COMMENCEMENT DU REGNE DE DOM PEDRO II
Sommaire : Dom Pedro II, acclamd empereur a I'age de cinq ans (7 avril i83i ). — Agitation federaliste. — Paroles d'Auguste de Saint-Hilaire. — La premiere regence (i83i-35.). — Anarchie etguerres civiles. — Reforme constitutionnelle de 1834. — Diogo Feijo, regent de I'empire i835. — Transformation des anciens partis et naissance des deux partis actuels (i836). — Feijo abdique la regence (iSSy). — Araujo-Lima est elu regent. — L'agitation politique et les guerres civiles continuent. — Dom Pedro II pendant sa minorite. — Ses etudes. — Sa precocite.. — II est declare majeur, en 1840. — Sacre et couronnement de Dom Pedro II. — Son mariage.
A la suite de Tabdication de Dom Pedro I'^^ qui, nous venons de le voir, eut lieu le 7 avril i83i, le prince imperial, son fils, Dom Pedro d' Alcantara fut, le meme jour, acclame « empereur constitutionnel et defenseur perpetuel
duBresil, » sous le nom de Dom Pedro II (i).
II etait ne le 2 decembre 1825 au chateau de Boa-Vista, a Sam Christovam, faubourg de Rio de Janeiro.
II n'avait done que cinq ans, cet empereur d'une immense contree.
L'imperatrice, sa mere, Dona Leopoldine, fille de Tempereur d'Autriche, etait morte alors que Dom Pedro n'etait age que d'un an, et maintenant son pere se separait de lui pour aller se battre en Europe et y defendre, dans son ancienne patrie, la cause de la liberte.
La jeunesse et Tisolement du nouvel empereur inspiraient des craintes a tous ceux qui connaissaient Tetat d'agitation oil se trouvaient les esprits, au Bresil, a cette epoque. Tous croyaient que Theure de la dissolution de Tempire avait sonne.
(i) Noms de I'empereur : Dom Pedro II d'Alcantara Jean- Charles-Ldopold-Salvador-Bibiano-Francois-XavierdePaul Michael-Gabriel-Raphael Gonzaga. Par son pere, il est un Bragance et un Bourbon, par sa mere, un Hapsbourg.
Auguste Saint-Hilaire ecri vait alors ( i ) :
« Quant au Bresil, ses destinees reposent aujourd'hui sur la tete d'un enfant. C'est un enfant qui unit encore les provinces de ce vaste empire; et son existence seule oppose une barriere aux ambitieux qui surgissent de toutes parts avec une egale mediocrite et des pretentions egalement gigantesques (2).
<c Dans ses veines coule le sang de ces
rois dont la gloire aventureuse a eu plus d'influence sur les destinees du monde que celle des plus illustres souverains de TAngleterre et de la France; de ces rois sous les auspices desquels furent decouvertes la route de rinde et la terre du Bresil.
a Seul, parmi les Bresiliens, cet enfant rattache le present au passe ; et, tout entier a sa patrie, 11 pourra, cependant, former un heureux lien entre elle et TAncien Monde.
[1) Precis historique, d€)k c\l€.
(2) Voyez V Aurora Flwninense, n** 482 {Note d'Auguste de Saint-Hilaire).
a Qu'autour du jeune Dom Pedro se groupent done tous les Bresiliens qui attachent quelque honneur au nom de leur patrie, ceux qui aiment sincerement la liberte et ne veulent point se la voir ravir par une foule de tyrans cupides etabjects... »
Auguste de Saint-Hilaire disait encore :
a Des idees de federalisme se repandirent
dans toutesles provinces duBresil L'union
americaine, et, surtout, Tesprit qui anime les Americains, tendent a rendre chaque jour plus compacte la societe qu'a formee ce peuple, ou, du moins, celle qui se forme dans chaque province. Les Bresiliens, au contraire, ne sauraient etablir chez eux le systeme federal, sans commencer par rompre les faibles liens
qui les unissent encore J'ai vecu parmi
les Bresiliens; les liens de la sympathie et ceux de la reconnaissance m'attachent a eux; j'aimele Bresil presquea Tegal de mon pays :
qu'on n'exige pas de moi que je cherche a penetrer un avenir qui se presenterait sous
les plus sombres couleurs. Ce n'est pas seulement le Bresil que j'ai habite; j'ai aussi vu les bords de la Plata et ceuxdeTUruguay. G^etait naguere une des plus belles contrees de TAmerique meridionale. Ses habitants voulurent sefederer et commencerent par se desunir ; chaque village, chaquehameau pretendit/Iz^Ve sa patrie a part ; d'ignobles chefs s'armerent de tous cotes; la population fut dispersee ou aneantie; les estancias furent detruites; des etendues de terrain qui formaient presque des provinces n'offrent aujourd'hui que des chardons et oil paissaieht d'innombrables bestiaux, Ton ne voit plus que des bandes de chiens marrons, des cerfs, des autruches et des felons jaguars. »
Malgre les craintes legitimes que faisaient naitre et la situation critique de Tempire et Tavenement d'un enfant de cinq ans au trone imperial, iletait dans lesdestinees du Bresil de triompher de tous les obstacles qui paraissaient devoir s'opposer a la grandeur de son avenir.
En abdiquant, Dom Pedro P"" avait designe, pour tuteur de ses enfants, — le jeune empereur et les princesses, ses soeurs, — Tancien premier ministre du temps de Tindependance, le savant Jose Bonifacio d'Andradae-Silva, retourne de Pexil en 1828.
Par ce choix, Dom Pedro P"" savait qu'il plafait a c6te de son fils, un homme de coeur et de devouement, qui avait appris a connaitre, a ses depens, les perils du pouvoir, et qui ne pouvait inculquer a sonauguste disciple quedes principes pleins de sagesse et de patriotisme.
Le peuple bresilien avait acclame avec enthousiasme son jeune empereur.
Dans le magnifique ouvrage du peintre Debret, Voyage pittoresque au Bresil, une gravure coloriee represente la scene de Pacclamation de Dom Pedro II, au largo do Pace (place du Palais).
On voit, a une fenetre du palais, monte sur une chaise, cet empereur de cinq ans, entoure des ministres et des hauts personna-
ges de la cour, ayant a ses c&tes ses deux soeurs, plus agees que lui.
Des membres de la municipalite de Rio, revetus de leur costume traditionnel, aujourd'hui abandonne, vont, a cheval, saluer rempereur; la population, en delire, envahit le palais, et les troupes avec leurs fusils orne? de feuilles aux couleurs nationales, presentent les armes a leur jeune souverain.
Ce tableau est bien la fidele expression de la joie des Bresiliens.
lis etaient heureux d'avoir enfin un empereur, ne sur le sol du Bresil.
II y avait, certainement, dans toutes ces bruyantes manifestations un peu d'ingratitude envers Tempereur qui s'en allait; mais elles etaient inspirees par un sentiment patriotique, et Dom Pedro P% encore dans la rade, a bord d'un vaisseau anglais, etait joyeux lui-meme, en recevant les nouvelles des temoignages d'amour que le peuple donnait a son fils, son successeur.
On constitua une regence pour gouverner I'empire pendant la minorite de Dom Pedro II. EUe se composa d'abord des senateurs marquis de Caravellas et Vergueiro et du general Franfois de Lima-e-Silva , jusqu'au 17 juin; puis, de ce meme general, et des deputes, Costa Carvalho et Braulio Muniz, jusqu'au 12 octobre i835.
Le Bresil en trait dans la periode des regences, qui dura jusqu'en 1840 et qui fut la plus agitee de son histoire, la plus perilleuse pour son existence nationale.
Durant cette periode malheureuse, la dissolution du Bresil paraissait inevitable, et, assurement, I'empire eut peri a sa naissance, si le bon sens et le patriotisme de la majorite des Bresiliens n'eussent conjure le peril.
Les sages conseils d'un depute journaliste, alors tres influent, Evaristo da Veiga, aiderent surtout la regence a ecarter les principaux dangers.
Ces dangers emanaient particulierement de
la propagande federaliste qui menacait Punite du Bresil. Get empire se fut brise en plusieurs republiques rivales, sans force et sans consideration, si Penergie patriotique de quelques hommes d'Etat, soutenue par le devouement de la grande majorite de la nation, ne Teut preservee d'un coup meurtrier.
Un autre danger serieux pour Tunite du Bresil, c'etait Tindiscipline des troupes, rcsultat de Tignorance et des mauvais exemples de quelques chefs de Tarmee.
Cette indiscipline s'etait deja revelee lors de la guerre de Pindependance. Devant rennemi, a Bahia, en 182 3, quelques commandants de I'armee avaient depose leur general en chef, le Francais Labatut. L'annee suivante, un de ces commandants, le colonel Caldeira, payait de sa tete la participation qu'il avait prise a cette revoke. Ses soldats s'insurgerent contre lui, a Bahia meme, et Passassinerent.
Apres le 7 avril 1 83 1 , des revokes militaires se produisirent a Rio et dans plusieurs provin-
ces, au point que les generaux et les commandants eux-memes en vinrent a demander au gouvernement la dissolution de cette armee, que plusieurs d'entre eux avaient, par leur exemple, demoralisee et degradee.
L'armee fut en grande partie dissoute. Elle devint si impopulaire que, le 5 decembre i833, la foule osa attaquer et saccager, a Rio, la maison ou se reunissait la « Societe Militaire. » II ne resta a Rio qu'un seul bataillon appele le Bataillon des OfficiersSoldats .
Ce fut a la garde nationale et a des volontaires que revint Thonneur de maintenir Tordre et de defendre partout le gouvernement et Funite nationale, avant la reorganisation de Tarmee, qui, heureusement pour elle et pour le pays, eut alors des chefs instruits a Teuropeenne, comme Andrea (baron de Cacapava), Callado, M. J. Rodrigues (baron deTaquary), Caxias et J. J. Coelho (baron de Victoria).
Des guerres civiles et des troubles serieux eclaterent des i83i dans presque toutes les
provinces de Tempire, notamment a Para, a Maranham, a Pernambuco, a Bahia et a Rio-Grande du Sud.
Quelques-unes de ces guerres intestines debuterent, comme la revolution de Para, par Tassassinat et le pillage, et se signalferent par des actes de brigandage et de ferocite.
Celle de Para, en i835, commenca par Tassassinat du gouverneur de la province, du general Santiago et du commandant des forces navales, le capitaine de fregate James Inglis, mulatre, qui etait alors le plus brillant officier de la marine bresilienne, et qui s'etait distingue par plusieurs exploits dans la guerre de la Plata.
La revolution de Maranham de 1 838 a 1 84 1 , eut le meme caractere sauvage, la meme barbarie.
Les autres revolutions, celks de Bahia, (1837-38) et de Rio-Grande du Sud (i835- 1845), furent des revolutions politiques, republicaines et separatistes.
En efFet, le federalisme degenerait en separatisme, au Bresil, comme dans toute TAmerique espagnole, depuis le golfe du Mexique jusqu'a la Plata, a Texception du Chili et du Paraguay, seuls pays d'origine espagnole qui soient restes toujours fortement unitaires (i).
Le parti liberal monarchiste [Liberal Mo-
derado) garda le pouvoir depuis le 7 avril
i83i Jusqu'au 29 septembre iSSy, et eut a
lutter contre les federalistes et republicains
(parti Liberal exaltado)^ et les reactionnaires
(i) Les Etats-Unis de la Colombie sont devenus, depuis Tann^e derniere, la Republique de Colombie. Les unitaires ont fini par triompher et la constitution a ete reformee. Les conflits et les luttes entre le gouvernement central et les gouverneurs de province, qui etaient electifs, vont enfin cesser, et la pdriode des guerres civiles sera close dans ce pays. L'Am^rique possede encore d'autres Etats - Unis (Venezuela, Mexique, etc.). Ont-ils pu prosperer comme la grande d^mocratie anglo-saxonne dont ils ont cherche a hniter I'organisation? Le secret de la prosperity des Etats- Unis de TAmerique du Nord se trouve dans I'energie, dans le sens pratique de ce peuple, et dans le grand courant d'^migrationqui, depuis longtemps, se dirige vers ce pays. Les Anglais sont les memes partout : en Angleterre, aux Etats-Unis, au Canada, en Australie.
3o DOM PEDRO II.
(parti RestaiiradoVy ou bien encore parti Caramuru, du nom de son principal journal) .
Ce dernier parti reclamait le retour de Dom Pedro P"", devenu due de Bragance, pour qu'il gouvernat Tempire, a titre de regent. Les freres d'Andrada etaient les principaux conseillers de ce parti. Antonio Carlos d'Andrada, envoye a Lisbonne (i833), ne reussit pas a decider le due de Bragance a retourner au Bresil (i).
Ce fut alors que le gouvernement de la regence retira a Tillustre Jose Bonifacio d^Andrada la tutelle du jeune empereur, et le somma de quitter la ville de Rio.
Le marquis d'ltanhaem fut nomme a sa place, aupresde Dom Pedro II; et Teveque de Chrysopolis, vieillard vertueux et venere, fut
(i)Porto-Seguro. Historiada Independencia[Ms.).UaLU' teur se trouvait alors a Lisbonne avec son pere, I'ingenieur Varnhagen, qui a cause avec Antonio Carlos apres son entrevuc avec Tempereur. On sait que la presse'en Angleterre et au Bresil s'occupa alors de cette mission d'Antonio Carlos.
charge, avec d'autres Bresiliens et quelques etrangers, de Teducation du jeune empereur (i).
Ce prince recevait ainsi une education liberale et forte, au milieu de toute cette agitation politique, de tous ces troubles qui mettaient en danger Texistence du Bresil, qui discreditaieht cet empire en Europe, qui rendaient impuissant le gouvernement et paralysaient le developpement des grandes richesses du pays.
On se battait presque dans toutes les provinces. II fallait done, tout d'abord, retablir Tordre et ramener Tunion.
Pourtant, les liberaux moderes avaient fait a Tagitation federaliste toutes les concessions raisonnables par le vote de I'Acte additionnel a la Constitution en 1834.
(i) Void les noms de quelquCs-uns des professeurs du jeune etnpereur : — A. Boulanger, lecture; Boiret, languc fran9aise; Nathaniel Lucas, langue anglaise; D' Roque Schuch, langue allemande; F^lix Emile Taunay, geographic et histoire; ^veque de Chrysopolis, religion, langue
Get Acte additionnel etablissait Fautonomie provinciale, par la creation des assemblees legislatives provinciales, avec de grandes attributions.
« Tous les actes legislatifs des premieres annees qui suivirent le 7 avril i83i, furent marques au coin du liberalisme le plus exagere et le moins pratique, » dit Charles Reybaud.
La premiere regence avait echoue dans son oeuvre d'organisation. Elle fut remplacee par un seul regent, dont Taction unique pa^ raissait devoir etre avantageuse aux interets du pays.
Ce regent fut Diogo Feijo, homme austere, plein de desinteressement et de patriotisme, qui, comme ministre, avait deja fait preuve
latine, mathematiques; marquis de Sapucahy, litterature; Alexandre Vandelli, sciences naturelles; Simplicio Rodrigues de Sa (eleve de J.-B. Debret), peinture.
Don Pedro II a eu plusieurs autres professeurs, et aujourd'hui encore, quoique un savant lui-meme, il est en meme temps un etudiant. Tel nous I'avons vu, a Cannes et k Aix-Ies-Bains.
d'une grande energie contre les agitateurs.
Diogo Feijo prit possession de son poste, le 12 octobre i835, et rendit, unefois encore, de grands services au Bresil et a la cause de I'union des bons citoyens, en combattant sans treve I'anarchie.
En 1 834, Dom Pedro P"" mourut a Lisbonne (24 septembre). Des lors le parti reactionnaire {Restauradores) n'eut plus de raison d'etre. La plus grande partie de ses membres se rallierent a I'opposition parlementaire qui se forma en 1 836 dans les rangs des Liberaux moderes [moderados).
Deux des membres les plus eminents du parti modere, le celebre orateur Bernardo de Vasconcellos et Pedro de Araujo Lima , plus tard marquis d'Olinda, dirigeaient cette opposition, qui forma un nouveau parti, designe depuis lors sous le nom de Conservateur, Ce parti triompha aux elections de i836.
Le regent Diogo Feijo reussit a pacifier le Para, en i836, grace aTenergiedu general
34 liOM PEDRO II.
Andrea, qu'il y envoya, et a etouffer d'autres revokes.
Mais, en presence de Topposition croissante de la Chambre des deputes, persuade qu'il etait un obstacle a Papaisement des esprits, il n'hesita pas a abdiquer, et le 29 septembre 1837, le nouveau regent, Pedro d'Araujo Lima, constitua son cabinet.
Le parti conservateur arrivait, pour la premiere fois, au pouvoir, et depuis cette epoque jusqu^a nos jours, c'est ce parti, avec le parti liberal^ qui s^alternent dans le gouvernement, comme en Angleterre, les tories et les ivhigs.
Les conservateurs gouvernerent depuis le 29 septembre 1837 jusqu'au 21 juillet 1840.
Une revoke militaire eclata a Bahia, et tout le bas peuple s'associa aux soldats insurges.
On demandait la separation et la Republique.
Des le premier moment, les populations de I'interieur de la province et des environs s^armerent contre cette revolution.
Des troupes furent envoyees de Rio et de Pernambuco. Apres plusieurs combats, elles donnerent Passaut a la ville, dont elles reussirent , sous la conduite du general Callado, a s'emparer, apres une lutte achamee, et qu'elles sauverent de Tincendie, allume, dans plusieurs quartiers, par les vaincus eux-memes, pour se venger de leur defaite. Le gouvernement du regent Araujo Lima , tres energique contre les revokes et contre les ennemis de I'union nationale, dompta toutes les revokes, excepte celle qui avait commence en i835 a Rio-Grande du Sud.
La guerre civile qui sevissait dans la province de Maranham cessa seulement en 1841 .
EUe fut arretee par les habiles efforts d'un jeune general, Luiz Alves de Lima-e-Silva, cree baron de Caxias, et appele a devenir, sous les titres de comte, marquis et due de Caxias, la plus grande celebrite militaire du Bresil, le Wellington de ce pays.
Le gouvernement du regent mit fin aux
36 t)OM PEDRO II.
progres des revolutionnaires de Rio-Grande du Sud qui, en iSSg, s'etaient empare d'une partie de la province de Sainte-Catherine et menacaient le district de Curityba, aujourd'hui province de Parana, appartenant alors a la province de Sam Paulo.
Le general Andrea, le pacificateur du Para, fut envoye a Sainte-Catherine, ainsi qu'une flottille commandee par Mariath.
Celui-ci forfa Tentree de Laguna et detruisit la flottille des separatistes , dirigee par Garibaldi.
Les troupes du general Andrea, composees, pour la plupart, de gardes nationaux, refoulerent les envahisseurs vers Rio-Grande du Sud, ou la nouvelle armee bresilienne, — armee peu nombreuse, a cause des faibles ressources du pays qui ne permettaient pas de grands armements, — soutenue par les partisans de Punion dans cette province, combattait les ennemis de la patrie, les provoca^ teurs d'une guerre fratricide.
DOM PEIDRO It. 37
Les enfants les plus illustres du Rio-Grande du Sud defendaient, les armes a la main, la cause de Tunion.
A cette meme epoque, une grande agitation regnait dans les republiques de la Plata.
Le tyran Rosas, chef du parti federal argentin, dominait par la terreur la confederation Argentine, mais il etait toujours en lutte avec les unitaires qui defendaient, les armes a la main, le drapeau liberal. Dans la republique de TUruguay, deux generaux, Rivera et Oribe, se disputaient egalement par les armes le pouvoir supreme.
Rosas prit parti pour Oribe.
Tous ces gauchos etaient en relation constante avec ceux de Rio-Grande du Sud, ou la guerre civile etait encore excitee par les intrigues du dehors. Aussi la pacification de cette province etait-elle d^une difficulte extreme, au milieu d'une pareille confusion.
Le second regent, comme le premier, y epuisa ses efforts.
Dom Pedro II, quoique jeune, assistait a toutes ces convulsions politiques, profondement emu et attriste, songeant aux moyens d'y mettre un terme.
D'ailleurs, les dures et cruelles epreuves qui, des le berceau, s'etaient appesanties sur son existence et qui Tavaient mis de bonne heure a Tecole de Tinfortune, avaient donne a son esprit un caractere serieux et meditatif, a son intelligence une maturite precoce, a sa pensee une rare elevation.
Grave et reflechi, il etait toujours au travail, a Tetude; ardent a tout apprendre, a tout savoir, consacrant et le jour et la nuit a s'instruire, au point de se lever de son lit pour rallumer sa lampe que Teveque, son precepteur, ^vait prudemment eteinte (i).
De tels efforts intellectuels developperent de bonne heure ses facultes exceptionnelles et firent de lui un homme, avant Tage.
(i) Pinto de Campos, O Senhor D. Pedro II, pag. 22,
Aussi inspira-t-il une entiere confiance au parlement.
Celui-ci, effraye par les dispositions d'une partie du pays a Tagitation, jugea necessaire d'abreger de trois ans Tepoque legale de la majorite du jeune empereur.
Dom Pedro II n'avait que quinze ans. C'etait en 1840.
La guerre desolait une des provinces les plus importantes de Tempire. L'efFervescence gagnait les autres. Un malaise general pesait sur tout le pays. Tout progres etait paralyse, cc Lepays, a dit un senateur bresilien, avait fait Texperience des gduvernements electifs. »
Ce fut alors que les liberaux, Hollanda Cavalcanti (vicomte d' Albuquerque), Vergueiro, les Andradas et Alvares Machado a lear tete , ainsi que plusieurs conservateurs, parmi lesquels le marquis de Paranagua (Villela Barbosa), le general F. de Lima e Silva, le comte de Lages, s'entendirent pour supplier Tempereur de sauver a la fois et le pays et le
trone, en prenant, malgre son jeune age, Texercice du pouvoir que la Constitution ne devait lui confier qu'au bout de trois ans.
Dom Pedro II, emu de patriotisme, et se sentant, d'ailleurs, a la hauteur de la mission qu'on le priait d'accomplirprematurement, accepta bravement cette mission glorieuse, a rheure du peril. Ilfut declare majeur par les deux Chambres, reunies en Assemblee generale (23 juillet, 1840), et il organisa son premier ministere.
Le 18 juillet 1841 eut lieu, a la cathedrale de Rio, la ceremonie du sacre et du couronnement de Dom Pedro II, au milieu de Tenthousiasme general. Les fetes a Rio durerent plusieurs jours.
Le 23 juillet de Tannee suivante, fut signe, a Vienne, le contrat de mariage de Tempereur avec la princesse Therese-Christine-Marie de Bourbon , fiUe du roi Francois P^ des Deux- Siciles.
Une division navale bresilienne, partie de
Rio le 5 mars 1 848, arriva a Naples le 2 1 avril, conduisant le conseiller Joseph-Alexandre Carneiro Leao (depuis vicomte de Sam Salvador de Campos), ambassadeur extraordinaire de Dom Pedro II. Elle se composait de la fregate Constituicao, capitaine J. -J. Maia, ayant le pavilion du contre-amiral Theodore de Beaurepaire, et des corvettes Euterpe et Dois de Julho, dont les capitaines etaient Wandenkolk (Jean-Marie) et Ferreira d'Oliveira (Pedro). Le prince de Syracuse repre'senta Tempereur Dom Pedro II au mariage, celebre par procuration, le 3o mai, dans la chapelle Palatine.
Le 2 juillet, la division bresilienne partit pour le Bresil, conduisant I'imperatrice, suivie de la division napolitaine, composee du vaisseau Vesuvio et des fregates Parthenope, Eli- :{abetha et Amelia (i).
(i) Le chanoine Silveira, plus tard archeveque de Bahia, a public dans la revue Minerva Braiileira (t. I", 1843, Rio), une description du voyage de Tescadre bresi-
Le 3 septembre, cette escadre arrivait a Rio de Janeiro, et, le lendemain, rimperatrice debarquait avec rempereur qui etait alle a sa rencontre (i).
Depuis ce jour, la Charite se trouve assise sur le trone du Bresil.
lienne, de Rio a Naples et de Naples a Rio : — Itinerario da viagem que fe\ a Napoles o cone go Manoel Joaquim da Silveira, na qualidade de capelldo da camara de S. M. a Imperatri^ do Brazil, a Sra. D, Theresa Christina Maria, a bordo da fragata « Constituicdo. » Du voyage de Naples a Rio, il y a une autre description par I'officier napolitain Rodriguez : Descri^ione del viaggio a Rio de Janeiro dellaflotta di Napoli, i vol. in-8°, avec gravures, Naples, 1844.
(i) Une des plus belles medailles sorties de la Monnaie de Rio comm^more cet evenement. Elle a ^t^ gravee par Z. Ferrez, alors professeur a TEcole des Beaux-Arts de Rio. Dans le catalogue de la collection numismatique de M™* la vicomtesse de Cavalcanti, nous trouvons la description d'une autre medaille commemorative du mariage de LL. MM. Voir Viscondessa de Cavalcanti , Catalogo das Medalhas bra:(ileiras e das estrangeiras referentes ao Brapl, s. 1., 1888, in-80, page 3o-3i.