‹ Dom Pedro II, empereur du BrésilChapitre 9 sur 31 · CIVILISATION ET PROGRES · texte numérisé non relu

CIVILISATION ET PROGRES

Sommaire : CEuvre de civilisation et de progres. — Des 1 849, la pacification etait faite, Tunite nationale assuree.

— Suppression de la traite des noirs(i85o). — Dom Pedro II et le marquis de Parana. — Politique de conciliation (i853-i858). — Construction des premiers chemins de fer et des lignes tddgraphiques ( 1 854-1 858).— On commence a attirer les colons europeens, a augmenter les ecoles. — Apaisement des esprits, grace a la politique de conciliation. — Un passage de Ribeyrolles sur la premiere partie du programme de Dom Pedro II. — Les deux grands partis constitutionnels momentanement confondus a cette epoque, se separent en 1 858. — lis s'alternent depuis dans le gouvernement. — Serie des changements politiques a partir de 1 85 3. — Ce qu'etait le Bresil au commencement du regne de Dom Pedro II, ce qu'il est maintenant. — Chiffres de 1840 et des dernieres annees. — Recettes.

— Valeur comparee de la production en 1840 et aujourd'hui. — Chiffres du commerce exterieur. — Chemins de fer. — Telegraphes. — Immigration.

C'est a partir de cette epoque que commence pour le Bresil , grace a son empereur et aux ministres dont il sut s'entourer, une ere de

progres qui excite Tadmiration de tous ceux qui ont connu la situation de ce pays pendant la minorite de Dom Pedro II.

II faut lire ce que les voyageurs europeens, dignes de foi et sympathiques au Bresil , ont ecrit sur Tetat de ce grand empire a ses debuts et pendant la minorite de Dom Pedro II.

II faut comparer les descriptions de Debret , de Ferdinand Denis, d'Auguste de Saint-Hilaire, de Rugendas , de Kidder , avec celles des etrangers qui dans les trente dernieres annees, ont visite le meme pays : Charles Reybaud en i856; Charles de Ribeyrolles avant i860; Kidder (second voyage) et Fletcher en 1879; Agassis en i865; le baron de Hiibner en 1882. II faut comparer le Bresil de 1822 a 1 840, avec le Bresil actuel , surtout apres la date glorieuse du i3 mai 1888.

Quelle etonnant€ transformation ! On dirait que sur le Bresil a passe un souffle magique qui a dissipe Tignorance des masses populaires, la confusion, le desordre, la ruine, conse-

quences de I'anarchie, et le honteux esclavage, pour y faire place a une instruction plus elevee et plus repandue, a Tordre, au respect de laloi, de la justice, a Papaisement des passions etdes haines politiques, a une intelligence plus exacte de la vraie liberte et du syst&me representatif, a un patriotisme plus eclaire, a Taccroissement de la richesse publique , a tous les progres de la civilisation moderne, a la confiance et au credit sur les premieres places de TEurope, enfin, a raffranchissement de deux millions d'esclaves, a la victoire du grand principe de I'egalite, de la dignite humaine.

Avant Tavenement de Dom Pedro II, le regime parlementaire n'etait pas parfaitement comprisau Bresil. II y avait beaucoup a faire pour consolider Tunion des provinces, pour etablir Tordre, pour developper les principes liberauxdela Constitution et de TActe additionnel, pour encourager le commerce et Tindustrie, pourrepandre Tinstruction.

II fallait, surtout, pour Thonneur du genre humain, supprimer la traite des noirs,.emanciper les esclaves, effacer cette honte des temps antiques , ce triste legs de la barbaric.

II fallait concourir a la prosperite nationale, en faisant'des routes, en ouvrant les fleuves aux navires etrangers, en introduisant les chemins de fer et le telegraphe, en encourageant Tagriculture et la colonisation, en secondant par tous les moyens possibles les conquetes du genie moderne.

Telle fut la tache immense et glorieuse que le jeune empereur, seconde par d'illustres hommes d'etat, entreprit avec energie, et qu'il accomplit avec un merveilleux succes, grace au concours de son peuple.

Des 1849, Tordre etait retabli dans tout I'empire. La premiere partie du programme de Dom Pedro II etait accomplie : Tunite nationale etait assuree comme I'avaient voulu Dom Pedro P', Jose Bonifacio, Ledo, tous ces hommes energiques qui ont collabore a Toeu-

vre de rindependance du pays. Les vues larges de ces hommes superieurs embrassaient les horizons d'une patrie grande, puissante et respectee; elles ne se bornaient pas aux etroites limites d'une province. lis avaient voulu faire un — Bresil, — et non des Guatemala et des Costa Rica (i).

« Ce fut une oeuvre utile, » a dit Charles de Ribeyrolles, en parlant de la premiere partie

(i) On salt que la Confederation de TAmierique centrale s'est bris^e, des le commencement, en cinq petites republiques rivales : Guatemala, Costa Rica, San Salvador, Honduras, Nicaragua. Des hommes eminents de ces petits Etats revent depuis longtemps de les reunir de nouveau dans une seule republique, et aujourd'hui ce grand projetparaitbien pres de triompher. Nous le souhaitons et nous I'esperons. La victoire finale appartiendra toujours a Tunitarisme. Le grand Bolivar avait fonde, lui aussi, I'ancienne republique de Colombie, mais I'organisation federale ayant cree des rivalites et des h^ros de province, cette grande republique s'est brisee en trois Etats, le Venezuela, la Colombie et I'Equateur.

Un publiciste portugais, Silvestre Pinheiro Fcrrcira, a propose en 1842 la division du Bresil, qu'il croyait trop grand, en plusieurs monarchies.

Ce publiciste, qui a ete dans les dernieres annees de sa vie un reveur d'utopies, ne comprenait pas des Etats plus grands que le petit Portugal...

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du programme de Dom Pedro II ; « il fallait constituer I'unite du pays et ne point le laisser tomberen satrapies federalistes ou maritimes. Si Ton veut etreunpeuple, il faut d'abord etre une patrie (i). »

Dom Pedro II s'appliqua, des lors, a obtenir Tapaisement des esprits et a encourager tous les progres.

En i85o, la traite des noirs fut supprimee.

La meme annee, la premiere ligne de paquebots a vapeur fut inauguree entre le Bresil et TEurope.

De 1854 a 1 858, les premiers chemins de fer et les premiers fils telegraphiques furent construits ; les premieres lignes de navigation tiuviale, creees; Timmigration europeenne, rechef chee et facilitee ] et le nombre des ecoles et des etablissements d'education, commenca

a s'accroitre.

Pour reussir dans ses pro jets civilisateurs, Dom Pedro II avait compris qu'il fallait faire

(i) Ouvrage cite, p. 140 du t. II.

taire, autant que possible^ les haines politiques et rallier, quoique temporairement, tous les hommes de bonne volonte, afin de faciliter la reorganisation des partis et de faire oublier les passions et les exces qui, a plusieurs reprises, avaient allume les guerres civiles.

Obeissant a cette sage inspiration, il constitua le 6 septembre i853 un ministere, preside par le conseiller Carneiro Leao, marquis de Parana, et compose de membres des deux grands partis constitutionnels de Tempire : le parti conservateur et le parti liberal.

De 1 853 a i858, ces deux partis se trouverent confondus, et cette politique de conciliation, politique de bon sens et de raison, ^xerca une influence salutaire sur la vie sociale et sur les moeurs politiques du Bresil.

A la mort du marquis de Parana (3 sept.

1 856), le marechal de Caxias, ministre de la guerre, lui succeda a la presidence du conseil. Puis vintle ministere du marquis d'Olinda (4mai 1857).

Apartir de i858, epoque ou les deux partis se separerent de nouveau, ils ont pu gouverner alternativement. La lutte politique ne s'*est plus engagee, desormais, que dans les journaux, dans les deux Chambres, dans les reunions electorales, par le vote de I'electeur, par la discussion dans la presse et a la tribune parlementaire.

Le pani conservateur a gouverne de i858 a 1862 : ministeres vicomte d'Abaete (12 dec. i858), Ferraz(ioaout i859)etCaxias(2 mars 1861);

Le parti liberal, de 1862 a 1868 : ministeres Zacariasde Vasconcellos (24mai 1862), marquis d'Olinda (3 1 mai i862),Zacarias (i5 Janvier 1864), Furtado (3i aout 1864), Olinda (12 mai 1 865) et Zacarias (3i aout 1866);

Le parti conservateur, de 1868 a 1878 :

ministeres vicomte d'ltaborahy (16 juillet 1 868), marquis de Sam Vicente (2 1 sept. 1 870), vicomte de Rio-Branco (7 mars 1871) et due de Caxias(25 juin 1875)-,

Le parti liberal, de 1878 a i885 : ministeres Sinimbu (5 Janvier 1878), Saraiva (28 mars 1880), Martinho Campos (21 Janvier 1882), Lafayette Pereira (24 mai i883), Paranagua (3 juillet i883), Dantas (6 juin 1884), Saraiva (6 mai i885);

Enfin, depuis i885, c^est le parti conservateur qui preside aux destinees de Tempi re bresilien : ministeres du baron de Cotegipe (20 aout i885) et de M. Jean- Alfred Correa d'01iveira(iomars 1888) (i).

A la faveur d^une politique aussi habile que sage, Dom Pedro II dota son pays des institutions les plus fecondes, les plus liberales, les plus populaires.

(i) Le telegraphe nous apprend (juin 1889) que les conservateurs dissidents, allies aux liberaux, viennent de renverser le ministere Corrda d'Oliveira, qui, I'annee derniere avait fait I'abolition de Tesclavage. L'empereur s'adressa a trois chefs conservateurs, qui ne reussirent pas a former un nouveau ministere. II confia aiors cette mission au conscilier Saraiva, liberal, mais cet homme d'Etat s'excusa en indiquant a I'empcreur le vicomte de Ouro-Preto (Affonso Celso), qui, en ce moment organise un ministere liberal.

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mtlreis, ou i25 millions de francs; elle est aujourd'hui de 5oo millions de milreis, ou i milliard 25o millions de francs, selon les evaluations du Jornal do Commetxw de Rio dans sa revue commerciale de 1887.

Voici, maintenant, d'apres une etude tres remarquable de M. Levasseur, de Tlnstitut, les moyennes des chifFres officiels, « lesquels, ajoute ce savant, sont tres vraisemblablement inferieurs a la realite, » du commerce exterieur du Bresil, par periodes quinquennales :

Millions de milreis.

Evaluation

Annees.

Moyennes annuelles.

en millions de francs.

io5

En 1884-1885, le commerce exterieur aete de 404 millions de milreis (i milliard 10 mil-

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lions de francs) dont 178 millions de mih^eis a rimportation et 226 a Texportation.

En 1 886- 1 887, il s'est eleve a 472 millions de milreis (i milliard 180 millions de rancs), dont 209 millions de milreis a I'importation et 263 a Texportation.

L' eloquence de ces chifFres est incontestable. EUe tourne sans -contredit a la gloire du regne de Dom Pedro II.

Voila pour les finances, pour la production, pour le commerce de Tempire bresilien.

Quant aux chemins de fer, ils ont suivi la meme progression.

Qu'on en juge.

Le premier chemin de fer fut inaugure au Bresil en 1864, par Ireneo de Souza, cree baron et vicomte de Maua.

En 1867, Tempire ne comptait que 601 kilometres de voies ferrees. Le 3 1 decembre 1 870 il avait 997 kilometres.

Ce ne fut qu'apres la guerre du Paraguay, a partir de 1871, sous le ministere du vi-

comte de Rio-Branco (1871-75) (i), que la construction des chemins de fer commenfa a etre poussee avec une grande activite. Tous ses successeurs Timiterent, surtout les ministres Sinimbu et Antonio Prado.

En 1 883, le Bresil avait en exploitation 4,865 kilometres; en 1884, 6,1 16 kilometres-, et en construction, i,65o.

Le 3 1 decembre 1887, il avait deja 8,486 kilometres en exploitation et 1,397 en construction, 3,597 en etude. Aujourd'hui (3 1 dec. 1888) il a 9,200 kilometres en exploitation et 9,000 en construction ou en etude.

Aucun pays de TAmerique, — les Etats- Unis et le Canada exceptes, — n'a un aussi vaste reseau de chemins de fer, et pourtant le Bresil n'est pas un pays de plaines, comme la republique argentine, et la construction de

(i) Voir sur la politique large et entreprenante de ce ministere (1871-1875), vivement appuyee par D. Pedro II les belles pages du D'^ Louis Gouty, dans son ouvrage : VEsclavage au Bresil, p. 33-39. (Paris, 1881, chez Guillaumin et O^.)

toutes ces lignes a exige de grands travaux d'art, et des depenses enormes (i).

En 1873, le Bresil possedait 3,469 kilometres de lignes telegraphiques terrestres.

L^annee suivante (22 juin), il fut relie a r Europe par un cable, et une autre ligne sousmarine fut etablie tout le long de la c6te.

En 1875, le Bresil possedait 5,i5i kilometres de lignes terrestres appartenant au gouvernement; en 1882, — 7,420 kilometres; en i885, — 9,299; en 1886, — 10,610. Aujourd'hui il possedeplus de 18,000 kilometres en comptant les lignes telegraphiques des chemins de fer.

Enfin, un des grands moyens employes par le gouvemement imperial pour developper les ressources du pays, ce fut la protection

(i) Etats-Unis, 242,205 kilometres; Canada, i9,85i ;Bresil, 9,200; republique argentine 6,2o5; Etats-Unis Mexicains, 6,i33 ; Chili, 2,693 ; Pdrou 2,600; Uruguay, 553 ; Etats-Unis de Venezuela, 286; Costa-Rica^ 274 ; Etats- Unis de Colombie (aujourd'hui republique de Colombie, apres lareforme constitutionnelle), 23 1 ; Guatemala, 21 3; Equateur, 120; Honduras, iii; Paraguay, 72; Bolivie, le petit cheminde ferde La Paz a Aygachano (lac Titicaca).

accordee a rimmigration des Europeens. Ceuxci apportaient avec eux leurs arts, leur science et leur travail, dans ces contrees si bien douees par la nature, si riches, auxquelles il ne manque aujourd'hui qu'une chose essentielle : la population. Le Bresil possede encore des zones ' immenses desertes et pourrait contenir une population de plus de 600,000,000 d^habitants, s'il eiait aussi peuple que la France. En 1870, le Bresil ne recevait que 9,1 23 immigrants. En 1887, il en recevait 54,990.

L'annee qui vient de finir (1888), 1 3 1 ,268 immigrants y sont entres, par les deux seuls ports de Rio et de Santos. Le premier trimestre de 1889 presente deja le chiffre de 43.489 immigrants debarques dans ces deux ports et dans celui de Victoria : — 15.349 a Santos, 24.860 a Rio, 1.280 a Victoria.

Dom Pedro II, seconde par ses ministres et par son peuple, assurait ainsi, par son intelligente impulsion, le succes le plus complet a son oeuvre civilisatrice.

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