POLITIQUE EXTERIEURE
Sommaire : Politique exterieure de Dom Pedro II. — Les deux guerres etrangeres de son regne (i85i-i852 et 1864-1870). — Elles ont ete faites contre lestyrans de la
Plata et du Paraguay Generosite apres la victoire. —
Les d^meles avec TAngleterre avant i85o. — LebilM^erdeen (1845). — Consequences. — La suppression dela traite a ete due a I'energie de Dom Pedro II et de son ministre Eusebio de Queiros (i85o). — Nouveaux demelds avcc I'Angleterre en 1862. — Rupture des relations diplomatiques. — Arbitrage duroi des Beiges, qui donne raison au gouvernement imperial . — Satisfaction obtenue ( 1 865). — Rdtablissement des relations diplomatiques entre les deux pays (i865). — Impossibilite actuelle de semblables differends. — Consideration dontjouissent en Europe Dom Pedro II et le Bresil. — Appel a I'intervention de Dom Pedro II dans trois questions d'arbitrage international.
Ce grand empereur, si devoue a la civilisation de son peuple, a toujours suivi, a Texterieur, une politique loyale et pacifique.
II est vrai que, pendant son regne, le Bresil eut a soutenir deux guerres avec ses voi-
sins-, mais Dom Pedro II avait ete provoque.
D'ailleurs, ces guerres n'avaient pas ete dirigees contre des peuples, mais bien centre des tyrans de la pire espece, qui osaient s'intituler gouverneurs ou presidents de republiques imaginaires, pour abuser de leur autorite.
Nous avons deja parle de la premiere de ces guerres contre les dictateurs Rosas et Oribe(i85i-52).
L'empire bresilien eut pour allies, dans cette campagne, tous les liberaux, tous les esprits eclaires des deux republiques de la Plata.
Le Bresil defendit alors contre Rosas Tindependance du Paraguay, menacee, et celle de rUruguay, presque detruite, carles armees du dictateur buenos-airien dominaient tout le territoire de cette republique, a Texception de la capitale.
Dom Pedro II et les Bresiliens, — nous Tavons dit, — furent salues a Buenos- Aires comme des liberateurs, apres leur victoire de Caseros, apres la chute du tyran.
Plus tard, vint la guerre de TUruguay ( 1 864i865) et celle dirigee centre le dictateur de la pretendue republique du Paraguay (1864- 1 870), dont nous parlerons plus loin.
On attribuait alors a Dom Pedro II et au Bresil des projets de conquete. Cette accusation fut dementie par la suite de la guerre.
Pas un pouce de terrain ne fut revendique par le Bresil, apres sa victoire. Dom Pedro fut, comme toujours, le defenseur de Tindependance du Paraguay, et il s'appliqua a reorganiser ce pays avec les debris du peuple que Lopez II avait conduit a la ruine, a la destruction. II se borna a regler la question des frontieres, en acceptant une ligne moins avantageuse que celle que lui accordait Lopez P% dans les premieres annees de son gouvernement.
Le Bresil obtint de ses voisins de la Plata, en 1862, pour tous les pavilions, la liberte de la navigation de TUruguay et du Parana.
En i858, il reussit a obtenir du gouverne-
ment du Paraguay, non sans difficulte, Touverture du fleuve de ce nom au commerce etranger (i).
Dom Pedro II ouvrit aussi a tous les pavilions, en 1866, la magnifique voie de TAmazone et de ses principaux affluents.
II reussit egalement a regler pacifiquement les importantes questions de frontieres, presque avec tous ses voisins.
Ces questions n'ont pas encore ete tranchees, en ce qui regarde les Guyanes francaise et anglaise, la republique Argentine, la Colombie.
« Ceux qui ont etudie le Bresil avec impartialite, » dit Charles Reybaud, « rendent a Tempereur cette justice, que meme avec des adversaires plus faibles, il evite volontiers le trouble qu'apporte la guerre, et qu'aucune pensee
(i) Traite du 12 fevricr i858 signe a rAssomption entre les plenipotentiaires du Bresil et du Paraguay, le conseiIlerSilva-Paranhos(depuis vicomte de Rio-Branco} et le general Solano Lopez (depuis dictateur du Paraguay).
d'ambition ne se cache sous ses acres. Pourtant, quelques agents politiques des grands Etats europeens ont prete, dit-on, au Bresil, d'autres pensees, desireux de prouver leur penetration et de se donner de Timportance
« Le Bresil a d'autres conquetes a faire, plus urgentes et plus fecondes que celles des pays qui Pavoisinent. II a a arracher a la sterilite son magnifique territoire; il a a remplir du bruit des cognees et des voix males des travailleurs le silence de ses solitudes; il a a rendre ses fleuves, les plus beaux fleuves du monde, accessibles a la navigation et au commerce; il a a percer des routes a travers les espaces incommensurables de Tempire, pour mettre le centre en communication avec le littoral, pour ouvrir au monde ce livre ferme et plein de mystere de TAmerique interieure; il a a faire rayonner le flambeau de la civilisation dans les profondeurs epaisses de ses forets vierges; il a, en un mot, une oeuvre gigantesque a accomplir, oeu-.
I iO DOM PEDRO n,
vre qu'ila resolument entreprise, mais que le travail d'un siecle pourra a peine mener a fin ! »
Les premieres annees du gouvernement de Dom Pedro II , furent signalees par de graves demfiles avec I'Angleterre.
Une loi bresilienne de i83i avail aboli la iraite des noirs, Cette loi declarait que ce commerce ignoble etait un crime, et elle proclamait la liberte de tous les esclaves qui mettraient le pied sur le territoire de I'Empire.
Mais, comment faire executer cette loi, alors que I'anarchie regnait parloul, que les forces navales de I'empire etaient employees a combattre les ennemis de I'ordre et de I'union, dans rAmazone et ses affluents et dans les lacs et les rivieres de Rio-Grande du Sud ?
Neanmoins, I'Angleterre se montrait de plus en plus pressante aupres du gouvernenient du Bresil malgre la crise difficile que cclui-ci traversait.
Dom Pedro II n'avait reussi k mettre fin lux guerres civijes qu'en 1845, et nous avons
DOM PEDRO II. Ill
vu qu'une derniere revolution provinciale s'etait produite en 1848-1849.
Or, cette meme annee, 1845, le parlement britannique votait le celebre bill Aberdeen, qui autorisait la marine anglaise a poursuivre et a detruire , meme dans les ports bresiliens, les navires suspects de s'employer a la traite.
Les plus ' grandes violences furent alors pratiquees sur les eaux territoriales de Tempire, et ces violences souleverent, au Bresil, un mouvement general d'indignation contre le gouvernement d'un peuple qui s'etait enrichi avec la traite des noirs et qui ne Tavait abolie qu'en 1807. Le i" mars 1799, Canning declarait encore, en plein parlement, que I'Angleterre avait presque le monopole de ce commerce, dont elle se vantait!
Les negriers et tous ceux qui etaient interesses au trafic des noirs, exploitant Tindignation publique, egaraient les masses en disant hautement que la meilleure reponse a faire a TAngleterre, c'etait de perseverer dans le
commerce que Tetranger voulait interdire.
Le gouvernement de Dom Pedro II demeura impuissant, en face de Tindignation generale que partageaient meme plusieurs Anglais eminents, tels que lord Cairns.
Avec le bill Aberdeen et les violences de la marine anglaise, la traite des noirs augmenta.
Le chiffre des negres introduits au Bresil par les contrebandiers, etait descendu, en 1841, a 16,000. En 1845, il fut de 19,000.
Voici, a cet egard, les chiffres, tels qu'ils ressortent des documents presentes au parlement anglais, a la suite du bill Aberdeen :
En 1846, il fut introduit au Bresil 50,824 negres.
En 1847, — 56,172 —
En 1848, — 60,000 —
En 1849, — 54,000 ' —
En i85o, — 23,000 —
A cette epoque, dans ses notes diplomatiques, le Bresil disait :
« L'Angleterre veut la suppression de la traite, le gouvernement imperial la veut ega-
DOM PEDRO II. I l3
lement, et il est fermement decide a user de tous les moyens pour atteindre son but. Mais ce qui paralyse sa bonne volonte, ce qui entrave son action, c'est precisement Tintervention violente de TAngleterre dans une question interieure, ou elle n'a nul droit d'intervenir; c'est Tattentat contre la souverainete de Tempire, commis par une loi anglaise. II etait deja fort difficile au gouvernement imperial de faire entendre raison aux interets des proprietaires du sol et des intermediaires commerciaux qui croient la fortune du pays engagee dans la continuation de la traite. Mais les obstacles deviennent bien autrement graves et insurmontables, quand une question d'honneur vient s-y ajouter et quand on demande au Bresil, le pied sur la gorge, une reforme qu'il veut faire volontairement. Ces exces diminuent Tautorite du gouvernement imperial sur ses agents administratifs et judiciaires et sur le peuple. »
En somme, Tintervention anglaise n'a
servi qu'a augmenter la traite. La flotte etait impuissante pour empecher des debarquements sur un littoral de plus de 1 200 lieues. La repression efficace de ce trafic honteux ne pouvait etre faite que sur le territoire meme, par le gouvernement imperial dont la force morale etait amoindrie par les procedes de TAngleterre. '
En i85o, Tordre etant retabli dans tout r Empire, une loi fut votee par le Parlement qui edictait des peines severes contre les contrebandiers.
Dom Pedro II, avait alors un ministere fort, compose d'hommes pleins de prestige, veneres dans le pays.
Le chef du cabinet etait le marquis de Monte-Alegre , Costa Carvalho, ahcien membre de la regence. Le ministre de la justice etait Eusebio de Queiros , homme d'Etat d'une rare energie et d'une haute distinction.
Fortement appuye par Tempereur et arme
DOM PEDRO II. I l6
de la loi du 4 septembre i85o, Eusebio de Queiros poursuivit les negriers, deporta les etrangers qui se livraient a cet odieux commerce, et fit surveiller toutes les plages par la police.
La marine bresilienne, qui n'avait plus de revokes a -combattre, put etre employee a donner la chasse aux negriers.
La traite fut bientot aneantie au Bresil.
En i85i, 3,287 Africains seulement furent debarques dans Tempire; en i853, il n'en arriva que 700; et dans Tespace de trois ans, de i853 a i856, ce chiffre descendit a 5 12.
Des lors, I'esclavage ne se recruta plus en Afrique; les naissances seules Talimentaient.
Nous verrons bientot comment cette odieuse institution fut plus tard attaquee dans ses racines, et detruite a jamais.
De nouveaux demeles avec TAngleterre surgirent en 1862.
Christie, le ministre anglais qui residait a Rio, etait un homme imprudent.
1 lb D6M PEDRO II.
Voyant que certaines reclamations qu'il presentait au gouvernement bresilien au sujet d'un navire naufrage et de Tarrestation de quelques marins ivres, n'etaient pas agreees, il eut recours a la violence. Conformement a ses ordres, cinq petits batiments marchands bresiliens furent saisis pres du port de Rio.
L'indignation des Bresiliehs eclata avec raison, et le peuple vit alors, comme toujours, que le coeur de Dom Pedro II battait a Tunisson du sien.
Certes, le Bresil ne pouvait lutter avec TAngleterre : le gouvernement dut ceder et payer la somme demandee injustement.
Mais il protesta energiquement , en en voyant au ministre anglais ses passeports et en retirant de Londres la legation imperiale.
Le conflit fut soumis, grace a Tintervention du roi du Portugal, a Parbitrage du roi des Beiges.
Leopold P^ donna raison au gouvernement
I imperial. En Angleterre meme, un grand mou-
vement favorable au Bresil s'opera dans Topinion publique.
Enfin, en i865, alors qu'il se trouvait dans son campement d'Uruguayana, entoure de ses allies les presidents des republiques argentine et de TUruguay, Dom Pedro II recevait le ministre anglais Thornton, qui venait lui demander le retablissement des relations d'amitie entre les deux gouvernements, et lui exprimer combien la Reine, le gouvernement et le peuple anglais, regrettaient ce qui s'etait passe.
La reponse de Dom Pedro II fut pleine de dignite.
II declara ^c qu'apres cette satisfaction, les relations amicales entre son gouvernement et celui de TAngleterre etaient retablies. » II ajouta a que TAngleterre s'etait montree vraiment grande, en reconnaissant le bon droit du Bresil. »
Mais nous parlons de faits deja tres eloi-
goes de nous, et qui, certainement, de nos jours, ne pourraient plus se renouveler.
Le Bresil et son empereur sont, aujour-
d'hui, apprecies de la facon la plus avantageuse en Europe.
Aucun souverain ne jouit, a I'etranger, d'un si grand prestige, d"une si grande popularite que ce prince uclaire.
Aucune nation de I'Amerique n"inspire, en Europe, plus de respect que le Bresil.
Et pourtant Dom Pedro II n'a ni annees, ni flottes assez puissanies pour peser sur les destinees du monde; le militarisme ne domine point dans son pays, comme dans I'Europc civilisee. qui est transformee en plusieurs grands catnpements, prets a se jeter !es uns sur les autres, au premier coup de canon!
L'autorite morale dc Dom Pedro II, due a ^n esprit pacifique, s'est tellement accrue -isns le concert des nations, quen plusieurs l&^i^feraids, oil celles-ci ont eu recours a I ont invite lempereur a de-
signer lui-meme un des membres du tribunal appele a juger et a irancher ces differends.
Preuve evidente de la confiance qulnspirait le choix de ce juste souverain, aux puissances dent rinteret ou Thonneur etaient en jeu.
C'est ainsi qu'un representant de Dom Pedro II, le vicomte dltajuba, siegea au congres international de Geneve, pour TafFaire de V Alabama^ entre TAngleterre et les Etats- Unis.
Plus tard, Dom Pedro II envoya un autre representant au tribunal arbitral de Washington, charge d'apprecier les reclamations de plusieurs gouvernements europeens, au sujet de certains actes, pratiques pendant la guerre civile des Etats-Unis.
Le representant de Dom Pedro II fut, cette fois-ci, le vicomte d'Arinos, actuellement mimistre a Londres. Ce diplomate bresilien qui, il y a quelques jours encore representait si dignement le Bresil a Paris, eut Thonneur de
presider a Washington le tribunal ou siegeaient aussi les representants des Etats-Unis et de la France.
Enfin, les reclamations faites par plusieurs gouvernements europeens a la republique du Chili, furent jugees a Santiago par un arbitre nomme par Dom Pedro II.
Get honneur revint, tout d'abord, a M. Lopes Netto, puis a M. Lafayette Pereira, ancien premier ministre au Bresil; et, par suite du depart de ce jurisconsulte, au baron d'Aguiar d'Andrada, aujourd'hui ministre du Bresil a Lisbonne.
GUERRES DE l'uRUGUAY ET DU PARAGUAY.
Sommaire : Guerre du Br^sil centre le gouvernement de Montevideo (i 864-1 865). — Prise de Paysandu et capitulation de Montevideo. — Le dictateur du Paraguay, Lopez II, envahit la province br^silienne de Matto-Grosso. — Les grands projets de Lopez II. — L'ordre du Mdrite. — La couronne imperialc. — La presse paraguayenne du temps de Lopez II. — II envahit la r^publique argentine. — Triple alliance du Bresil, de la republique argentine et de TUruguay contre Lopez II. — ^ Victoire navale des Bresiliens a Riachuelo. — Dom Pedro II devant Uruguayana (i865). — Invasion du Paraguay par les allids (1866). — Premieres batailles. — Victoires a Confluencia, Estero Bellaco etTuyuty. — Inaction des allies. — lis sont repousses a Sauce. — Prise de Curuzu par les Bresiliens. — Les allies repousses a Curupaity (1866). — Le marechal de Cax'ias nomme generalissime des Bresiliens. — Dom Pedro a cette epoque, son activite, son patriotisme. — Le cholera dans I'armee. — Mouvement offensif de Caxias : marche de rianc. — Les cuirasses brdsiliens forcent le passage de Curupaity. — Nouvelles victoires des Bresiliens. — Passage d'Humaita par les cuirasses, et prise de Cierva. — Prise d'Humaita et du Tebicuary. — Campagne du Pikysyry : victoires de Caxias a Itororcr, Avay et Lomas Valen-
tinas. — Lopez II se refugie dans la cordillere d'Ascurra.
— Caxias, malade, retourne a Rio. — Le comte d'Eu general en chef. — Difficultes de la nouvelle campagne.
, — Victoires du comte d'Eu a Piribebuy et a Campo- Grande. — Ilpoursuitrennemi. — Cerro-Cora : Lopez II est tue. — La paix est retablie. — Dom Pedro II n'a jamais voulu trailer avec Lopez II. — Un mot de Tempereur.
— Le comte d'Eu obtient du gouvernement du Paraguay Fabolition de I'esclavage.
Parlons maintenant, succinctement, de la fameuse guerre du Paraguay, que nous avons mentionnee precedemment.
Cette guerre fut longue, mais elle fut glorieuse pour les armees bresiliennes.
Le gouvernement de Dom Pedro II avait fait de justes reclamations a celui de Montevideo, qui etait alors entre les mains du parti bianco. L'autre parti, le Colorado, dirige par le general Flores, dominait depuis quelques annees presque toute la campagne, cherchant a renverser les blancos.
Dans les republiques hispano-americaines les partis en opposition n'ont qu^un moyen d'arriver au pouvoir, c'est la revolution ei la
guerre civile. II serait impossible d'arnver a renverser un gouvernement par les elections, et le president, qui est toujours un homme de parti, prepare Telection de son successeur (i).
Les reclamations du gouvernement imperial ne furent pas accueillies a Montevideo : Vulttmatum de Tenvoye de Tempereur, le conseiller Saraiva, un des plus illustres homines d'Etat bresiliens, fut repousse (9 aout 1864). Ge ministre quitta Montevideo, et une armee bresilienne, commandee par le general Jean-Propice Menna-Barreto, baron de Sam Gabriel, envahit la republique orientale, s'empara de Paysandu (2 Janvier i865), de
(i) Le parti du general Bartholome Mitre, dont la presidence restera Tdpoque la plus glorieuse de la republique argentine, car tous ses progres datent de ce gouvernement dclaird et patriotique, le parti de Mitre, deRawson, d'Elizalde, n'a pu retourner aux affaires depuis 1868. Deuxfois il a cherche a vaincre par la revolution, et deux fois il a €x6 ecrasd. M^me aux Etats-Unis, on salt que le parti vaincu depuis la guerre de secession ne reussit a faire un president qu'au bout de 20 ans de luttes.
concert avec le general Flores, qui fut reconnu comme belligerant. Les allies marcherent sur Montevideo, qu'ils assiegerent, tandis que Tescadre imperiale de Tamiral Tamandare bloquait le port.
La place capitula le 20 fevrier i865. Par une convention signee? le meme jour entre le general Flores et le gouverneur de Montevideo, avec Tapprobation du ministre du Bresil, le conseiller Silva-Paranhos , depuis vicomte de Rio-Branco, ce general devint gouverneur provisoire de la republique, et celle-ci, Talliee du Bresil contre le Paraguay. l; On sait que le dictateur du Paraguay, Lopez II (i), avait commence en 1864 les hostilites contre le Bresil, sans declaration de guerre. II s'empara (12 novembre) du pa-
(i) Plusieursdcrivains francais ont dcrit : DonLope^.— On ne doit jamais employer le Don desEspagnols (en pertugais Dom)j de meme que le titre anglais de Sir, avanl le nom de famille : il doit preceder toujours le premier prenoyn. Ainsi, c'est Don Francois Lope:(, etnon Don Lopez, qu'on doit dire; Sir Robert Peel, et jamais Sir Peel.
quebot bresilien le Marque^ cVOlinda et emprisonna tous ses passagers et Tequipage.
Parmi ces passagers se trouvait le / colonel Carneiro de Campos, depute, nomme president de la province de Matto-Grosso. Aussilot apres, Lopez II fit envahir la partie meridionale de cette province, du c6te du jfleuve Paraguay, par le general Barrios avec 4,200 hommes et i o navires de guerre, et du cote de la frontiere de I'Apa, par le general Resquin avec 5,000 hommes.
Le Matto-Grosso n'avait alors qu'une garnison de 875 hommes dissemines sur son territoire, cinq petites canonnieres, et sa garde nation ale qui n'avait pas ete mobilisee parce qu'onnes'attendaitpas a une invasion. Toutefois, 1 55 Bresiliens, commandes par le colonel Porto-Carrero, resisterent pendant trois jours
En Portugal, en Espagne, en Italic et au Bresil, le titre de dom ou don n'appartient 'de droit qu'a quelques rares families, mais il est passe en usage en Espagne et dans tous les pays de langue espagnole de donner ce titre a tout le monde.
a Barrios, dans le petit fort de Nova Coimbra (26 au 28 decembre 1864), repousserent uii assaut, et, apres avoir epuis€ leurs munitions, opererent leur retraite dans la petite canonniere Amambahy, sans etre poursuivis par Tescadre ennemie. Dans le village de Dourados un detachement bresilien de i5 hommes, commande par le lieutenant Ribeiro (Antoine- Jean), entoure par 220 Paraguayens, refusa de se rendre, et'fut aneanti. Mais les Paraguayens se bornerent a occuper la partie meridionale du Matto-Grosso, sans oser attaquer la capitale, Cuyaba, ou un Bresilien ne Fran9ais, Auguste Leverger, contre-amiral en retraite, organisa la defense, formant, avec la garde nationale une petite armee de 2,676 hommes. C'etait bien peu de monde pour tenir tete aux 9,000 hommes de Barrios et Resquin, mais Lopez II connaissait personnellement Leverger, et la reputation de ce vieux marin arreta les Paraguayens.
Le 27 Janvier i865, le conseiller Silva Pa-
DOM PEDRO n. 127
ranhos (Rio-Branco),envoye extraordinaire du Bresil a la Plata, publia a Buenos- Aires une note circulaire qu'il adressa au corps diplomatique, et qui fut le manifeste de guerre du gouvernement imperial contre le dictateur du Paraguay.
Lopez II avait militarise son pays, qu'il gouvernait despotiquement. Le peuple paraguayen avait ete habitue a I'obeissance passive, des les premieres annees de la conquete espagnole. Les Jesuites y etablirent au dixseptieme siecle un gouvernement dont plusieurs ecrivains europeens firent Teloge. Au dix-huitieme siecle, ayant arme et discipline les Guaranys, les Jesuites oserent meme resisler aux rois d'Espagne et du Portugal. Une guerre fut necessaire pour soumettre les Indiens. Les armees du Bresil etde Buenos- Aires ecraserent celle des Guaranys a la bataille de Caaibate (1756). C'est alors que le Portugal (1759) et TEspagne (1767) expulserent ces religieux. Apres Tindependance des colonies
espagnoles, le Paraguay, sous le gouvernement despotique du docteur Francia, resta dans un complet isolement, sans avoir de relations avec le monde. Apres Francia vint Lopez I" (Carlos Lopez), mort le lo septembre 1862, auquel succeda, le meme jour, son fils Lopez II (Francois Solano Lopez).
Celui-ci, pendant la dictature de son pere, visita rapidement TEurope. A dix-huit ans, il etait deja general et avaitcommandeune armee dans le Corrientes, armee d'observation, qui n'a pas combattu.
Les casernes et les armees de TEurope, ainsi que, en France, les fetes du second empire, eblouirent ce jeune homme pretentieux et ignorant. De retour dans son pays, nomme ministre de la guerre et de la marine, il ne s'occupa que d'augmenter Tarmee paraguayenne et de creer une flotte.
Devenu president, apres la mort de son pere, il rechercha Talliance du Bresil. Mais certains hommes d'fitat bresiliens eurent peut-
etre le tort de ne pas le prendre au serieux, et il se facha.
Son projet etait d'augmenter le Paraguay au depens de la republique argentine, par la conquete des provinces de Corrientes et de I'Entre-Rios, ainsi que de Tile de Martin- Garcia, qui domine Tentree du Parana et de rUruguay. Puis, apres la victoire, il comptait, comme Napoleon P% se faire acclamer empereur.
On trouva a la douane de Buenos Aires, en i865, le modele d'une couronne imperiale que son ministre a Paris, Benitez, lui soumettait.
La meme annee, Lopez II crea VOrdre national du Merite, caique sur le plan de la Legion d'honneur, creee par le premier consul.
Maisily avait entre Tordre paraguayen et ceux de tous les autres pays, cette difference, que le grand cordon du Merit e de Lopez II ne pouvait etre donne aux presidents des republiques. L'article 3 du decret du 8 avril i865
l3o ' DOM PEDRO II.
dtait ainsi redig^ : — « A mas del Presidente Je la Republica, la Gran Cruz podra solo conferirse en el pais al Mariscal de sus Ejercitos y al Gefe de la Igiesia del Estado, y en dl estranjero unicamente a los Gefes vita~ lidos de Estados Soberanos. »
Ainsi, le grade de grand'croix appartenait de droit au president du Paraguay, et ne pouvait etre acorde par lui qu'au marechal des armees paraguayennes (il n'y avait qu'un marechal, c'etait lui-meme, Lopez II) er a Teveque de rAssompuon; a I'etranger, le chef de r^tat ne devait conferer ce grade qu'aux empereurs ei aux rois; les presidents de republique devraient se contenter d'etre grands otHciers de I'ordre de Lopez H...
Le Paraguay ne possedait qu'un seul journal, O Semanario, qui etait le journal officiel,
Pendant la guerre, trois ou quatre autres journaux furent crees pour insulter, comme le Semanario, les allies et leurs chefs, pour pu-
DOM PEDRO II. l3l
blier des eloges a Lopez et pour transformer en victoires toutes ses defaites. Ces journaux montrent bien quel etait le niveau intellectuel et moral du peuple paraguayen, apres une longue serie de gouvernements tyranniques. On ne peut se figurer rien de plus ridicule que certains articles de la presse offi* cielle de Lopez II (i).
(i) Void la traduction litt^rale d'un passage de la Estrelia (n'du lo juillet 1869), journal officiel qui avait remplaci^ le Semanario :
« Quand est-ce que I'histoire du monde a prdsente dans les sommets des temps un Genie tel que le harechal Lopez?
« Jamais... jamais.
« Alexandre, Jules Cesar, Const ant in, Frederic-Guillaunte, Napoleon, ont et^ des athletes qui, avec les ailes du genie ont pu s'^lever au-dessus de tous les champions de Mars; ils ont tous conquis I'immortalite; mais lequel d'entre eux a pu s'^lever aussi haut, lequel d'entre eux a pu dominer Tespace et I'immensite comme le marechal Lopez?
« Consliltez les epoques, consultez les siecles, consultez les lumi^res et les elements, consultez les accidents, les circonstances et les moyens, et vous verrez que le marechal Lopez est le genie des genies ! »
Un autre article du meme journal, en date du 1 3 juin 1 869, contenait un parallele entre le Sauveur Lopez et le Sauveur
I 32 DOM PtDRO n.
En 1864, le ministre Carreras, envoye au Paraguay par le gouvernement de Montevideo, reussit a detourner Lopez II de la ligne politique qu'il s'etait rrac^e et a le jeter dans la guerre centre le Bresil. Carreras persuada a Lopez qu'une alliance secrete avait ete signee enlre le Bresil et la repubtique argentine pour la conquete et le partage du Paraguay et de r Uruguay.
II paya cher cette invention, car s'etant refugie au Paraguay, apres la victoire des Bresiliens et de leur allie le general Floras a Montevideo (20 fevrier i865), il fut empri-
J^sus-Christ, a I'avantagedu premier. En voici un passage : <i Mais notre Genie Sauveur n'esl pas parti pourl'Egypte: non, il est parti, mais pour le champ d'honneur , pour le champ de bataille! Ce fut le 8 juim i865!
n II n'a pas laisse la Creche dont les feuilles vertes formaieni son berceau; il a laissi les Granbeuhs et les Gon- FOBTs de sa haute position socialeet politique; Il a laisse les doux plaisirs de la vie, pour aller courir les chaoces de rspre vie du h^ros... n
Nous avons conserve les ilaliques et lettres grasses de I'original, et nous remarquerons que ces passages 6ont cxtraits de deux articles de fonds du journal en question.
Sonne en 1868, mis a la torture et fusille le 27 septembre (1).
Lopez avait, en 1864, une armee de 80,000 hommes, tandis que celfk du Bresil
(i) Plusieurs autres Uruguayans ou Orientaux ont eu le sort du D' Carreras. Nous citerons seulement le D' Rodriguez Larreta, qui avait 6t6 secretaire de la legation de rUruguay, le colonel Francois Laguna, qui etait alle offrir ses services au dictateur, et Tancien consul Antoine Nin Reyes. Larreta et Laguna furent fusilles le 22 aout 1868, Nin Reyes le 26.
Le nombredes victimes de Lopez II, pendant lescinqdernieres annees de sa vie, a ete certainement bien superieur a celui des victimes de Rosas pendant vingt et un ans de tyrannie. La folie seulement peut expliquer la conduite du dictateur paraguayen apresses premieres ddfaites. Plusieurs de ses gdneraux, Robles, Bruguez, Barrios (son beau-frere), un grand nombre d'officiers superieurs, I'eveque Palacios, des ministres et des hauts fonctionnaires, ses deux freres, Benigno et Venancio Lopez, un autre beau-frere. Bedoya, des Paraguayens et des etrangers, sans excepter les femmes, furent fusille's, tues a coup de lance ou moururent a la torture. Lorsque Lopez fut tue, sa mere repondait a un proces et recevait regulierement des coups de baton, parce que les juges (tous officiers de Tarmee) ne lui arrachaient pas la declaration d'avoir voulu empoisonner son fils.
Les noms d'un grand nombre de Fran?ais iigurent dans les relations des fusilles trouv^es par les allies et publi^es en 1868 et 1870 a Buenos-Aires et a Rio. Parmi les dames paraguayennes et etrangeres que Lopez avait envoydes
l34 I>OM PEDRO 11.
n'en comptait que i5,ooo en temps de paix.
Mais a Tappel de rempereur, de nombreux bataillons de volontaires s'organiserent rapidement, et tine partie de la garde nationale fut mobilisee (i).
auxforets de rinterieur etqui furent libereesen 1869 par I'armee bresilienne, se trouvait M™® Lasserre, n6e Doro- TH^E DuPRAT, Tauteur d'un r^cit ^mouvant des privations et des souffrancesendureesparelleetses compagnes pen dantla guerre du Paraguay. Son frere, Aristide Duprat, fut fusing a San Fernando le 9 aout 1868; son pere, Cyprien Duprat, et son mari, Narcisse Lasserre, le 22 du meme mois.
Lopez II, qui etait devenu un fou furieux, a trouve, cependant, des republicains assez naifs pour prendre sa defense dans la presse europeenne, de i865 a 1870, tromp^s par les renseignements du ministre paraguayen a Paris. Le plus curieux est que toute correspondance entre ce ministre et Lopez ^tant devenue impossible, il arrangeait a Paris des nouvelles du Paraguay en se servant des depeches de source bresilienne et argentine publides par les journaux fran^ais et anglais.
(i) L'armee bresilienne comptait alors, outre Tetatmajor et les corps speciaux, i bataillon du genie, i regiment d'artillerie a cheval , 4 bataillons d'artillerie, 5 regiments de cavalerie, 16 bataillons d'infanterie ahuit compagnies, 2 a six compagnies, 5 a quatre, et plusieurs compagniesde garnison. En i865, al'appel du gouvernement, 56 bataillons de volontaires furent organises : i3
En avril i865, Lopez II, encore sans declaration de guerre, jetait contre la republique argentine une armee de 3 0,000 hommes, commandee par le general Robles. Cette
a Bahia, 1 1 a Rio de Janeiro (ville de Rio, 7; province, 4}, 8 a Pernambuco, 4 a Rio-Grande du Sud, 3 dans chacune des provinces de Sam Paulo, Minas-Geraes et Maranham, 2 a Para, 2 a Piauhy, i dans chacune des provinces de Ceara, de Rio-Grande du Nord, Parahyba, Alagoas ct Matto-Grosso; i compose de volontaires du Ceara, de Piauhy et de Sergipe; i (n° 16, puis n° 48) compose d'etrangers. La garde nationale de Rio-Grande du Sud a fourni presque toute la cavalerie de I'armee imperiale.
En 1 865 la "flotte br^silienne se composait de 46 navires; en 1866, de 62, dont 4 cuirasses. En 1867 les cuirasses etaient au nombre de 10 (un autre avait dte perdu en 1 866 devant Curuzu). Au mois de f(^vrier 1868 Tescadre en operations avait i3 cuirasses, 28 canonnieres, 4.500 hommes, i55 canons. En 1869 (^ivril) la flotte brdsilienne comptait (outre de nombreux transports) 85 navires, dont 16 cuirasses, 277 canons et 6.447 hommes.
Dans un ouvrage recent du capitaine de fregate Cha- BAUD Arnault, nous trouvons les passages suivants sur la marine brdsilienne pendant cette guerre : « Ses 5oo officiers , 6 ou 7.000 mariniers imperiaux et les soldats de son bataillon naval provenaient tous d'un recrutement exclusivement national. Pour I'instruction th^oriquc et pratique de ce personnel j elle poss^dait des ^coles qui,
l36 DOM PEDRO II.
■ armee allait occuper une grande partie de la province de Corrientes, tandis que Tescadre paraguayenne, par un coup de main, s'emparait dedeux canonnieres argentines, mouillees devant la capitale de la province.
k bien des points de vue, ne le c^daient en rien k celles des mcitlcures fluttes militaires de I'Europe. Son tnat6riei ^galement avait 6t€ I'objet de soins iclairis. Des ateliers de tous genres lui permettaient de construire elle-meme la majeure partie de ces navires, coques et machines; a Rio de Janeiro, des bassins de radoub se creusaient a c6t^ de nouveaux chanriers, oil Ton travaillait activement a la construction de plusieurs petits cuirasses... On peut done dire que les trois grands raouvemenra srratSgiqiies de la guerre du Paraguay ; I'investissement d'Humaiia, la prise a rcvers des lignes du Pikysyry et le transport de la division Camara sur les derrieres des debris de I'armde ennemie, ne purent a'exScuter que gr&ce au concours des batiments. Si Too ajoute a ces services de premier ordre, plusieurs brillants combats, des reconnaissances accompiies de lous cfitis, le iransport incessant des vivres et des munitions n^-. cessaires a une armde de soiiante mille hoinmea,on devra reconnaitre que les marins du Bresil mdritfercnl les plus grands ^loges pour leur intrfipiditd, Icur habile!^ et leur dfivouement n (Cbabaud Abn*ui.t, Histoire des fiottes militaires, Paris, i88g ; pages 434 et 441).
La flolte paraguayenne au mois d'avril i865 complait 39 navires et plusieurs chalands {cbatas) Voir une
La republique argentine, comme le Bresil, fut forcee d'accepter la guerre et une triple alliance fut signee a Buenos- Aires, le i"' mai i865, entre ces deux Etats et la republique orientale de T Uruguay.
Les Bresiliens debuterent par la victoire navale de Riachuelo(ii juin i865), gagnee par Tamiral Barroso, cree alors baron d'Amazonas.
Une division paraguayenne, commandee par Duarte, qui s'avancait sur la rive droite de rUruguay fut aneantie a Yatay par les allies sous la conduite du general Flores (17 aout), et les troupes paraguayennes, qui, sousle commandement d'Estigarribia, avaient envahi la province de Rio-Grande du Sud , furent for-
notedu baron de Rio-Branco dans Touvrage de Schneider, Historia da Guerra da Triplice Allianca, 3™« vol., page 194-195, Paris, 1889 (L'armee de Lopez au commencement de la guerre etait de 80.000 hommes selon Thompson, les gdndraux Resquin et Caballero (Paraguayens), de 100.000, selon le charg^ d'affaires anglais Gould et selon Masterman.
cees de se rendre a Uruguayana (18 septembre i865).
Dom Pedro II, lui-meme, etait alle rejoindre son armee de Rio-Grande du Sud, avec ses deuxgendres, le comte d^Eu et le due Auguste de Saxe, et il put ainsi assister a la reddition des Paraguayens d'Uruguayana.
A partir de ce moment Dom Pedro fut oblige, maigre lui, de quitter ses troupes et de revenir a Rio de Janeiro , car la Constitution bresilienne lui defendait de parser la frontiere de Tempire sans la permission des Chambres.
Une reception enthousiaste Taccueillit a Rio de Janeiro.
« La puissance du Bresil, » ecrivait alors le savant Agassiz, a s'affirme en ce moment meme, par la poursuite de la guerre la plus importante dont TAmerique du Sud ait ete le theatre. En effet, la lutte que soutient le Bresil n'a aucun caractere ego'iste; dans sa querelle avec le Paraguay, le peuple bresi-
DOM PEDRO II. i3q
lien doit etre regarde comme le porte-drapeau de la civilisation. Tout ce que je sais de cette guerre m'a convaincu qu'elle a etc entreprise par des motifs honorables et que, en laissant de c6te les petites intrigues des individus, inevitable suite de ces grands mouvements, elle est conduite dans un esprit de desinteressement absolu. Le Bresil , dans cette lutte, merite la sympathie du monde
civilise; ce qu'il attaque, c'est une organisation tyrannique demi-clericale et demi-mi-
litaire qui, en prenant le titre de Republique,
deshenore le beau nom qu'elle usurpe (i). »
En 1866, au mois d'avril, les armees alliees se trouvaient pretes a prendre TofFensive et a envahir )e Paraguay. EUes etaient campees sur la rive gauche du Parana, dans le territoire de Corrientes, en face du Paso de la Patria.
L'escadre bresilienne, commandee par Tamiral Tamandare se trouvait reunie au meme
(i) Agassiz, Voyage au Bresil,
point, et elle fermait I'entree du fleuve Paraguay. Le general Mitre, president de la republique argentine, etait le commandant en chet des allies. II avait sous ses ordres ii,5oo hommes de son pays; 33,ooo Bresiliens, qui formaient le i®^ corps de Tarmee imperiale sous la conduite du general Ozorio, marquis de Herval (i), et 1,680 Uruguayens commandes par le president Flores.
Le dictateur Lopez II, avec une armee plus nombreuse que la leur, les attendait au Paso de la Patria, rive droite du Parana, pres du confluent du Paraguay. Cette armee etait ainsi protegee par deux grands fleuves, par des lagunes et des retranchements.
Les Bresiliens avaient occupe avec 1,000 hommes, commandes par le colonel Villa-
(i) A la meme date, le Bresil avait dans la frontiere de r Uruguay son 2<' corps d'armee (general comte de Porto- Alegre), compose de 14,500 hommes, plus une reserve de 8,498 hommes dans le Rio-Grande du Sud, et dans la province de Matto-Grosso 6,367 hommes, commandes par le contre-amiral Leverger.
gran Cabrita, Tile, ou plutot le banc de Itapiru, en face du petit fort de ce nom.
Les Paraguayens, sous la conduite du general Diaz, attaquerent cette position et furent repousses le 10 avril 1866.
A travers un fleuve aussi large que le Paraguay, le passage d'une armee et son debarquement etaient une operation bien difficile. Elle fut pourtant realisee avec le plus grand succes par. Tarmee bresilienne, sous la protection de Tescadre imperiale, commandee par ramiral de Tamandare.
Le brave Ozorio voulut debarquer le premier, a la tete de 10,000 Bresiliens.
II parvint a tromper I'ennemi, et, seconde par le contre-amiral Alvim, il fit debarquer rapidement ses hommes a Confluencia, le 16 avril 1866.
Le meme jour, il repoussait une premiere attaque des Paraguayens, et le lendemain, il en repoussait une seconde, pres du petit fort d'ltapiru qui tombait en son pouvoir.
Des lors, les autres divisions de Tarmee alliee traverserent librement le fleuve et debarquerent sans coup ferir.
Ozorio et ses Bresiliens avaient fraye le chemin (i).
D'autre part, les cuirasses et les canonnieres du Bresil avaient force Lopez a abandonner ses retranchements du Paso de la Patria, pour aller se concentrer derriere des lignes fortifiees, qui entouraient un vaste terrain entre les forteresses d'Humaita et de Curupaity, sur le fleuve Paraguay, et les positions de Sauce, Rojas et Espinillo. Ces lignes s^appuyaient sur des marecages, sur de petits lacs, proteges par des forets, et elles etaient, sur plusieurs points, inabordables a cause du terrain marecageux qui les environnait.
Les allies, apres le passage du- Parana, se trouvaient encore au Paso de la Patria,
(i) Pcrte des Bresiliens aux combats'dei Confluencia (16 avril) et d'ltapiru (17 avril) : 3 67 hommes, tues ou blessds.
DOM PEDRb II. 143
ay ant leur avant-garde dirigee par le general Flores, a Estero Bellaco. Cette avant-garde se composait de quelques divisions bresiliennes et de la petite armee orientale.
Soudain, Lopez lanca plusieurs divisions connmandees par le general Diaz, pour tomber a Timproviste sur ces forces.
Tout d'abord, Tavantage resta aux Paraguayens. Mais Ozorio arriva, et la defaite se changea en victoire. C'etait le 2 mai' 1866 (i).
Quelques jours apres, les allies continuaient leur marche en avant et allaient camper a Tuyuty en face des retranchements de Sauce et Rojas (20 mai).
Les cartes du pays manquaient, et Ton ne trouvait pas de guides. Le Paraguay avait
(i) Partes des allies a la bataille d'Estero Bellaco : Bresiliens i.io3 hommes hors de combat et 4 canons; Uruguayens, 365 hommes ; Argentins, 49 hommes. Pertes des Paraguayens : 2.450 hors de combat, 4 canons (3 pris par les Bresiliens, i par les Uruguayens), 2 drapaux (i pris par les Bresiliens, Tautre par les Argentins).
toujours ete un mysiere pour Tetranger. D'^un autre cote, la cavalerie des allies etait litteralement a pied. On n'avait pas fait de provisions pour nourrir les chevaux, et ils avaient peri, faute de paturage.
Le general en chef Mitre se trouvait ainsi condamne, pour quelque temps, a rimmobilite.
Le 24 mai, Lopez, croyant surprendre et battre les allies, lanca contre eux ses meilleures troupes sous les ordres des generaux Resquin. Barrios et Diaz.
Une sanglante bataille s'engagea. Les allies triompherent : la defaite de Tarmee de Lopez fut complete.
Mais le president Mitre se contenta de Tester maitre du champ de bataille, faute de moyens de mobilite (i).
(i) Les allies ^taient au nombre dc 32. 000 hommes C21.000 Brdsiliens et 80 canons, io.5oo Argentins et 34 canons, 1.400 Uruguayens et 6 canons). lis furent attaquds par 25. 000 hommes. La perte des Paraguayens a et^ de 6.000 hommes tues, 7.000 blesses, 4 canons
Pendant qu'on attendaitdes chevaux etParrivee du 2" corps de Tarmee bresilienne, Flores essaya de rompre, par les bois de Sauce, les lignes ennemies.
Ozorio, malade, avait cede le commandement du i^"* corps bresilien au general Polydoro Jordam.
Le 16 juillet, une lutte acharnee eut lieu a Tendroit nomme Boqueron qui fut enleve, par les allies.
Mais le 18, voulant pousser en avant, ils subirent un echec a Sauce (i),
A ces deux combats, purent prendre part
pris par les Bresilicns et 7 drapeaux (3 pris par les Bresiliens, 3 par les Argentins, i par les Uruguayens). Void la pertedes allies : Bresiliens 719 tues (62 officiers), 2.292 blesses ( 1 79 officiers); Argentins, i26tues(ii officiers), 480 blesses (37 officiers), et 2 ^tendards; Uruguayens, 1 33 tu^s (12 officiers), i63 blesses, (16 officiers), et I drapeau.
(i) Pertes des allies aux combats de Boqueron (16 juillei) et Sauce (18 juillet) : — Bresiliens, 3.6 11 homnies hors de combat (262 officiers); Argentins, 749 (59 officiers), Uruguayens, 25o hommes (20 officiers).
146 nOM PEDRO n.
seulement quelques divisions des allies , dont les pertes furent tres grandes.
Enfin, au mois d'aout, une partie du 2** corps bresilien , commande par le general comte de Porto- Alegre , arriva.
D'accord avec Tescadre bresilienne de Tamiral Tamandare, il opera du cote du fleuve Paraguay.
Le 2 septembre, apres un bombardement qui fit perdre aux Bresiliens le cuirasse le RiO'de- Janeiro, touchepar une torpille, Porto- Alegre prit d'assaut le fort de Curuzu, ouvrage avance de Curupaity (i).
II reclama des renforts pour aller en avant, et une discussion s'ensuivit. L'unite du commandement fit defaut; les generaux allies ne parvinrent pas a s^entendre.
(i) Prise de Curuzu: perte des Bresiliens, 72 officiers et 861 soldats ou marins hors de combat, et un cuirasse detruit; perte des Paraguayens, 2.5oo hommcs, 1*3 canons, 3 drapeaux. La position avait ete attaquec par le 2" corps bresilien (8.1 37 hommes) et par I'escadre imperiale.
Pendant qu on discutait et que I'on echangeait des lettres, Lopez fprtifiait de plus en plus Curupaity.
Enfin, le president Mitre, avec la plus grande partiede Tarmee argentine, arriva a Curuzu pour attaquer Curupaity avec i'aide du 2® corps bresiiien.
L'assaut fut donne le 22 septembre 1866.
Cefut une defaite (i).
II fallut attendre de nouveaux renforts.
(i) Curupaity fut bombarde par Tescadre brdsilienne ei attaquee "par 9.000 hommes d*infanterie et d'artillerie argentine (president Mitre, general en chef des allies), et par le 2« corps d'arm^e bresiiien (comte de Porto Alegrej, qui avait alors io.38o hommes, dont 3.900 de cavalerie. Ce fut le seul combat dans lequel les forces combinees des Argentins et des Bresilicns etaient a peu pres egales. Les premiers ont eu 2.082 hommes hors de combat (i63 officicrs) et les Bresiliens 2.020 (207 officiers). Cette ddfaite a produit a Buenos-Aires la plus grande emotion , car un grand nombre des meil- Jeurs officiers argentins y ont pdri. C'est d'ailleurs, jusqu'ici, dans I'histoirc militairc de la r^publique argentine, le combat ou scs armees ont subi de plus fortes pertes. Les Paraguayens n*ont eu dans cette journee que 25o hommes hors de combat, selon Resquin.
La petite armee argentine qui ne comptait alors que dix mille hommes, en grande partie etrangers, parce que les gouverneurs de presque toutes les provinces refuserent au gouvernement federal de lui fournir des contingents de troupe, fut obligee d'envoyer 6000 hommes dans les provinces interieures de la republique, pour y retablir Tordre.
Depuis cette date, la republique argentine ne reussit pas a avoir dans le Paraguay plus de 6.000 hommes jusqu'au commencement de 1868. Ce chiffre fut reduit encore a-3 a 4.000 hommes, des le mois de Janvier 1868 (i).
(i) Nous trouvons le passage suivant dans un livre de Sir Richard Burton, qui a visits en 1868 les campements des allies : a Un sentiment excessif de fkrte nationale regne parmi les Bresiliens a cause de leur grande superiority numdrique vis-a-vis de leurs allies; tandis que les Argentins, comme il nous est arrive en Crimee, s'attristent de jouer un r61e si visiblement secondaire (whilst the Argentines, like ourselves in the Crimea, are sore about playing a part so palpably second fiddle). wVoir Burton, Letters from the Battle-fields of Paraguay , page 323-27 (Londres 1870).
Malgre la sauvage agression de Lopez II et Tinvasion
fe^
L'armee de TUruguay ne comptait plus que 5oo hommes sous le general Henri Castro, le president Flores s'etant retire a Montevideo, ou peu apres il fut assassine (20 fevrier 1868).
A la nouvelle du revers de Curupaity, Dom Pedro II, et toute la nation bresilienne comprirent qu'il fallait faire un effort.
Le vieux marechal de Caxias fut investi du supreme cofnmandement de toutes les forces bresiliennes au Paraguay. L'amiral de Tescadre fut place sous ses ordres.
Le marechal arriva a Tuyuty, en novembre 1866. Aussitot, il s'occupa de reorgani-
du Corrientes en i865, la guerre n'etait pas populaire dans les provinces argentines, ou les anciens f^ddralistes (Urquiza, gouverneur de TEntre-Rios, et bien d'autrcs) faisaient des voeux pour la victoire du dictateur paraguayen. Ajoutons que la r^publique argentine n'etait pas encore le pays florissant qu'elle est aujourd'hui. Sa population n'etait alors que de 1.800.000 habitants. Le Bresil a du m6me lui fournir un emprunt de guerre, que la r^publique, d'ailleurs, lui a rembours^ apres la paix. La grande prospdritd de la rdpublique argentine date pr^cis^ment de cette guerre.
l50 DOV. PEDRO II.
ser rarmee et de discipliner les bataillons de volontaires qui accouraient.
De son c&te, Dom Pedro II, qui deja avait affecte aux depenses de la guerre un quart de sa liste civile, passait une grande partie de son temps dans les arsenaux, activant avec ardeur les travaux et Texpedition de tout ce qui etait necessaire a Tarmee et a la flotte.
Dans une des visites qu'il faisait un jour a Tune des forteresses de Rio, un gros canon eclata. Plusieursofficiers furent tues ou blesses. Dans cette douloureuse circonstance, on eut a admirer le calme et la presence d'esprit de Tempereur, ainsi que la bonte avec laquelle il prodigua des soins aux blesses.
Quelle activite ne deploya-t-il pas en cette solennelle circonstance, et combien ne fut-il pas seconde a la fois et par son peuple et par ses ministres, surtout, par Zacarias de Vasconcellos, Ferraz, cree baron d'Uruguayana, Saraiva, Silveira Lobo, le marquis de Paranagua, Affonso Celso, aujourd'hui vicomte
DOM PEDRO II. l5l
d'Ouro-Preto, le marquis de Muritiba, et le baron de Cotegipe!....
Dom Pedro II etait alors dans la force de Tage. En i865, il avait quarante ans. Cest pourtant pendant cette guerre que ses cheveux d'un blond d'or commencerent a blanchir.
On le voyait toujours preoccupe, pensif, souffrant des lenteurs de cette guerre lointaine et laborieuse, mais toujours confiant dans la victoire finale, toujours encourageant les manifestations du patriotisme national.
Toutes les fois que des troupes partaient pour le Paraguay — et il partait des renforts chaque semaine — Dom Pedro II serendait a bord des transports de guerre, examinait
toutet serrait la main aux officiers et aux soldats.
La nation bresilienne se montra digne de cet empereur patriote. Ce fut un admirable elan de patriotisme. Fagundes Varella, un poete mort jeune, mais qui restera un des plus grands poetes lyriques de la langue portu-
gaise, — le chantre inspire qui a produit les Vo:{es d^ America, les Cantos Meridionaes, VEvangelho das Selvas, et plusieurs autres oeuvres justement populaires, — a public, dans Tannee qui a precede cette guerre, une de ses plus belles poesies, — A Dom Pedro 11. — EUe se terminait ainsi :
Oh ! nao consintas que teo povo siga Louco, sem rumo, deshonroso trilho !
Se es grande, ingente, se dominas tudo, Tambem da terra do Brazil es filho!
Abre-lhe os olhos , o caminho ensina Aonde a gloria em seo altar sorrf, Dize que viva, e viverd tranquillo, Dize que morra , e morrerd por ti !
A cette epoque, les petites rivalites provinciales disparurent. Les habitants de TAmazone, de Pernambuco, de Bahia, de Rio- Grande du Sud se montraient egalement fiers du nom de Bresiliens et ne songeaient qu'a la gloire de la patrie commune.
On voyait de trop pres , par Texemple de la
republique argentine, le cote faible des organisations federales hispano-americaines.
Les renforts partaient pour le Paraguay; mais, Texpedition envoyee de Rio au secours du Matto-Grosso, ayant a traverser des distances enormes, n'arrivait dans cette. lointaine province, qu'apres deux annees de marche. En 1867, une des divisions de cette petite armee s'empara de Corumba, qu'elle dut aussitot evacuer, parce que de grands renforts arrivaient aux Paraguayens, maitres encore de la navigation", Huma'ita, au sud, fermant le passage a la flotte bresilienne. Une autre division, commandee par le colonel Ca- . misao, penetra imprudemment dans le territoire ennemi par la frontiere de I'Apa. Mais, toujours victorieuse, elle dut retourner, faute de vivres, et battre en retraite sur Nioac. Cette retraite memorable a ete racontee dans un livre tres estime en France (i).
(i) A. d'Escragnolle Taunay, la Retraite de Laguna (Paris, 3« ed., E. Plon, dditeur).
Lorsque le marechal de Caxias , ayant pris toutes ses mesures, se disposait k prendre TofFensive, le cholera vint ravager les campements des allies et ceux de rennemi.
II fallut vaincre, tout d'abord, repidemie, et suppleer, par de nouveaux renforts, aux
milliers de victimes de ce terrible fleau.
Enfin, vers la fin de juillet 1866, Caxias, apres avoir fait abandonner la position de Curuzu, sur le Paraguay, concentra les armees alliees a Tuy uty, et , y laissant le general de Porto- Alegre pour garder cette base d'operations, il executa une marche de flanc pour aller se placer au nord d'Humayta et entourer, autant que possible, les vastes lignes des retranchements paraguayens (i).
(i) Voici la composition de rarmee alliee a cette epoque (22 juillet 1867) :
General en chef, le marechal de Caxias.
Briesiliens. — i^"^ et 3^ corps, en marche pour Tuyu- Cue, 21.521 hommes(gdn^raux Argollo et Ozorio); 2® corps, a Tuyuty, io.33i (general Porto-Alegre) ; retranchements du Chaco (colonel, puis general Gurjao) 1.098; campement d'Aguapehy (general Portinho) 2.600; garde des
Le 3 1 juillet 1869, il s'empara de Tuyu- Cue, et, deslors, il chercha a priver rennemi des ressources qui lui venaient de Tinterieur.
Le 20 septembre, la division de cavalerie bresilienne, commandee par le general Andrade Neves, remportait une victoire a Pilar, et , ie 24 , un vif combat etait livre a Estero Rojas entre les troupes du comte de Porto- Alegre et les Paraguayens, qui avaient essaye de s'emparer d'un convoi de vivres.
Feu apres, plusieurs divisions de la cavalerie bresilienne, sous la conduite du general Victorino Monteiro, parvenaient a detruire celle dePennemidans les combats de Pare-Cue (3 octobre 1 867) et de Tatayiba (21 octobre).
Le 29 octobre et le 2 novembre, le gene-
depots et des hopitaux a Paso de la Patria et k Corrientes 4.499; dans les hopitaux 10.557; dans la province de MattoGrosso 7,000.
Argentins : — A Tuyuty, 700 hommes ( colonel Baez] ; en marche pour Tuyu-Cue 6.016 (gen. Gelly y Obes).
Urugayens : — 5oo hommes, en marche pour Tuyu- Cue (g^n. Castro).
ral Menna Barreto (Jean-Emmanuel) s'emparait de Potrero Obella et de Tayi. Cette derniere position est situee sur la rive gauche du Paraguay, en amont d'Humaita.
Deux canonnieres des Paraguayens furent coulees par la batterie bresilienne etablie a Tayi, des le premier jour de Toccupation.
Les cuirasses bresiliens, sous la conduite de Tamiral Ignacio (vicomte d'Inhauma) avaient deja force le passage de Curupaity (i5 aout 1867) et se trouvaient entre cette forteresse etcelle d'Huma'ita (1).
Pour forcer les batteries d'Humaita, Tamiral n'attendait que Toccupation de Tayi et Tarrivee de six cuirasses d'un faible tirant d'eau que Ton construisait a Tarsenal de Rio et auxquels on travaillait jour et nuit.
Dom Pedro II et son conseiller Affonso
(i) tt Le 1 5 aout 1867 I'amiral brdsilien Ignacio, renouvelant la manoeuvre hardie dont Farragut avait plusieurs fois donn^ Texemple... w (De Poyen, Du role de Vartillerie navale depuis la creation de la marine cuirassee, Paris," 1882.)
DOM PEDRO IF. iSj
Celso, alors ministre de la marine, activaient les travaux par leur presence. En quelques mois, ces six cuirasses furent en route pour le Paraguay. lis y arriverent en fevrier 1868.
Cependant Lopez, comprenant le coup que Caxias lui avait porte par Toccupation de Tayi qui lui coupait ses communications fluviales avec la capitale, essaya des le lendemain de cette occupation, le 3 novembre 1868, de surprendre la base d^operations des allies a Tuyuty.
Tout d'abord, Taile gauche des Paraguayens , commandee par le general Caballero , reussit a surprendre la droite du campement, formee par les Argentins et par un bataillon d'artillerie bresilien. Ce bataillon tout entier fut fait prisonnier, et les Argentins furent mis en derouie.
L'aile gauche des Bresiliens repoussa Tattaque. Mais les Paraguayens de la droite ayant penetre par les lignes argentines, vinrent aboutir devant la redoute centrale, ou
1 58 !)0M PEDRO [l.
le comte de Porto-AIegre se banit comrne un simple soldat.
Apres plusieurs assauts repousses, alors qu'un grand nombre de Paraguayens s'occupaient a saccager le campement oil stationnaient les marchands, les Bresiliens prirent I'offensive, et les assaillants fureni mis en fulte, laissant, sur le champ de bataille, le tiers de leur effectif.
Telle fut cette seconde bataille de Tuyuiy(')-
(i) Les colonnes d'attaque des Paraguayens, sous ie commandement du general Barrios, formaient un total de 9,000 hommes, selon Resquin, chef do r^iat-major paraguayen. Le comte de Porto-AIegre avail sous scs ordres 7,800 Bresiliens et 710 Argentina (240 hommes de la Legion paraguayenne sont compris dans ce dernier chiffre). Mais, 1,600 Bresiliens, sous la conduite du colonel, puis gdn^ral, A. da Silva-Paranhos, dtaicnt partis pour prot^ger Ic convoi dcs vivres a TuyQ-Cue, et 5oo hommes gardaient Ic Paso de la Patria, qui ^lai' le port du campement de Tuyuiy. Porto-AIegre n'avait done, au moment de I'atiaque de I'ennemi, que 5,700 Bresiliens et 710 Argentins et Paraguayens occupant une grande ilcnduc de retranchements. C'est avec 2,000 hommes reunis dans la redoute centrale, qu'il a pu
Le 19 fevrier 1868, avant le Jour, six cuirasses bresiliens, commandes par Delphim de Carvalho, forcerent les fameuses batteries d'Humaita pendant que les grands cuirasses et tous les autres navires, formant Tescadre de Pamiral Inhauma, bombardaient les lignes ennemies (i). Les cuirasses de Delphim de Carvalho, arriverent a Tayi, ou quelques-uns d'entre eux durent stationner pour qu'on re-
tenir tete a Barrios jusqu'a Tarrivee de la brigade Paranhos et des renforts br^siliens. La perte des Bresiliens a ete de 269 hommes tues, 1. 165 blessds, et 894 prisonniersr(dont 14 officiers), soit un total de t,8i8 hommes hors de combat (i57 officiers). lis ont perdu un canon et le drapeau du 4" batailloji d'artillerie. Les Argentins (et les Paraguayens de la Legion) ont eu 35 tu^s, i5i blesses et 5i prisonniers (dont 2 officiers), ou 227 hommes hors de combat (26 officiers), 12 canons et 3 dtendards pris par Tennemi. La perte des Paraguayens a dte de 2,784 tu^s, i55 prisonniers, 1,200 blesses, et a drapeaux pris par les Bresiliens.
(i) « L'expddition avait done 6t6 menee a bonne fin, nialgr^ de graves avaries, et elle rappelle, par sa hardiesse, les exploits de Farragut a Mobile et a la Nouvellc Orleans... » (de Poyen, ouvrage cite) « Cdtait pour la ma. rine bresilienne un tres beau succes, qui seul rendit possible rinvestissement complet d'Humaita » (Chabaud-
parat les grandes avaries qu'ils avaient subies.
Le meme jour, Caxias prenait d'assaut le Rcducto Cierva, ou Establecimiento.
Des lors, Lopez ne se sentit plus en securite a Humaita, surtout ayant vu repousse {■1 mars) un premier abordage contre deux cuirasses bresilicns. Bientot il' traversa le fleuve en face de cette forteresse, a travers Ics forets et les marecages du lerritoire du Cliaco (rive droite du Paraguay) , pour aller organiser de nouvelles lignes de defense, plus au nord, sur le Tebicuary.
Lo 21 mars 1868, Caxias reussit a rompre les lignes de Curupaity, Sauce, Rojas et Kspinillo. II commen^a alors le siege d'Hu-
B, ouvr. cite). Cette victoirc fut rem port fe le jour crsaire de la seconde bataille de Guararapcs [19 r 1649), S^gnee par les Bresilicns et les Portugais sHollandais qui occupaietit alors quelques places
dans le nord du Brdsil. On sait que la guerre des iens conire I'invasion hollandaise au dix-scptieme
a durd vingt-qualre ans (i63o-i654).
Au mois de mai, plusieurs autres combats eurent lieu au moment ou deux divisions, Tune bresilienne, Tautre argentine, occuperent Anda'i, sur la rive droite du Paraguay.
Le 16 juillet, une reconnaissance poussee jusqu'a Humaita se transforma en un combat ou le corps d'Ozorio subit des pertes considerables.
Quelques jours apres, les Paraguayensd'Humaita evacuerent cette position pour s'echapper par la rive droite du fleuve, a travers les lacs et les forets du Chaco. Mais ils furent assaillis par les allies a Isla-Poi, sur la Laguna Vera, et, apres plusieurs jours d'une lutte opiniatre, les debris de cette garnison mirent bas les armes, le 5 aout (i).
(i) Le 5 aout 1868. Les operations du marechal de Caxias pour investir les lignes d'Humaita, Espinillo, Sauce, Rojas et Curupaity avaient ete commencees le 22 juillet 1867.
La prise de ces fortifications couta aux allies, pendant cette periode, la perte suivante : — Bresiliens, 1.3 1 5 tues (i56 officiers), 4,989 blesses (481 officiers), 56o prisonniers (16 officiers); total 6,864 Bresiliens hots
Caxias marcha alors vers le nord, s'empara des fortifications de Tebicuary, mais, le i''^ octobre, il se trouva devant celles du Pikysyry qu'il ne put ni attaquer de front, nitourner, a cause des marais qui les protegeaient (i).
II prit alors le parti de faire ouvrir une
de combat {653 qfficiers)^ i canon, i drapesLWy ArgentinSf i63 tues (14 officiers), 243 blessds (29 officiers), 96 prisonniers(9 officiers); total, b 02 Argent ins hors de combat (52 officiers), 12 canons, 3 etendards; Uruguayens, i tue, 3 blcssds. Pertes des Paraguayens (22 juil. 18G7-5 aout 1868), 7,600 tues, 2,378 prisonniers (137 officiers,) et environ 4.900 blesses; 20 drapeaiix pris par les Bresiliens et 4 prdsentes aux allies a la reddition d'Isla-Poi; 207 canons, dont 18 pris par les Brdsiliens, i abandonne aux Bresiliens, \()% abandonnes a HumaitA, 14 a Acaunguazu, 6 presentes a Isla-Poi; 4 canonniferes, armees de 29 canons, detruites par les Bresiliens, ainsi que 2 chalands et un transport.
(i) Effectif de Tarmee alliee sous le marechal Caxias le 29 septembre 1868. Bresiliens : en marche sur le Pikysyry, 25,950 hommes (i"* corps, general Machado dc Bittencort, ii,55o; 2ecorps, gdn^ral Ozorio, 14.057; train des equipages 343); a Humaita 5,002 (2« corps, general Argolo); total, 3i,o52 hommes, dont genie, artillerie et pontonniers, 3,o33 hommes; infanterie 21,294; cavaleric 6,282, train, 343. Uraguayens, en marche sur le Piky-
route a travers les forets marecageuses de la rive droite du Paraguay. Puis, protege par les cuirasses de Tamiral Inhauma, il traversa, a la tete de i8,ooo Bresiliens, le fleuve et la nouvelle route, et vint debarquer au nord des positions ennemies (i).
Quelques jours apres cette marche audacieuse, la route du Chaco fut detruite par une inondation.
Le 6 decembre, une bataille s'engagea sur la riviere d'ltororo, entre Caxias et
syr)', 3oo hommes (general Castro). Ai'gentins, 4,3oo hommes sous le general Gelly y Obes. Le mois de juin ce gdndral avait du envoyer une partie de ses troupes pourcombattre les revoltes du Corricntes, et le i5 aout il annonca a Caxias que, selon les ordres de son gouvernement', il devait rester a Humaita , et que peut-etre il serait appele, avec toute son armee, a aller etouffer des revoltes; cependant, les principaux dangers interieurs ayant dte ecartes, cette petite armee debarqua a Palmas, devant le Pikysyry, et y rejoignit les Bresiliens (27-30 scptembre).
(i) EflFectil* de I'armee de Lopez a Lomas Valentinas etses environs dans les premiers jours de decembre i 868 : — Corps du general Caballero, 6,600 hommes; retranchements de Lomas Valentinas et du Pikysyry, 13,000; An-
ie general paraguayen Caballero. Le pont d'ltfiroro fut pris et repris plusieurs fois. 11 dcmeura, enfin, entre les mains des Bresilicns.
Selon son habitude, Lopez se faisaii battrc en detail.
Le 1 1 decembre, nouvelle bataille a Avay, nouvelle victoire de Caxias sur Caballero, dont les soldats opposereni aux Bresilicns, en rase campagne, la plus heroTque resistance. Ceite defaite est le plus beau fait d'armes des Paraguayens pendant toute la guerre.
Le 21 du meme mois, Caxias, ayant ref u des renforts, commenca Tattaque de Lomas Valentinas (Lomas de Ita-Ibate et de Cumbarity) ou se trouvait Lopez lui-meme.
C'etait la premiere fois, dans cette guerre, que le dictateur faisait a ses soldats I'honneur
pislura, i,3(K>. L'attaque des Brdsi liens commcncec,Lope2 rcL-ui un rcnfort de 1,600 hommes. Toial 22,5oo. Effeciil Jc Tarmde allidc (5 dec.) sans compter 911 BresHieiis, rtsiiis a Humalii : — Bresiliens, 14,660 ; Argentins, 4,3oo C'niffiiayens, 3oo. Total, 39, 266 fiocumes.
DOM PEDRO ir. 1 65
de se trouver au milieu d'eux, a la portee des boulets ennemis.
Cette attaque dura depuis le 21 jusqu'au 27 decembre.
Des le 21, les premieres lignes de Lomas Valentinas furent enlevees et routes les lignes de Pikysyry prises de travers. Les allies qui se trouvaient a Palmas, purent franchir la barriere du Pikysyry pour se joindre a Caxias.
Le 27, Lomas Valentinas tomba au pouvoir du marechal de Caxias.
L'armee paraguayenne etait aneantie, et Lopez prenait la fuite, suivi d'une soixantaine d'officiers et de soldats.
Cette glorieuse victoire couta des pertes enormes a Tarmee bresilienne, qui fut decimee a Itororo, a Avay et surtout a Lomas Valentinas. La moitie de son effectif fut mis hors de combat. Des bataillons entiers avaient ete detruits (i).
(i) Pertes des allies pendant la campagne du mois de decembre 1868 : — Bresiliens, 2,099 tuds (145 officiers),
|66 r»OM PEDRO l[.
Quelques jours apres (3o dec.) avail lieu la reddition d'Angostura oil commandail I'Anglais Thompson, ei Caxias faisait son entree a
7,g8o blesses {6ii officicrs), soit 10,07*) ^'''^ '^^ ^'*'"" bat (80C officiers); Argentins, 99 tu^s (9 officiers), Ji)4 blesses {s6 officiers], ou 464 homrfies hors de combat (35 officicrs), ct i drapeau, Tocal des pcrtes des Allies, io,55o hommes hors ile combar. Les Paraguayens ont eu Icur arm^ anfantie ; ils ont perdu 26 drapcaui (21 pris par lesBrdsiliens, 3 par les Argentins, ei 3 rcmis aux Allies a Angostura), et 109 canons (i6 a la reddition d'Angostura, 90 pris paries Bri5si liens, 3 par les Argentins). -- Effectifde Varmce allicele 3i decembre i8(J8 dcvant Angostura et Villeia; Bresiliens, 17,377 hommes (gftiie, ariillcrie, sapcurs el puntonniers 3,741 , cavalerie 4,025 ;infanterie 10,61 1); Argentins, 4,000; l/rug-uaj'eiis, 3oo. Total: 21.678 hommes, oufrc 4H0 Bresiliens a Humalti. La cumparaison dc ces chilfres avcc ccux que nous avons donnds dans la note precedcnte monirc combicn ccitc campagne du Pikysyry a ^1^ rude. On nc pouvait pas ddtruirc aussi completement 22,000 Paraguayens, qui presque toujours poussaient la resistance jusqu'a la derniere extr^mitd, sans subir des penes inormos. Ajouions que sans I'lncapacitii de Lopez, cc
resullal n'aurail pu £trc ubicnu par Caxias,
ar a 9.000
hommes nesontpasunc force suffisantepourc
n atiaqucr
31,000 protdgds par des fortili cations. Nol
s croyyns
que L'histoirc militaire n'offrc pas un aulr
cxemplc
d'unc luttc aussi sanglanic, loutes proportion
s gardies.
Les troupes bresilie
Asuncion, capitale du Paraguay, qu'il trouva deserte.
Les Bresiliens resterent maitres du cours du Paraguay et la navigation jusqu'a Matto- Grosso fut retablie.
Dans sa fuite, Lopez avait rencontre a Cer-
voure et une admirable tdnacite en conservant les positions conquises dans la journee du 21 decembre. On a vu des bataillons, composes en moyenne de 3o officiers ct 400 soldats, perdre plus de la moitie de leur effectif, mais les debris de ces bataillons, incorpores a d'autres, continuaient a tenir bon , en defendant toute la nuit les 23 canons pris a Lomas (32 autres avaient 6t6 pris dans la ligne de Pikysyry), jusqu'a ce que I'ennemi, le lendemain, renon^a a reprendre ces positions. Le vieux mafechal de Caxias ne dcscendit pas de cheval un seul moment, et visita toute la nuit les lignes du feu ou les officiers et soldats brdsiliens se battaicnt aux cris mille foisrepetes de — vive Tempereur. — Les correspondants desjournaux, qui observaient de Tescadrc bresiliennela fusillade incessante sur les collincs lointaines, ont dit que le spectacle pendant la nuit etait feeriquc. Le 25® bataillon de volontaires (Bahia) a compte 335 hommcs (27 officiers) hors de combat; le 24"^ (Rio) 299 homines (20 officiers); le 51" (Pernambuco) 266 hommes (9 officiers); le i®*" bataillon dc rarmec reguliere (Rio), 202 hommes (14 officiers); le 16% 23i (22 officiers), et ainsi plusieurs autres.
l68 DOM PEDRO fl.
ro-Leon des troupes qui venaient le rejoindre; avec elles, il se diiigea vers les cordilleres d'Ascurra, dans Tinterieur du pays, oil il reussit a organiser une nouvelle armee (i).
Le marechal de Caxias, malade, dut laisser le commandement de Tarmee, en Janvier 1 869, au general Guilherme. de Souza, et partir pour Rio, avec Tespoir d'y retablir sa sante. II recut de Tempereur, a son arrivee, le titre de due et le grand cordon de Tordre de Dom Pedro I", honneurs bien merites qui, depuis la fondation de Tempire jusqu'a pre-
(i) On a beaucoup blam^ a cette epoque le mar^chai de Caxias parce que dans un ordre du jour il avait 66clard, que, a son avis, la guerre ^tait terminee. II s*est trompe comme tout le monde, car Lopez avait jure d'exterminer le malhcureux peuple paraguayen. Le general argentin Gelly y Obes, lui aussi, a cru que tout etait termine puisque dans son rapport du i«' Janvier 1869 surla prise deLomasValentinas nous lisons ce passage : « ... en esta ultima batalla, como con verdad la blama el senor jeneral Rivas.... » Ce dernier g^n^ral avait ^crit dans son rapport du 3 r decembre : « Al terminar el parte de la ultima batalla de esta gloriosa campana... »
DOM PEDRO n. 169
sent, n'ont jamais ete conferes a aucun autre Bresilien.
Ce fut alors que le prince Gaston d'Orieans, comte d'Eu, fils du due de Nemours et epoux de la princesse imperiale Dona Izabel, Theritiere du trone du Bresil, fiit nomme general en chef de Tarmee imperiale en operations. II en prit le commandement le 16 avril
Des lors, il commenca les preparatifs de la campagne dans Tinterieur du pays, ou les difficultes de transports et d'approvisionnements devaient etre grandes, car on allait se trouver dans une region couverte de montagnes, de gorges, de forets vierges, d'un acces laborieux, se pretant admirablement a la defense, surtout contre des armees privees de cartes du pays et de renseignements exacts. Au mois d'avril 1 869, Lopez avait une armee de 16,000 hommes et environ 1 10 canons.
Le comte d'Eu ne s'effraya point des difficultes de sa mission. II sut deployer, au
170 TjOM PEURO II.
service du pays qui I'avait adopte et qui lui confiait le sort de ses armes, de precieuses qualites d'administration et de bravoure qui justififerent pleinement le choix de I'empereur et de son gouvernement.
Commandant Tarmee bresilienne dans cette derniere panic de la guerre contre le Paraguay, le comte d'Eu fit son devoir de general en chef et de soldat.
Apres avoir reuni tous les renseignements possibles sur les nouvelles positions occupees par le dictateur Lopez et sur I'interieur de ce pays inconnu; apres avoir assure a ses operations tous les moyens de marche et de mouvement, le comte d'Eu attira t'attention de Lopez vers Ascurra, en le menacant de ce c6te-la. En meme temps, il faisait lui-meme un grand detour a la tete de la principale partie de I'armee bresilienne; il traversal! des gorges et des defiles presque impraticables, s^ouvrait des sentiers dans les forets, et se presentait, a I'improviste, sur
les plateaux qu'occupait rennemi, dont les positions furent ainsi tournees.
Quand Lopez refut la nouvelle de ce hardi mouvement, il ne songea qu'a battre en retraite vers les deserts de Tinterieur.
Cette retraite eut ete impossible, si la petite armee argentine, sous les ordres du general Emilio Mitje, jointe a une division de larmee bresilienne, neut perdu quelques jours avant de se frayer un passage d'un autre cote, par Altos.
Cependant, bien que le mouvement du comte d'Eu n'eut pas ete seconde au gre de ses desirs, la rapidite avec laquelle il s'elanca sur Tennemi lui permit de prendre d'assaut la ville de Piribebuy (12 aout) (1), qui etait alors la capitale du Paraguay, et de poursuivre de pres Tarmee ennemie.
Pour arreter la marche intrepide du jeune Prince et avoir aussi le temps de prendre la fuite, le dictateur Lopez ordonna au gene-
(i) Piri, jonc, bebuij leger.
ral Caballero d'attendre les Bresiliens avec la plusgrande partiedel'armee paraguayenne.
Une bataiUe s'engagea, alors (16 aout), a Campo-Grande, ou Nu-guazu, pres de Bareiro-Grande.
Pendant quelques heures, elle demeura indecise. Alors, le comte d'Eu, quoique general en chef, emporte par sa fougue martiale, s'aventura si avant et si temerairement, que ses aides de camp, Rufino Galvao, Salgado, d'Escragnolle Taunay et Almeida Castro, (i) ie voyant a quelques pas de I'ennemi, se jet&rent a la tete de son cheval, pour I'arrSter ei Tarracher a une mort ceriaine (1).
(1) M. d'EscRAGNOLLE Taunav, Bresilicii de naissance, hommedelettres,dcrlvainetorateurillustre,estauiourd'hui, a^nateur de I'cmpire. C'est un des petits-lils de notre peintre Nicolas-Antoine Taunay, membre del'Institut, Ie Poassindes pelils tableaux, comme I'a surnommd Charles Blanc dans 9on Histoire des Peintres de I'Ecole /rancaise. On Irouve au Bresil bien d'autres noms fran^ais. Cilons cetui du comte Henri de Beaurepache Rohan, comte dans les nobiliaires franjais, vicomte au Bresil, et gindral de I'arm6e bresilienne. II a etc ministre de la guerre. C'est Ie
Caballero fut battu, et son armee inise en deroute, ecrasee.
A la suite de cette victoire, le comte d'Eu organisa des expeditions partielles qui poursuivirent dans toutes les directions les debris de Parmee de Lopez II.
Plusieurs engagements eurent encore lieu dans les forets de rinterieur ou Tennemi errait, cherchant a eviter les combats. Enfin, le I®'' mars 1870, un des lieutenants du prince, le general Camara, parvint a surprendre Lopez II a Cerro-Cora, sur la rive gauche de TAquidaban, pres des frontieres du Paraguay et de la province bresilienne de Matto-Grosso.
Le dictateur, qui he comptait plus qu'un
fils du comte de Baurepaire, emigre en Portugal au commencement du siecle, puis general au Bresil.
Quant aux autres officiers dont il est question ici, M.ALMEmA Castro, est aujourd'hui major honoraire de Tarmde (il etait officier des volontaires) ; M. Salgado, alors capitaine de frdgate,est aujourd*hui contre-amiral et baron de Corumba; M. R. Galvam, alors colonel, est aujourd'hui general et vicomte de Maracaju.