protège encore les fils.