LES PROTESTATIONS
Sommaire. Une proposition de M. Schoelcher au sujet des planteurs. — Explication necessaire. — II y a eu des planteurs mecontents. — Pretendu droit de propriete de rhomme sur rhomme. — Opinion de Rocha (lySS), de Condorcet (1781) etde Mello Freire (1795). — Opinion de Cochin et du sdnateur bresilien Salles-Torres-Homera (1871). — Relation des pays qui ont aboli Tesclavage sans indemnity. — Quelle serait la seule indemnity juste f — L'abolition a 6t6 un bienfait pour les planteurs. — Comment des pretendus republicains comprennent la devise : Liberie, JSgalite, Fraternite. — Une rdponse de Salles- Torres-Homem aux attaques des esclavagistes centre I'empereur.
Dans un passage que nous avons reproduit precedemment, M. Schoelcher a fait le juste eloge des planteurs bresiliens.
Certainement, ils meritaient cet eloge, car, le plus grand nombre d'entre eux, et les plus riches, les plus influents proprietaires ruraux, avaient affranchi leurs esclaves, rendant ainsi
possible, pour le mois de mai 1 888, rabolition totale, qu'un an auparavant, les plus ardents abolitionnistes ne revaient que pour I'annee 1890 ou 1892.
Ce sent eux surtout qui ont produit cet entrainement de l'opinion,ce mouvement genereux el enthousiaste qui precipita les evenements et enfania cette semaine memorable qui precedale i3 mai.
Gitons parmi ces planteurs, tous les membres des puissames families Silva-Prado, Moreira de Barros, Paula-e- Sousa, Sousa Queiroz et comte de Pamahyba (Queiroz- Telles), dans la province de Sam Paulo; comtes de Sam-Clemente, de Nova-Friburgo et d'Araruama dans la province de Rio-de- Janeiro,
C'est par centaines, qu'il faudrait citer tous les planteurs, favorables a I'abolition de Tesclavage.
Cela est un fait incontestable.
Mais la verite historique nous commande
de reconnaitre que tout recemment, et, surtout en 1 87 1, il s'est rencontre des planteurs qui ont crie bien fort qu'on les depossedait d'une propriete legitime.
Legitime, la propriete humaine! Quelle erreur monstrueuse, quel odieux prejuge!
Mais, quelle etait done la propriete dont on les depouillait en 1871?
Cetait celle des enfants a naitre!...
Quelle est la propriete qu'on vient de leur ravir?
Cest celle d'hommes etdefemmes qui, pendant des annees entieres, avaient deja paye, par leur travail, bien au-dela du capital depensepour leur achat (i)!
(i) Un n^gre dans les plantations rdcoltait en moyenne par an, 60 sacs de cafe selon Van de Laerne. Chaque sac contient 60 kilogrammes, done 36oo kilogrammes. Au bas prix moyen de 100 francs par 100 kilogrammes, c'etait done 3,600 francs, au moins, que^ chaque annee, ces malheureux faisaient entrer dans la poche du planteur. II est vrai que tout n'dtait pas b«5nefice. Mais Ton comprend bien qu'un planteur qui avait exploit^ un n^gre durant deux ans seulement, avait ddja certainement sauve son capital, et s'il Texploitait plus de deux ans, il se rembour-
lis sont bien arrieres ces pauvres planteurs qui, aujourd'hui encore, — en Van 1 889, — ont sur Tesclavage des idees si differenles de celles qu'avait prechees des 1758 Manoel Ribeiro Rocha, Tavocat de Bahia, doni nous avons parle (i)... « Cela, » disait-il, « m^a fait prendre la plume pour ecrire ce livre, dans la premiere partie duquel je demontre qu^on ne peut pas vendre, acheter et posseder les negres africains a titre de permutation ou achat avec acquisition de domaine, sans peche
sait plusieurs Ibis I'argent depens^ pour I'achat dc son esclave, en r^alisant, par te travail non rfilribu^ de son semblable, des biniUces considerables.
Le memc raisonnemenl peut ctre appliquf aux Lsclavcs employes au service domestique.
(i) Manoel Ribeiro Rocha, Ethiope resgaiado, empenkado, sustentado, coiregido, instruido e Ubertado, Lisbonne, 1758 in-8", 19 fnc. et 367 pages.
L'n poite de Bahia, Francisco Gomes do Rego, a liit ulors de cc philanthrope :
Que vds com a pcnna na mtto .\ todos haveis Hvrado; Aos Brancos de peccado, Aos Pretos de escravidao.
et charges tres graves de conscience... (i). » II n'admettait la traite que pour racheter les esclaves des sauvages d'Afrique : — <c rachete de Tinjuste esclavage dans lequel ses memes nationaux Pont reduit... (2). »
Le maitre ne devait garder que temporairement ces negres rachetes — « a titre de redemption , en acquerant seulement le droit de gage et de retention, pour quUls nous servant comme des esclaves Jusqu'a ce qu'ils payent leur valeur, ou la compensent par leurs services, apres quoi ils seront acquittes et restitues a la liberte naturelle dans laquelle ils sont nes (3). )>
(i)aEsta, pois, me metteo na mSo a penna para a formatura do opuscule presentejna primeira parte do qual mostro que se nSo podem commerciar, haver, e possuir estes pretos africanos por titulo de permuta^ao ou compra, com acquisifSo de dominio, sem peccado, e gravissimos encargos de consciencia »
(2) a Resgatado da escravidSo injusta, a que barbaramente o reduziram os seos mesmos nacionaes. »
(3) a A titulo de redempfSo, com acquisifSo s6mente do direito de penhor e retencSo, para nos servirem como escravos ate pagarem seo valor, ou ate que com diutur-
Quant aux enfants d'esclaves, ils naissaient parfaitement libres [ingenuos)^ disait Rocha, et ils ne devraient servir aux patrons de leurs meres que jusqu'd I'age de quatorze ou quinze ans (i).
Que les antagonistes de la derniere loi lisent encore ce que Condorcet ecrivait en 1 78 1 dans ses Reflexions sur Vesclavage des negres (2), chapitre vii [qu^il faut detruire Hesclavage des negres, et que leurs maitres ne peuvent exiger aucun dedommagement) .
nos servicos o compensem, ficando depots d'isso totalmente desobrigados, e restituidos a natural liberdade com que nasceram. »
(i) « E ultimamente, que os partes das escravas remidas nascem. ingenuos, e sem contrahirem a causa de penhor e retenfao em que ellas existirem » (§ i3 de la 2«